28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 18:28
Nietzsche & les Derviches (par Hakim Bay)

Nietzsche & les Derviches

(Texte de la partie II de la TAZ)


 


 

Par Hakim Bey


 

Sur le site : <http://www.kaosphorus.net/7822/nietzsche-les-derviches/>


 


 


 

RENDAN, « les intelligents ». Les soufis utilisent le terme technique rend (adjectif rendi, pluriel rendan) afin de désigner celui qui est « assez intelligent pour boire du vin en secret sans se faire attraper » : la version derviche de la « dissimulation permise » (taqiyya, par laquelle les chiites peuvent mentir à propos de leur véritable affiliation afin aussi bien d’éviter la persécution que de faire avancer le but de leur propagande).

 Sur le plan du « Sentier », le rend occulte son état spirituel (hal) afin de le contenir, de travailler sur lui alchimiquement, de l’améliorer. Cette « intelligence » explique en grande partie le secret des Ordres, bien qu’il demeure vrai que nombreux sont les derviches qui ont brisé les règles de l’Islam (sharia), qui ont offensé la tradition (sunna) & ont fait fi des coutumes de leur société – tout ceci leur donnant déjà une raison de maintenir le secret.

 En délaissant le cas du « criminel » qui utilise le soufisme comme un masque – ou plutôt, non pas le soufisme per se mais le dervichisme, presque un synonyme en Perse pour les je-m’en-foutistes &, par extension, pour le laxisme social, un style d’amoralité géniale & pauvre certes, mais également élégante – la définition ci-dessus peut encore être considérée dans un sens littéral & métaphorique. C’est-à-dire : quelques soufis enfreignent la Loi tout en permettant à cette Loi d’exister & cette Loi continuera à exister; & ceux qui le font pour des motifs spirituels, comme exercice de la volonté (himmah).

 Nietzsche dit quelque part que l’esprit libre ne se préoccupe pas des règles qui doivent être abandonnées ou même réformées, puisque ce n’est qu’en brisant les règles qu’il réalise sa volonté de puissance. On doit prouver (à soi-même si ce n’est à personne d’autre) une capacité à surmonter les règles du troupeau afin de forger sa propre loi & cependant ne pas sombrer dans la rancœur & le ressentiment pour les âmes inférieures qui définissent la loi & la coutume dans toute société. On a besoin, en réalité, d’un équivalent individuel à la guerre afin de réussir à devenir un esprit libre – on a besoin d’une inerte stupidité à laquelle mesurer sa propre intelligence & son propre mouvement.

 Les anarchistes posent, parfois, le principe d’une société idéale sans loi. Les rares expérimentations anarchistes qui ont réussi brièvement (les makhnovistes, les Catalans) ont échoué à survivre aux conditions de la guerre qui a permis leur existence préalable – ainsi, il n’y a aucun moyen de savoir empiriquement si une telle expérimentation aurait pu survivre au début de la paix.

 Quelques anarchistes, cependant, comme notre vieil ami italien stirnérien « Brand », ont pris part à toutes sortes d’insurrections & de révolutions, même communistes & socialistes, car ils trouvèrent dans le moment de l’insurrection lui-même le type de liberté qu’ils recherchaient. Ainsi, tandis que les utopistes ont, jusqu’à présent, échoué, les anarchistes individualistes ou existentialistes ont réussi en atteignant (brièvement) la réalisation de leur volonté de pouvoir dans la guerre.

 Les réprobations de Nietzsche contre les « anarchistes » ont toujours visé les martyrs de types égalitaires-communistes-narodniks, dont il voyait l’idéalisme comme une survivance du moralisme postchrétien – bien que, parfois, il les loue pour leur courage à la révolte contre l’autorité de la majorité. Il ne mentionne jamais Stirner, mais je crois qu’il aurait classé le rebelle individualiste avec les types les plus élevés de « criminels », qui présentaient pour lui (comme pour Dostoïevsky) des humains bien supérieurs au troupeau, même s’ils sont tragiquement imparfaits de par leurs obsessions &, peut-être, par leurs motivations cachées de revanche.


 


 

  Le surhomme nietzschéen, s’il a existé, devrait partager à un certain degré cette « criminalité » même s’il a vaincu toutes les obsessions & les pulsions, car sa loi ne pourrait jamais être en accord avec la loi de la masse, de l’état & de la société. Il se pourrait même que son besoin pour la « guerre » (littérale ou métaphorique) le persuade de prendre part à la révolte, qu’elle soit assumée sous la forme d’une insurrection ou d’une simple bohème fière.

 Pour lui, une « société sans loi » ne pourrait avoir de valeur qu’aussi longtemps qu’elle peut mesurer sa propre liberté à la soumission des autres, à leur jalousie & à leur haine. Les « utopies pirates » sans-lois & éphémères de Madagascar & des Caraïbes, la République de Fiume D’Annunzio, l’Ukraine ou Barcelone, voilà ce qui l’attirerait, car elles promettent le tourment du devenir & même « l’échec » plutôt que la somnolence bucolique d’une société anarchiste « parfaite » (et donc morte).

 En l’absence de telles opportunités, cet esprit libre dédaignerait à perdre son temps dans l’agitation de la réforme, de la protestation, du rêve visionnaire, de toutes ces sortes de « martyrs révolutionnaires » – en bref, de toute l’activité anarchiste contemporaine. Être rendi, boire du vin en secret & ne pas se faire attraper, accepter les règles afin de les briser &, par là, atteindre à une élévation spirituelle ou à un sursaut d’énergie dans le danger & l’aventure, l’épiphanie privée de la victoire sur toutes les polices de l’intérieur tandis que l’on mystifie ouvertement l’autorité – voilà ce qui pourrait être un but valable pour un tel esprit, & ceci pourrait être sa définition du crime.

 Comme pour le mouvement anarchiste contemporain : n’aimerions-nous pas, juste une fois, nous tenir sur le sol où les lois sont abolies & où le dernier prêtre a été pendu avec les tripes du dernier bureaucrate ? Oui, bien sûr. Mais nous ne retenons pas notre respiration. Il y a certaines causes que l’on échoue à abandonner, uniquement à cause de l’absolue insipidité de nos ennemis. Oscar Wilde a dit que l’on ne peut être un gentleman sans être quelque peu un anarchiste – un paradoxe nécessaire, comme « l’aristocratisme radical » de Nietzsche.

Ce n’est pas juste une histoire de dandysme spirituel, il s’agit d’un engagement à une spontanéité sous-jacente, à un « tao » philosophique. Pour tout son gaspillage d’énergie, dans son « informité », l’anarchisme, seul parmi tous les ISMES, approche de cette forme unique qui peut nous intéresser aujourd’hui, celle d’étrange attracteur, la forme du chaos – que l’on doit avoir en soi si l’on désire donner naissance à une étoile dansante.

Équinoxe de Printemps, 1989

Nietzsche &amp; les Derviches (par Hakim Bay)

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Published by Max L'Hameunasse - chevalier de Nüllpahrt - dans Autres auteurs

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(Une Res publica des régions et nations européennes libérées des projets mondialiste et impérialiste pseudo-eschatologiques !)

Res Publica Europensis

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Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

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L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

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« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme révolutionnaire européen et de l'eurasisme, catholique enraciné dans sa patrie !)

 

 

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