24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 18:42
Jean Auguste Dominique Ingres – Le rêve d'Ossian

Jean Auguste Dominique Ingres – Le rêve d'Ossian

En guise d'introduction

 

Par Yohann Sparfell

 

 

 

 

« Et renferme bien en ta mémoire que sur cette terre

Aucun duc aucun sauveur ne le devient sans avoir respiré

Avec son dernier souffle l'air rempli de la musique des prophètes

Sans qu'autour de son berceau n'eût tremblé un chant héroïque. »

 

« L'éthique s'ordonne à des Symboles et à une discipline qui resserre l'exigence autour du poïen. Ascèse de la centralité, du retour à l'essentiel, de l'épure, cette éthique rétablit la précellence d'une vérité qui se laisse prouver par la beauté en toute connaissance de cause. Pour Stefan George, rien n'est moins fortuit que la poésie. Loin d'être le règne des significations aléatoires ou de vagues divagations de l'inconscient, la poésie est l'expression de la conscience ardente, de la lucidité extrême. L'Intellect n'est point l'ennemi de la vision, bien au contraire. L'Image n'advient à la conscience humaine que par le miroir de la spéculation. Toute poésie est métaphysique et toute métaphysique, poésie. On peut considérer cette poésie métaphysique comme une illusion, Stefan George se refusant à en faire un dogme, mais cette illusion demeure une illusion supérieure dont la supériorité se prouve par la ferveur et la discipline qu'elle suscite : »

 

Seul peut t'aider ce qu'avec toi tu as fait naître -

Ne gronde pas ton mal tu es ton mal lui-même...

Fais retour dans l'image retour dans le son ! »

 

Luc-Olivier d'Algange, Hommage à Stefan George, Extrait de Lectures pour Frédéric II, éd. Alexipharmaque

 

 

Ce qui se voit ne peut Être, mais l'Être ne Se peut que par ce qui se voit. Voici qui engage une autre ''vision'' de la nature. La nature comme d'un livre ouvert, non sur la vie mais sur l'interprétation que l'on s'en fait. Et cette interprétation n'est pas une fable ni une fantaisie, ni ne reste au niveau de l'éthique ou de l'esthétique, mais se situe bien au-delà. Elle est ce par quoi se fonde l'Ordre du Monde. Elle est le présupposé de l'harmonie par laquelle peut se construire, à condition de s'y conformer strictement par le rite, politique et religieux, l'ensemble du monde humain. Car, « dans les temps anciens, dans la conception aristocratique et sacrée de l'État, même la politique était religieuse ».

 

La critique d'une vision naturaliste de la nature, qui peut donc être mise en phase avec la critique de l'attitude ''superficielle'' d'une large part du néo-paganisme actuelle, nous pousse inévitablement à nous interroger sur la place de la religion dans les communautés dites ''traditionnelles'' comparativement à ce qui tient lieu, trop souvent, de béquille spiritualiste dans nos sociétés post-modernes. Car en celles-ci flotte la pensée qui ne trouve plus rien d'après quoi ordonner ses flots incessants. Submergés par les images, nous ne nous attachons plus à rien qui pourrait apporter un sens à l'existence. L'image idyllique de la nature ne nous procure alors qu'un support où peut s'étendre le délire de la profusion des pensées imaginatives. Un arbre magnifique, un chaos de rochers, une forêt ancienne deviennent les réceptacles de nos divagations et nos errements.

 

Nous savons encore voir, mais savons-nous regarder ? Savons-nous encore et surtout lire ? La réelle beauté du monde ne se découvre pas par une vision passagère de notre ''environnement''. Elle se donne à lire dans ce grand livre qu'est la ''nature''. C'est-à-dire qu'il faut y ''voir'' bien autre chose, ou bien plus, que de simples formes, aussi bellissimes ou aussi terribles puissent-elles être. La ''nature'' n'est pas apparence, mais apparition. Elle révèle à qui sait la ''voir'' une présence qui réellement peut rassurer, car l'humanité ne peut se passer, sans risques, d'une herméneutique compensatoire. Compensatoire à quoi ? Mais au fait que la vie n'ait point de sens en soi. Pour vivre, il nous faut harmoniser nos actes à une ''explication'' du monde. Un simple émerveillement ne fournit jamais d'explication durable.

 

Se ré-harmoniser au Cosmos, c'est ré-inventer le pouvoir de se re-lier à l'Universel. C'est une œuvre et non point un travail. Il faut entendre par là que c'est par-delà le sensible, par la consécration de la « matière », que l'humanité trouve la véritable source de son accomplissement, de sa réalisation ; ce n'est pas par un rapport dualiste aux ''choses'' (même divinisées, les êtres de la ''nature'' restent toujours des ''choses'') que l'homme s'élève, mais en ressentant profondément son inclusion au Tout de l'Univers. Une spiritualité véritable, ainsi que l'œuvre sacrée d'inventer un mode singulier d'harmonie avec le Tout, une Kultur, est donc par principe, universelle, tout en s'élevant inévitablement, et salutairement, à partir de la multiplicité des interprétations culturelles et communautaires. L'existence ou non des dieux n'importe que relativement au fait que l'erreur serait de s'en tenir qu'à l'illusion d'une ''Loi divine'' sensée réguler les mœurs des hommes, nous retirant par là-même la responsabilité de nous ré-intégrer pleinement à l'Univers et de comprendre que Celui-ci sera toujours plus que la somme des singularités au travers desquelles Il bâtit le devenir. C'est ainsi qu'une transcendance se nourrit et s'élève de l'immanence et que l'Autorité reflète un lien profond : celui des hommes d'avec la Tradition, Celle qu'ils ont bâtit à partir de leurs âmes, et qu'ils trouvent au monde comme un don de leurs pères.

 

Par l' ''aspiration universaliste'', que j'appellerais plutôt universelle, on peut comme le fait Julius Evola évoquer la tradition catholique, tout comme on peut le faire des traditions européennes antérieures gréco-romaines ou celtiques qui par ailleurs, il faut le souligner, se sont infusées, via les croyances populaires, dans le catholicisme occidentale. Toutefois, la question qui se pose est de savoir si l'inspiration pour l'universel se doit d'être ''dirigé'' d'un au-delà métaphysique, d'une « tradition primordiale » supérieure et antérieure à toutes autres composantes de la société humaine (« primordialité » aboutissant à une vision transcendantale de l'État incarnant cet « au-delà ») au lieu d'être chacune en son époque la résultante particulière d'une ''lecture'' approfondie du monde par chacune des entités et communautés humaines conscientes de leur appartenance au monde et unifiées en un destin sacré commun. L'immanence en ce cas peut ne pas s'opposer à la transcendance comme dans le naturalisme pur, mais s'y complémenter afin de préparer à l'élévation d'une humanité, d'un Empire. Mais alors, contrairement à ce que pensait Evola, c'est bien ''du bas'' que s'élabore un universel, d'une organicité conçue comme structure fondamentale permettant un dépassement de soi, d'un ''lire'' autorisant à se sentir du monde tout en cherchant à ne point s'y arrêter et à y ''voir'' plus loin que le merveilleux qu'il contient : l'harmonie céleste dans laquelle se doit de s'intégrer l'homme conscient de son devoir.

 

Le paganisme peut donc ainsi avoir une nouvelle chance de devenir bien autre chose que cette réminiscence d'une humanité primitive s'il est pensé non plus comme véritablement une religion (selon le sens communément admis de nos jours pour ce terme), mais comme une interprétation universelle, dynamique et anti-dogmatique du monde, qui ne se soumet pas à la souveraineté de l'Idée, mais encourage la ré-insertion au centre de la communauté de l'action humaine peut-être la plus héroïque parce qu'engageant la destinée des êtres : la politique, au sens noble, aristocratique, grecque, du terme... et la poésie, parce qu'elle est lucidité.

 

 

 

Le Malentendu du "Nouveau Paganisme"

 

Par Julius Evola

 

(publié une première fois dans: Bibliografia fascista, n.2/1936; première publication de cette traduction française: Bruxelles: Centro Studi Evoliani 1979)

Lors d'une interview tout récemment accordée à Vienne, le journaliste qui nous interrogeait semblait parfaitement savoir que, depuis longtemps déjà, nous prônions en Italie un "impérialisme païen", ajoutant que dans un autre pays l'heure du succès avait sonné pour celui-ci.


Il faisait évidemment allusion à l'Allemagne, où des courants plus ou moins proches du national-socialisme entendent créer un nouvel esprit religieux spécifiquement germanique et non-chrétien.
Nous lui avons répondu que le temps était plutôt venu où nous nous trouvions presque obligé de nous déclarer sinon chrétien, tout au moins catholique!


En réalité, ajoutions-nous, ce "nouveau paganisme" d'au-delà des Alpes est très équivoque, et son analyse pourrait présenter beaucoup d'intérêt, tant en soi que pour nous-même, qui y sommes directement impliqué. Nous avons en effet reconnu, jadis, la valeur que pouvait avoir la reprise de certaines des grandes traditions pré-chrétiennes pour la reconstruction de notre civilisation européenne dans un sens héroïque, impérial et intégralement "romain". A l'heure présente, nous sommes loin de penser différemment qu'en 1928, lorsque notre ouvrage, intitulé précisément Impérialisme païen, fit scandale.


Entre les idées que nous y développions alors et ce qu'aujourd'hui on considère en Allemagne comme "nouveau paganisme", il existe non seulement des différences mais aussi des oppositions fondamentales. C'est pourquoi il nous faut dire - pour faire justice de quelques racontars intéressés - que s'il est vrai que certains de nos ouvrages sont à présent plus appréciés en Allemagne qu'en Italie, ils trouvent une plus grande résonance dans les milieux de la vieille Allemagne conservatrice que dans le nouveaux courants "païens" avec lesquels nous n'avons, certes, aucun rapport, pas plus qu'avec le courant semi-officiel d'Alfred Rosenberg. Si celui-ci a manifesté tant d'intérêt pour nous lorsqu'il croyait, par ouï-dire et en raison du malentendu provoqué par le terme quelque peu ambigu de "païen", que nous étions sur la même longueur d'onde que lui, à présent qu'il a pris connaissance de façon plus précise de notre point de vue réel, il a dû prendre ses distances. Ce point de vue, s'il peut avoir une influence en Allemagne, ne peut que mettre en évidence la déformation que nombre d'idées susceptibles d'une signification supérieure subissent du fait de leur adaptation à des buts purement empiriques et tendancieusement politiques. Mais voyons en quoi consiste objectivement l'équivoque du néo-paganisme nordique, en tâchant d'examiner le problème de la façon la plus impersonnelle possible.


Disons en tout premier lieu que le choix du mot "païen" pour définir des Weltanschauungen et des modes de vie étrangers aux "contenus" du christianisme n'est pas adéquat, et nous-même regrettons de l'avoir employé jadis.


Paganus est en effet un terme péjoratif, parfois même injurieux, employé dans les polémiques de la première apologétique chrétienne. Il existe, non seulement en tant que terme, en tant que mot, mais aussi en tant que substance et qu'idée, un "paganisme" qui n'est qu'une exogitation polémique et sans précédent dans le vrai monde pré-chrétien et non-chrétien, abstraction faite des périodes d'évidente décadence.


Pour glorifier et affirmer la nouvelle foi, une certaine apologétique chrétienne procéda à la déformation et à la dépréciation, souvent systématiques, de presque toutes les doctrines et traditions qui la précédèrent et auxquelles elle a ensuite accolé l'étiquette globale et péjorative de "paganisme". Nous sommes dès lors confrontés à ce paradoxe: Un "paganisme", qui n'a jamais existé et qui n'a été engendré que polémiquement par l'apologétique chrétienne militante, risque de nos jours de naître et d'exister réellement pour la première fois, et cela précisément en raison d'une action "néo-païenne", mais surtout anti-chrétienne, dans l'Allemagne nouvelle.


Quels sont, au juste, les traits saillants de la vision soi-disant païenne de la vie, tels que l'apologétique chrétienne les a imaginés et leur donné vie ?


Premièrement: le naturalisme. La vision païenne aurait ignoré toute transcendance. Elle serait demeurée dans la promiscuité entre l'esprit et la nature. Ses limites auraient été une mystique des forces de la nature (la vieille sornette de la "Forêt" contre le "Temple") et une divinisation superstitieuse des énergies de la race exaltées sous la forme d'idoles. D'où, en premier lieu, un particularisme et un polythéisme conditionnés par le sol et le sang.


Deuxièmement: l'absence des concepts de personnalité et de liberté, et un état d'innocence qui serait simplement celui propre aux êtres qui ne se sont pas encore éveillés à une aspiration vraiment métaphysique. Contre le déterminisme et le naturalisme "païens", verrait pour la première fois le jour, avec le christianisme, un monde de liberté supraterrestre, à savoir le monde de la Grâce et de la personnalité, un idéal de "catholicité" (c'est-à-dire, étymologiquement, d'universalité), un sain dualisme permettant de subordonner la nature à un ordre supérieur, à une loi venant d'en-haut.
Voilà bien, schématiquement, les traits saillants de la conception la plus courante de ce que l'on entend par "paganisme". Tout ce qu'elle contient de faux et d'unilatéral saute aux yeux - il est presque superflu de la souligner - , tout au moins de quiconque a quelque connaissance directe, fût-ce même très superficielle, de l'histoire des civilisations et des religions "païennes". Par ailleurs, dans les limites de la première patristique - dans les écrits d'Origène, de Clément d'Alexandrie, de Justin, etc. - on trouve la preuve d'une compréhension plus profonde des principes et des symboles propres à la civilisation antérieure.


Nous ne pouvons, dans les limites du présent article, que souligner quelques-uns de ceux-ci.
Et, tout d'abord, ce qui caractérise le monde pré-chrétien, du moins dans toutes ses formes supérieures, n'a rien de commun avec une divinisation superstitieuse de la nature, car il s'agit d'une compréhension symbolique de celle-ci, à travers laquelle tout phénomène et toute action extérieurs n'apparurent que comme la manifestation sensible d'un monde au-delà du sensible: l'essence de la conception païenne de l'homme et du monde était en effet symbolico-sacrée.


Il faut reconnaître, en second lieu, que la manière de vivre "païenne" ne ressemblait en rien à une licence naturaliste. Dans les formes originelles et d'intense tension idéale de la Rome ancienne, de l'Hellade antique, des civilisations primordiales indo-aryennes d'Orient, etc., il n'y avait aucun domaine de la vie, soit individuel, soit collectif, qui ne fût accompagné, soutenu et animé par un rite correspondant, à savoir par une action et une intention spirituelles réputées objectivement efficaces.


En troisième lieu, le monde "païen" connaissait déjà un dualisme sain. On le retrouve non seulement dans les grandes conceptions spéculatives - bornons-nous à citer Platon et Çankara - , mais aussi dans des conceptions plus "communes" comme celles, antagoniques, aujourd'hui universellement connues, des Indo-Européens de l'ancien Iran, de l'opposition entre les "deux natures" des Grecs, celle du monde des "Ases" et du monde élémentaire des anciens Scandinaves, ou encore l'opposition entre la "voie solaire des dieux", d'une part, et la "voie de la Terre", d'autre part, entre "Vie" et "libération de la Vie" des anciens Hindous, et nous pourrions continuer ainsi longtemps.


Sur la base de ces quelques exemples, nous pouvons dire que l'aspiration à une libération surnaturelle, c'est-à-dire à un accomplissement métaphysique de la personne humaine, fut commune à toutes les grandes civilisations pré-chrétiennes qui, toutes, connurent une "initiation" et célébrèrent leurs "mystères" propres. L'"innocence primitive" païenne est une fable telle qu'on ne trouve même pas chez les peublades dites sauvages. Cette forme qui, pour quelques-uns, évoquerait la notion de "limite", c'est-à-dire l'idéal classique, ne se situe pas en-deçà, mais plutôt au-delà du dualisme entre l'esprit et le corps, puisqu'il s'agit de l'idéal d'un esprit tellement dominateur qu'il a réussi à façonner totalement le corps et l'âme selon son modèle idéal, en une correspondance parfaite du contenu et du contenant.


On doit, enfin, constater une aspiration universaliste. Partout dans le monde "païen", dans le cycle ascendant d'une race supérieure, il y a une vocation à l'"empire", et cette vocation fut même souvent renforcée métaphysiquement en se manifestant comme une conséquence naturelle de l'ancienne conception sacrée de l'État et comme la forme spécifique d'un monde où une présence victorieuse du supra-monde tend à se manifester en ce monde. Nous pourrions rappeler à ce propos l'ancienne conception iranienne de l'Empire en tant que corps du "Dieu de lumière", ainsi que la tradition Indo-Aryenne du "Seigneur Universel" ou "Kravari", et ainsi de suite, jusqu'à la conception "solaire" de l'Empire romain, dont le contenu rituel et sacré s'incarna dans le culte impérial. Celui-ci était non pas la négation, mais le sommet hiérarchique unificateur d'un "panthéon", c'est-à-dire d'un ensemble de cultes, spatialement conditionnés, du sol et du sang.

 

Si l'on voulait multiplier les rectifications de ce genre, et qui n'ont rien de tendancieux, il n'y aurait que l'embarras du choix. celui qui est parfaitement conscient de ces choses comprendra aisément qu'il est tout à fait déplacé de vouloir défendre sa propre tradition au détriment d'une autre. Il lui sera facile de reconnaître la voie à suivre pour éliminer tout unilatéralisme dicté par un esprit partisan, pour donner à chacun son dû, pour séparer le positif du négatif et du contingent dans les différentes formes historiques, mais surtout pour atteindre à une vision plus complète, à un point de vue universel, de façon à ce qu'on puisse vraiment appliquer l'axiome "catholique" : Quod ubique, quod ab omnibus et quod semper. On pourrait ainsi énumérer tout un ensemble de principes "traditionnels" au sens éminent, du fait qu'ils sont dans le fond - métaphysiquement - antérieurs et supérieurs à n'importe quelle tradition historique particulière ou à n'importe quelle religion positive, et donc non susceptibles d'être revendiqués comme le monopole exclusif d'une de ces traditions ou religions historiques.


C'est sur ce plan, sans la moindre animosité mais avec la fermeté qui découle d'une juste vision des choses, que l'on peut procéder à une révision des valeurs, soit pour limiter et ordonner hiérarchiquement la validité de certaines conceptions particulières spécifiquement hébraïques du christianisme, soit pour présenter sous un jour plus favorable nombre d'aspects quasiment oubliés des grandes traditions d'un passé plus lointain, antérieur au christianisme, afin de les tester, en vérifiant lesquels parmi ceux-ci pourraient encore, sans anachronisme, être rappelés aujourd'hui à la vie pour agir créativement. Non pas contre l'Église et contre le christianisme, mais plutôt par-delà ceux-ci, au sein d'une élite déterminée.


Hélas! dans le néo-paganisme allemand nous ne retrouvons riens de semblable. Tout d'abord, comme nous l'avons dit, c'est presque en tombant dans un piège préparé d'avance que les néo-païens finissent par professer et défendre des doctrines qui se réduisent pour ainsi dire à un paganisme fictif et privé de transcendance, mais lié au sang et immergé dans un mysticisme suspect, suscité polémiquement par la dialectique de leurs adversaires. Et comme si cela ne suffisait pas encore, l'on passe sous silence, d'une manière partisane, tous les aspects supérieurs du christianisme et du catholicisme, tout comme l'on avait jadis passé sous silence les aspects supérieurs du vrai paganisme. L'argumentation anti-chrétienne se sert finalement de conceptions toutes modernes, nées de la philosophie des Lumières et du rationalisme, qui se sont jadis présentées en ordre de bataille contre l'Église et le christianisme mais sous l'enseigne - comble de dérision! - du libéralisme, de la sociale-démocratie athée et de la franc-maçonnerie.


L'on ne découvre rien d'autre lorsque le nouveau paganisme s'adonne à l'exaltation de l'immanence, de la "vie" et de la "nature", en créant une nouvelle religion pleine de superstitions et qui contraste de la manière la plus radicale avec l'idéal supérieur "olympien" des anciennes civilisations de l'Orient et d'Occident. Par ailleurs, ce néopaganisme se répand également en accusations contre tout dualisme ascétique dans lequel il ne voit qu'un produit de la dégénérescence anti-aryenne qui lui aurait été inoculée par les races "levantines". Il nie alors également toute vérité supérieure à la race et à la mystique de la race, n'hésitant pas à mettre toute conception surnaturelle de la connaissance et de l'action (et, par conséquent, également le "surnaturel" chrétien et toute la dogmatique catholique quant aux sacrements et aux miracles) au compte des superstitions du "sombre Moyen Age" et d'une tactique de domination des prêtres, pour exalter en leur lieu et place les conquêtes propres au soi-disant libre examen et à la conscience profane moderne. Il exhume alors également de vieux racontars anti-catholiques sur l'Inquisition ou sur la Donation de Constantin, et se scandalise quant à la prétention d'infaillibilité, alors que celle-ci fut de tout temps reconnue, dans les civilisations traditionnelles, à ceux qui étaient parvenus à la vrai connaissance métaphysique. Rappelons enfin que, vraisemblablement en proie à l'angoisse de l'inconscient devant des horizons trop vastes, il ne sait voir dans l'universalisme autre chose qu'une création du "despotisme judéo-romain" qui serait mortel pour les nationalités, à moins qu'il n'y voie le produit d'un chaos ethnique découlant d'un climat de "décadence", au lieu d'y déchiffrer une unité hiérarchique supérieure, une exigence spirituelle.


Souvent, ce néo-paganisme s'allie alors également à un fanatisme nationaliste, qui a un relent de jacobinisme et de romantisme suspect, dans lequel il est beaucoup question d'"héroïsme tragique" et d'amor fati. D'une part, il réveille la mystique de la horde primordiale et, de l'autre, il attise la révolte du pouvoir temporel contre toute autorité spirituelle, jusqu'à être tenté de réduire la seconde à une pure et simple émanation du premier.


Tout cela n'est que du "paganisme" négatif tel que l'ancienne apologétique militante souhaitait le voir, mais ce qui est plus grave, c'est que tout ceci porte la marque de la confusion, de la régression, de la perte de toute orientation véritable, d'une soumission à des influences irrationnelles. En fin de compte, ce n'est que de l'amateurisme, du fanatisme et de l'inculture.


En Italie, quelqu'un a trouvé une formule fort heureuse en disant que, si le nazisme accuse le catholicisme de faire de la politique, lui-même fait en vérité bien souvent de la religion. C'est foncièrement vrai, car la religion se transforme ainsi en politique. Par contre, dans les temps anciens, dans la conception aristocratique et sacrée de l'État, même la politique était religieuse. Le nouveau paganisme, loin de représenter, ainsi qu'il le prétend, un retour aux origines, n'est qu'un pot-pourri d'éléments qui découlent uniquement de la désagrégation anti-traditionnelle moderne, et plus spécialement des trois éléments suivants: le "pathos" de la "nation" plus ou moins déifiée d'une manière jacobine, l'immanentisme naturaliste moderne et, finalement, un bric-à-brac de type rationaliste et scientiste qu'on retrouve, dans la même association paradoxale avec le mysticisme, dans tout ce qui est spécifiquement "raciste".


Certes, nous n'entendons pas contester qu'à côté des dits éléments s'expriment également, dans l'effervescence culturelle allemande de l'heure, des exigences de valeur différente, et c'est bien pourquoi nous nous sommes abstenus de nous référer nommément à des auteurs. Mais cela n'empêche pas que le "paganisme" dont nous venons de parler ne donne, en Allemagne, naissance à de nouveaux mythes et que ne s'y aggravent des conflits d'ordre spirituel. S'il nous faut sortir de la neutralité que nous avons jusqu'ici observée dans ce conflit entre le nouveau paganisme et le christianisme, il ne nous sera pas possible, malgré toute notre bonne volonté, de nous ranger du côté du premier - surtout s'il s'agit du catholicisme et de l'Église catholique plutôt que du christianisme en général.


N'oublions pas que le catholicisme peut remplir une fonction de "barrage", car il est porteur d'une doctrine de la transcendance: aussi peut-il, dans une certaine mesure, empêcher que la mystique de l'immanence et la subversion prévaricatrice venue d'en-bas ne dépassent un certain seuil.

Le Malentendu du "Nouveau Paganisme" (par Julius Evola)

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Propos pour un "empire" européen, une Grande Europe dans le cadre du projet eurasiste de la multipolarité :

(Une Res publica des régions et nations européennes libérées des projets mondialiste et impérialiste pseudo-eschatologiques !)

Res Publica Europensis

(cliquer pour télécharger le PDF)

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Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

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Ce site se reconnaît dans la proposition de "Quatrième Théorie politique" et dans le projet "eurasiste" pour un monde multipolaire

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme révolutionnaire européen et de l'eurasisme, catholique enraciné dans sa patrie !)

 

 

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“Contrairement aux allégations de Samuel Huntington, l'orthodoxie ne représentera pas, à l'heure des retrouvailles grand-continentale eurasiatiques des nôtres, une ligne de rupture infranchissable: au contraire, la mobilisation trancendentale de l'ethos européen abyssal provoquée par la tentative américaine d'assujettissement du Grand Continent fera que l'Europe catholique de l'Ouest et que l'Europe orthodoxe de l'Est y retrouveront, providentiellement, l'unité antérieure d'une même foi et d'un même destin. Unité impériale, foi impériale et destin impérial, encore une fois et, cette foi-ci, définitivement.”

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