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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 13:38
De l'esprit de la force

De l'esprit de la force

 

 

 

 

Nous sommes tous dans une vaste scène de théâtre, le monde, où chacun joue son paraître selon sa force ou sa faiblesse. L'image que nous donnons de nous-mêmes détermine en tout premier lieu la nature des rapports que nous entretenons avec les autres. La domination ne découle pas d'autre chose que de la nécessité de s'assurer sa propre survie et sa croissance en tirant profit du sentiment de supériorité inspiré au dépend des autres. Nous entretenons nos rôles eu égard nos capacités de duper nos partenaires de jeu. Pour ceux dont cette capacité est faible ne reste alors qu'à tâcher de prouver son utilité : soutenir une quelconque valeur, la plupart du temps au détriment des autres, afin de pouvoir (sur)vivre par la garantie de cette stabilité. Pour les forts, beaucoup moins nombreux, leur grandeur ne peut s'affirmer qu'au travers leur aptitude à construire autour de leur jeu assuré un filtre de convenance : il s'agit de faire croire en eux. Il s'agit de créer un monde autour de leur grandeur, une assurance en l'avenir qui s'incarne en eux et en leur dynamique.

 

Il s'agit toujours d'un mensonge, celui qu'il paraît de plus en plus nécessaire de faire perdurer afin que de génération en génération s'installe durablement les conditions de la pérennité de la vie, de la culture à la civilisation. Imperturbablement, il faut recréer les décors de la scène, permettre à chacun de retrouver sa place. Car aussi au fil du temps les décors s'usent et s'installe alors le doute mauvais. Et le ressentiment de ceux qui pensent avoir été trompés et humiliés. Les prêtres jouent bien leur rôle...

 

Les forts sont des artistes, et ils font d'eux-mêmes leurs œuvres d'art. Ils s'accomplissent dans un destin tragique qui transportent la foule à aimer autant qu'elle méprise en une grandeur d'âme à la mesure du héros-artiste : c'est de leur courage à soutenir l'affirmation pour la vie, de la façon dont ils sculptent leur personnage, que le monde s'ouvre ou se ferme à eux. C'est à la façon dont ils créent les conditions de la « foi » en leur retour éternel qu'ils fondent un monde ouvert sur la vie ou se retournant contre elle et contre le devenir dans un accès de haine. Dans un cas, cette « foi » n'est que pure vanité, alors que dans l'autre cas elle devient une sorte d'exigence.

 

Et c'est bien à partir de cette exigence, signe de fatigue d'une force dégénérescente, que se cristallise l'espoir en une autre scène moins cruelle, peut-être plus « réelle » selon les désirs ardents et fous de ceux qui n'ont déjà plus assez de force pour accepter que tout passe et devienne. La « réalité » s'est déplacé en d'autres cieux et prétend alors se nommer « vérité ». Et les choses se glacent. Nous connaissons cela depuis deux mille ans.

 

La vanité n'est pas une espérance comme le fol orgueil. Elle est une exigence envers soi-même mais non point envers le devenir qu'elle finit de toute façon par accepter. Mais comme il est vain d'espérer un seul instant que la force puisse se reposer sur l'amertume des autres, la vanité se décale toujours d'un cran afin de s'enivrer du cours imprévisible de la vie. Elle inspire la scène où la cruauté se joue de l'esprit des hommes en leur faisant croire à leurs propres illusions mais aussi où s'émasculent les pauvres âmes lorsqu'elles pensent pouvoir par elles-mêmes contrôler le scénario en figeant les acteurs.

 

Derrière la force, qui n'est elle-même que par son inactualité, par la tension qui la pousse toujours en avant, se dissimule la fragilité. Cette fragilité humaine est assumé par le fort, et nié par le faible qui prétend que tout doit toujours être égal à soi-même. Cette fragilité incite le fort à toujours poursuivre sa quête de puissance en faveur de la création, de la vie donc qui est aussi destruction, alors que la puissance du faible le conduit à nier sa propre singularité et à s'épuiser dans une volonté d'en finir avec tout imprévu. C'est ce qui l'en est de la « force » du moderne. Nulle antinomie là-dedans, seulement une différence de degrés.

 

Il y a chez le faible, le malade, le décadent, une volonté – une volonté-puissance présente en tout « être » - qui l'incite à devenir fort. Mais que fait-il de cette force ? Où en son sein se l'applique-t-il ? Pour quel instinct ? C'est que toute volonté de maîtriser à jamais le cours de la vie n'est que duperie faite à soi-même : être fort au fond, c'est d'abord savoir cela, savoir que le monde est un jeu, un théâtre où l'on construit nous-même notre mise en scène d'après le scénario de nos illusions mais aussi de nos nécessités à vivre et s'élever. Le fort des temps à venir devra savoir cela.

 

 

Yohann Sparfell

De l'esprit de la force

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Publié par Yohann Sparfell - chevalier de Nüllpahrt - dans Textes de critiques et réflexions

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé, communisme étatiste, fascismes ou libéralisme, même faussement adaptées aux temps présents, mais d'une pensée véritablement individualiste (et non-libérale) ! Elle pourrait ainsi émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et associative, tout comme de notre rapport à l'autre et à nos propres croyances. Une pensée n’est en effet véritablement individualiste que dans la mesure où elle nous permet de faire preuve de réalisme quant aux conditions de notre individualité au monde - comme, donc, de notre humanité - et en cela elle se positionne donc clairement dans le mouvement évolutif de la Connaissance de la connaissance. En somme, notre interprétation de l'individualisme s'inscrit dans une volonté théorique et pratique de faire en sorte que l'individu humain, en vertu de sa singularité, reconquiert son auto-détermination au-delà des vaniteuses certitudes propres à la vie en société. Ma recherche, ma contribution au travers de ce site, s'enthousiasme donc des possibilités progressives infinies dont seraient capables les hommes s'il leur était seulement donné à chacun de pouvoir affirmer son devenir en harmonie avec les autres devenirs individuels, de réacquérir leur pouvoir de créer en reconnaissance des contradictions qui les constituent, qu'il ne s'agit pas d'ignorer ou de vaincre, mais d'équilibrer et d'accorder l'une par l'autre, comme nous l'invitait Proudhon.

La civilisation européenne occidentalisée est aujourd'hui à court d’idées, et plus encore, à court de volonté propre. L'individualisme "aristocratique" nietzschéen, forme particulière de l'individualisme anarchiste sans en être vraiment, devra donc dépasser le blocage actuel de la résignation et de la soumission aux convictions de la Modernité de telle façon à ce que puissent s’affirmer librement les individus en eux-mêmes et en leurs libres associations. C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien, par la subsidiarité bien comprise, par la justice sans préjugés de classe, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" du "devoir", que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de se soumettre la politique comme l'économique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. En cela, ils retrouveront le goût de leur humanisme originel, d'un type "antique" d'humanisme !

Le temps serait-il donc venu de faire de l'Europe un Imperium civilisationnel, et de ne plus rejeter toute idée de Puissance au nom d'une "liberté" idéalisée ? Car le monde qui se dessine est celui où s'affirmeront et les individus et les Imperii  civilisationnels ! À nous, hommes de conscience, d'en prendre acte !!

Yohann Sparfell

(Individualiste "aristocratique" nietzschéen)

 

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