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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 13:28
Intolérance et fanatisme religieux face à la Tradition gréco-romaine

Intolérance et fanatisme religieux face à la Tradition gréco-romaine

 

Par Neohellen (païen helléniste reconstructioniste) du forum Agora

 

John Scheid dans sa remarquable introduction à la religion romaine caractérisait celle-ci de cette manière :

« C’est une religion sans révélation, sans livres révélés, sans dogme et sans orthodoxie ». Il n’y a pas d’équivalent à la Bible. L’Iliade et l’Odyssée, l’Enéide ou les Oracles Chaldaiques, pour ne citer que les trois œuvres les plus respectées ne contiennent pas de révélation de la parole divine. Ce des œuvres inspirées mais humaines et en tant que telles critiquables.

« C’est une religion rituelle » dans laquelle « les individus étaient parfaitement libres de concevoir des dieux, la religion et le monde comme ils leur plaisait ».

« C’est une religion qui a gardé l'expression explicite de la foi tout à fait distincte de la pratique religieuse ». C’est-à-dire que les différents systèmes philosophiques avaient leur place en tant qu’explication du monde et des Dieux, mais aucun d'eux pouvait se prévaloir de détenir une vérité définitive.
Être un polythéiste hellénique ou de tradition gréco-romaine ne consiste pas à adhérer à un dogme, un enseignement ou un système philosophique particulier. Cela n’a rien à voir avec une initiation.

« C’est une religion qui ne comportait aucune initiation et aucun enseignement ». Cela signifie entre autre qu’il n’y a pas de prêtres chargés de diriger les consciences mais seulement des officiants devant accomplir les rites.

Sur le fronton du temple de Delphes consacré à Apollon et où officiait la Pythie était inscrit : "Connais-toi toi-même". La sentence signifie : ne te prends pas pour un Dieu, ne pèche pas par démesure (hybris), ne rivalise pas avec le Dieu et n’oublie pas que tu n’es qu’un mortel.

En effet nous ne pouvons pas rivaliser avec les Immortels. Ils sont clairvoyants et nous sommes aveugles. Notre intelligence dont nous sommes si fiers, est limitée. Nous sommes voués à l’incertitude quant aux Dieux.

Xénophane formule cela en quelques vers :

Non, jamais il n'y eut, jamais il n'y aura
Un homme possédant la connaissance claire
De ce qui touche aux Dieux et de toutes les choses
Dont je parle à présent.

La Pythie déclara : "est le plus savant celui qui, comme Socrate, sait que son savoir est en fin de compte nul". Socrate découvrit qu'il avait au moins une science, celle de son ignorance.

Dans l’Apologie de Socrate, le sage sur le point d’être condamné à mort refuse de se réfugier dans la certitude du mythe pour y trouver une « solution » : « Ma supériorité, c’est de n’avoir pas de savoir suffisant sur ce qui se passe chez Hadès et, ainsi, de ne pas me figurer savoir ce que je ne sais pas » (29 b).

Platon assure, que nous ne savons rien des dieux (Platon, Cratyle 400d), et que nous les imaginons seulement (Platon, Phèdre 246c-d), qu’il faut s’en remettre aux poètes pour les décrire (Platon, Timée 40e).

Ainsi dogmatisme et fanatisme n’ont pas leur place ici. Sans révélation, livrés à nous-même, le dogmatisme, trop sûr de ses croyances pour tolérer celles des autres, n’a pas lieu d’être.

Le dogmatisme qui finit invariablement par devenir haineux ou violent et qui conduit à l’intolérance et au fanatisme est fils de la suffisance, de l’orgueil. L’aveuglement des hommes est un thème central dans l’œuvre d’Homère. Le dogmatisme et l’intolérance, par leur démesure et leur caractère passionnel, s’opposent à l’idéal grec de mesure et s’apparente bien à l’hybris dont les hellènes avaient tant en horreur.

Rien n’est plus étranger à nos valeurs que cette attitude d’esprit qui consiste à croire que l’on détient la vérité absolue de façon indiscutable. L’histoire de nos croyances a vu s’affronter, souvent avec passion, différents systèmes philosophiques ou religieux, platoniciens, néo-platoniciens, stoïciens, pythagoriciens, orphiques, les sectes dionysiaques ou mithriaques, mais à aucun moment il s’est agi de refuser le pluralisme religieux. Isis avait ses temples au cœur de la Grèce et à Rome. Mithra, l’iranien était honoré par les soldats de l’empire alors qu’ils bataillaient contre les perses. Les juifs étaient tolérés et les persécutions contre les chrétiens étaient politiques et non doctrinales : on réprimait le refus d'adhérer en public à la cité et par là de faire acte de citoyenneté, l’obligation de sacrifier en personne n’étant pas même toujours requise.

 

Néohellen

 

 

À propos de l'intolérance d'une façon générale dans une époque (la nôtre) nihiliste (intervention sur le même forum Agora) :

 

Lorsque nous adoptons une spiritualité, une religion, un idéal, etc., il est indéniable que nous formons alors une sorte de communauté. De "communautés", il y en a de toutes sortes, mais la question est de savoir de quelle façon s'opèrent, s'organisent, les échanges entre ces communautés. Je pense que le fond du problème est là. Trop souvent, comme ici en France au travers de la laïcité (ou du moins de la façon dont elle est comprise et même pratiquée trop souvent), les conflits sont empêchés, niés, et le résultat apparaît là devant nos yeux aujourd'hui : l'explosion de violence, sous de diverses formes. A force d'un humanisme mal compris, idéologique, nous avons érigé le "progrès" au-dessus des "vieux oripeaux" telles les religions, les spiritualités. Tant et si bien que celles-ci apparaissent de nos jours comme des "reliquats" des temps anciens, des "crasses" dont il faudrait attendre encore quelques temps pour que l'Humanité s'en libère et découvre enfin le nirvana (sic) de la modernité et du progrès, de la "liberté" et bien d'autres valeurs idéalisées. Il est nécessaire de reconnaître la diversité afin que s'engage le dialogue, même conflictuelle si contenu dans des limites définies par la société entière, fédération de fédérations, la laïcité bien comprise et appliquée pouvant alors jouer tout son rôle dans ce processus que j'appellerais un processus "d'élevage" de l'humain par opposition au "dressage" (imposition tyrannique d'une seule vision du monde à des fins de domination). Si le dialogue ne s'instaure pas, et c'est le cas aujourd'hui, évidemment ça pète de toute part. L'intolérance s'accroît alors avec le refus de se voir bafouer par l'autre, le refus d'être non reconnu et même combattu en vertu d'une "vérité" plus valable qu'une autre. Nous n'avancerons vers plus d'humanité (je ne dis pas "plus d'humanisme") que si nous saurons accepter la contradiction et inventer un vivre-ensemble dont le principe ne repose pas sur des théories abstraites.

 

Yohann Sparfell

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Publié par Yohann Sparfell - chevalier de Nüllpahrt - dans Autres auteurs

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé, communisme étatiste, fascismes ou libéralisme, même faussement adaptées aux temps présents, mais d'une pensée véritablement individualiste (et non-libérale) ! Elle pourrait ainsi émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et associative, tout comme de notre rapport à l'autre et à nos propres croyances. Une pensée n’est en effet véritablement individualiste que dans la mesure où elle nous permet de faire preuve de réalisme quant aux conditions de notre individualité au monde - comme, donc, de notre humanité - et en cela elle se positionne donc clairement dans le mouvement évolutif de la Connaissance de la connaissance. En somme, notre interprétation de l'individualisme s'inscrit dans une volonté théorique et pratique de faire en sorte que l'individu humain, en vertu de sa singularité, reconquiert son auto-détermination au-delà des vaniteuses certitudes propres à la vie en société. Ma recherche, ma contribution au travers de ce site, s'enthousiasme donc des possibilités progressives infinies dont seraient capables les hommes s'il leur était seulement donné à chacun de pouvoir affirmer son devenir en harmonie avec les autres devenirs individuels, de réacquérir leur pouvoir de créer en reconnaissance des contradictions qui les constituent, qu'il ne s'agit pas d'ignorer ou de vaincre, mais d'équilibrer et d'accorder l'une par l'autre, comme nous l'invitait Proudhon.

La civilisation européenne occidentalisée est aujourd'hui à court d’idées, et plus encore, à court de volonté propre. L'individualisme "aristocratique" nietzschéen, forme particulière de l'individualisme anarchiste sans en être vraiment, devra donc dépasser le blocage actuel de la résignation et de la soumission aux convictions de la Modernité de telle façon à ce que puissent s’affirmer librement les individus en eux-mêmes et en leurs libres associations. C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien, par la subsidiarité bien comprise, par la justice sans préjugés de classe, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" du "devoir", que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de se soumettre la politique comme l'économique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. En cela, ils retrouveront le goût de leur humanisme originel, d'un type "antique" d'humanisme !

Le temps serait-il donc venu de faire de l'Europe un Imperium civilisationnel, et de ne plus rejeter toute idée de Puissance au nom d'une "liberté" idéalisée ? Car le monde qui se dessine est celui où s'affirmeront et les individus et les Imperii  civilisationnels ! À nous, hommes de conscience, d'en prendre acte !!

Yohann Sparfell

(Individualiste "aristocratique" nietzschéen)

 

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