22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 10:43
En quoi le paganisme se distingue-t-il du christianisme ? (par Thibault Isabel)

En quoi le paganisme se distingue-t-il du christianisme ?


 

Par Thibault Isabel


 

Texte extrait du chapitre intitulé « Le juste milieu. Une réflexion païenne sur la politique, la morale et la religion » dans l’ouvrage A bout de souffle, études et entretiens sur l’épuisement du monde civilisé, de Thibault ISABEL. Editions de La Méduse.


 


 

Les religions révélées sont toutes articulées autour d’une foi, c’est-à-dire d’une croyance à un être surnaturel, par définition distinct du monde, qui aurait créé l’univers ex nihilo. Dans le judaïsme, le christianisme et l’islam, le rapport à Dieu se fait nécessairement sur le mode de la foi, dès lors que Dieu est dans son essence un être métaphysique (le terme signifie « au-delà de la nature », en grec) ; le Créateur ne s’exprime donc jamais directement dans les choses naturelles, mais seulement peut-être à travers des signes indirects de sa présence, comme les miracles, ou sous une forme évanescente, en tant que Volonté invisible qui parcourt la Création sans jamais se confondre avec elle. Il n’est pas possible par exemple d’être chrétien si l’on persiste à ne croire que ce que l’on voit : il faut en effet du moins croire à l’existence de Dieu, bien qu’il soit situé au-delà de la nature et qu’il se trouve à ce titre parfaitement éloigné de nos perceptions humaines. Dieu peut se manifester dans le monde à travers l’Esprit-Saint et accomplir sa Divine Providence ; il peut aussi s’adresser à nous par l’entremise d’un livre sacré ou d’un prophète, voire s’incarner dans un messie qui serait à la fois son fils et un aspect de lui-même ; mais il ne s’identifiera jamais à la nature, pour un chrétien non hérétique, étant toujours et irréductiblement le Créateur et le Seigneur extérieur d’une Création qui lui est entièrement soumise. 

La foi renvoie donc à la croyance à Dieu, mais aussi à la croyance à ses commandements. Les prescriptions morales des religions révélées donnent à nos règles de conduite un tour inévitablement dogmatique, au sens technique et précis du terme : l’éthique n’articule plus le bon et le mauvais, guidée par des aspirations enracinées et « telluriques », mais le Bien et le Mal, qui sont l’un et l’autre hérités du ciel des idées (non de ce fait parce qu’ils sont adéquats au monde, en pratique, mais parce qu’ils sont censés être absolument vrais, en théorie). La morale chrétienne est fondée sur des dogmes, qui sont eux-mêmes l’expression d’une foi en l’Autre Monde et en sa Vérité. Il est intrinsèquement mal de tuer, et bien d’aider son prochain, dit-on. Ce n’est pas d’abord une affaire de circonstances : en tout état de cause, de tels commandements restent valables dans l’absolu, parce que Dieu en a décidé ainsi.

Pourquoi est-ce que j’accuse les religions révélées d’avoir provoqué la vague de nihilisme actuelle ? Mon jugement part du constat que, lorsqu’on cesse de croire à une métaphysique, on cesse aussi inévitablement de croire à la morale qui en était dérivée, et qui reposait sur elle ; il ne reste alors plus rien, sinon le nihilisme, au sens d’une absence de valeurs. Or, il me semble que l’effondrement des doctrines métaphysiques était contenu en germe dans le recours à la foi, du fait que je considère toute foi comme un fantasme : croire à ce qui n’a sensiblement aucune trace d’être, aucun signe probant de réalité, c’est là en effet la définition d’un imaginaire fantasmé. On me suivra ou non sur ce terrain, selon qu’on s’attache soi-même aux croyances (qui sont autonomes et n’ont pas fondamentalement besoin de justifications extérieures à elles) ou aux convictions (qui se fondent sur une interprétation plus ou moins juste du monde, mais toujours en relation à lui) : en ce domaine particulièrement, je sais bien que les arguments n’ont guère de prise. Quoi qu’il en soit, l’absorption dans l’imaginaire appelle inévitablement à terme l’essoufflement de toutes les illusions, mais aussi de tous les enthousiasmes, comme un retour de balancier, de même que l’hégémonie d’un extrémisme appelle bien vite l’hégémonie de l’extrémisme opposé, par compensation : c’est la raison pour la-quelle les régimes les plus répressifs génèrent souvent en définitive les poussées les plus fortes d’anarchie, et c’est encore la raison pour laquelle l’hégémonie du christianisme en Europe préparait souterrainement la voie au désenchantement contemporain. Le refoulement d’une polarité du réel, lorsqu’on s’éloigne du juste milieu et de son équilibre salvateur, favorise toujours finalement le basculement dans un déséquilibre contraire. A trop vouloir croire, et à fonder la morale sur des dogmes, on en est venu à perdre toute conviction, et à ne plus avoir de morale du tout.

Dans nombre de religions anciennes, en revanche, la foi était absente. Ainsi en allait-il de toutes ces religions que l’on qualifie parfois de « païennes », si l’on veut bien circonscrire ce qualificatif à la pratique religieuse de la plupart des peuples archaïques (c’est-à-dire des peuples qui, en Occident et en Orient, vécurent au cours de la très haute Antiquité) : je pense notamment ici à la Grèce d’Homère ou à l’Inde védique, pour ne mentionner que deux des civilisations les plus représentatives de cet âge. L’esprit global du paganisme s’exprima encore sous des formes moins typiques au cours de l’Antiquité tardive, alors que des tendances religieuses nouvelles commençaient toutefois à gagner en influence et introduisaient dans les mentalités les notions de sotériologie, d’ascèse, de manichéisme moral, d’au-delà – et plus encore de transcendance (fût-ce seulement comme source pérenne d’émanation du monde plutôt que comme origine première radicalement distincte de l’immanence) – : ainsi vit-on l’orphisme et toutes ses variantes conquérir partiellement le bassin méditerranéen, à partir de la période hellénistique, tout comme on vit le bouddhisme et l’hindouisme s’étendre sur l’Inde, plus ou moins à la même époque.

Les structures de pensée « païennes » semblent à vrai dire très proches de celles qu’on retrouve dans la plupart des cultures traditionnelles de tous les continents, que ce soit en Amazonie, en Océanie ou dans les steppes africaines. Le paganisme ne repose pas sur une foi – sur un Créateur qu’on ne voit pas et auquel on devrait cependant croire –, mais simplement sur un certain rapport au monde, sur une certaine attitude existentielle. Là où l’enthousiasme des chrétiens est d’abord et avant tout tourné vers une Entité métaphysique, dont les créations ne méritent d’être honorées qu’en tant que reflets parfaits ou imparfaits de Sa gloire, l’enthousiasme des païens est tout entier tourné vers la splendeur de ce monde-ci, à qui il s’agit de rendre hommage. A la sacralité hors du monde se substitue en somme la sacralité dans le monde, ce qui implique en même temps qu’à la sacralité déterminée par la foi, la croyance, se substitue la sacralité déterminée par la fascination, l’émerveillement rituel. D’un côté, pour perce-voir le sacré, il faut croire à l’au-delà ; de l’autre, il faut se recueillir poétiquement sur les choses, ici-bas. 

Certes, le chrétien peut lui aussi éprouver un émerveille-ment rituel ; mais cet émerveillement étant en essence tourné vers Dieu, il ne se suffit pas à lui-même et exige une foi pri-mordiale. Dans le paganisme, au contraire, c’est l’émerveillement rituel qui est primordial, dans la mesure où la foi est absente : c’est à vrai dire la nature qui est divine, du fait de l’aura sacrée dont elle se trouve investie par l’adoration. Tandis que, pour le chrétien, le for intérieur est l’organe d’excellence de l’homme pieux, puisqu’on y fait naître la certitude de l’au-delà, c’est la culture rituelle qui est l’organe d’excellence du païen, puisqu’on y forge esthétiquement le sens du merveilleux. Pour l’un, la religion vaut en premier lieu par son contenu, même si la forme des rites peut renforcer la ferveur phatique du fidèle (« celui qui a la foi ») ; pour l’autre, c’est le formalisme rituel qui donne en premier lieu son sens à la religion, même si la sincérité intérieure de l’adorateur (« celui qui adore ») contribue à renforcer l’impact émotionnel des cérémonies. A un système de foi répond donc un système d’adoration.

Le paganisme implique bien entendu la plupart du temps l’idée d’une diversité de dieux : le divin y figure les aspects d’un monde toujours en devenir, envisagé dans l’infinie variété de ses manifestations et transformations, au lieu de définir l’essence d’un Verbe unique, stable et immuable, constituant le fond intelligible caché du foisonnement des choses, comme dans les religions révélées. En paganisme, les créatures divines ne sont que des points de vue, des images – des idoles (« eidolon », en grec, signifie précisément l’image) – ; le monde lui-même n’est qu’une succession dynamique d’images sans fond, d’images creuses, qui ne semblent s’originer dans rien. Or, c’est le mystère jamais élucidé de cette provenance qui fascine, sous forme de question. Le paganisme est idolâtre parce qu’il refuse la dévalorisation du sensible et qu’il entend sanctifier le monde, dans son innocente apparence, dans son étrange et inlassable surgissement, en le divinisant à travers les idoles sacrées. Et, inversement, on comprend pourquoi les zélateurs des religions révélées ont très souvent été iconoclastes, hostiles aux images et aux idoles : représenter Dieu revient en effet pour eux à vouloir donner forme à ce qui ne peut en avoir, à ce qui est purement idéel (le « Verbe » céleste) et non naturel (comme l’ici-bas tellurique), au point de le rabaisser. Idolâtrer n’est autre alors qu’adorer la créature au lieu de se soumettre au Créateur.

Les conséquences éthiques des modes de pensée traditionnels sont décisives. Une morale païenne ne peut qu’être pratique et relative, soucieuse des intentions et du contexte, et fondée sur des aspirations plutôt que sur des principes. Le meurtre, par exemple, ne saurait y être condamné dans l’absolu : il est a contrario légitime d’employer la violence, lorsqu’il n’est absolument plus possible de recourir à d’autres moyens et que nous avons à défendre nos proches ou une cause que nous croyons juste. Rien n’est inconditionnel, ni subordonné à un commandement extérieur ; tout est circonstancié. La morale est fondamentalement arétique, à vrai dire, ce qui signifie qu’elle engage le sujet à mûrir, à se cultiver et à se développer dans toute l’ampleur de son potentiel naturel constitutif. Elle ne tend pas vers un devoir-être, mais vers un mieux-être, à la fois parce qu’elle nous rend meilleurs, plus aptes psychologiquement, intellectuellement et physiquement à atteindre nos objectifs vitaux, et parce qu’elle rend ce faisant le monde meilleur autour de nous, en nous permettant d’agir avec sérénité, clairvoyance et efficacité sur notre environnement. D’enfants capricieux, nous apprenons à devenir des adultes responsables ; d’individus pleutres et égoïstes, nous apprenons à devenir courageux et solidaires, désireux de nous ouvrir aux autres et de construire un ordre plus harmonieux en leur compagnie ; de faiseurs d’argent matérialistes, nous apprenons la valeur des richesses relationnelles, existentielles et symboliques. La morale n’est jamais répressive, alors ; mais elle nous inculque une discipline qui nous structure, non pour nous mortifier, mais au contraire pour nous épanouir avec réalisme, prévoyance et hauteur de vue. 

La morale païenne me paraît en définitive beaucoup plus équilibrée que les morales révélées, en ce qu’elle spiritualise notre rapport au monde tout en demeurant enracinée dans l’existence ; elle ne court pas de la sorte le risque d’occulter la chair. C’est une morale intramondaine plutôt qu’ultramondaine, qui ne crée pas des valeurs sur la base sclérosante des interdits, de l’ascèse et du péché, mais sur la base stimulante de la discipline, de la fierté et de l’affirmation de soi. 

Face au nihilisme qui guette toujours l’homme lorsque ses fantasmes de foi s’effondrent, je prône donc le recours à un réenchantement païen, qui ne demande pas de croire, mais seulement de voir, d’écouter et de sentir, c’est-à-dire au fond d’honorer et de se réjouir. Nous avons pris l’habitude de con-sidérer que la religion n’était réellement religieuse que si elle reposait sur une foi ; dès lors que nous ne croyons plus, nous pensons donc que le temps de la religion est passé. Or, nous oublions qu’à l’ère traditionnelle, la religion n’exigeait rien de tel, et rien de si déraisonnable ; elle nous demandait seule-ment de participer à des activités rituelles et de nous recueillir poétiquement, parce que c’est dans l’adoration véhiculée par le rite et la poésie que réside le seul cœur vivant de toute existence authentiquement religieuse. La foi, au lieu d’ajouter à la religion, ne fait que l’appauvrir, en détournant l’émerveillement de la seule source à laquelle il puisse réellement s’abreuver : le monde dans lequel nous vivons, qui nous permet en effet merveilleusement d’exister. Tourner l’adoration vers un Dieu transcendant, imaginé et fantasmé, marque un premier pas vers le dénigrement du monde, qui trouve psychologiquement et historiquement son terme dans le rabaissement athée de toute spiritualité, de tout enthousiasme et de tout enchantement. La métaphysique traduit en définitive pour moi l’entrée dans un processus de dévaluation de la vie, dont le nihilisme est le point d’aboutissement paradoxal, mais néanmoins logique et cohérent.

On pourra certes dire que je donne ici une présentation raffinée du paganisme, qui n’a pas grand-chose à voir avec la religion païenne telle qu’elle fut réellement vécue par l’immense majorité des hommes et des femmes du passé. Le paganisme dont je parle est celui d’Anaximandre, d’Héraclite et d’Empédocle, qui exalta ensuite Giordano Bruno, Johann von Goethe, Friedrich Nietzsche, Louis Ménard, Walter Otto, Charles Kerényi, Martin Heidegger et bien d’autres ; mais ce ne fut pas le paganisme populaire, qui croyait probablement à la présence physique de dieux au sommet de l’Olympe au lieu d’honorer seulement leur présence métaphorique. L’objection est donc exacte jusqu’à un certain point, à condition de rappeler qu’il existe toujours une différence majeure entre la vulgate d’une religion et son interprétation élitaire, y compris bien sûr dans les religions révélées, qui con¬naissent elles aussi leur lot de superstitions naïves et de pratiques propitiatoires. Et il n’empêche par ailleurs que le paganisme, même pris dans son sens le plus crédule, reste une entreprise de divinisation poétique de la nature, tandis que les grands monothéismes sont avant tout des instruments de divinisation du surnaturel, et se fondent sur une foi. La crédulité reste en-racinée dans le monde, alors que la foi est constitutivement tournée vers l’au-delà.

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« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

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L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

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« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

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