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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 17:28
Un avenir chaotique

Un avenir chaotique

 

 

 

L'inversion des valeurs, voici ce qui caractérise notre époque. Un temps sombre lors duquel ce qui symbolisait incertitude et torpeur, et provoquait riposte et hargne guerrière, évoque plutôt aujourd'hui un espoir désarmant de se vautrer dans le Bien, valeur absolue. Ainsi en est-il du chaos, du moins d'une interprétation de celui-ci, ultime conviction les têtes pensantes qui ont l'ambition de régir l'avenir du monde. Ou du moins il est serait ainsi selon la façon dont on peut lire et interpréter leur stratégie mondaine, celle qui appartient à leur vision de l'homme. Un homme flottant entre deux libertés mal assurées, au gré de ses caprices et des jeux dangereux d'une machine financière devenue folle.

Celui qui prétend posséder la raison est un animal étrange. Sa prétention l'aveugle et l'empêche de voir à quel point c'est sa raison qui le possède. À l'image de son Dieu unique, il s'assied sur son nuage bien au-dessus du monde et étend son audace jusqu'à vouloir manipuler la jungle qu'il sème lui-même dans ce dernier, simultanément en détruisant tout ordre, toute beauté. Mais la raison est un instinct, aussi bizarre que puisse paraître cet énoncé en notre époque, un instinct qui est seulement parvenu à dominer les autres instincts. Un goût immodéré pour la vérité anime la raison qui fait d'une sorte d'homme l'instrument de droits inventés pour sa magnificence. Cette prétention se cache derrière les oripeaux d'un démocratisme mal digéré, en proie à des relents tyranniques d'un autre âge. Mais quelle est-elle donc cette prétention sinon un désir pervers de se venger du monde, d'écraser toute énergie vitale sous le poids monstrueux d'une cupidité qui ose se parer du decorum d'une vie « idéologisée » ?

Semer le chaos, et vouloir le contrôler. Voici donc la dernière nouveauté d'une oligarchie trans-atlantique qui assoit son désir de liberté suprême, somme toute, sur une interprétation du monde et de l'homme, pire, sur une volonté de monde. Il est une chose que leur esprit malade ne supporte plus : que le « monde » leur échappe, qu'il s'évertue à leur tenir tête. Il emploient donc leur dernière trouvaille qui consiste en une ambiguïté apparente et qui se fonde sur le fait que plus rien ne semble avoir de sens en notre époque. L'image d'un « chaos » généré par leurs guerres et piètres croisades, par leur dérégulations et insignifiantes tolérances, serait sensé, selon eux, faire jaillir un esprit de liberté et de conquête, des ruines de nos espérances obsolètes. Mais qu'en serait-il d'une liberté éthérée ? Ne montrerait-elle pas alors aux mutants des temps antithétiques que l'heure des esclaves a sonné ?

Car la « liberté » des post-modernes n'est-elle pas qu'une vaine ambition, qu'un désir de nier la force suprême qui fait de nous des hommes, de s'en venger même ? Ce qu'en notre époque nous nommons « force créatrice », nous ne sommes même plus à même de nous rendre compte à quel point il s'agit d'opportunisme. À quel fin ? Celle qui consiste à briser ce qui fait la force et la robustesse des peuples : la politique, entendue dans son sens véritable et toutes ses implications pour l'avenir des communautés humaines. Car c'est ce besoin de sens, de faire émerger une véritable force créative du « magma » humain, d'élever une Culture d'une pluralité de singularités, qui fait encore barrage au désir dément d'abaisser l'homme à un atome égocentrique – une parodie d'homme issue du délire idéologique libéral. Le prétexte de dynamiser une économie mondialisée moribonde cache mal l'ambition d'annihiler la volonté vers la puissance - façon d'interpréter ce que l'on nomme vie – ou plus exactement d'en dévoyer, et d'en inverser, le sens profond.

Ce qui pousse à toujours accumuler, l'avoir frénétique, l'envie mimétique d'accroître une « puissance » - de l'impuissance -, se développe telle une vengeance contre la vie, une vue étroite et monothéiste érigée contre la puissance contenue dans ce que l'on nomme le génie des peuples. Le « droit à la différence » des post-modernes, l'invention opportuniste d'une pseudo-énergie émanant de l'ambiguïté et de la complexité actuelles entretenues, tentent d'étouffer sous le fracas des armes et des machines de production la réelle diversité des hommes élevée en des temps bien plus glorieux au rang d'élément indispensable – mais pourtant nécessairement contrôlé par la raison partagée – de la vigueur du devenir commun.

Force est donc de constater qu'aujourd'hui le sens de la communauté devient le dernier rempart face à une déshumanisation organisée.

 

Postface

Divagations nocturnes sur le chaos ou une certaine façon de l'interpréter

 

Comme la prétention humaine nous paraît parfois risible. Certains d'entre nos contemporains auraient donc dans leurs intentions de « provoquer » le chaos ? Mais selon quel sens faudrait-il donc entendre ce mot, « provoquer » ? Serait-ce dans le sens d'occasionner, de causer, comme trop souvent on l'entend de nos jours ? Ou alors dans le sens premier d'interpeller, d'exciter afin que jaillisse un sens d'une opposition perçue comme insupportable ? Pour nos apprentis sorciers, il s'agirait bien d'instaurer UN chaos, propre à donner toujours plus de sens à des préjugés tyranniques. Mais, en se parant de telles intentions « lubriques », le risque est grand de ne pouvoir que provoquer le Chaos selon la définition seconde donnée plus haut.

Le Chaos n'est cause de rien ; C'est rien, mais aussi Tout ce qui est. C'est comme une « base » instable et immuable, immobile et toujours en devenir, de toute construction humaine, une présence et un vacarme sourd et aveugle sur lequel, ou d'après lequel, se maintient la vie dans l'erreur tragique, mais pourtant nécessaire, d'une puissance éternelle. Toute prétention à en contrôler le cours n'est que fantasmagorie qui cache mal une réelle volonté d'imposer un certain sens, corrompu, à la vie humaine afin, en réalité, d'en irriguer le flux, et par là-même en juguler la puissance et la liberté. Or, cette dernière ne pourrait émerger sans une perpétuelle re-création de sens, archaïque, en lequel elle trouve à se nourrir et s'inspirer. « Provoquer » le chaos serait donc retourner contre elle-même la vie et, terrible perspective, penser que toute chose puisse s'élever d'un « néant » entendu, institué à partir des affres d'une folie dominatrice et castratrice.

Que l'on prenne le problème à l'envers : les choses, pour ce qu'elles nous paraissent, ne peuvent qu'être issues d'un sens qui leur donne forme, com-préhension et consistance. Une Création, pour peu qu'elle puisse élever l'homme, n'émerge que de l'Art qui ordonne et sculpte la beauté du regard, non point d'une déraison funeste qui produit une bouillie informe de ce que furent les œuvres humaines millénaires.

Pour être des irresponsables, nos ennemis libéraux à la prétention débridée n'en sont pas pour autant des idiots, et leur vanité ne se mesure qu'à l'aune de leur croyance religieuse en une sorte de « chaos » rédempteur.

 

Yohann Sparfell – septembre 2015

Un avenir chaotique

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Publié par Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne - dans Textes de critiques et réflexions

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé, communisme étatiste, fascismes ou libéralisme, même faussement adaptées aux temps présents, mais d'une pensée véritablement individualiste (et non-libérale) ! Elle pourrait ainsi émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et associative, tout comme de notre rapport à l'autre et à nos propres croyances. Une pensée n’est en effet véritablement individualiste que dans la mesure où elle nous permet de faire preuve de réalisme quant aux conditions de notre individualité au monde - comme, donc, de notre humanité - et en cela elle se positionne donc clairement dans le mouvement évolutif de la Connaissance de la connaissance. En somme, notre interprétation de l'individualisme s'inscrit dans une volonté théorique et pratique de faire en sorte que l'individu humain, en vertu de sa singularité, reconquiert son auto-détermination au-delà des vaniteuses certitudes propres à la vie en société. Ma recherche, ma contribution au travers de ce site, s'enthousiasme donc des possibilités progressives infinies dont seraient capables les hommes s'il leur était seulement donné à chacun de pouvoir affirmer son devenir en harmonie avec les autres devenirs individuels, de réacquérir leur pouvoir de créer en reconnaissance des contradictions qui les constituent, qu'il ne s'agit pas d'ignorer ou de vaincre, mais d'équilibrer et d'accorder l'une par l'autre, comme nous l'invitait Proudhon.

La civilisation européenne occidentalisée est aujourd'hui à court d’idées, et plus encore, à court de volonté propre. L'individualisme "aristocratique" nietzschéen, forme particulière de l'individualisme anarchiste sans en être vraiment, devra donc dépasser le blocage actuel de la résignation et de la soumission aux convictions de la Modernité de telle façon à ce que puissent s’affirmer librement les individus en eux-mêmes et en leurs libres associations. C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien, par la subsidiarité bien comprise, par la justice sans préjugés de classe, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" du "devoir", que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de se soumettre la politique comme l'économique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. En cela, ils retrouveront le goût de leur humanisme originel, d'un type "antique" d'humanisme !

Yohann Sparfell

(Individualiste "aristocratique" nietzschéen)

 

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