19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 17:16
Lutte entre le lion et le tigre – Ferdinand Victor Eugène Delacroix

Lutte entre le lion et le tigre – Ferdinand Victor Eugène Delacroix

La liberté sous conditions

 

 

 

(Extrait de Emmanuel Mounier, Le personnalisme, éd. PUF 1949, rééd. PUF/Quadrige 2010, pp. 75-84)

 

 

La liberté a d'innombrables amis. Les libéraux s'en font les champions attitrés. Mais les marxistes, auxquels ils la disputent, prétendent préparer contre eux le vrai « règne de la liberté » derrière son illusion. Existentialistes et chrétiens la placent aussi au cœur de leurs perspectives, pas la même, ni la même que les deux autres. Pourquoi tant de confusion ? C'est que chaque fois qu'on l'isole de la structure totale de la personne, on déporte la liberté vers quelque aberration.

 

 

 

LA LIBERTÉ N'EST QU'UNE CHOSE

 

Si la liberté n'est pas que sommes-nous ? Des jouets dans l'univers. Telle est notre plus grande angoisse. C'est pour l'apaiser que nous voudrions saisir la liberté en flagrant délit, la toucher comme un objet, au moins la prouver comme un théorème ; établir qu'il y a, de la liberté, dans le monde. Mais en vain. La liberté est affirmation de la personne, se vit, ne se voit pas. « Il y a », dans le monde objectif, que des choses données et des situations révolues. Aussi, faute d'y pouvoir loger la liberté, l'y cherche-t-on sous forme de négation : une absence de cause, une lacune dans le déterminisme. Mais qu'ai-je à faire d'un manque ? Ainsi n'arrive-t-on jamais à découvrir, sinon dans la nature du moins à ras de la nature, que deux formes à peine de liberté.

L'une est la liberté d'indifférence : liberté de ne rien être, de ne rien désirer et de ne rien faire ; non seulement indéterminisme, mais indétermination totale. Certains libéraux et des esprits anarchisants se représentent la liberté de la pensée ou de l'action sous ce modèle. Mais l'homme ne connaît jamais cet état d'équilibre : en lui faisant croire qu'il est possible, on lui masque ses options réelles, ou bien on le pousse effectivement vers le goût mortel de l'indifférence.

L'autre est celle que nous mendions à l'indéterminisme physique. On a fait grand cas de cette nouvelle perspective de la physique moderne, on a voulu la contraindre à « prouver la liberté ». C'était faire contresens sur la liberté. La liberté de l'homme n'est pas un « reste » de l'addition universelle. Une liberté qui ne serait qu'une irrégularité de l'univers, qui prouvera qu'elle ne se réduit pas à une faiblesse de notre savoir, à moins que ce ne soit à une déformation systématique de la nature ou de l'homme ? Quelle valeur a pour moi cette malfaçon ? L'indéterminisme des physiciens modernes désarme les prétentions positivistes, rien de plus. La liberté ne se gagne pas contre les déterminismes naturels, elle se conquiert sur eux, mais avec eux.

Tout ce que l'on peut dire, à ce plan, c'est que :

1/ la science moderne établit que l'univers n'est pas totalisable au plan du déterminisme où elle cherchait cette totalisation, et elle s'en aperçoit dans celles de ses activités (mathématique et logistique) qui devraient le plus directement la conduire à la systématisation parfaite ; si la science n'a rien à dire en faveur de la liberté, elle doit de plus en plus renoncer à la contester ;

2/ la nature révèle une préparation lente et continue des conditions de la liberté. L'indéterminisme de la particule matérielle n'est pas la liberté, mais propose une structure non rigide à un monde où joue la liberté. La molécule vivante n'est pas la liberté, mais une telle accumulation d'énergie explosive n'a de sens que de multiplier les possibles et de préparer des centres de choix. La conquête par le monde animal de l'autonomie des grand appareils physiologiques, qui permet à l'individu de régler sa nutrition, sa chaleur, son mouvement et ses échanges, n'est pas encore la liberté, mais elle prépare l'autonomie corporelle qui instrument l'autonomie spirituelle de la liberté.

Cependant, le liberté ne sort pas de ces préparations comme le fruit de la fleur. Dans l'énigme des forces naturelles qui les traversent et les embrouillent, il est réservé à l'initiative irremplaçable de la personne de reconnaître les pentes complices de sa liberté, de les choisir et de s'y engager. C'est la personne qui se fait libre, après avoir choisi d'être libre. Nulle part elle ne trouve la liberté donnée et constituée. Rien au monde ne l'assure qu'elle est libre si elle n'entre pas audacieusement dans l'expérience de la liberté.

 

 

 

LA LIBERTÉ N'EST PAS UN PUR JAILLISSEMENT

 

De ce que la liberté n'est pas une chose, certains lui refusent d'être en quoi que ce soit objective. L'être objectif (l' « en-soi » de Sartre) est identique et immobile ; s'il dure, il se répète indéfiniment. À l'opposé, l'existence libre serait qualité incessamment changeante, jaillissement originel (Ursprung, disent les allemands), invention perpétuelle de soi par soi : en d'autres termes subjectivité absolue. On ne la saisit que du dedans et de la racine, en surgissant avec elle.

Dès lors que la liberté est affirmation absolue, rien ne saurait la limiter, elle est totale et sans bornes (Sartre), par le seul fait qu'elle est. Elle n'exprime aucune nature antérieure à elle, ne répond à aucun appel : elle cesserait alors d'être liberté. Elle se fait et me fait en se faisant, en elle et par elle je m'invente, j'invente mes motifs, les valeurs et le monde avec moi, sans appui ni secours.

Cette liberté absolue est un mythe. La notion de nature est une idée confuse, il faut l'épurer. Mais elle exprime que l'existence, en même temps que jaillissement, est aussi épaisseur, densité ; en même temps que création, donné. Je ne suis pas seulement ce que je fais, le monde n'est pas seulement ce que je veux. Je suis donné à moi-même et le monde m'est préalable. Telle étant ma condition, il y a dans ma liberté même une multitude de pesanteurs, celle qui lui vient de moi-même, de mon être particulier qui la limite, celle qui lui arrive du monde, des nécessités qui la contraignent et des valeurs qui la pressent. Sa gravitation est vraiment universelle. L'oublie-t-on, elle se subtilise et tend à devenir une ombre, une idée sans consistance, un rêve-limite ; elle est amorphe, on la croit absolue. Elle jette l'individu à des sursauts de révolte et d'exaltation, dont l'intensité seule le captive, indifférent à leurs contradictions (l'univers de Malraux ou de Montherlant).

Il y a plus grave encore. Une liberté qui jaillit comme un pur fait, qui est si étroitement impliquée dans l'affirmation brute de l'existence qu'elle évoque une nécessité – Sartre dit une condamnation – est une nature aveugle, un pouvoir nu. Qui la distinguera de l'arbitraire vital et de la volonté de puissance ? Comment sera-t-elle mienne, si je ne puis la refuser ? Où prendra-t-elle visage humain, puisque l'homme n'a de figure que par ses décisions ? Qui lui tracera les limites de l'inhumain, puisqu'il n'est de l'humain à l'inhumain d'autres frontières que par son décret ? Qui la retiendra de vouloir, dans une exaltation suprême, éprouver sa propre dissolution ? Ce n'est plus seulement aux illusions de la liberté formelle que risque de nous conduire une telle position, mais aux délires de la « vie intense ». Celui qui se sent condamné à sa propre liberté, une liberté absurde et illimitée, n'a plus pour s'en distraire qu'à y condamner les autres, comme Caligula, jusqu'à la terreur. Mais la liberté n'est pas rivée à l'être personnel comme une condamnation, elle lui est proposée comme un don. Il l'accepte, ou la refuse. L'homme libre est celui qui peut promettre, et celui qui peut trahir (G. Marcel). N'étant pas esclave de sa liberté, comme les Perken et les Garine, ces drogués de la liberté, il ne pourra jamais lui donner le goût d'une forme quelconque d'esclavage. Que devient enfin, dans un monde où chaque liberté est isolée dans son surgissement, la communauté des personnes ? « Je ne suis vraiment libre, écrivait Bakounine, que lorsque tous les êtres humains qui m'entourent, hommes et femmes, sont également libres... Je ne deviens libre que par la liberté des autres. » Précision capitale : la revendication de ma propre liberté est trop mêlée d'instinct pour n'être pas suspecte, et l'on a pu dire justement que le sens de la liberté commence avec le sens de la liberté d'autrui. Cette coopération des libertés est exclue d'un monde où chaque liberté ne peut s'unir à la liberté d'autrui, comme le pense Sartre, qu'en l'asservissant ou se faisant asservir par elle ; intérieurement enracinée sur une nécessité, une telle liberté ne peut communiquer que la nécessité. Elle ne libère pas celui qu'elle approche, elle ne sait au mieux que l'arracher au sommeil et l'entraîner dans son irrésistible tourbillon. La liberté de la personne, au contraire, crée autour d'elle la liberté, par une sorte de légèreté contagieuse – comme l'aliénation, à l'inverse, engendre l'aliénation.

 

 

 

LA LIBERTÉ DANS LA CONDITION TOTALE DE LA PERSONNE

 

Il est vrai cependant que la liberté est source vive d'être, qu'un acte n'est un acte d'homme que s'il transfigure les données les plus rebelles dans la magie de cette spontanéité. En ce sens et en ce sens seulement, l'homme est tout entier et toujours libre intérieurement quand il le veut. Telle est la liberté qui reste au déporté au moment même où il semble enfermé dans la servitude et l'humiliation. En ce sens, on peut dire que les libertés concrètes ne sont pas indispensables à l'exercice de la liberté spirituelle qui manifeste ainsi, dans les moments de grandeur, sa transcendance à ses conditions de fait.

Cependant, le liberté de l'homme est la liberté d'une personne, et de cette personne, ainsi constituée et située en elle-même, dans le monde et devant les valeurs. Cela implique qu'elle est en règle commune étroitement conditionnée et limitée par notre situation concrète. Être libre, c'est au premier temps accepter cette condition pour y prendre appui. Tout n'est pas possible, tout n'est pas possible à tout moment. Ces limites, quand elles ne sont pas trop serrées, sont une force. La liberté ne progresse, comme le corps, que par l'obstacle, le choix, le sacrifice. Mais l'idée de gratuité est une idée d'existence riche, et dans une condition trop accablante, la liberté n'est guère plus, comme la nommait Marx, que « la conscience de la nécessité ». C'est un commencement, car la conscience est promesse et initiative de libération ; celui qui ne voit pas ses servitudes est seul esclave, fût-il heureux sous leur pouvoir. Mais ce commencement est à peine humain encore. C'est pourquoi, avant de proclamer la liberté dans des Constitutions ou de l'exalter dans des discours, nous avons à assumer les conditions communes de la liberté, biologiques, économiques, sociales, politiques qui permettent à des forces moyennes de participer aux hauts appels de l'humanité ; à nous soucier des libertés autant que de la liberté. Défendre « la liberté » sans autre précision, partout où un acte de pouvoir ou un état des mœurs la limitent, c'est se condamner à prendre le parti des forces d'immobilité contre les forces de mouvement. Les libertés d'hier sont toujours ébranlées par les libertés de demain. Les libertés de la noblesse étaient menacées par celles de la bourgeoisie. Les libertés de la bourgeoisie sont menacées par les libertés populaires. La liberté de tous peut compromettre la liberté de quelques-uns. C'est ainsi que les plus belles déclarations des droits peuvent couvrir par leur généralité même, comme l'écrivait Marx, la seule liberté « de l'homme égoïste, de l'homme séparé de l'homme et de la communauté ».

Ces mystifications expliquent que la cause de « la liberté » soit aussi flottante depuis un siècle. Au même moment, de 1820 à 1830, elle est revendiquée à la fois, sur le plan spirituel et scolaire, par des chrétiens traditionalistes comme Montalembert, contre l'État moderne centralisé et laïque de la bureaucratie napoléonienne ; sur le plan économique, par la bourgeoisie montante, désireuse d'avoir les coudées large dans la grande aventure industrielle qui s'amorce ; sur le plan politique, par les milieux populaires et les précurseurs du socialisme. La liberté bourgeoise conquiert ses droits avec le règne de Louis-Philippe, et n'en demande pas plus. Le peuple se laisse persuader que la liberté de ses maîtres est la sienne. La liberté reste à Montalembert. Mais la conscience populaire se formant de 1830 à 1848 et explosant partout en Europe en 1848, Montalembert et la bourgeoisie voltairienne abandonnent sans douleur la liberté politique pour sauver leur privilège économique et social ; l'empereur national-industriel prélude, sur le mode mineur, à la démocratie national-socialiste. Son régime ramène la liberté à gauche. Elle y reste pendant conquérant du libéralisme politique. Lorsque les libéraux eurent développé suffisamment de privilèges, leur liberté devint conservatrice, contre le socialisme. Un divorce se produisit alors chez eux. Les uns restent libéraux envers et contre tout, les autres n'hésitent pas, avec l'âge des fascismes, à sacrifier la liberté politique à l'apparente conservation de leur monde. De même, à gauche le partage se fait après Lénine, et surtout après Staline, entre les démocrates et les socialistes libéraux et le socialisme autoritaire qui sacrifie la liberté politique à ce qu'il considère comme le chemin nécessaire de la libération économique, préface nécessaire à la disparition des contraintes politiques. La liberté, depuis, oscille vertigineusement de la gauche (liberté antifasciste) à la droite (libéralisme anticommuniste).

Notre liberté est la liberté d'une personne située, elle est aussi la liberté d'une personne valorisée. Je ne suis pas libre seulement par le fait d'exercer ma spontanéité, je deviens libre si j'incline cette spontanéité dans le sens d'une libération, c'est-à-dire d'une personnalisation du monde et de moi-même. Du jaillissement de l'existence à la liberté il y a donc ici une nouvelle instance, celle qui sépare la personne implicite, à la frange de l'élan vital, de la personne mûrissant par ses actes dans son épaisseur croissante d'existence individuelle et collective. Ainsi, je ne dispose pas dans l'arbitraire de ma liberté, bien que le point où je l'épouse soit enfoui au cœur de moi-même. Ma liberté n'est seulement jaillissante, elle est ordonnée, ou mieux encore appelée.

Cet appel lui donne sa force d'élan, et c'est pourquoi, à une analyse insuffisante, il se confond avec son élan. Mais sans lui l'élan retombe, s'adapte. Il faut s'adapter ; mais à trop bien s'adapter, on s'installe, et l'on ne démarre plus. Il faut reconnaître le sens de l'histoire, pour s'y insérer ; mais à trop bien adhérer à l'histoire qui est, on ne fait plus l'histoire qui doit être. Il faut chercher le dessin de la nature humaine ; mais à trop bien en décalquer les formes connues, on cesse d'en inventer les possibilités inexploitées. C'est le processus de tous les conformismes. Aussi, en même temps que modeste, la liberté de l'homme doit-elle être intrépide. On a dénoncé l'esprit d'évasion qui détourne des tâches viriles. Dans une époque de plus en plus écrasée par ce qu'elle croit être des fatalités, et rongée de souci et d'angoisse qu'elle est prête à livrer sa liberté pour un minimum de sécurité, il n'est pas moins urgent de dénoncer l'esprit de servitude et ses formes larvées. Un certain goût passif de l'autorité qui relève de la pathologie plus que de la théologie, les adhésions aveugles aux consignes de partis, l'indifférence docile des masses désorientées révèlent le recul de l'homme libre : il faut en reconstituer l'espèce. La liberté est ouvrière, elle est aussi divine. Il faut lui rappeler les résistances des matériaux, il faut aussi lui laisser son inlassable passion et, parfois, un moment de folie créatrice. Il est vrai que la liberté ne doit pas faire oublier les libertés. Mais quand les hommes ne rêvent plus de cathédrales, ils ne savent plus faire de belles mansardes. Quand ils n'ont plus la passion de la liberté, ils ne savent plus édifier les libertés. On ne donne pas la liberté aux hommes, de l'extérieur, avec des facilités de vie ou des Constitutions : ils s'assouplissent dans leurs libertés et se réveillent esclaves. Les libertés ne sont que des chances offertes à l'esprit de liberté.

L'esprit de liberté est inlassable à dépister et à résorber mes aliénations, c'est-à-dire les situations où je me livre comme un objet à des forces impersonnelles. Un large secteur de ces situations a été décrit par le marxisme, tout un autre secteur est méconnu de lui. Les servitudes qui frappent notre existence font qu'il n'est pas de situation humaine qui ne comporte une aliénation plus ou moins diffuse : il est dans la condition de l'homme d'aspirer indéfiniment à l'autonomie, de la poursuivre sans cesse, et d'échouer indéfiniment à l'atteindre. Pour que nous fussions délivrés de toute occasion d'aliénation, il faudrait que la nature fût entièrement intelligible, la communion permanente, universelle et parfaite, et totale la possession de nos idéaux. Même les aliénations historiques, celles qui ne durent qu'un temps, nous laissent sans répit : sur l'une que l'on renverse, une nouvelle surgit ; toute victoire de la liberté se retourne contre elle et appelle un nouveau combat : la bataille de la liberté ne connaît pas de fin.

 

 

 

LIBERTÉ DE CHOIX ET LIBERTÉ D'ADHÉSION

 

Chaque étape du combat est marquée et consolidée par le « baptême du choix », comme disait Kierkegaard. Le choix apparaît d'abord comme pouvoir de celui qui choisit. En choisissant ceci ou cela, je choisis chaque fois indirectement moi-même, et m'édifie dans le choix. Pour avoir osé, pour m'être exposé, pour avoir risqué dans l'obscurité et dans l'incertitude, je me suis un peu plus trouvé sans m'être positivement cherché. La décision créatrice, en rompant une chaîne de fatalités ou de probabilités, un jeu de forces intimidant, a bouleversé les calculs : elle est prise dans l'obscurité et dans la confusion, mais elle devient l'origine créatrice d'un ordre nouveau et d'une intelligibilité nouvelle, et pour celui qui l'a prise, d'une maturité nouvelle. Par elle seule le monde avance et l'homme se forme. Aucune organisation technique ne la remplacera : tout au contraire, plus de technique appelle plus de liberté.

Cependant, une sorte de myopie philosophique a détourné sur l'acte du choix le centre de gravité de la liberté, qui est dans la libération consécutive au choix heureux. Que vaudrait la liberté, si elle ne nous laissait à choisir qu'entre la peste et le choléra ? Et si les hommes lui deviennent aujourd'hui indifférents, n'est-ce pas qu'ils ne savent plus qu'en faire ? Elle a certes une beauté propre par son allure même et sa superbe divine, mais elle n'est belle d'être souveraine que parce qu'elle peut être salutaire. Concentrer l'attention à la liberté sur le pouvoir de choix exclusivement, c'est mettre la liberté en perte de vitesse et la rendre bientôt impuissante au choix même, faute d'élan suffisant ; c'est entretenir cette culture de l'abstention ou de l'alternance qui est le mal spirituel de l'intelligence contemporaine. La ramasser sur la seule conquête de l'autonomie, c'est encourager cette crispation de l'individu qui le rend opaque et indisponible. Le mouvement de liberté est aussi détente, perméabilisation, mise en disponibilité. Il n'est pas seulement rupture et conquête, il est aussi et finalement adhésion. L'homme libre est un homme que le monde interroge et qui répond : c'est l'homme responsable. La liberté, en cette fin, n'isole pas, elle unit, elle ne fonde pas l'anarchie, elle est, au sens originel de ces mots, religion, dévotion. Elle n'est pas l'être de la personne, mais la manière dont la personne est tout ce qu'elle est, et l'est plus pleinement que par nécessité. Mais nous voici déjà, avec ces conclusions, au bord d'un nouveau paysage essentiel de la personne.

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Published by Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne

Présentation

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  • : Recherche "aristocratique" philosophique et métapolitique intégrée au projet d'une Europe Nouvelle de type impérial post-libéral, inspirée de penseurs tels J. Althusius, F. Nietzsche, P.J. Proudhon, G. Sorel, O. Spengler, J. Evola, S. Weil, E. Jünger, A. de Benoist, A. Douguine, etc
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Propos pour un "Empire" européen

(Une Grande Europe de la Spiritualité et de la Puissance !)

Res Publica Europensis

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Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

"Minuit" de Vincent Vauclin

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

Alain de Benoist

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Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

Site du Think-Tank EurHope

 

 

« le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre. »  George Orwell

 

 

Recherche

Intro

 

soldat avec groom_Giorgione

 

« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme conservateur-révolutionnaire européen, pagano-catholique enraciné dans sa patrie !)

 

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