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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 12:28
L'égoïsme - L'égoïsme contre l'égo (par P. Wotling)
 
L'égoïsme contre l'égo

La passion du désintéressement et son sens selon Nietzsche

(Extrait de Patrick Wotling, La philosophie de l'esprit libre – Introduction à Nietzsche, Champs essais 2008, in § L'égoïsme, pp. 282-284)

Si l'altruisme pur est une chimère, l'égoïsme est de son côté à repenser entièrement ; l'idée d'égoïsme ne peut être recevable philosophiquement que si elle est séparée de l'idée de moi unitaire (dans le texte d'Ecce homo, le terme d' « ego » relève d'un emploi imagé, et ne désigne donc pas une substantialité métaphysique, ni une unité irréductible), et des schèmes de pensée idéalistes sur lesquelles elle repose ordinairement – schèmes qui gouvernent secrètement, selon Nietzsche, toute la tradition philosophique -, et reliée en revanche à la vie pulsionnelle, dont elle exprime (en dehors de toute considération morale) un trait fonctionnel capital. Une pulsion non égoïste est une contradiction dans les termes, comme l'indique par exemple le texte posthume suivant : « Des actes non égoïstes sont impossibles ; « instincts non égoïstes » sonne à mes oreilles comme « fer en bois ». Je voudrais voir quelqu'un essayer de prouver la possibilité de pareils actes : quant à leur existence, il est trop vrai que la foule y croit, et tout ceux qui sont à son niveau – ceux par exemple qui appellent l'amour maternel ou l'amour en général quelque chose de non égoïste. »

Il devient donc nécessaire de penser un égoïsme sans ego, c'est-à-dire de reconnaître avant tout le caractère multiple de la personne, du soi-disant « sujet », et refuser la tendance métaphysique qui pousse toujours à réduire le multiple à de l'unité. Il n'y a pas d'égoïsme de l'ego, mais en revanche il y a bien en tout vivant des « intérêts » fondamentaux qui ne sont rien d'autre que les besoins qui s'expriment à travers les pulsions organisant et guidant la vie et l'agir de ce vivant : c'est à cela que se réfère la formule « devenir celui que l'on est ». De sorte également que nier l'égoïsme revient à dénier au vivant son caractère vivant, position foncièrement contradictoire, de même que, pratiquement, chercher à bloquer la satisfaction de ces intérêts fondamentaux ne peut qu'être l'expression d'une forme particulière de besoin du vivant, lisible selon les analyses nietzschéennes comme un retournement de la vie contre elle-même, donc comme une forme de vie qui exige, pour se maintenir encore, de rechercher, à terme, son propre anéantissement. Défendre les droits de l'égoïsme s'avère ainsi, chez Nietzsche, viser tout autre chose qu'une médiocre et facile recherche de satisfactions terre à terre. C'est au contraire s'éduquer à la première vertu du philosophe : s'imposer la rigueur d'une discipline pulsionnelle au service de l'indépendance.

L'égoïsme - L'égoïsme contre l'égo (par P. Wotling)
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Publié par Max L'Hameunasse - chevalier de Nüllpahrt - dans Autres auteurs

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à une idéologie progressiste, mais d'une pensée-action conservatrice-révolutionnaire, tant réaliste que futuriste et archaïque !

C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien au sein des communautés, par une politique subsidiaire au sein des Nations comme dans l'Europe impériale, par la justice selon le sens traditionnel de ce terme, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" consciente de ses devoirs, que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de soumettre l'économique sous le politique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. Mais la condition de tout ceci sera que nous sachions replacer au centre de nos vie et de nos actions les valeurs éternelles et sacrées qui ont su nous animer depuis des millénaires (à la source de l'autorité).

Le temps serait-il donc venu de faire de l'Europe un Imperium civilisationnel tout en affirmant la souveraineté de nos Nations, et de ne plus rejeter toute idée de Puissance au nom d'une "liberté" idéalisée ? Car le monde qui se dessine est celui où s'affirmeront et les individus et leurs communautés ainsi que, au-delà, les Imperii civilisationnels ayant su dépasser les illusions de la consommation illimitée et de l'idéologie économiste. À nous, hommes de conscience, d'en prendre acte !!

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