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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 10:01
Beata Beatrix, dans laquelle Dante Gabriel Rossetti idéalise, sous les traits de son épouse décédée, la Béatrice de Dante

Beata Beatrix, dans laquelle Dante Gabriel Rossetti idéalise, sous les traits de son épouse décédée, la Béatrice de Dante

L'art de l'illusion ou les fantômes de la raison

Qu'est-ce donc que ces fantômes qui se meuvent devant nos regards obscurcis par l'illusion d'une vérité lisse et claire ? Clair et aveuglant soleil d'un matin d'été... Qui sont donc ces fantômes qui hantent nos vies faites de certitudes sur nous-mêmes et ce que nous serions supposés être, sinon nous-mêmes justement ; sinon l'homme tel que nous l'interprétons ; sinon l'individu tel que nous l'enfermons dans son cadre rigide, théorique, abstrait.

Que ne suis-je en ce monde qu'une image, sage ainsi qu' « ils » le désirent, et si pieuse d'elle-même ? Mais toute image est illusion. Que représentation. Une sorte de spectacle artistique auquel on est invité à assister soi-même. Ou encore en d'autres termes, une surface.

Les besoins, mathématiquement calculables, et par conséquent quantifiables à la faveur d'une prévisibilité adossée au pouvoir statique de l'État et de l'économie, sont devenus nos particules, les marques d'un attachement « territorial » supposé. L'individu moderne ne s'est ennobli que pour se réduire, s'abaisser, à n'être qu'un « cas ». Nous sommes entrés dans l'ère de la classification, ou nous la portons à son paroxysme. La raison, qui se prétend première, assois son pouvoir sur une telle classification des « caractères » ; elle le réalise donc, par nécessité, sur une cruelle simplification. Et sa tyrannie peut ainsi se développer sans que l'homme ordinaire ne questionne la généalogie d'une telle tyrannie. Sans doute aussi parce qu'elle rassure.

Nous avons beaucoup foi en nous-même, foi qui ramène à de folles espérances et que l'art sait si bien traduire. Et cette traduction est aussi une simplification en ce qu'elle imagine être l'homme selon une vue romantique, pour tout dire, réactionnaire : l'homme idéal, « naturel », retour à une essence supposée de l'homme. Les fondements de l'art actuel, prisonnier de son temps, sont donc également à interroger afin d'en extraire la nécessité liée à une fixité recherchée de la vie, l'Ordre, donc le contraire de la vie.

Mais l'art ne prend tout son sens que dans cette simplification, cette représentation, dont la vie ne saurait se passer afin de pouvoir assurer sa propre pérennité au travers de ses multiples formes. Il y a là un étrange paradoxe, de l'illusion nécessaire à la vie et pourtant constamment à dépasser, qui nous prouve que tout est devenir et non fixité.

« Êtres fictifs. - Quand on dit que l'auteur dramatique (et généralement l'artiste) crée réellement des caractères, c'est là une belle illusion, une exagération, dans l'existence et la propagation de laquelle l'art célèbre un triomphe qu'il n'a pas voulu et qui est pour ainsi dire en excès. De fait, nous ne savons pas grand-chose d'un homme vivant réel et nous faisons une généralisation très superficielle, quand nous lui attribuons tel ou tel caractère : c'est à cette situation très imparfaite vis-à-vis de l'homme que répond le poète, en faisant (c'est en ce sens qu'il « crée ») des esquisses d'hommes aussi superficielles que l'est notre connaissance des hommes. Il y a beaucoup de poudre aux yeux dans ces caractères créés par les artistes ; ce ne sont pas du tout des produits naturels incarnés, mais, semblables aux hommes peints un peu trop légèrement, ils ne supportent pas d'être regardés de près. Même si l'on dit que le caractère des hommes vivants ordinaires se contredit souvent, tandis que celui que crée le dramaturge est le modèle qui a flotté devant les yeux de la nature, c'est totalement faux. Un homme réel est quelque chose d'absolument nécessaire (même avec ses soi-disant contradictions), mais nous ne connaissons pas toujours cette nécessité. L'être inventé, le fantôme, a la prétention de signifier quelque chose de nécessaire, mais seulement pour des gens qui ne comprennent un homme réel que dans une simplification grossière et antinaturelle : si bien qu'un ou deux gros traits souvent répétés, avec beaucoup de lumière dessus et beaucoup d'ombre et de demi-obscurité autour, répondent à toutes leurs exigences. Ils sont ainsi facilement disposés à traiter le fantôme comme un homme réel, nécessaire, parce qu'ils sont accoutumés à prendre dans l'homme réel un fantôme, une silhouette, une abréviation arbitraire, pour la totalité. - Que le peintre et le sculpteur expriment le moins du monde l' « Idée » de l'homme, c'est là une vaine imagination et une illusion des sens : on est tyrannisé par l'oeil quand on parle de pareil façon, parce que cet œil ne voit du corps humain que la surface, que la peau ; mais l'intérieur du corps rentre tout autant dans l'Idée. L'art plastique veut rendre les caractères visibles au niveau de la peau ; l'art du langage use de la parole pour le même but, il rend le caractère par le son articulé. L'art part de la naturelle ignorance de l'homme sur son être intérieur (corps et caractère) : il n'existe pas pour les physiciens et les philosophes. »

Friedrich Nietzsche, aphorisme 160 de Humain, trop humain « De l'âme des artistes et des écrivains ».

Le philosophe, de Rembrandt

Le philosophe, de Rembrandt

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Publié par Max L'Hameunasse - chevalier de Nüllpahrt - dans Textes de critiques et réflexions

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé, communisme étatiste, fascismes ou libéralisme, même faussement adaptées aux temps présents, mais d'une pensée tout à la fois sociale et individualiste (non-libérale) !

Si le monde est pétri de contradictions, il ne sert plus à rien de vouloir les annihiler en instaurant une suprématie de la logique déductive-identitaire, comme l'a fait la Modernité. Ces contradictions sont constitutives de la vie, et en premier lieu de la vie humaine. La société n'est antagoniste à l'individu que de notre point de vue. En réalité, les deux sont aussi concurrents et complémentaires. La vie comme le monde sont complexes, et les réduire à des lois physiques ou mathématico-logiques ne conduit qu'à des impasses doctrinaux ou idéologiques au final. La société ne peut "être", c'est-à-dire, réellement, devenir, que par les individus qui la composent, et les individus ne peuvent devenir que par l'héritage et le soutien qu'ils reçoivent de la société, donc des Autres. La vie est communautaire-organique/individuelle-égoïste, et la réduire qu'à l'un ou l'autre de ces aspects est proprement ignorer la réalité. Tout comme est occulter la moitié du réel de vouloir le réduire à l'identité ou à l'altérité absolues.

C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien, par la subsidiarité bien comprise, par la justice selon le sens traditionnel de ce terme, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" du "devoir", que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de se soumettre la politique comme l'économique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. En cela, ils retrouveront le goût de leur humanisme originel, d'un type "antique" d'humanisme !

Le temps serait-il donc venu de faire de l'Europe un Imperium civilisationnel, et de ne plus rejeter toute idée de Puissance au nom d'une "liberté" idéalisée ? Car le monde qui se dessine est celui où s'affirmeront et les individus et leurs communautés ainsi que, au-delà, les Imperii civilisationnels ayant su dépasser les illusions de la consommation illimitée et de l'idéologie économiste. À nous, hommes de conscience, d'en prendre acte !!

Yohann Sparfell

(Socialiste conservateur-révolutionnaire européen)

 

"Il convient de savoir que le combat est universel et la lutte justice, et que toutes choses arrivent par opposition et nécessités."

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