11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 19:41
Du nom des dieux

Du nom des dieux

 

 

 

 

« Au point où commence notre ignorance et au-delà duquel nous ne voyons plus, nous plaçons un mot. » F. Nietzsche

 

 

 

§1

 

D'où vient le fait que les dieux sont devenus des allégories dans l'époque tardive de l'Antiquité ? Par le fait qu'on a voulu les nommer de façon immuable de telle sorte qu'ils ne puissent être que des « choses ». Ce pour quoi le paganisme en fut devenu bien fade face aux couleurs vives et tonitruantes du christianisme naissant.

Les Anciens avaient conscience que les épithètes s'ajoutant aux « noms » divins, noms n'étant eux-mêmes au fond qu'épithètes, étaient dans les temps archaïques la seule façon de leur attribuer verbalement une place dans le panthéon des forces divines, une façon de les désigner, de les qualifier en fonction d'un « rôle » plus ou moins précis. On n'osait les figer en de quelconques mots et noms qui n'auraient eu que l'affront de leur paraître bien réducteurs. Et c'est ce qui explique la multiplicité de ces « noms » et la possibilité inépuisable d'en inventer de nouveaux. Les mots deviennent vivant au contact des dieux.

Il n'y a point d'identité possible pour ce qui n'est que passage, même si ce passage nous paraît éternité.

 

§2

 

Lorsque l'on regarde son reflet dans le miroir, n'est-ce pas un autre que l'on voit en « réalité » ? L'idée que nous nous faisons de nous-même n'est qu'une idée qui prend la place trop souvent de ce que nous sommes réellement. L'identité à laquelle nous nous attachons, comme à un être qui nous serait extérieur, est l'image figée de nous-même qui prend le pas sur ce que l'on est en réalité. Et il est alors tentant de n'en faire qu'une expression, qu'un mot, et pourquoi pas, un concept !

 

 

§3

 

Dans la mesure où nous feignons de nous donner du monde des dieux une vision plus ou moins claire, nous l'abaissons inévitablement à notre niveau, à nos possibilités de com-préhension ; d'autres diraient : nous désenchantons le monde, en ramenant l'inconnu au trop connu.

La raison humaine a ceci de prétentieux qu'elle ramène ce dont elle ne s'entend à expliquer à ce qu'elle connaît déjà et peut nommer sans faillir. C'est pourquoi fallait-il sans doute que des dieux, à l'époque de l'Antiquité tardive, nous n'en fassions qu'une iconographie allégorique à la portée de notre jugement binaire ; c'est aussi la « raison » pour laquelle s'est obstruée pour nous la source intarissable jaillissant de l'inconnaissable et de l'éternel devenir.

 

 

§4

 

Nous aurions beau faire dix fois le tour de la question de l'origine de toute chose que nous ne saurions percer le mystère des sept Pléiades. Si tôt que l'on s'approche de la « vérité », de « l'en-soi » des choses, et celle-ci se fait plus fugace, plus inatteignable encore.

En un temps pas si lointain, la tentation fut grande alors de s'en tenir à une explication qui avait au moins l'avantage de servir une passion que nous avions placé au pinacle des choses humaines, trop humaines : la Raison. Il ne restait plus qu'une chose à faire que nous avions élevé au rang de « science » : inventer l'ordre des catégories par lequel nous pouvions diviser le monde, les deux principales d'entre elles étant le bien et le mal. Ni le monde des dieux n'y échappa, ni autre « chose », de telle sorte que, comme symboles de nos passions, Ils furent d'abord soumis à notre jugement et « classés » en fonction de leur utilité.

Ce n'est qu'alors que certains pensèrent que pour accéder à la Connaissance, il fallait n'honorer qu'un seul Dieu et faire périr les autres ou les rabaisser à des tâches secondaires. Il fallait, dirent-ils, que les passions fussent vaincues. Il fallait que le Bien régnât.

À notre époque où les choses se mélangent, nous ne savons plus où est le bien et le mal, mais nous ne savons plus non plus que chacun voit midi à sa porte.

 

 

§5

 

Par quoi la grammaire moderne aurait-elle pu être forgée si ce n'est par une passion qui au travers elle s'est efforcée de régner et d'anéantir plus sûrement les autres passions : passion craintive qui ne souffre ombrage, raison emportée par la déraison !

C'est ainsi qu'elle nous assène par le biais du langage de croire en sa seule légitimité. On peut prendre acte afin de le prouver de l'invention du « sujet » et de l' objet ». Si par exemple on se dit « je crois aux dieux », pense-t-on forcément à ce qu'est ce « je » qui pense et croit ? Moi ? Mais alors je retourne la question : quelle est ce « moi » ? De quelle parcelle de Soi s'agit-il ? C'est « je » qui croit, donc c'est « je » qui explique, qui détermine ce que doit être la réalité ; il s'agit là au fond d'une réduction, de réduire la polyphonie du monde en un seul son, de réduire la multitude des saveurs du monde à un seul goût. Inconsciemment, on fait du monde des dieux une explication pouvant servir aux desseins de la raison humaine, on en fait une restriction adéquate à la crainte que tout s'estompe dans le devenir. D'ailleurs, la phrase « je crois aux dieux » paraît réellement incorrect : et c'est « je crois en Dieu » qui est la forme qui doit alors s'imposer. Et c'est elle qui s'est effectivement imposée dans l'histoire de l'Antiquité tardive et christianisante.

L'histoire des dieux est un « texte », un récit, et non une explication de ce que serait la « vérité » au travers de mythes rigidifiés. Les mythes ne peuvent donc n'avoir que des interprétations plurielles selon une conscience qui ne fait pas d'une seule pulsion – règne de la raison et de la morale ascétique, son langage - l'aboutissement de la réalisation historique du « genre humain ». Ce n'est pas « je » qui croit aux dieux et à la multitude du devenir, c'est nos corps en leur entier. D'aucun dirait : « nous sommes crût ».

Le « je » cherche à devenir essence pour celui qui s'y identifie alors que a contrario, il est expression du ressentiment d'une époque contre la vie et ce qu'elle contient de furtif, d'imprévu, d'incompréhensible, de gracieux pour les forts et les dieux : pouvoir tyrannique de la raison passé dans la grammaire.

 

 

§6

 

Chercher une explication - une identité - et un sens - une cause, un but - en toute chose, c'est tout d'abord penser que cette « chose » contient en elle-même, comme son essence, cette explication et ce sens. Or, il n'y a rien de figé dans les « choses », ni dans notre monde ni dans celui des dieux.

Toute appréhension de la réalité passe nécessairement par l'expérimentation, oser faire des expérimentations. Le sens de tout ceci étant de faire varier à souhait les interprétations, et ce afin d'affirmer toujours davantage la vie.

Nous ne saurions donner arbitrairement une identité figée aux dieux en leur attribuant un nom sans prendre le risque de voir se transformer devant nos yeux le monde en un statuaire glacé et au final monolithique, ce que la tentation du faible a deux mille fois réalisé, hélas !

 

 

§7

 

Un nom donné en propre aux dieux, ou ne plus connaître l'étymologie de ces « noms » depuis si longtemps attribués, revient en somme à ignorer qu'ils ne furent en aucune façon un moyen de s'approprier des concepts comme le fait couramment la raison, mais une convention, une solution entre toutes, visant à établir une communication avec les forces divines. « Nommer » avait alors un tout autre sens, y compris d'ailleurs en ce qui concerne les hommes.

Les hommes d'alors ne cherchaient nullement à couvrir d'un masque, d'un voile pudique, la dure réalité que recouvrait la reconnaissance en chaque dieu et déesse d'un aspect de la force de vie. Il servait à quoi à leurs yeux de vouloir cacher la cruauté, l'élan primordial et archaïque de la force vitale présent en chaque entité divine, fut-il l' « amour » ? Il y avait en eux une volonté d'affirmer la vie ; la vie non pas comme « on » la rêve, mais comme elle est réellement, comme elle est vécue.

De nos jours, tout tend à nier la vie, dans nos pensées, nos langages, en cherchant inconsciemment à isoler chacun de ses aspects, à les ranger dans les tiroirs de la raison, et à opposer l'un contre l'autre au nom de la morale.

 

 

« Les mots ne sont que des symboles pour les relations des choses entre elles et avec nous, ils ne touchent jamais à la vérité absolue. » F. Nietzsche

Du nom des dieux

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Published by Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne - dans Textes de critiques et réflexions

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Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

"Minuit" de Vincent Vauclin

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

Alain de Benoist

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Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

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« le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre. »  George Orwell

 

 

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« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme conservateur-révolutionnaire européen, pagano-catholique enraciné dans sa patrie !)

 

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