1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 19:47
L'empereur d'Occident (par Otto de Habsbourg-Lorraine)

L'empereur d'Occident

 

 

Par Otto de Habsbourg-Lorraine

 

 

(Extrait de l'ouvrage L'idée impériale, Histoire et avenir d'un ordre supranational, éd. Presse Universitaires de Nancy, 1989, pp. 30-35)

 

À l'époque où le nationalisme triomphait, historiens allemands et français se livrèrent à une polémique acharnée sur la question de savoir si Charlemagne était allemand ou français. Si cette bataille paraît bien ridicule aujourd'hui, c'est que ces deux peuples qui forment le cœur de l'Europe se sont réconciliés, permettant ainsi une vision des faits historiques débarrassée de tout brouillard idéologique. Comme nous y avons fait allusion, les Mérovingiens avaient déjà fondu des éléments judéo-chrétiens, gallo-romains et franco-germains dans un même ensemble qui semblait devoir donner naissance à une Europe aux contours nouveaux, succédant à un Empire romain définitivement emporté par les troubles issus des Grandes Invasions. Sous les Mérovingiens en pleine dégénérescence, les maires du palais carolingiens et ensuite Pépin le Bref, père de Charlemagne et premier roi carolingien, réunissaient d'ores et déjà les trois orientations fondamentales qui allaient inspirer le siècle suivant : ils convoitèrent l'Italie et Rome, luttèrent contre l'Islam qui agressait leur royaume depuis l'Espagne arabisée et cherchèrent à étendre leur pouvoir vers l'Est en réalisant l'unification de toutes les tribus germaniques.

Si bien qu'en 742, quand Charlemagne vint au monde, les bases de son action future étaient déjà posées. En 732, son grand-père Charles Martel avait vaincu les Arabes entre Tours et Poitiers. Son père, Pépin le Bref, qui, en 751, avait été le premier roi franc à recevoir l'onction de l'archevêque saint Boniface, s'était fait sacrer à nouveau, en 754, par le pape Étienne II.

Comme son père et son frère, Charlemagne reçut le titre de Patricius Romanorum, c'est-à-dire de protecteur des Romains. Tout cela fit de cet homme, probablement né en terre aujourd'hui française, couronné empereur le jour de Noël, en 800, à Rome, et mort en 814 dans la ville aujourd'hui allemande d'Aix-la-Chapelle, l'ancêtre des souverains européens, le premier grand1 empereur d'Occident, le restaurateur de l'Empire romain.

Il imposa une tradition impériale et une image de l'empereur qui devaient se maintenir jusqu'en 1806 et même jusqu'en 1918 dans les pays danubiens. En soumettant et en évangélisant les Saxons ou en annexant la Bavière, il réalisa le début de l'unité allemande à laquelle il donna une orientation non pas nationale, mais supranationale au sens romain du terme. Ses campagnes victorieuses contre les Avares, ces conquérants païens venus de l'Est, permirent à bon nombre des Slaves auparavant placés sous leur joug de se tourner vers la culture occidentale, orientation qu'ils ont conservée jusqu'à nos jours. À l'égard des peuples slaves, précisément, la politique adoptée par le souverain des Francs oscillait entre deux pôles. D'un côté il leur fit la guerre, de l'autre il développa avec eux des liens économiques et politiques. Par ailleurs, les Croates reçurent le christianisme d'Aquilée, les Slovènes de Salzbourg, les Tchèques et les Wendes de Ratisbonne, les Abodrites et les slaves de l'Elbe de Verden sur l'Aller. Un siècle plus tard, les apôtres slaves Cyrille et Méthode, pourtant venus de l'Est, parachèvent cette œuvre d'évangélisation en s'attachant au service de Rome.

Au sud, Charlemagne s'octroya la couronne de fer de Lombardie et prit dès lors le titre de « roi des Lombards et des Francs » témoignant ainsi d'une tendance fédéraliste précoce. À partir de ce moment, l'Italie du Nord et, avec elle, toute la péninsule des Apennins, devaient constituer un facteur essentiel de l'Empire. Avec l'établissement de la marche d'Espagne et la conquête de Barcelone fut créée, au sud des Pyrénées, une enclave du royaume chrétien des Francs qui redonna l'espoir à une péninsule ibérique largement envahie par l'Islam. C'est sur ce souvenir que repose la vénération, précédemment évoqué, dont jouit Charlemagne en Espagne, au Portugal et avant tout en Catalogne.

L'empereur noua également des relations avec l'Angleterre et l'Irlande. De ces pays vinrent plusieurs des lettrés qui, rejoignant la cour de Charlemagne, suscitèrent la « renaissance carolingienne » dont l'influence s'avéra déterminante sur l'évolution de la culture occidentale. Afin de conseiller et d'instruire ses peuples, Charlemagne appela à sa cour les meilleurs érudits européens, les Italiens Paul Diacre, Paulin d'Aquilée et Pierre de Pise, l'Espagnol Théodulfe, évêque d'Orléans, les Francs Eudes de Metz et Éginhard, son dernier biographe. Aucun cependant n'atteignit la stature de l'Anglo-Saxon Alcuin. Cette renaissance intellectuelle eut des répercussions en Angleterre. En effet, le roi du Wessex, Egbert le Grand, qui avait grandi à la cour de Charlemagne, unifia sous son autorité les différents États anglo-saxons. Si l'on pense que Charlemagne entretint également des contacts avec son rival de Bysance, on saisit toute la dimension européenne de son règne. Sans lui, l'Empire d'Occident serait impensable. La preuve en est qu'aujourd'hui encore, Charlemagne reste un des noms de souverain les plus populaires de toute l'Europe ; d'ailleurs, les peuples slaves n'auraient-ils pas coutume d'appeler leurs monarques du nom de Kral ?

Trop souvent, on considère l'empire comme une simple forme d'État. C'est ne pas voir du tout que les concepts d'empereur et d'empire, qui connurent des représentations aussi diverses que celles de Charlemagne, de Charles V ou de François-Joseph Ier, ne désignent pas une forme mais une fonction ; l'équivalent le plus proche en est le titre de « rois des rois », le châhinchâh dans l'histoire de la Perse, ou, en Éthiopie, le negusa nagast dont Haïlé Selassié fut le dernier représentant. Dans ces deux cas, de même que dans celui de l'Empire d'Occident, ce qui est visé, ce n'est pas une institution d'assise territoriale mais une fonction de juge suprême. Le haut Moyen Age eut toujours conscience de cette distinction. Les empereurs (les Saliens, mais aussi les Hohenstaufen) n'étaient pas seuls à reconnaître et à proclamer cette supériorité de la dignité impériale ainsi que son caractère non territorial. C'est ainsi que les chroniques des moines ou encore les œuvres des poètes expriment avec la même conviction le caractère unique, exceptionnel de la position de l'empereur. Walter von des Vogelweide, le plus grand poète allemand du Moyen Age, était lui-même pénétré de l'idée selon laquelle la vocation de l'empereur était d'être le juge pacificateur de ce monde. À l'empereur, il oppose l'armen küngen, le roi qui est pauvre non pas sur le plan matériel mais dans l'ordre spirituel et juridique. Son seigneur et maître, Frédéric II de Hohenstaufen, aveuglé par sa présomption, alla jusqu'à proclamer sa primauté sur le pape et voulut être le « mutateur du monde »2. Le royaume de France s'étant dressé contre cet empereur, Dante, le plus grand théoricien italophone de l'idée impériale, le déplora vivement, faisant apparaître le danger que courait l'Europe de devenir un monstre à têtes multiples. Nous savons aujourd'hui combien il avait raison. Plus tard, Grillparzer montra également une profonde compréhension de l'idée impériale dans son évocation de « l'empereur qui ne meure jamais »3.

La fonction d'empereur consacre l'alliance du chevalier et du prêtre. Dans les premiers temps de l'Empire, si un prince n'avait pas les capacités physiques nécessaires à la conduite de son armée, il se voyait refuser l'accès au trône. Aussi, les rois et empereurs de la maison des Saliens étaient-ils réputés pour leur haute stature et leur grande force physique. Mais les premiers Carolingiens ne se contentaient déjà plus de la portée temporelle et guerrière de leur fonction, à laquelle ils donnèrent une dimension intellectuelle et spirituelle. Et, au plus tard à partir d'Othon le Grand, les rois allemands, en tant que rois des Romains, se sentirent appelés à corriger les défauts de l'Église et à s'occuper du choix d'évêques et de papes dignes de ce nom. Ainsi Henri III, dans sa vision idéale des choses, se considéra-t-il comme le protecteur et le réformateur de l'Église ; grâce à lui, le mouvement issu de la réforme de Cluny put s'introduire en Allemagne et acquérir ainsi une importance décisive en tant que force morale et religieuse. Toutefois, il ne faudrait pas commettre l'erreur de croire que les prétentions démesurées des empereurs aient conduit à une opposition de fond entre le christianisme, tout intériorisé, du haut Moyen Age et l'idée impériale ; même Henri IV, que Bismarck et les historiographes libéraux du siècle précédent ont exagérément érigé en symbole du pouvoir temporel indépendants face aux visées hégémoniques du pouvoir clérical, même cet empereur ne visait pas, lors même qu'il les combattait, l'Église ou la papauté par elles-mêmes : seule lui importait la conception, erronée à ses yeux, qu'avait le parti grégorien de la hiérarchie à établir entre le pape, le roi et l'évêque.

Trois siècles après le règne d'Othon le Grand, le Grand Interrègne sembla sonner le glas de l'Empire. Il fallut l'élection, comme roi de Germanie, de Rodolphe de Habsbourg qui, sans être couronné empereur, le fut dans les faits, pour que l'Empire et sa tête se mettent enfin à vivre avec leur temps. Rodolphe, un des tenants des Staufer déchus, releva les institutions impériales. À ce propos, il est intéressant de noter que la victoire formelle du pape sur les Staufer, suivie par l'effondrement de la dignité impériale, loin de favoriser l'apogée attendue de l'Église, avait place celle-ci, contre toute apparence, dans une situation de crise. Et c'est avec le nouvel essor de l'Empire sous Rodolphe Ier de Habsbourg que la papauté commença elle aussi à se rétablir. La politique modérée et intelligente des Habsbourg y contribua d'ailleurs pour une bonne part en poursuivant une œuvre d'intégration par des voies pacifiques, ce qui la distingua fort des excès du dernier Staufer, un grand empereur sans aucun doute, mais que l'ivresse du pouvoir aveugla.

L'œuvre de Rodolphe fut brillamment poursuivie non seulement pas son fils Albert, homme de talent quoique parfois un peu sévère, mais aussi par celui qu'on a tant dénigré, Frédéric III. Il compte parmi les personnalités les plus contestées de notre histoire. Les historiens nationalistes allemands le tenaient pour un esprit faible et « fainéant ». Selon l'idée qui prévaut à son sujet, sa seule et unique réussite aura été de survivre à tous ses adversaires au cours d'un « règne » long de cinquante-quatre ans qui le vit le plus souvent battre en retraite ou être assiégé. Mais de tels clichés ne résisteraient pas à un examen approfondi. Frédéric III donne plutôt le sentiment d'avoir vécu sciemment son séjour ici-bas comme une halte patiente et transitoire, pour avoir pressenti du plus profond de son âme que des événements d'une importance décisive allaient se produire ; mais il compris également que son époque n'était pas encore mûre. De cet empereur, Hugo Hantsch a dit ceci : « Un pacifiste qui attendait tout de l'entente pacifique et rien de la violence... et dont la grande crainte était de commettre l'injustice... Son être était tout de dignité, même si celle-ci n'était l'expression d'aucun pouvoir. À ses yeux, le titre impérial représentait une distinction suprême que même les accidents de l'histoire ne pouvaient amoindrir ».

Léopold von Ranke, un adversaire de la maison d'Autriche, dresse ce bilan : « Le règne de Frédéric III ne fut aussi insignifiant qu'on s'est plu à le penser. En particulier ses dernières années, si difficiles par ailleurs, furent riches de grands succès. À cette époque en effet, la possession de l'Autriche et des Flandres avait tout à coup donné au pouvoir habsbourgeois une dimension européenne nouvelle ; d'autre part, après une courte campagne, Maximilien avait fait reconnaître ses prétentions sur la Hongrie, par la suite, les hostilités entre princes allemands furent totalement suspendues et la grande ligue de Souabe permit à la maison d'Autriche d'étendre légalement son influence sur l'Allemagne, ce qu'elle n'avait plus fait depuis Albert Ier. Les diètes de l'Empire avaient alors achevé de s'organiser et s'étaient renforcées dans le même temps ; les débuts de l'application de la constitution commune s'annonçaient fort prometteurs ».

Par la patience obstinée dont il fit preuve au milieu des guerres et des luttes tribales, Frédéric III contribua à consolider l'empire à un point tel que ce dernier put supporter sans dommage la personnalité brillante, mais aussi primesautière, de Maximilien, ainsi que l'œuvre d'intégration universelle qu'entreprit Charles V.

Charlemagne, Charles IV et Charles V sont probablement les aïeux les plus grands de l'Europe de demain. Charlemagne est le lien obligé entre d'une part, les Français qui, après les Carolingiens, se singularisèrent en empruntant la voie nationale, et d'autre part, l'idée impériale d'une communauté supranationale. Charles IV de Luxembourg, roi de Bohème, ne se contenta pas de renouveler le sacrum imperium, il établit également un pont entre son Empire et l'Orient, surtout en direction des Slaves.

Quant à Charles V, il a soutenu l'idée d'un Orbis Europaeus Christianus qui n'eut pas de succès à son époque, mais s'est depuis imposée à tous les peuples d'Europe. Charles V était le point de rencontre de courants intellectuels multiples, allemands, italiens, franco-bourguignons, flamingo-bourguignons, ibériques ; de ce fait, lui et ses grands prédécesseurs sont bien plus modernes que les défenseurs des petits États nationalistes du XIXeme et XXème siècles.

Outre l'idée de supranationalité, l'Empire, aujourd'hui à terre, laisse un autre message au XXIème siècle, l'idée, essentielle, du primat de la fonction judiciaire sur les pouvoirs exécutif et législatif. Car, indépendamment de la forme de notre État, nous qui vivons dans une société de masse manipulée par des technocrates, nous avons précisément besoin d'institutions indépendantes qui puissent protéger la substance de l'État et les hommes cotre l'égoïsme de groupe ou contre l'arbitraire, qu'il soit politique ou privé.

1Par cette spécification, l'auteur fait allusion à Honorius, premier Empereur d'Occident, sous le règne de qui Rome fut dévastée par Alaric en 410. [note du traducteur]

2C'est l'expression retenue par A. Kahm, traducteur d'Ernst Kantorowicz : L'Empereur Frédéric II, 475

3König Ottokars Glück und Ende, Acte III

Partager cet article

Repost 0
Published by Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne - dans Autres auteurs

Présentation

  • : In limine
  • In limine
  • : Recherche philosophique et métapolitique intégrée au projet d'une Europe nouvelle des Nations libérée des mensonges néo-libéral et capitaliste, inspirée de penseurs tels F. Nietzsche, P.J. Proudhon, G. Sorel, G. Orwell, S. Weil, A. de Benoist, A. Soral, A. Douguine, etc
  • Contact

Propos pour un "empire" européen, une Grande Europe dans le cadre du projet eurasiste de la multipolarité :

(Une Res publica des régions et nations européennes libérées des projets mondialiste et impérialiste pseudo-eschatologiques !)

Res Publica Europensis

(cliquer pour télécharger le PDF)

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

Alexandre Douguine 

 

Ce site se reconnaît dans la proposition de "Quatrième Théorie politique" et dans le projet "eurasiste" pour un monde multipolaire

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

Alain de Benoist

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 


Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

Égalité & Réconciliation

 

« le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre. »  George Orwell

 

Recherche

Intro

 

soldat avec groom_Giorgione

 

« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme révolutionnaire européen et de l'eurasisme, catholique enraciné dans sa patrie !)

 

 

Site de la revue Éléments

Blog de la revue Éléments

 

Site de la revue Rebellion et de l'OSRE

 

Site de la Revue KRISIS

 

Vladimir Poutine, le pour et le contre

Par Alexandre Douguine, éditions Ars Magna

 

Liens

George Orwell

Site sur George Orwell

Bolivar infos

Site d'information et de solidarité avec Cuba, le Venezuela et les pays progressistes d'Amérique Latine

Michel Maffesoli

Site du sociologue Michel Maffesoli

Europe Solidaire

Pour une Europe intelligente - Solidarité et puissance

Donbass !

"Le jour où le cœur de l'Europe s'est remis à battre"

Enlace zapatista

Site sur l'EZLN et le Congrès National Indigène

Actualité Africaine

Blog de Bernard Lugan

Bonne nouvelle à l'élite des élus !

Site sur F. Nietzsche

Hommage à Nietzsche

Site sur F. Nietzsche

Société P.J. Proudhon

Site de la Société Pierre-Joseph Proudhon

Thibault Isabel

Blog du philosophe et écrivain Thibault Isabel

La Revue du M.A.U.S.S.

Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales

Revue Mille neuf cent

Site d'études sur Georges Sorel

Johannes Althusius

Site (en allemand et anglais) sur Althusius

Charles Robin, essayiste

Site de Charles Robin

David L'Épée, intellectuel indépendant

Blog de David L'Épée

Métapo Infos

Actualité du combat culturelle et métapolitique

Chroniques du Grand jeu

La géopolitiques autrement, pour mieux la comprendre

Réseau international

Site de réflexion et de réinformation

Paul Matilion

Site Paul Matilion

Mondialisation.ca

Centre de recherche sur la mondialisation

Le Saker Francophone

Les humbles veillent !

Jean Borella

Site sur J. Borella

Philosophie et politique

Site personnel de Denis Collin

LP-UMOJA

Site de la Ligue Panafricaine - Umoja

Permaculture.fr

Portail de la permaculture française

Et vous n'avez encore rien vu...

Critique de la science et du scientisme moderne

Association Castoriadis

Site sur Cornélius Castoriadis

Voltaire-net.org

Site du Réseau Voltaire

Europalestine.com

Site du CAPJPO - EuroPalestine

ssnp.com

Site du Syrian Social Nationalist Party

Parousia

"Que l'homme assoiffé s'approche"

Journal of Eurasian Affairs

Issued by International Eurasian Movement
 

Géopolitica.ru

Carthago delenda est !

 

"Le comptoir d'un café est le parlement du peuple" Honoré de Balzac

 

Think tank Katehon

 

Le Socle

 

Association des amis d'Alain de Benoist

“Contrairement aux allégations de Samuel Huntington, l'orthodoxie ne représentera pas, à l'heure des retrouvailles grand-continentale eurasiatiques des nôtres, une ligne de rupture infranchissable: au contraire, la mobilisation trancendentale de l'ethos européen abyssal provoquée par la tentative américaine d'assujettissement du Grand Continent fera que l'Europe catholique de l'Ouest et que l'Europe orthodoxe de l'Est y retrouveront, providentiellement, l'unité antérieure d'une même foi et d'un même destin. Unité impériale, foi impériale et destin impérial, encore une fois et, cette foi-ci, définitivement.”

Jean Parvulesco

 

Philitt - Philosophie, littérature, cinéma

 

Pierre-Joseph Proudhon

 

Révolution Conservatrice !

 

 

"Il n'y a pas de pensées dangereuses, penser est en soi-même dangereux"

Hannah Arendt