14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 19:13
Le vrai combat socialiste : un combat révolutionnaire conservateur

Le vrai combat socialiste : un combat révolutionnaire conservateur

 

 

 

Le but de ce texte est de tâcher de redonner un sens au combat socialiste, combat qu'il est nécessaire d'une part de désengluer des multiples avatars modernes et post-modernes du progressisme mondialiste marxiste et social-démocrate et d'autre part, de lier à une connaissance théorique du « système » tel qu'il se présente à nous en ce début de XXIème siècle afin d'en percevoir les possibilités de dépassement (qui ne sont pas liées, quant à elles, à une quelconque « maturité du capitalisme » pouvant engendrer de fait le socialisme par la classe prolétarienne comme le pensait Marx, mais à des opportunités offertes aux peuples par les expériences malheureuses de l'outrecuidance oligarchique). Il est clair que pour nous, en tant que socialistes-révolutionnaires et conservateurs révolutionnaires, mais surtout en tant qu'européens embarqués dans une course folle pour un hégémonisme mondial de la part d'une oligarchie de plus en plus tyrannique et cynique, il devient urgent d'établir un rapport direct entre la perte de nos autonomies individuelles et collectives, de nos identités, de notre socialité singulière européenne, de nos spiritualités enracinées, et la marche funeste d'un capitalisme qui nous transforme peu à peu en rouages sérialisés et déracinés d'un non-monde globalisé.

 

Nous insisterons sur le lien direct existant entre le Capital, l'argent, la valeur, le travail et l'exploitation que nous considérons ici comme les catégories spécifiques d'une dynamique d'accumulation de richesse propre à une société tout aussi spécifique : le capitalisme. Il nous semble en effet primordial de bien comprendre ce lien entre le travail, ou l' « emploi », et la garantie qui est donné au Système, par le biais du maintien de la foi populaire en sa soit-disant « vertu » par la clique des politiciens, de poursuivre une domination de classe en maintenant les conditions de l'exploitation (y compris de plus en plus virtuelle et sous-jacente). L'exploitation se déploie en effet de plus en plus de nos jours en tant que variable d'ajustement régulant des potentialités de capitalisation sur le marché mondialisé et financiarisé de la part des groupes industriels et bancaires. C'est ainsi que certains peuvent avoir l'impression d'être sortis des conditions anciennes de l'exploitation, ce qui n'est pas faux, tout en présentant la possibilité d'une orientation postmoderne vers un « capitalisme » plus égalitaire et humanisé, ce qui est faux.

 

Dans l'esprit d'un socialisme patriote, fédéraliste et européen, d'un socialisme puisant dans les origines, nous devons aujourd'hui nous efforcer de clairement faire le lien existant entre le progressisme et l'horreur mondialiste. La « gauche » a trahit le socialisme, le communisme l'a fourvoyé dans un messianisme coloré d'étatisme totalitaire et de technophilie, nous devons par conséquent aujourd'hui redécouvrir l'âme du combat socialiste dans la pensée de nos pères, dans leurs propres combats pour l'autonomie de la classe populaire contre la terreur oligarchique et le pouvoir destructeur de l'argent. Pour ce faire, il nous faut passer par une révision théorique du cycle présent :

 

 

Le Capital est un rapport social basé sur l'exploitation

 

Le capital ne peut se maintenir en tant que capital que s'il fait usage du travail. C'est la condition sine qua non de toute accumulation possible de nouveau capital. Le travail doit alors être considéré de part son aspect qualitatif, c'est-à-dire en tant que substance, que travail vivant non rétribué par les capitalistes car porté « naturellement » par les prolétaires lorsqu'ils se mettent au service du capital, qu'en tant que forces physique et intellectuelle vouées à redonner vie au travail mort contenu dans les matériaux et instruments de travail. Dans ces derniers, en effet, sont contenus sous une forme objectivée, en tant que substance, les travaux passés (ou temps de travail passé) ayant servis à leur donner une existence d'éléments nécessaires, matériels, à la réalisations de nouvelles marchandises.

 

Le travail en tant que qualité (du pouvoir de redonner vie au travail mort) est la première catégorie mettant en branle le procès de valorisation et celui par lequel en fait ce procès est rendu possible. C'est le travail en tant que « faire ». Il est ce par quoi la valeur peut perpétuellement et cycliquement se réaffirmer en tant que capital. Sans le travail, toutes matières, tous instruments ne seraient que choses inertes et inutiles pour le Capital, et celui-ci ne pourrait plus se développer au travers eux, parce que ceux-ci sont le corps de celui-là, ce qui mettrait donc son existence même en danger. C'est à ce moment que la valeur d'usage se dévoile dans son rôle primordial vis-à-vis des possibilités de la continuité de la croissance du Capital. Elle en est l'articulation stratégique. Mais ce travail dans son aspect qualitatif n'est pas pour le prolétaire ce qu'il échange avec le capitaliste lors de la vente de sa force de travail sur le marché du travail. Le travail en tant que qualité est porté par le prolétaire, comme ce qui caractérise sa « nature » (aptitudes physiques, intellectuelles, formations, tout ceci rentrant dans le cadre d'une évaluation de chaque individu-prolétaire dès l'école, et potentialités), en même temps qu'il vend quotidiennement et quantitativement son travail au capitaliste et reçoit donc en échange un salaire en tant que part de capital objectivé (celui-ci correspondant à son besoin de se reproduire en tant que force de travail – sa propre existence et celle de sa famille - et simultanément, à une partie seulement de la journée effective de travail, le reste étant le surtravail comme nous l'explique Marx). L'exploitation n'est donc pas seulement dans le fait de ne pas payer cette part supplémentaire par rapport à ce qui est nécessaire au prolétaire pour sa reproduction, mais est en regard, de façon peut-être plus essentielle encore, au fait d'établir un rapport de subsomption de l'activité créatrice et reproductrice sous le Capital en captant sa force vive (celle-ci devenant alors « travail ») afin que ce dernier puisse ad vita aeternam se développer et maintenir par là-même le rapport de domination d'une classe sur une autre.

 

Mais revenons sur la valeur. Celle-ci est initialement contenue dans les moyens de production utilisés, et réactivée continuellement par l'action du travail vivant. La valeur, c'est donc du travail humain. Du travail d'abord considéré sous son aspect qualitatif. Une quantité de travail payé (le salaire) et non payé (le surtravail) servant à revivifier et à accroître la valeur contenu dans les moyens de production, et c'est le processus de valorisation qui commence. Il se réalise simultanément à l'extorsion de cette portion de temps au delà du temps nécessaire à la reproduction de la force de travail du prolétaire, mais plus fondamentalement, simultanément à l'achat par le capitaliste de la force de travail du prolétaire et sa mise au travail quantifié face aux instruments et matières (ou marchandises) nécessaires à sa mise en œuvre (valorisation du capital objectivé contenu dans les instruments et matières premières par le travail vivant, le « faire » revivifiant subsumé sous le capital). C'est le pourquoi d'une telle phrase : « Cette conservation de l'ancienne valeur d'usage n'est pas un processus qui s'opère parallèlement à l'augmentation de cette même valeur d'usage ou à son achèvement par du travail nouveau ; elle s'opère, au contraire, par ce travail nouveau qui a lui-même pour fonction d'élever la valeur d'usage » K. Marx (Grundrisse). La valeur développée dans les nouvelles marchandises est donc la valeur correspondant au temps de travail socialement nécessaire (temps requis pour la production de telle ou telle marchandise à un moment donné en fonction de la productivité des moyens de production), donc du travail humain en tant que travail vivant (travail en tant que qualité) dont la mesure quantitative en rapport au temps au-delà du nécessaire à la reproduction de la force de travail du prolétaire (le surtravail), détermine le taux de transmission (transsubstantiation) de la valeur objectivée dans les moyens de production vers les nouvelles marchandises multiplié par le quantum de surtravail sur une journée donnée de travail (grosso modo).

 

La valeur en développement, c'est donc le Capital qui s'affirme dans son être. Et celui-ci est donc le rapport social établi entre le travail et le capital initial (personnalisé par le capitaliste, matérialisé par les instruments de travail et les matériaux en tant que valeurs d'usage). Et c'est un rapport asymétrique. Comment dire sinon que ce rapport est basé sur l'exploitation, et que c'est son renouvellement incessant qui est au cœur de la dynamique en procès qui s'appelle Capital, et qui en est l'enjeu.

 

 

Le Capital en crise, c'est le rapport d'exploitation qui est en crise

 

Les moyens de production contenant du travail objectivé, du travail humain passé, sont aussi les moyens par lesquels s'accroît la productivité (machines automatisées, robotisées, informatisées). L'accroissement de la productivité n'est pas une donnée allant de soi, mais elle est inhérente au fait qu'il existe une contradiction entre la classe capitaliste, propriétaire des moyens de production et détentrice du capital, et la classe prolétarienne qui ne possède que sa force de travail qu'elle met au service du Capital. La « dynamique du Capital » (ce qui est un pléonasme puisque le Capital est une dynamique), qui repose donc sur la croissance de la productivité afin d'assurer son auto-accumulation, est donc équivalente à ce que l'on peut appeler « une Contradiction en procès » (le C majuscule indique que cette Contradiction est en réalité le point de vue extensif embrassant une multitude de contradictions formant une Unité – dont la contradiction entre les classes en est le cœur de la dynamique - par lesquelles la société du Capital se déploie dans le temps et dans l'espace).

 

Cette Contradiction repose principalement sur le fait que la part dite « organique » (les moyens et outils de production) du Capital (le travail objectivé) s'accroît au dépend du travail vivant nécessaire employé par les capitalistes à la valorisation du capital (les prolétaires sont indispensables et pourtant toujours de trop). L'ensemble des contradictions formant la Contradiction ne sont perceptibles à l'analyse en tant que contradictions qu'à partir du moment où l'on considère le Capital comme une dynamique en procès se déployant à partir de la contradiction entre les classes, autrement dit un mouvement contradictoire :

 

« Tant que nous considérons les choses comme étant statiques et sans vie, chacune à son tour, l'une à côté de l'autre et l'une après l'autre, il est alors vrai que l'on ne rencontre pas en elles de contradiction. On trouve en elles certaines qualités qu'elles ont partiellement en commun, d'autres qui sont en partie différentes et même en contradiction les unes avec les autres, mais qui, dans ce cas, sont distribuées parmi des objets différents qui, par conséquent, ne contiennent pas de contradiction. Mais la situation est tout à fait autre dès que nous considérons les choses dans leur mouvement, dans leur changement, leur vie, leur influence réciproque les unes sur les autres. Nous sommes alors immédiatement plongés dans les contradictions. » F. Engels, Anti-Dühring, Éditions sociales, 1973

 

L'accroissement de la productivité se confond avec ce mouvement et se réalise en tant que contradiction, chaque entité formant la société du Capital étant par elle-même une contradiction (des rapports contradictoires) en lien avec, et en mouvement par rapport à, cette nécessaire hausse (exemple flagrant du « développement durable », oxymore s'il en est !). Et l'effet contradictoire qui se confond avec la définition même de la productivité dans son mouvement contradictoire de croissance, c'est la stagnation du surtravail donc de la plus-value (la survaleur) dont l'augmentation proportionnelle à la croissance des moyens de production (des moyens techniques plus conséquents et coûteux) est pourtant l'enjeu. Le fait est que plus la productivité croît et moins la part de travail non payé par le capitaliste au prolétaire, le surtravail, augmente en proportion1. Il y a là une limite asymptotique que rencontre le Capital dans le cours de son procès d'accumulation qui ne se réalise que par la croissance de la productivité dans la production (selon le mode spécifique de production capitaliste). Cette limite peut aussi se représenter par la part qui n'est pas compressible indéfiniment du travail nécessaire à la reproduction de la force de travail (malgré la pratique des délocalisations qui trouvent aussi sa limite comme en Chine actuellement). Et c'est ce qui est au cœur de la lutte des classes, qu'on le veuille ou non et quelqu'en soit la façon dont se réalise cette lutte des classes, selon les cycles qu'elles traversent en fonction des restructurations affectant les moyens de production (et donc aussi l'organisation du travail et les conditions de la reproduction : coût social du travail). Ce qu'il est important de retenir ici, c'est cette limite à laquelle la dynamique du Capital se heurte et qui nous impose en conséquence, par le cycle de restructurations lié à l'approche de cette limite, et en tant que prolétaires embarqués dans les affres de ces restructurations, une inadéquation de l'affirmation d'une « identité prolétarienne » (affirmation de la classe du travail) et des conditions « traditionnelles » de luttes par lesquelles nous nous heurtons de plus en plus à ces limites inhérentes à la croissance dite « folle » de la productivité (inadéquation actuelle par exemple des revendications salariales).

 

Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'accroissement de la productivité à un but : celui de faire baisser la part du temps de travail nécessaire à la reproduction de la force de travail, et ce par rapport au temps de surtravail pour une journée de travail donnée (c'est la production de survaleur relative). L'augmentation de la production de valeurs d'usages permise par l'accroissement de la force productive a permis une compensation de la baisse du temps de travail vivant contenu dans chaque marchandise, augmentation qui, multipliée par la hausse relative de la survaleur (résultat de la multiplication des marchandises... eh oui, Jésus est de retour !) permise par cette hausse de la productivité a permis que le capital a ainsi pu s'accroître de façon importante durant les « trente glorieuses » (hausse du niveau de vie permise par une hausse de la productivité après-guerre – accroissement du profit, redistribué afin de pulser la consommation - , puis hausse de la consommation permettant cette compensation – hausse du niveau de vie qui tend en notre époque « post-capitaliste » et post-moderne à montrer son caractère circonstanciel). Mais, et comme le meilleur des mondes n'existe qu'en rêve, le surtravail croît d'autant plus lentement que croissent de façon importante les forces productives (la hausse de la productivité n'engendre pas une hausse proportionnelle du surtravail). C'est la baisse tendancielle du taux de profit. La stagnation du temps de surtravail, donc de la production de survaleur, engendre une stagnation de la production de la valeur. Et ce parce que la valeur c'est le Capital, valeur résultant de la somme du temps de travail vivant quantifié (salaire + survaleur) plus le temps de travail objectivé dans les outils et matériaux de production. Nous avons dit que ce qui transmet la valeur objectivée dans les moyens de production vers les nouvelles marchandises, vers du nouveau capital, c'est le travail : le travail pour lui-même en tant que travail, en tant que qualité, le simple fait de travailler qui ne coûte pas en temps au capitaliste et qui ne rapporte rien au prolétaire parce que les moyens de production il les trouve face à lui comme conditions de pouvoir effectuer son travail (rapport capital-travail déterminé par l'achat de la force de travail mais rapport inhérent au travail en tant que tel dans ces conditions). C'est donc ce travail en tant que qualité qui pérennise le capital en même temps qu'est valorisée la valeur initiale2, par le processus qui consiste à créer la survaleur, la valeur additionnelle crée par le surtravail, le travail quantifié réalisé au-delà du temps de travail nécessaire à la reproduction de la force de travail de l'ouvrier. Plus le surtravail stagne et plus stagne aussi par conséquent la quantité de valeur transmise aux marchandises nouvelles et donc au final la valeur totalement développée3 (et donc aussi la plus-value, ce qui pose un problème sérieux pour le capital).

Essayons de voir pourquoi.

 

Nous avons donc vu sans entrer dans les détails que la hausse de la productivité entraîne une stagnation du temps de surtravail (partie du temps travaillé non payé au prolétaire). La hausse de la productivité s'accompagne d'un accroissement de la partie organique du Capital, c'est-à-dire des instruments, de plus en plus sophistiqués et coûteux, et des matériaux dans le cycle de la production : le capital constant. La croissance exponentielle de l'automatisation de la production engendre une baisse de la présence du travail vivant dans ce cycle actuel de la production, y compris en augmentant les jours de travail simultanés, travail nécessaire à la réalisation des marchandises et parallèlement, à la transmission de la valeur objectivée dans les moyens de production qui est aussi du travail humain, mais du travail mort devant être revivifié par cette présence physique des prolétaires dans ce cycle de production (valeur objectivée elle-même en décroissance). La stagnation du temps de surtravail est donc une conséquence de la baisse de cette présence du travail vivant dans le cycle de production (le travail vivant devient superflu, ce qui est la contradiction de la dynamique du cycle de production du capital). Ou encore, en d'autres termes, la stagnation du surtravail inhérente à la hausse de la productivité se fait simultanément à une diminution de la part variable du Capital (coût du travail mais aussi par conséquent, baisse de la présence du travail vivant dans le cycle de la production). La hausse de la productivité a tendance à compenser ce phénomène par le fait que le travail produit de plus en plus de valeurs d'usage – marchandises et moyens de production - à mesure que s'accroît cette productivité. Or, cette dynamique compensatoire n'est pas suffisante pour palier à la baisse de la présence physique du travail vivant, sinon en ayant tendance à faire accroître exponentiellement la productivité (d'où l'obsession au sujet de la « croissance économique »). Ce qui se passe, et qui est fatalement primordial pour le Capital, c'est que l'effet conjugué, comme nous le verrons un peu plus bas, de la croissance de la production des valeurs d'usage (résultat de la hausse de la productivité) avec la tendance à la compression de la part variable du Capital (salaire, partie du travail dans le capital initial), limite dangereusement la possibilité de la hausse sans fin de la productivité du fait de la difficulté croissante de réaliser la valeur exprimée dans les marchandises à cause de la saturation des marchés et la surproduction. Ce qu'il est important de comprendre ici, c'est que la baisse de la valeur n'est pas due à une baisse de la part de travail humain présente dans la valeur des marchandises4 - la valeur, c'est le capital et c'est toujours du travail humain objectivé, la composition organique croissante du Capital étant aussi du travail humain -, mais que cette « baisse », ou stagnation, est la résultante de la stagnation du temps de surtravail (hausse nécessaire de la productivité), donc de survaleur et donc par conséquent de plus-value (dont la production croissante est pourtant le but du mode de production capitaliste au travers de la hausse de la productivité et donc du taux d'exploitation des prolétaires). On peut même dire que les marchandises sont toutes entières de la valeur (sous une forme matérialisée), de la valeur d'échange un fois parvenue sur le marché (et simultanément à la valeur d'usage qu'elles sont aussi toutes entières), valeur qu'il ne faut pas confondre avec le prix. La valeur est toujours du travail humain, contenu dans les marchandises nouvelles comme dans les moyens de leur production, mais contenant en elles individuellement une quantité de plus en plus petite de plus-values à réaliser sur le marché (même si par rapport à la part de capital variable qu'elles contiennent, le quantum de survaleur a tendance à croître) relativement au capital investi dans les moyens de production. C'est la transmission de la valeur, ou comme le dit Marx, sa transsubstantiation (transmission d'une quantité de travail en tant que substance, de travail objectivé, contenue dans les instruments de travail et les matériaux que les prolétaires trouvent en face d'eux lors du cycle effectif de production, vers les nouvelles marchandises), qui pose problème. La stagnation de la hausse du temps de surtravail, c'est la stagnation du temps de travail non payé par le capitaliste nécessaire à cette transmission de valeur5, et malgré tout indispensable à toute valorisation parallèlement à la baisse de la partie nécessaire à la reproduction de la force de travail (le salaire). C'est en d'autres termes, le mode de croissance relatif de la plus-value qui trouve ses limites (ce qui explique l'effort désespéré de la classe capitaliste dans le nouveau cycle de luttes afin de faire croître de nouveau la plus-value sous sa forme absolue : en rallongeant le temps de travail, en mettant un maximum de prolétaires au travail pour des salaires de merde - multiplication des journées de travail simultanées -, en incitant au travail des femmes ou en baissant la part du capital affecté au travail nécessaire – allongement de la durée de travail sur la vie : remise en cause des retraites, délocalisations, baisse des salaires, précarisation, flexibilité, etc. -).

 

Nous avons affaire là, nous le rappelons, à ce qu'on appelle la baisse tendancielle du taux de profit. Celle-ci se fait conjointement à la baisse de la consommation (qui s'explique par la compression tendancielle du temps de travail nécessaire à la reproduction de la force de travail entraînant une baisse du salaire global - y compris d'une partie croissante de la classe dite « des services » : insécurité des « classes moyennes » - du fait de la stagnation de la production de la plus-value relative : plus de compensation !). Ceci implique que la valeur transmise aux nouvelles marchandises ne peut plus, ou peut de moins en moins (malgré certains efforts comme l'obsolescence accélérée des produits), se métamorphoser en argent (ne peut plus se réaliser dans le cycle de la consommation), donc en richesse selon la définition de celle-ci pour la société du Capital, et donc en capital additionnel, nécessaire aux réinvestissements dans le cycle de la production. Le cycle de l'auto-accumulation se trouve donc être menacé et le Capital ne plus être du capital, sauf à trouver une nouvelle source de profit dans la finance ! (il n'a plus vraiment le choix). La hausse constante de la productivité est indispensable à la survie du Capital, ne l'oublions pas, or elle se trouve limitée par la baisse du taux de profit ET par la baisse conjointe de la consommation. En guise d'aparté, il est possible d'ajouter ici que concernant la baisse du taux de profit et la baisse de la consommation (sous-consommationnisme...), il y a une identité entre ces deux phénomènes, et non rapport de causalité de l'un à l'autre. C'est donc la stagnation du surtravail qui engendre une stagnation de la valeur au final par le fait que c'est le rapport d'exploitation de la classe des prolétaires par la classe capitaliste qui est entrée en crise. Cette crise, c'est l'identité du phénomène qui s'exprime par le fait que la présence du travail vivant dans le procès de production décroît avec la hausse de la productivité (baisse tendancielle du taux de profit) avec le phénomène simultané d'une limite atteinte à la possibilité de réaliser sur la marché la valeur présente dans les marchandises (sur-production, sous-consommationnisme) dont l'effet diabolique pour le Capital (et d'ailleurs, qu'il aille au diable !) se traduit par une limitation tendancielle de la hausse de la productivité (limitation des réinvestissements par la difficulté croissante d'opérer les « retours sur investissements », investissements devenant de plus en plus coûteux). Ce qui peut être constaté par la spécificité du cycle de luttes qui est celui qui caractérise le rapport contradictoire des classes depuis la fin des années 70 et la vague néo-libérale qui a suivi (passage par la dérégulation et la baisse du coût du travail).

 

Par conséquent, en guise de conclusion, on peut dire que la baisse de la valeur, qui est et reste pourtant du temps de travail humain, est bel et bien due à la stagnation du temps de surtravail, elle-même résultant du rapport contradictoire entre les classes à un moment de son évolution, basé sur l'exploitation telle qu'elle se pratique de façon spécifique dans la société du Capital et qui est en crise. En cela, la lutte des classes est un moment consécutif de ce rapport entre les classes basé sur l'exploitation car elle entre dans le procès général de valorisation, à l'intérieur du procès de production, en tant que dynamique d'adaptation du Capital aux nouvelles donnes (dynamique de lutte de classes en tant que rapport définitoire du capital trouvant elle-même ses propres limites dans la stagnation tendancielle du surtravail, ou baisse tendancielle du taux de profit simultanément à la crise de sur-accumulation/surproduction)6. Vues sous l'angle du processus de valorisation, les contradictions entre les classes et entre valeur d'usage et valeur d'échange paraissent pour ce qu'elles sont : les moteurs d'une dynamique qui, afin d'en percevoir la condition essentielle de mise en mouvement, l'exploitation, impliquent d'étendre leur analyse à l'ensemble des instances auxquelles elles entrent en relation dans la généralité spécifique de la société du Capital. Trop souvent la lorgnette n'est focalisée que sur un aspect, une réduction dangereusement idéologique de la réalité de la dynamique de valorisation.

 

 

L'économisme est un absolu

 

Il y a donc crise du rapport d'exploitation (le travail vivant, indispensable au Capital, mais pourtant toujours de trop). Cette crise étant contenue dès le départ dans la contradiction inhérente au rapport entre les classes dans le mode de production capitaliste. Ce qui est inclus dans ce rapport, c'est « le développement de la force productive elle-même » qui « présuppose aussi bien l'augmentation du capital que les journées de travail simultanées, mais qu'à l'intérieur de la limite donnée du capital qui met en mouvement une journée de travail (même si c'est est une de 50 fois 12 heures, soit 600 heures), c'est le développement de la force productive elle-même qui est la limite imposée au développement de la force productive du capital. » K. Marx, Manuscrits de 1857-1858 dits « Grundrisse », éd. Sociales, 2011, p. 314. La nécessité de la baisse du coût du travail est le nouveau credo des fonctionnaires de la société du Capital, elle est devenue perceptible du point de vue avisé des économistes, mais pourtant, elle est un élément dans le « moment actuel » du cours de la lutte des classes, insérée dans la crise qui la porte.

 

 

 

« Quel est l'écart de coût du travail entre l'industrie française et allemande ? Cette question ne cesse de déclencher des polémiques. Pour y répondre, les économistes étudient le coût salarial unitaire dans l'industrie, qui a davantage augmenté dans l'Hexagone qu'outre-Rhin. La différence est de 18% depuis 1998. Si l'on prend le niveau de coût horaire, on remarque que la France ne dépasse que légèrement son voisin en 2011 (35,50 € contre 34,40). Ces divergences sont trop faibles pour expliquer les écarts de performances. Les exportations allemandes ont bondi de 130% depuis 1998, contre 50% en France. De même, l'Allemagne a mieux résisté à la montée en puissance de la Chine : sa part de marché mondiale a baissé d'à peine 10% quand celle de la France a chuté de 35%. Faut-il en déduire que nos difficultés sont plutôt liées à un niveau de gamme insuffisant ? Je ne le crois pas.

Pour mieux mesurer l'écart de compétitivité coût, il convient aussi de se pencher sur la situation des services. En Allemagne, la dérégulation du marché du travail a peu touché l'industrie, et surtout porté sur le secteur tertiaire, où la modération salariale a été très forte. [la politique des capitalistes est de se recentrer sur la production afin de la rendre plus attractive pour les capitaux NDA] Le coût du travail y est bien plus faible qu'en France (30,10 € l'heure, contre 34,20). Or l'industrie consomme beaucoup de services (interim, informatique, finance). Ainsi, les salaires industrielles ne pèsent que 20% dans le prix d'une voiture. [d'un autre côté, il leur faut baisser les prix afin de relancer la consommation et baisser les risques de non réalisation de la valeur contenue dans les marchandises NDA] En incluant ce paramètre, on se rend compte qu'il faut ajouter 15% à la dégradation de la compétitivité coût de l'industrie française.

Par ailleurs, l'Allemagne importe davantage de composants des pays émergents d'Europe de l'Est, où les coûts salariaux sont très faibles. Le gain peut être estimé à 6% par rapport à la France. Au total, la compétitivité coût de notre pays s'est dégradée de 39% vis-à-vis de l'Allemagne, et non de 18%. Il n'y a donc pas qu'un problème de niveau de gamme, mais aussi un gros handicap de coût de travail [la messe est dite! NDA]

Comment y remédier ? La solution que devrait préconiser le rapport Gallois est de baisser les charges sociales des entreprises au-dessus de 1,6 smic et de les transférer vers d'autres prélèvements (TVA, CSG, taxes écologiques....[green washing à la rescousse ! NDA]). Mais il existe un petit risque sur l'utilisation de ces baisses de charges. Les entreprises pourraient décider de se désendetter ou d'augmenter les salaires directes, sous la pression des syndicats. Arnaud Montebourg suggère de conditionner les allègements à des investissements productifs. C'est souhaitable mais complexe à mettre en œuvre. Une autre solution serait de modifier le fonctionnement du marché du travail pour que les salaires s'adaptent davantage à la concurrence. [les luttes de l'ancien cycle prennent d'un seul coût un goût de moisis NDA] Ce n'est pas un hasard si les négociations sociales en Allemagne incorporent la question de la compétitivité. » Patrick Artus, directeur de la recherche de Natixis.

Les luttes de classes s'intègrent dans un schéma général de nécessité de la baisse du coût du travail de façon à réintégrer des marges plus importantes dans le secteur de la production et attirer ainsi des capitaux, les détourner de la finance. Ceci démontre bien que l'organisation de la lutte des classes est une composante organique de la dynamique du capital, mais que dans le moment actuel, cette organisation, de la façon dont elle s'intègre à la dynamique du capital, devient obsolète et ne peut que butter devant les nouvelles conditions de la valorisation (limite des luttes).

 

 

La petite analyse ci-dessus, qui bien sûr n'a pas pour ambition d'éviter certains raccourcis, nous a permis de constater que les instances composant la société du Capital (la valeur, le capital, la production, la consommation, les classes, la marchandise, l'État, le droit, etc.) sont porteuses de leurs propres contradictions qui, considérées du point de vue de la valeur dans le procès de son développement, forment ensemble une dynamique, une Unité en procès. Le point de vue qui restreint cette dynamique aux propres lois autonomes d'une entité, soit parce qu'elles auraient échappées au contrôle de la classe dominante, soit à l'inverse parce que ce contrôle ne s'effectuerait que dans le seul intérêt de cette dernière, est le point de vue de l'économisme. Ce point de vue part d'un niveau de généralité embrassant l'ensemble de l'humanité (dans l'espace et dans le temps) et fait donc de l'économisme, en fonction d'une attitude critique à adopter à l'égard de cette instance, un présupposé à la « nature humaine » et à son accomplissement (présupposé à réformer) ou un élément créé par une élite mais dont elle n'a plus le contrôle aujourd'hui (élément à abolir). Dans le premier cas, ce point de vue positionne d'emblée l'origine de l'économisme, alors vu comme « économie », hors de la sphère spécifique des relations sociales du capitalisme, et l'élève donc par conséquent au dessus de tout ce qui pourrait être aboli au sein de cette spécificité. C'est typiquement la façon de penser et d'agir de la gauche actuelle (y compris de la gauche communiste). L'économisme est devenue indépassable, critiquable uniquement en fonction de la façon dont il n'est pas, et pourrait être, géré « au service de l'humanité et non d'une classe accaparatrice », ou du moins géré de façon à en mieux redistribuer les dividendes. Dans cette optique, il est devenu depuis la fin du XIXème siècle indispensable pour les socialistes marxisants et sociaux-démocrates, d'universaliser les modes de vie et les « droits » (Droit-de-l-hommisme) afin de mondialiser une eschatologie néo-libérale qui rentre ainsi en phase avec le processus terminal de la dynamique du Capital. Dans le deuxième cas, l'économisme est ressenti comme une sorte d'hydre dominant les hommes de ses lois folles, situation apocalyptique d'un monstre incontrôlable nous entraînant vers les affres d'une destruction assurée, et dont la seule issue souhaitable reposerait dans un retrait de la vie sociale que nous participons à maintenir au travers de nos actes quotidiens. (Le fétichisme de la marchandise figure alors comme la disposition principale qu'il conviendrait de combattre par des attitudes individuelles et collectives adéquates).

 

Pour comprendre de quelle façon on en est arrivé là, il devient nécessaire de voir comment ce concept idéologique, l'économisme, a pu servir à faire appliquer et accepter une réalité, qui est celle de l'exploitation d'une classe par une autre, par le biais de présupposés indépassables et situés dans la nature de l'homme lui-même et de sa vie en société. Tout d'abord, il convient d'insister sur le fait que l'idéologie n'est pas un voile tissé de mensonges qui aurait la possibilité de recouvrir la réalité des rapports sociaux humains. L'idéologie est une instance façonnant le Tout, un processus d'abstraction dont le point de vue peut se positionner dans l'intention d'une classe dominante de servir ses propres intérêts de classe, dans la restriction de ses propres vues (il est clair qu'en ce cas, cette idéologie en question tendra à devenir absolument hégémonique, et par conséquent, tyrannique ; et c'est le cas de l'idéologie néo-libérale). Mais, pas uniquement, si l'on considère que la société forme les individus autant qu'ils la forme eux-même. Mais laissons parler Bertell Ollman :

 

« Il est très important se souligner que Marx ne critique jamais l'idéologie comme un mensonge pure et simple, et ne déclare pas que ce qu'elle affirme soit complètement faux. Au lieu de cela, il présente généralement l'idéologie comme étant dans l'ensemble trop étroite, partielle, indécise, et/ou unilatérale. Tous ces défauts pouvant être attribués à l'utilisation d'abstractions d'extension, de niveau de généralité, et de point de vue, fautives ou par ailleurs inappropriées, au sens où ni ces abstractions ni leurs implications ne sont comprise pour ce qu'elles sont. Bien qu'ils situent justement les racines matérielles de l'idéologie dans les conditions du capitalisme et dans les manipulations conscientes des capitalistes, et bien qu'ils montrent comment elle fonctionne au service des intérêts du capital, la plupart des débats sur le sujet ont complètement ignoré les applications erronées du processus d'abstraction qui sont responsables des formes distinctes d'idéologie. » Bertell Ollman, La dialectique mise en œuvre, éd. Syllepse, 2005.

 

Les « applications erronées du processus d'abstraction », qu'est-ce donc ? Une vision étriquée de la réalité du Tout, mais qui construit, par sa diffusion dans les pensées, les réalités qui sont les nôtres, des points de vue diverses mais néanmoins soumis à l'ordre restrictif du principe idéologique que pourtant nous participons à élaborer en permettant que l'idéologie dominante se concrétise au travers nous. C'est ainsi que l'économisme, qui est une vision, un point de vue restreint, semble modeler nos vie, nous imposer ses lois, structurer notre monde (et le détruire par la même occasion) et en même temps structurer notre façon de voir le monde. L'économisme est une vision restreinte du monde qui est le nôtre, parce que la perspective qui est la sienne d'une part, repose sur une généralité sensée représenter l'humanité dans son ensemble de façon anhistorique, « naturelle », détachée de ses déterminations culturelles, mais se dévoilant dans et par l'individu, atome indivisible de ses présupposées7, et d'autre part limite l'extension de son analyse aux domaines pouvant être interprétés par ses lois et expliqués par son langage. Du point de vue de l'économisme ou du marché, l'univers semble à porter de main, et pourtant, si on y prend garde, on s'aperçoit que cet univers se restreint en fonction de présupposés extrêmement limitatifs sur le monde et ses possibles (unipolarité). À tel point que nous ne sommes même plus capables de résoudre les problèmes que nous engendrons nous-même tels la pollution, la misère, le déracinement, l'immigration massive, la déculturisation, etc., sinon qu'en ajoutant à la barbarie de la barbarie plus grande encore : totalitarisme économique absolu, expulsions des terres de ceux/celles qui en vivent ou en survivent, absurdités technologiques comme les nanotechnologies, les OGMs, les transports toujours plus rapides, la géo-ingeniérie, la surveillance des populations et le quadrillage policier, et j'en passe et des meilleurs de toutes ces merdes qui leur servent de « projets d'avenir »...

 

Mais, pour revenir à notre problème, ce qui est le plus grave peut-être, c'est que l'économisme demeure, y compris dans sa propre critique, l'optique au travers duquel le monde est perçu. Il existe en fait, du point de vue de l'économisme (y compris de sa critique), une symétrie dans les divers rapports et entre les diverses catégories constituant la société du capital. Symétrie dans les rapports de classes, symétrie entre Capital et travail, entre production et consommation, etc.. Or, et on l'a vu dans ce qui précède, les rapports sociaux caractérisant historiquement et organiquement la société du capital sont asymétriques. Cela signifie en clair qu'il y a subsomption d'un terme sous un autre : subsomption du travail sous le capital, de la consommation sous la production, des travailleurs sous l'ordre oligarchique productiviste et financier, etc. Chacun des deux termes de ce rapport de subsomption est, du point de vue des rôles sociaux qui nous sont attribués, lié à l'autre par un rapport de domination dans le rapport de classes (les prolétaires par la classe capitaliste) et dans l'élaboration et la circulation des marchandises (la consommation par l'impératif de production). Chaque terme est le présupposé et le résultat de l'autre (pour qu'il y ait le Capital, il faut le travail, pour qu'il y ait travail – salarié, il s'entend – il faut du capital), mais dans le rapport, il y a toujours un terme dominant qui donne un sens et une impulsion à la dynamique du Tout (du côté du Capital, il va de soi). C'est dans ce rapport asymétrique que se vit, que nous vivons, l'exploitation (en tant que personnes prolétarisées). Et ce rapport est toujours capable de renaître de toute dynamique « alternative » qui tente de valoriser une objectivité par rapport à une autre : l'homme générique et le travail par rapport au Capital, le travail concret par rapport au travail abstrait, l'essence par rapport à l'existence, etc. c'est-à-dire une position théorico-pratique qui place le travail en tant que catégorie indépassable dans la réalisation de l'homme « en général » plutôt que d'envisager la création de relations humaines culturellement singulières et justement hiérarchisées, centrées autour d'une reconnaissance de la différenciation des formes d'activité humaine et de l'autorité qu'implique leur hiérarchisation, dans et par l'assomption du conflit8. Il faut voir l'exploitation comme en quelque sorte la force motrice d'un procès global de valorisation et conjointement, du maintien des dominations, qu'il ne s'agit pas de séparer d'une vision systémique plaçant chaque catégorie de la société capitaliste dans ce procès global (et à commencer par le travail dans ce qu'il a de singulier en tant qu'activité humaine propre à un moment de l'histoire occidentale). Mais redonnons la parole à Bertell Ollman :

 

« En même temps que prend place l'interaction entre les procès d'un système organique s'accomplit également l'acquisition des qualités qui les tournent en présupposés et en résultats les uns des autres. Le travail salarié a été à la fois la présupposition et le résultat du capital (et vice versa) au cours de la longue histoire de leur relation. Néanmoins, quand à un moment donné l'un ou l'autre de ces procès est isolé en tant que présupposition, il est abstrait en extension comme quelque chose possédant moins de qualités qu'il en acquerra éventuellement dans le capitalisme, et donc de moins développé que le résultat auquel il est sensé avoir contribué. Tel est le cas quand on ré-abstrait, réarrange, deux ou plusieurs procès en interaction, pour qu'ils apparaissent en séquence. Les procès en interaction dans un système organique étant toujours mutuellement dépendants, il faut les abstraire dans différentes phases de leur évolution commune si l'on veut observer leurs relations dans la diachronie. C'est cette démarche qui a permis à Marx de détecter l'influence distinctive des aspects particuliers de cette interaction dans le temps, lui évitant les pièges opposés d'un éclectisme superficiel, où tout est d'une égale importance et rien par conséquent ne vaut la peine d'être analyser, et celui du causalisme, dans lequel une influence majeure efface toutes les autres tout en laissant son propre progrès sans explication. C'est de cette manière que Marx établit une asymétrie dialectique, grâce à laquelle il peut démêler sans distorsion ce qu'on peut appeler le double mouvement, systémique et historique, du mode de production capitaliste. » Bertell Ollman, op. cit.

 

En clair, il faut sortir le grand-angle, et ne pas espérer dépasser un vaste ensemble de rapports sociaux formant système en partant du principe que cela pourrait se faire en présupposant la redéfinition de certaines des catégories qui participe à sa dynamique. L'interaction entre le travail et le Capital, qui est un rapport asymétrique comme on l'a vu, nécessite une critique ou un point de vue englobant l'étendue de ce rapport, critique prenant en compte le fait que l'un des deux procès, le Capital, implique ses présuppositions à l'autre procès, le travail. Focaliser la critique sur un aspect de l'un ou l'autre de ces procès revient à ne s'en tenir qu'au déroulement organique (ou historique) de l'interaction. Un point de vue trop restrictif, trop limité à un aspect de l'interaction, peut faire croire à la possibilité d'enrayer le procès global en donnant à l'un des deux procès, le travail, la possibilité de s'approprier l'autre procès, le Capital, pour ses propres fins : la réalisation d'un nouvel humanitarisme universel lié à la puissance de l'industrie, de la technologie, de l'économisme, etc (utopie du communisme...). Les critiques du travail, de l'économisme, de la valeur (dans le but d'en réorienter les effets au « bénéfice de l'humanité » !) restent dans les points de vue du travail, de l'économisme, de la valeur ; parce qu'il y a un jeux de présuppositions qui a quelque part un moteur (le principe de l'asymétrie), et que ces critiques n'en font qu'un aspect parmi d'autres (l'exploitation en tant que conséquence). Elles participent ainsi à l'affirmation de l'autonomisation de ces instances de la société du capital, à l'affirmation du caractère principalement objectifs qu'elles seraient sensées avoir (on cherche alors l'origine de ces instances quelque part et directement en un point de l'histoire, du passé, au lieu de la chercher à partir des rapports sociaux de production du présent). Ces instances sont les points cardinaux d'une dynamique contradictoire, le Capital en procès, dont le cœur est l'exploitation et qui, entrée en crise, nous démontre comme on l'a vu plus haut, les limites de son caractère contradictoire, limites contenues dès l'origine dans cette dynamique, un peu comme si l'on pouvait dire qu'elles seraient « dans ses gènes ». L'investigation du passé à partir du présent, valable en ce qui concerne l'étude de la société capitaliste (visiter l'histoire de cette société à rebours, comprendre les origines à partir de ce qu'est le présent et reporter dans l'histoire les présuppositions)... « mène aussi à des point où s'esquisse l'abolition de la configuration actuelle des rapports de production et donc la naissance d'un mouvement, préfiguration de l'avenir. Si, d'une part, les phases prébourgeoises apparaissent comme des présuppositions purement historiques, c'est-à-dire abolies et dépassées, les conditions actuelles de la production apparaîtront comme des conditions en train de s'abolir elles-mêmes et qui se posent, par conséquent, comme les présupposés historiques d'un nouvel état de société ». K. Marx, Manuscrits de 1857-1858 dits Grundrisse, trad. J.P. Lefèbvre, Paris, Éditions sociales, 1957, p.400, repris par B. Ollman, op. cit.

 

La critique de l'exploitation est une critique du procès de valorisation de son point de vue, c'est-à-dire dans son ensemble, embrassant l'ensemble des rapports contradictoires de classes qui en déterminent la dynamique au travers des cycles organiques et historiques du capitalisme. Les luttes de classes, dont les déroulements historiquement spécifiques coïncident avec ces cycles dans leur ordonnancement, seront toujours, tout en étant les résultats des restructurations du capital, aussi les présupposés du stade ultérieur de celui-ci (d'un résultat déjà contenu potentiellement dans le stade antérieur) et ce jusqu'à ce que les limites contenues dans le procès d'accumulation du capital, contrarié par ses propres présupposés non dépassés, produisent les conditions de l'apothéose de la rupture (le dépassement produit par les luttes de classes et leur limite, en tant que luttes de classes). Ces limites peuvent d'autant être ressenties aujourd'hui au sein des luttes sociales que les impératifs du Capital financiarisé rendent inopportune la priorité d'une vie bonne (à l'anti-thèse du consumérisme, de l'hédonisme et du nihilisme), le bien commun, au sein des peuples encore conscients d'eux-mêmes (et même chez ceux qui pensent que cette « vie bonne » passe exclusivement par la consommation, boire, faire la fête et se vautrer dans l'abject : tout cela a un coût !). Restreindre la critique au regard de certains points de vue, comme celui de l'économisme ou du travail (ou de l'industrialisme, de la technologie, etc.), c'est en dernier lieu se disposer à rechercher des solutions « alternatives » et se focaliser sur des luttes subalternes (féminisme, droit-de-l-hommisme, humanitarisme, immigrationisme, sans-papiers, droits homosexuels, etc.) sensées réaliser cet humanité universaliste qu'en viennent à souhaiter capitalistes et pseudo-radicaux, ensembles dans une même espérance eschatologique (la « fin de l'histoire »).

 

Exit les luttes pour l'émancipation des personnes du despotisme économiste, exit le sens même du socialisme originaire, conservateur et révolutionnaire, qui cherchait à sortir de la dynamique du Capital, non à en transformer l'orientation. L'exploitation n'est que secondaire aux vues d'une critique qui se focalise sur certaines des instances d'une seule et même dynamique, et qui en font des éléments autonomes à abolir (critique de la finance par exemple mise en regard d'un capitalisme « originel » ou d'un économisme qui en serait la victime !). Les luttes de classes ne sont plus comprises, malgré que Marx lui-même soit relativement clair là-dessus par rapport à son analyse des présuppositions du capital en tant que dynamique en procès, comme celles qui déterminent historiquement et présupposent organiquement les stades successifs du capital jusqu'à ce qu'elles n'aient plus rien à dire à l'histoire sinon qu'il sera temps qu'elles se nient en tant que luttes de classes, et qu'elles se transforment en luttes des peuples et des civilisations pour eux-mêmes afin que chacun d'eux se forgent une nouvelle idéologie qui lui est propre et qui lui permette de s'inventer un devenir libéré de la tyrannie ultra-libérale mondialiste et unipolaire, et dans lequel les affres de la cupidité bourgeoise s'en trouveront enclos dans l'esprit communautaire de la mesure. C'est toute la question qui se trouve dans les limites contenues dans le procès entier de valorisation et dont la réponse transite toujours au moment primordial de la prise de conscience de celles-ci par une forme désespérée de luttes de classes (pratique subjective en synchronie avec un moment actuel) et, conjointement, la reconnaissance à ce moment historique du procès de valorisation des limites que contiennent ces luttes vis-à-vis de l'affirmation d'identités néo-prolétariennes de ceux et celles qui les mènent (ces identités deviennent des contraintes pour la lutte, l'appartenance communautaire y devenant alors principiel) et par rapport à une tension vers l'émancipation envers le Capital postmodernisé, l'impératif de valorisation et de production/consommation, le travail de plus en plus virtualisé, l'argent, l'ordre financier international, les intérêts de la machinerie militaro-industriel financiarisée, les guerres des oligarques de l'énergie, etc.

 

Le travail demeure une substance revivifiante pour le Capital et porté par des (néo)travailleurs qui ne sont pas des sujets an-historiques sous la domination d'une classe sociale « parasite », mais qui restent construits socialement, et simultanément au fait que leur force, ou leur potentiel, de travail et d'adaptation aux processus de spéculation, réamorcent toujours le cycle d'accumulation dans sa phase d'essoufflement actuelle compensée par la financiarisation. La classe des (néo)capitalistes et cette pseudo nouvelle classe des travailleurs se construisent simultanément et perpétuellement comme l'ensemble des rapports sociaux de production (et de consommation) construisent simultanément et perpétuellement le Tout de la société capitaliste qui est donc l'origine et l'aboutissement de la rencontre de leurs contradictions, comme auparavant. Et comme les éléments formant ce Tout sont caractérisés par ces contradictions qu'ils portent, nous devrons reconnaître, dans une optique révolutionnaire, le facteur fondamental (historique et organique) qui impulse, sous ses différentes modalités actuelles, le rythme de la dynamique d'accumulation et permet toujours la perpétuation de la domination de classe : l'exploitation. C'est en abolissant l'exploitation que nous abolirons le travail, l'économisme, la technologie, l'Ordre bourgeois mondialiste, le cosmopolitisme, l'immigration massive, la démesure, la décadence, etc. et non le contraire (tout ce qui contient en lui en tant que contradiction en procès les rapports sociaux de la société du capital). Abolir les rapports sociaux de classes (en tant qu'origine et expressions d'une seule et même Unité contradictoire) c'est sortir de l'économisme, mais pas forcément l'inverse. C'est une question de point de vue, mais cette question est d'importance dans les instants de rébellion et dans les limites contre lesquelles nous sommes amenées à buter en tant que classe en lutte (par rapport à notre sentiment d'appartenance de classe), pour l'élaboration d'une révolution conservatrice prenant en considération autant les potentialités du temps présent (contenues dans la dynamique essoufflée actuelle de l'accumulation du capital) que les facteurs constants de l'humanisation de l'homme européen néanmoins toujours en œuvre, de façon sous-jacente, presque résiduelle, au sein de notre monde malade. La remise en cause de l'absolutisme de l'économisme, et surtout d'une façon générale de l'ensemble de la dynamique d'exploitation des nouvelles modalités de la force de travail détenue par les hommes soumis à la tyrannie des lois de l'économisme postmoderne, ne pourra réellement s'opérer qu'à partir des contradictions continuellement engendrées par cette dynamique, poussées au point où l'appartenance à chacune des instances de celle-ci (appartenance de classe, rôles sociaux) se révèle tout à coup inopérante afin de construire un avenir historiquement et culturellement plus sain et motivant pour notre civilisation européenne (il faut mener les contradictions à terme !). Ainsi, dans le moment actuel, cela doit donc passer par une affirmation actualisée des luttes de classe liés aux luttes des peuples tendant à faire surgir toute l'impossibilité qu'il y a de continuer à participer à une dynamique, foncièrement asymétrique, donnant à l'oligarchie mondialiste un pouvoir sans précédent et des possibilités transhumanistes destructrices de la nature humaine, en pensant pouvoir y retirer quelques avantages qui ne sont plus à l'ordre du jour (comme le prouve notamment le projet de TTIP). Dans ce méli-mélo contradictoire arrivé à terme, il sera alors possible de proposer pour l'Europe une autre organisation sociale correspondant à nos plus hautes valeurs.

 

Yohann Sparfell

 

1« Donc, plus le capital est déjà développé, plus il a créé de surtravail, et plus il lui faut terriblement développer la force productive pour ne se valoriser, c'est-à-dire ne s'ajouter de la survaleur, que dans une proportion réduite – parce qu'il est toujours arrêté par le rapport entre la fraction de la journée qui exprime le travail nécessaire et la journée de travail toute entière. Il ne peut se mouvoir qu'à l'intérieur de ces frontières. Plus la fraction qui revient au travail nécessaire est déjà petite, plus le surtravail est grand, et moins un quelconque accroissement de la force productive pourra diminuer de façon sensible le travail nécessaire ; étant donné que le dénominateur a augmenté de façon énorme. L'autovalorisation du capital devient d'autant plus difficile que celui-ci est déjà plus valorisé. L'accroissement des forces productives deviendrait indifférent au capital ; ainsi que la valorisation elle-même, parce que ses proportions sont devenues minimes ; et le capital aurait cessé d'être du capital. » Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 dits Grundrisse, éd. Sociales, 2011, p. 302

2 « Cependant, dans le procès de valorisation, les parties constitutives de la valeur du capital – l'une existant sous la forme de matériau, l'autre sous celle d'instrument – apparaissent face à l'ouvrier, c.-à-d. face au travail vivant (car c'est seulement dans le procès de valorisation que l'ouvrier existe comme travail vivant), non comme valeurs, mais comme simple moment du procès de production ; comme valeur d'usage pour le travail, comme les conditions objectives de l'efficacité du travail, ou encore comme ses moments objectifs. Que l'ouvrier les conserve en utilisant l'instrument comme instrument et en donnant à la matière première une forme supérieure de la valeur d'usage, c'est dans la nature du travail lui-même. Mais ces valeurs d'usage du travail ainsi conservées sont, en tant que parties constitutives du capital, des valeurs d'échange ; en tant que telles déterminées par les coûts de production contenus en elles, par le quantum de travail objectivé en elles. » Karl Marx, op. cit., p. 324-325

3Pour que la valeur puisse être totalement développée, encore faut-il qu'elle puisse se réaliser sur le marché.

4Lorsque je fais références ici aux marchandises, il s'agit de l'ensemble des marchandises et non de chaque marchandise prise individuellement. Si pour une marchandise donnée, il est évident qu'avec la hausse de la productivité, la valeur qu'elle représente décroît en même temps que cette hausse (décroissance du temps de travail contenu en elle, qui est sa substance pour le capital), la valeur globale, elle, a tendance au moins à se maintenir, voire à croître, du fait du nombre supérieur de marchandises pouvant être produite dans un même laps de temps.

5 « Le procès de valorisation du capital s'effectue par et dans le procès de production simple, en ceci que le travail vivant y est posé dans sa relation naturelle à ses moments d'existence matériels. Mais, pour autant que le travail vivant entre dans cette relation, celle-ci n'existe pas pour lui-même, mais pour le capital ; elle est elle-même déjà un moment du capital. On voit donc que, par l'intermédiaire du procès d'échange avec l'ouvrier, le capitaliste – en payant effectivement à l'ouvrier un équivalent pour les coûts de production contenus dans la puissance de travail de celui-ci, c.-à-d. en lui donnant les moyens de conserver sa puissance de travail, mais en s'appropriant le travail vivant – obtient gratuitement deux choses : primo, le surtravail qui accroît la valeur de son capital, mais en même temps, deuxièmement, la qualité de travail vivant, qui conserve le travail passé matérialisé dans les parties constitutives du capital, conservant ainsi au capital sa valeur existant antérieurement. Toute fois, cette conservation ne vient pas de ce que le travail vivant agrandit le quantum de travail objectivé, crée de la valeur, mais simplement de ce qu'en ajoutant un nouveau quantum de travail, il existe comme travail vivant, dans son rapport immanent au matériau et à l'instrument de travail, posé par le procès de production ; donc par sa qualité de travail vivant. Mais, en tant qu'il est cette qualité, il est lui-même un moment du procès de production simple et ne coûte rien au capitaliste, pas plus que le fil et la broche, en dehors de leur prix, ne lui coûtent quoi que ce soit pour ce qu'ils sont également des moments du procès de production. » K. Marx, op. cit., p. 326-327

6Le capital est un rapport social basé sur l'exploitation dont la possibilité d'accumulation de richesse repose sur les conditions forcément contradictoires et présentes d'extorsion de la plus-value, mais aussi, et surtout, celles à venir en tant que potentialités, contenues dans le présent et ses restructurations, de valorisation future. C'est sur cette potentialité que repose l'évolution contradictoire du rapport social en tant que condition du maintien et de l'accroissement de la valeur, qui est le capital, et qui donne tout son sens au fétichisme du capital (maintien et approfondissement des rapports de domination de la classe capitaliste sur le prolétariat).

7Individu dont les prédispositions soit-disant naturelles s'adaptent miraculeusement aux présupposées de l'économisme, présupposées idéologiques qui remplissent parfaitement leurs rôles de construire une humanité soumise aux impératifs du capital et de la classe qui en représente ses intérêts. L'idéologie a bel et bien toujours un double rôle historique et organique à jouer.

8L'autonomie ne peut être qu'un moment, court moment, au-delà duquel revient au galop la réalité omniprésente des rapports sociaux qui nous lient au Capital et sa société. On ne peut abolir ce qui nous construit (et détruit aussi par ailleurs !) qu'en créant les conditions de l'élaboration de relations humaines immédiatement sociales au travers des conflits contre ce que l'on ne peut et veut plus être (nos rôles sociaux), conflits qui seuls peuvent abattre les murs des médiations sociales. La révolution ne peut être « pacifique » même si elle peut être progressive. La dissidence, la rébellion à plus forte raison, est l'expression d'un espace résiduel de création de relations humaines radicalement différentes des rapports sociaux en cours de façon majoritaire et soumises.

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Published by Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne - dans Textes de critiques et réflexions

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  • : Recherche philosophique et métapolitique intégrée au projet d'une Europe nouvelle des Nations libérée des mensonges néo-libéral et capitaliste, inspirée de penseurs tels F. Nietzsche, P.J. Proudhon, G. Sorel, G. Orwell, S. Weil, A. de Benoist, A. Soral, A. Douguine, etc
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Propos pour un "empire" européen, une Grande Europe dans le cadre du projet eurasiste de la multipolarité :

(Une Res publica des régions et nations européennes libérées des projets mondialiste et impérialiste pseudo-eschatologiques !)

Res Publica Europensis

(cliquer pour télécharger le PDF)

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Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

Alexandre Douguine 

 

Ce site se reconnaît dans la proposition de "Quatrième Théorie politique" et dans le projet "eurasiste" pour un monde multipolaire

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

Alain de Benoist

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Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

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« le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre. »  George Orwell

 

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soldat avec groom_Giorgione

 

« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme révolutionnaire européen et de l'eurasisme, catholique enraciné dans sa patrie !)

 

 

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