11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 10:43
Johannes Althusius (par Alain de Benoist)

Johannes Althusius – Présentation

 

 

 

Dans quel sens peut-on dire qu'aujourd'hui J. Althusius est un penseur actuel ? Sans doute parce que ses écrits peuvent faire en sorte en notre époque d'incertitude, de faire naître en nous une pensée politique inactuelle. Non pas inactuelle parce qu'elle serait issue du passé lointain de l'Europe, et donc à ce titre dépassée, mais tout au contraire parce qu'elle pourrait représenter pour les européens d'aujourd'hui une solution possible pour leur avenir commun face aux impasses dans lesquelles nous ont fourvoyées les idéologies universalistes des Lumières.

Des deux types théoriques de souveraineté qui sont issus des penseurs du XVIème siècle, Jean Bodin et Johannes Althusius, l'histoire européenne n'en a conservé qu'une, celle que conçu Bodin à partir d'une vision dualiste de l'autorité issue « d'un croisement entre la théorie juridique de la corporation romaine et une théologie fondée sur la notion paulinienne de ''corps mystique'', qui décrit l'universalité du peuple des croyants comme une entité unique. » Or, avec plusieurs siècles de recul, ne peut-on aujourd'hui constater que les principes à partir desquels a été imposée une souveraineté placée dans les sommets de l'État et séparée de la vie communautaire, sont aussi ceux par lesquels se sont désengagés peu à peu les citoyens de la politique et donc de leurs responsabilités vis-à-vis du « bien commun » ?

La « vie politique » s'est réduite à une volonté de prise de pouvoir en fonction d'intérêts divergents (dans sa version « démocratique »), et l'auto-organisation populaire issue des désirs et nécessités sociales, des réalités locales et de l'élaboration du bien commun, s'est retrouvée rabaissée, puis niée, eu égard une nouvelle nécessité : celle d'assurer au pouvoir monarchique, puis républicain, une hauteur et une autonomie intégrale lui permettant de concentrer en son sein toute la souveraineté, et par là-même la garantie des droits dévolus à l'individu atomisé de l'idéologie libérale naissante.

Car au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit : ne plus faire du citoyen l'élément indispensable de la vie communautaire au travers des divers groupes, collèges, associations, provinces, cités, etc., qui la composent et l'animent, mais une entité isolée, directement en lien avec l'État qui devient alors le garant de ses droits à défendre ses propres intérêts face à ceux des autres, et ce en concomitance avec l'avènement puis l'absolutisme de l'idéologie libérale. Dans le premier cas, le citoyen, la personne publique, est celui par qui se développe la vie politique au travers de ses diverses appartenances aux consociatio symbiotica (« communautés symbiotiques ») qui structurent la société de bas en haut. Dans le deuxième cas, la politique se transforme en combats d'opinions et n'a plus réellement de prise au travers de sa mise en œuvre somme toute pipée sur les choix affectant la vie commune... et même individuelle ; elle force même l'individu à ne devenir qu'un rouage d'une vaste machinerie structurée de haut en bas. D'un côté, la politique, collée au plus près de la vie, incite, et même ne peut concevoir la personne qu'en tant qu'actrice de son propre destin. De l'autre côté, le terme de « politique » est celui par lequel nous nommons encore une « participation » à notre propre soumission à un ordre mercantile libéral. D'un côté la diversité et l'équité, de l'autre, l'égalité et l'uniformité.

Il n'y a pas là de dichotomie, mais une continuité entre une haute conception de la civilisation qui fait de l'homme l'élément moteur de la socialité et de son propre accomplissement au travers de la diversité de ses appartenances, et une conception dégénérescente de l'homme qui le réduit à un rôle perpétuellement subalterne par rapport à une théorie, une idéologie, l'assignant à un « état de nature » par lequel seul compte ses intérêts immédiats et ses jouissances.

Afin de pouvoir redonner à la politique ses lettres de noblesse, son aspect « aristocratique », il nous sera nécessaire de redéfinir la notion même de fédéralisme et de souveraineté, ainsi que de prendre conscience où se doit, dans une civilisation évoluée, de prendre place cette dernière : dans le peuple ou exclusivement dans l'État ? C'est au travers de cette démarche que nous pourrons de nouveau re-lier le destin de notre Europe et de ses peuples avec les traditions qui sont nôtres et une autorité vivante réinsérée dans les fonctions organiques de nos vies communautaires ré-élaborées, fédéralisées.

D'où l'importance aujourd'hui de redécouvrir ce grand penseur que fut Johannes Althusius !

 

 

Ci-après le texte d'Alain de Benoist « Johannes Althusius (1557-1638) » que je vous invite à lire afin d'avoir une première approche de la profondeur et de l'importance actuelle de son œuvre. Il existe aussi deux ouvrages de Gaëlle Demelemestre édités aux éditions du Cerf sur Althusius :

 

> Les Deux souverainetés et leur destin, http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichetm.asp?n_liv_cerf=9322

 

> Introduction à la « Politica methodice digesta » de Johannes Althusius, http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=9635

 

Bonne lecture...

 

Document PDF "Johannes Althusius" par Alain de Benoist :

Johannes Althusius (par Alain de Benoist)

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Présentation

  • : In limine
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  • : Recherche "aristocratique" philosophique et métapolitique intégrée au projet d'une Europe Nouvelle de type impérial post-libéral, inspirée de penseurs tels J. Althusius, F. Nietzsche, P.J. Proudhon, G. Sorel, O. Spengler, J. Evola, S. Weil, E. Jünger, A. de Benoist, etc
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Propos pour un "Empire" européen

(Une Grande Europe de la Spiritualité et de la Puissance !)

Res Publica Europensis

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Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

"Minuit" de Vincent Vauclin

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

Alain de Benoist

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Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

Site du Think-Tank EurHope

 

 

« le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre. »  George Orwell

 

 

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soldat avec groom_Giorgione

 

« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(nationaliste-révolutionnaire pour l'Imperium européen en devenir !)

 

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