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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 20:34
L'adoration des rois - Léonard de Vinci

L'adoration des rois - Léonard de Vinci

Blâmes, récompenses et société

Si nous avons tué Dieu, nous avons au moins élevé un autel à son suppléant ; j'ai nommé : l'argent ! Si le travail est l'élément au travers duquel il nous semble possible de nous socialiser, il nous semble surtout le seul passage par lequel il nous est possible d'accéder à une reconnaissance, une utilité au travers de laquelle se conditionne notre vie d'humain. L'humanité, non point celle des humanistes, mais celle que développe un état de conscience particulier parmi tous ceux que la vie déploie, n'existe qu'au travers d'un équilibre toujours singulier qui en fait la condition de sa perpétuation : la société. La société donc rassemble les humains, mais elle ne le fait jusqu'à présent qu'en prenant cette part à chacun, sa souveraineté, qui en fait un devenir irréductible à tout autre. C'est toujours d'une certaine façon une condition cruelle faite à une originalité, l'homme, contraint de se plier aux conditions mêmes de sa survie, de son existence.

Dans la société moderne, dite « capitaliste », type de société nourri par la crainte et le ressentiment (car une civilisation ne peut-elle soit accroître ou diminuer l'inventivité fertile de la vie?), c'est donc le travail qui est adoré en tant que valeur suprême apportant aux hommes la félicité d'une vie mérité. Le travail se fait juge par le travers de ses prêtres de tout ordre. La justice repose sur lui. Elle se nourrit, pourrait-on dire, de son prestige ; mais aussi, et surtout, de sa nécessité. Nécessité imposée pas tant par la survie de l'espèce que par le besoin de prévisibilité, l'esprit de la « Moira », qui appelle à s'approprier la nature afin de mieux la pénétrer. Vieil esprit, tu as deux mille ans, et aujourd'hui tu bois ton sang !

L'esprit de l'homme moderne est ainsi le produit de cette nécessité, et c'est par celle-ci que certains instincts, plus que d'autres, se transforment en valeurs, telle la vanité, comme d'un support sur lequel peut fonctionner la justice. Et l'argent est devenu un instrument si puissant de ce processus ! Ce n'est pas à proprement parler notre puissance que nous y transposons, c'est notre humanité, l'humanité telle que nous la concevons, la pensons. C'est toutes nos croyances. Et de nos jours, ne voyons-nous pas que la vanité est portée à son paroxysme ? Que la responsabilité est devenu la valeur qui par espérance nous fait croire à tant de fantasmes ?

« LA JUSTICE DISTRIBUTIVE. - Qui a pleinement saisi la théorie de l'irresponsabilité complète ne peut plus ranger sous le concept de justice ce qu'on appelle justice distributive, à supposer que la justice consiste à donner à chacun ce qui lui appartient. Car celui qui est puni ne mérite pas la punition ; il est seulement employé comme un moyen de dissuader de certaines actions ; de même, celui que l'on récompense ne mérite pas la récompense : le fait est qu'il ne pouvait pas agir autrement qu'il n'a agit. Ainsi la récompense n'a d'autre sens que celui d'un encouragement pour lui et pour d'autres, afin de fournir un motif d'actions futures ; l'éloge s'accorde à celui qui court dans la carrière, non à celui qui est au but. Ni peine ni récompense ne sont choses qui reviennent à chacun comme lui appartenant ; elles lui sont données pour des raisons d'utilité sans qu'il ait à y prétendre avec justice. Il faut bien dire : « le sage ne récompense pas parce qu'il a été bien agi », que l'on a dit : « le sage ne punit pas parce qu'il a été mal agi, mais pour qu'il ne soit plus mal agi ». Si peine et récompense disparaissaient, disparaîtraient alors les motifs les plus puissants qui détournent de certains actes, conduisent à certains actes ; l'utilité des hommes en exige le maintien ; et étant donné que peine et récompense, que blâme et éloge agissent de la manière la plus sensible sur la vanité, cette même utilité exige aussi le maintien de la vanité. » Friedrich Nietzsche, Aphorisme 105 de Pour servir à l'histoire des sentiments moraux, Humain, trop humain

Et aussi autre chose portée à la connaissance des nobles esprits par les maîtres qui y ont insufflés le doute : autrefois, en des temps anciens, nous n'étions point victimes de notre vanité, nous pouvions encore nous jouer de nous-même par la farce et l'obscénité ; aujourd'hui, nous le sommes devenus !

« VANITÉ. - Nous nous soucions de la bonne opinion des hommes, d'abord parce qu'elle nous est utile, puis parce que nous voulons nous en faire des amis (les enfants de leurs parents, les écoliers de leurs maîtres et les gens bienveillants en général de tout le reste des hommes). C'est seulement quand la bonne opinion des hommes a du prix pour quelqu'un, abstraction faite de son avantage ou de son désir de faire plaisir, que nous parlons de vanité. Dans ce cas, l'homme veut se faire plaisir à lui-même, mais aux dépens des autres hommes, soit en les menant à se faire une fausse opinion de lui, soit en visant un degré de « bonne opinion » où elle doit devenir pénible à tous les autres (en excitant l'envie). L'individu veut d'ordinaire, par l'opinion d'autrui, accréditer et fortifier à ses propres yeux l'opinion qu'il a de soi ; mais la puissante accoutumance à l'autorité – accoutumance aussi vieille que l'homme – mène beaucoup de gens à appuyer même sur l'autorité leur propre foi en eux, partant à ne la recevoir que de la main d'autrui : ils se fient au jugement des autres plus qu'aux leur propre. - L'intérêt qu'on prend à soi-même, de désir de se satisfaire, atteint chez le vaniteux un niveau tel qu'il conduit les autres à une estime de soi-même fausse, trop élevée, et qu'ensuite il s'en rapporte néanmoins à l'autorité des autres : ainsi il introduit l'erreur, et cependant y donne créance. - Il faut bien s'avouer que les vaniteux ne veulent pas tant plaire à autrui qu'à eux-même, et qu'ils vont assez loin pour y négliger leur avantage : car ils attachent de l'importance souvent à mettre leurs semblables en des dispositions défavorables, hostiles, envieuses, partant désavantageuses pour eux, rien que pour avoir la satisfaction de leur Moi, le contentement de soi. » Friedrich Nietzsche, aphorisme 89 de Pour servir à l'histoire des sentiments moraux, Humain, trop humain

Le serment des Horaces - David

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Publié par Max L'Hameunasse - chevalier de Nüllpahrt - dans Textes de critiques et réflexions

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé, communisme étatiste, fascismes ou libéralisme, même faussement adaptées aux temps présents, mais d'une pensée tout à la fois sociale et individualiste (non-libérale) !

Si le monde est pétri de contradictions, il ne sert plus à rien de vouloir les annihiler en instaurant une suprématie de la logique déductive-identitaire, comme l'a fait la Modernité. Ces contradictions sont constitutives de la vie, et en premier lieu de la vie humaine. La société n'est antagoniste à l'individu que de notre point de vue. En réalité, les deux sont aussi concurrents et complémentaires. La vie comme le monde sont complexes, et les réduire à des lois physiques ou mathématico-logiques ne conduit qu'à des impasses doctrinaux ou idéologiques au final. La société ne peut "être", c'est-à-dire, réellement, devenir, que par les individus qui la composent, et les individus ne peuvent devenir que par l'héritage et le soutien qu'ils reçoivent de la société, donc des Autres. La vie est communautaire-organique/individuelle-égoïste, et la réduire qu'à l'un ou l'autre de ces aspects est proprement ignorer la réalité. Tout comme est occulter la moitié du réel de vouloir le réduire à l'identité ou à l'altérité absolues.

C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien, par la subsidiarité bien comprise, par la justice selon le sens traditionnel de ce terme, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" du "devoir", que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de se soumettre la politique comme l'économique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. En cela, ils retrouveront le goût de leur humanisme originel, d'un type "antique" d'humanisme !

Le temps serait-il donc venu de faire de l'Europe un Imperium civilisationnel, et de ne plus rejeter toute idée de Puissance au nom d'une "liberté" idéalisée ? Car le monde qui se dessine est celui où s'affirmeront et les individus et leurs communautés, ainsi que, au-delà, les Imperii  civilisationnels connectés entre eux par un universel "pont terrestre". À nous, hommes de conscience, d'en prendre acte !!

Yohann Sparfell

(Socialiste conservateur-révolutionnaire européen et individualiste "aristocratique" nietzschéen)

 

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