13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 21:33
Morale de vie, morale de mort

Morale de vie, morale de mort

 

 

 

 

 

À la question : à quoi doit servir la morale ? Nous devrions faire suivre une autre question : qu'est ce qui fait qu'une morale est favorable à la vie, ou non ?

Et cette interrogation entraînerait de bien grandes découvertes sur nous-mêmes si elle était menée jusqu'à ses conséquences ultimes : la morale telle que nous l'entendons généralement dans notre civilisation moderne est une « chose » que nous avons à cœur de pétrifier : expression ici-bas de la « vérité ». Cependant, ne devrait-elle pas ne point chercher à être mais plutôt à devenir, à toujours provoquer le sentiment ? Ne devrait-elle pas évoluer sans cesse autant que les hommes acquièrent la conscience de ce qui leur apporte plus de noblesse et de respect envers l'autre, le différent, l'inférieur comme le supérieur ? En d'autres termes, de l'utilité et de la nécessité au sein d'une civilisation d'où émerge la morale, s'accroît le sentiment de plus d'humanité, de plus de vie, à la condition que l'esprit des hommes ne se fige pas dans un état dépendant d'une « vérité » illusoire.

La morale découle de la nécessité qu'a la communauté de protéger ses intérêts au travers de règles et de lois. Elle élève les consciences humaines dans la mesure où des voies restent ouverte à sa propre évolution, la remise en cause des fondements sur lesquels elle repose : c'est l'éternel retour d'une attitude créatrice qui est celle de l'affirmation de la vie. A contrario, en ayant le désir de figer les lois, nous nions le monde, notre monde, en en créant ex nihilo un autre, idéal, à l'image d'une puissance somme toute illusoire que nous nous prêtons vaniteusement : et ainsi nous portons inévitablement, et fort souvent inconsciemment, atteinte à ce qui ne peut avoir de place en ce dernier monde qu'en tant qu'accessoires, ou ne point avoir de place du tout. Il en est ainsi de la morale chrétienne, comme de toutes celles, nihilistes, qui en sont issues.

 

 

« LES RAPPORTS AVEC LES ANIMAUX. - On peut observer la formation de la morale dans la façon dont nous nous comportons avec les animaux. Lorsque l'utilité et le dommage n'entrent pas en jeu nous éprouvons un sentiment de complète irresponsabilité ; nous tuons et nous blessons par exemple des insectes, ou bien nous les laissons vivre sans généralement y songer le moins du monde. Nous sommes si maladroits que nos gentillesses à l'égard des fleurs et des petits animaux sont presque toujours meurtrières : ce qui ne gène nullement le plaisir que nous y prenons. - C'est aujourd'hui la fête des petits animaux, le jour le plus accablant de l'année : voyez comme tout cela grouille et rampe autour de nous, et, sans le faire exprès, mais aussi sans y prendre garde, nous écrasons, tantôt par-ci, tantôt par-là, un petit ver ou un petit insecte empenné. - Quand les animaux nous portent préjudice nous aspirons par tous les moyens à leur destruction. Et ces moyens sont souvent bien cruels, sans que ce soit là notre intention : c'est la cruauté de l'irréflexion. S'ils sont utiles, nous les exploitons : jusqu'à ce qu'une raison plus subtile nous enseigne que, chez certains animaux, nous pouvons tirer bénéfice d'un autre traitement, c'est-à-dire des soins et de l'élevage. Alors seulement naît la responsabilité. À l'égard des animaux, on évite les traitements barbares ; un homme se révolte lorsqu'il voit quelqu'un se montrer impitoyable envers sa vache, en conformité absolue avec la morale de la communauté primitive qui voit l'utilité générale en danger dès qu'un individu commet une faute. Dans la communauté, celui qui s'aperçoit d'un délit craint pour lui le dommage indirect : nous craignons pour la qualité de la viande, la culture de la terre, les moyens de communication lorsque nous voyons maltraiter les animaux. De plus, qui est brutal envers les animaux éveille le soupçon qu'il est également brutal envers vis-à-vis des faibles, des hommes inférieurs et incapables de vengeance ; il passe pour manquer de noblesse et de fierté délicate. Ainsi se forme un commencement de jugement et de sens moral : la superstition y ajoute la meilleure part. Certains animaux incitent l'homme par des regards, des voix et des attitudes à se voir transporter en imagination dans le corps de ceux-ci, et certaines religions enseignent à voir parfois dans l'animal le séjour des âmes des hommes et des dieux : c'est pourquoi elles recommandent de nobles précautions et même une crainte respectueuse dans les rapports avec les animaux. Même si cette superstition disparaît, les sentiments éveillés par elle continuent leurs effets, mûrissent et portent leurs fruits. On sait qu'à ce point de vue le christianisme a montré qu'il était une religion pauvre et rétrograde. » Friedrich Nietzsche, aphorisme 57, Le voyageur et son ombre, Humain trop humain

 

 

Alors quoi ? Faudrait-il faire fi de ce qui nous a toujours permis, depuis que l'homme est homme, de nous sentir appartenant au monde, issus mais aussi créateurs de notre monde. Serions-nous tenus de nous élever au-dessus de nous-mêmes, au-delà du monde, dans les nimbes de la folie destructrice, ou de nous plonger dans les racines de ce qui fait notre humanité en tâchant d'y extraire de nouveaux fondements pour notre ascension future, au sein du monde ?

C'est de la tradition, de conventions données, portées à chaud par les coups du « marteau » philosophique et artistique, de cette tradition dont il aura fallu mettre à jour les racines, et en s'appuyant sur ce qu'elle nous a léguée, qu'il nous paraîtra alors le plus certainement possible de créer, de produire du nouveau qui puisse être « parlant » pour des esprits dont le sens ne peut plus se concevoir dans les limites étroites de la morale du vieux monde ; et d'autant plus lorsque cette « morale » est devenu une « anti-morale » symptomatique d'un « individualisme » étroit pour qui seul compte le bonheur privé et le chiffre un à partir duquel tous les autres découlent.

 

 

« LA CONVENTION ARTISTIQUE. - Ce qu'a écrit Homère est aux trois quarts convention, et il en est ainsi de presque tous les artistes grecs, qui n'avaient aucune raison de s'adonner à la rage d'originalité qui est le propre des modernes. Ils n'avaient aucune crainte du conventionnel ; c'était un moyen d'entrer en communion avec leur public. Car les conventions sont des procédés pour l'entendement de l'auditeur, une langue commune péniblement apprise, au moyen de laquelle l'artiste peut véritablement se communiquer. Surtout pour les poètes et les musiciens grecs, quand il veut être immédiatement victorieux avec son œuvre d'art – étant habitué à lutter publiquement avec un ou deux rivaux – aussi, être compris immédiatement et la première condition : ce qui n'est possible que par la convention. Ce que l'artiste invente au-delà de la convention, il l'ajoute de son propre chef et s'y risque lui-même, au meilleur cas avec ce succès d'avoir créé une nouvelle convention. Généralement, ce qui est original est regardé avec étonnement, parfois même adoré, mais rarement compris ; vouloir échapper avec opiniâtreté à la convention, c'est vouloir ne pas être compris. À quoi vise donc la folie d'originalité des temps modernes ? » Friedrich Nietzsche, aphorisme 122, Le voyageur et son ombre, Humain trop humain

 

 

Mais à ce point, il est nécessaire de s'entendre ! Être compris sied aux poètes et aux artistes car il incombe à ceux parmi eux ayant le plus d'esprit de donner de nouvelles couleurs au monde afin que les yeux puissent à nouveau s'en réjouir. Les philosophes quant à eux ne devraient guère se soucier de cette nécessité car il leur appartient de garder leur distance et leur légèreté : ce que l'on appelle si l'on veut, l'attitude aristocratique ; c'est que leur vision du monde, selon leur propre « tradition » devrait être d'un tout autre niveau : les conventions et « progrès » de la conscience deviendraient alors ci-bas les expressions de cette juste « domination ».

De la valeur que nous pourrions alors leur attribuer (selon les critères morales en faveur, ou non, de plus de vie) découle le type de l'immoralisme du philosophe : Nietzsche « contre » Platon : une guerre « céleste » si l'on veut !

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Published by Yohann Sparfell - chevalier de Nüllpahrt - dans Textes de critiques et réflexions

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  • : Recherche "aristocratique" philosophique et métapolitique intégrée au projet d'une Europe Nouvelle de type impérial post-libéral, inspirée de penseurs tels J. Althusius, F. Nietzsche, P.J. Proudhon, G. Sorel, O. Spengler, J. Evola, S. Weil, E. Jünger, A. de Benoist, A. Douguine, etc
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Propos pour un "Empire" européen

(Une Grande Europe de la Spiritualité et de la Puissance !)

Res Publica Europensis

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Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

"Minuit" de Vincent Vauclin

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

Alain de Benoist

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Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

Site du Think-Tank EurHope

 

 

« le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre. »  George Orwell

 

 

Recherche

Intro

 

soldat avec groom_Giorgione

 

« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme conservateur-révolutionnaire européen, pagano-catholique enraciné dans sa patrie !)

 

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