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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 13:43
En l'église de Langast (VIII ème siècle - Côtes d'Armor), fresque du XII ème siècle sous une arcade

En l'église de Langast (VIII ème siècle - Côtes d'Armor), fresque du XII ème siècle sous une arcade

Que seraient les élites ?

 

 

Il y a ceux qui, prenant le parti de la beauté, de l'harmonie et de la force, rendent grâce à Dieu ; et il y a ceux qui se complaisent à L'ignorer...

 

« Dieu s'est fait homme, par là tout le genre humain est élevé et anobli […] dans cet Un, le Père engendre son Fils en la source la plus intime. Là s'épanouit l'Esprit Saint et là jaillit en Dieu une volonté qui appartient à l'âme » Maître Eckhart, sermon 5b

 

 

Aujourd'hui, les « élites » vont de soi comme des gestionnaires dont nous réclamons avant tout les compétences « techniques ». D'où proviennent-elles, nous ne le savons que trop : de la masse que nous formons de nos renoncements. Elles s'en extraient effectivement, via des institutions, telle l'ENA, fondée sur le principe de la soumission à l'ordre oligarchique, en s'arrogeant une large part du butin, fruits de nos efforts communs. Elles se donnent un semblant de légitimité, parfois, en « osant » paraître lors des mascarades électorales. Et il est une chose qui, particulièrement, les caractérise en ces temps de règne de la quantité : leur aptitude à imposer ce qui en elles-mêmes a pu les faire paraître incontournables à la vue de ceux qui ne semblent excités que par la recherche de leur plus grand intérêt. Car c'est bien de cela dont il s'agit, d'une manière de s'imposer, de tendre le cou afin de pouvoir regarder plus loin mais guère plus haut. La sensation qui s'en dégage généralement, par réaction, est bien celle d'un certain mépris vis-à-vis de ces « élites » qui ont pour eux, surtout, l'art d'illusionner leur monde sur leur prétendue « supériorité ». Celle-ci est l'enjeu d'un marché conclu entre ceux qui la ré-clament et ceux, bien moins nombreux, qui la proposent d'une façon sournoise, y prétextant un service plus ou moins désintéressé. En réalité, un marché de dupes.

 

Les véritables élites, quant à elles, sont les fruits d'un choix. Mais, pourrait-on objecter, les « élites » actuelles aussi ! D'une certaine façon, oui, mais d'une façon qui est la nôtre en notre époque. Un véritable choix implique une élection, par conséquent une reconnaissance de ceux qui sont aptes à s'élever par dessus les autres et les éclairer sur leur route, et non de profiter d'une position plus confortable afin d'en puiser avantages et célébrité. Reconnaissance : donc, savoir lire ! De ce qui compose une personne, il s'agit d'en lire toute la capacité à pouvoir répondre, non principalement à un besoin comme maintenant, mais à un désir. Ce désir est celui de s'élever, s'exprimant du sein de la communauté humaine, au travers d'un Ordre qu'elle aura su adopter pour elle-même, et dont elle aura choisi d'en personnifier la pérennité . Dans les communautés traditionnelles européennes, il pouvait paraître normal que les personnes fussent portées vers l'excellence. Il leur fallait donc que leurs élites leur semblassent pouvoir resplendir de leur réelle supériorité. C'était alors un mouvement d'ensemble, organique, subissant l'attraction de la force solaire, force spirituelle qui correspondait à notre âme européenne.

 

Élire, c'est savoir lire ; choisir, c'est savoir voir. Ce qui guide notre vue, c'est bien la lumière. Ce qu'il s'agit de lire et de voir, c'est bien cette Lumière intérieure présente seulement qu'en quelques êtres : les élus. Ce sont eux qui doivent nous guider, non ceux qui ont la prétention d'usurper leur place. Élire des êtres supérieurs en tant que guides de nos communautés, c'est préalablement savoir les choisir, c'est-à-dire voir en eux des aptitudes plus hautes que celles qui se rencontrent plus communément. Conséquemment, il appartient alors à ceux qui ont su voir, de les élire, soit de lire en eux ce qui nous attirent vers eux. Quelque soit la forme que prend cette attirance, nous le devons au fait que les vraies élites sont toutes faites de héros. L'acte héroïque est tout d'abord celui par lequel une personne se distingue, fait découvrir sa grande valeur. Il implique par conséquent d'avoir en soi la capacité de s'ouvrir aux autres et de pouvoir leur présenter le meilleur de soi-même, d'une manière non faussée, non biaisée.

le Roi

Il y a une relation directe entre la « lecture » et la réalité. Bien lire signifie aussi se débarrasser des faux-semblant, voir, non pas en transparence comme il nous plaît de nos jours selon une sorte d'éthique empreinte de dégénérescence visant à ne rien cacher de nos individualités liquidées, mais, en profondeur. Lire, et voir la réalité du monde et des êtres, n'est pas cette forme de viol que l'on pratique communément en voulant s'approprier son environnement - cela n'est qu'une lecture entre les lignes - mais considérer l'harmonie des « mots » entre eux et des « phrases » entre elles de façon à ce que la réalité d'une force se dégage du « texte » en son entièreté. Nul ne pourrait duper ceux qui s'attachent à ne s'attarder qu'à la réalité des choses, y dénonçant le fard ou le sentimentalisme qui trop souvent y adhèrent en leur donnant ainsi une apparence des plus trompeuses. Beaucoup de ceux qui prétendent aujourd'hui à une supériorité ne passeraient pas un examen approfondi de leur être visant à évaluer celui-ci à la lumière de l'existence.

 

Car, qu'est-ce donc exister sinon se tenir debout, imperturbablement debout, face aux vicissitudes composant le cours de la vie ? C'est cela l'existence : être ! Non point à la façon de ceux qui ploient à la moindre difficulté en ayant la nostalgie de ce qui n'a jamais existé, mais d'une manière toute aristocratique, affirmés sur leurs deux pieds. Tel un navire qui maintient son cap grâce aux lueurs émises par les phares sur la côte, il en est parmi nous qui se dirigent droit parce qu'ils sont capables d'une sorte de vision, dirigée vers l'intérieur, qui les guide. Elle y décèle la présence de la Lumière qui donnent à l'existence toute sa sensibilité : la perception du monde dans sa réalité suprasensible, au-delà mais non à l'encontre du monde sensible, et tel qu'il peut se donner à voir au travers eux. L'Amour est une acceptation pleine et entière du monde tel qu'il est, et ce n'est point une faiblesse mais bel et bien une force, car Il est aussi dépassement des contraintes liées nécessairement à celui-ci. Il ne peut il y avoir de véritables élites que celles qui seront aptes à éclairer la route des indécis et des égarés au sortir d'une époque troublée et, peut-on dire, apocalyptique. Les élites ont le devoir suprême de donner un sens aux choses !

 

Un sens ne peut être donné aux choses, aux événements, à l'Histoire, que si les élites les réalisent – l'anglais to realize – au-delà de l'acception que peut en avoir le « commun des mortels ». Accepter ce qui advient, c'est recevoir, prendre acte de ce qui passe en en faisant la réalité, la seule qui vaille parmi les possibles que suggèrent nos pensées soumises à un certain passé, tout autant qu'à un certain futur, cloués à un immobile présent. Les interprétations multiples égarent ceux qui ne savent pas y mettre de l'ordre. La pensée issue de nos ressentiments, de nos peurs, de nos envies, de nos idées, de notre nostalgie, est toujours une pensée qui se laisse mener, une pensée subjuguée donc balancée au gré de la « raison ». Mais il est une Raison qui se doit de dominer toutes celles qui se prétendent telles, et Celle-ci n'est l'apanage que de certains êtres en qui rayonne une Puissance divine les harmonisant au Tout de la Création. Cette Puissance les incite à la Connaissance, et la Connaissance, perpétuellement re-naissante en l'esprit de qui Elle agit, inspire au don suprême : celui du sens à donner au monde pour l'accomplissement de l'Œuvre divine, et celui de l'humanité.

le Prêtre

Les élites véritables ont donc un caractère proprement sacré, et doivent en avoir pleinement conscience. Les élites véritables n'ont pas pour vocation à monopoliser pour elles-mêmes l'acte créateur dans le sens où elles ne sont pas accaparatrices des énergies, mais les stimulent au contraire au sein du monde du fait de leur présence même, au sein, et au-dessus, des communautés dont elles ont la charge. Elles ont à réaliser l'assomption de cette Puissance en eux, don extatique, par laquelle, en retour sur le monde sensible, est rendu possible l' « engendrement » : la création de ce qui peut se trouver alors être en harmonie avec le Réel, en continuité avec Lui. Leur caractère sacré réside par conséquent dans le fait de pouvoir se tenir au niveau supérieur où se déploie l'énergie spirituelle, et de conduire par là-même en toute occasion les communautés vers leur destin, celui-ci étant guidé par la réalité au sein de laquelle il leur faut lire toujours et en tout temps l'acte l'Amour et la pertinence qu'il suggère. Tout repose sur cette notion de Puissance, d'Esprit : une Puissance qui ne s'épuise pas dans l'accomplissement du devoir, car Elle se voit toujours renouvelée dans l'acte héroïque de celui-ci, dans l'engendrement du sens, du monde intelligible. De tout temps, le rôle sacré d'un roi fût de maintenir l'Ordre du monde en harmonie avec le dessein de Dieu.

 

Les élites ne sont donc pas en-dehors du monde, des communautés et nationalités, mais aux dessus, « à la tête », spirituellement, tout en y étant par conséquent organiquement incluses, à leur façon, littéralement supérieure. D'elles dépend l'existence de ce qui se constituent telles des entités déterminées par leur propre devenir. Tout en permettant qu'au sein du monde l'on puisse concevoir le perpétuel, l'immortel même, les élites doivent posséder cet art de pouvoir initier, ou parfaire, les formes. Car ne sont-elles pas d'abord artistes ? Leur valeur ne se mesurant alors qu'à l'aune de cette aptitude qu'elles auraient d'élever à l'état de Culture ce qui est « lu » par elles comme étant le Réel. Disons qu'il y a plus dans le Réel que la simple réalité...

 

Il y a dans le Réel une profondeur, ce que l'on peut nommer l'intime, à partir de laquelle chaque chose s'accorde l'une avec l'autre, s'harmonise ensemble pour peu que certains, à défaut de tous, sachent en ressentir et en capter, surtout, la Puissance qui y est contenue. Voir en profondeur, comme il est dit plus haut, est une aptitude qui n'est donné qu'à quelques uns pour lesquels il devient possible de se détacher du monde tout en y étant profondément inclus, viscéralement engagés. Cette profondeur n'a toutefois aucunement de rapport avec l'intimité, qui est un dégagement, un enfermement dans le sein de ses propres illusions. À mesure où l'on donne à l'intimité une dimension primordiale, l'on prêche aussi pour une vision individualiste du monde, et par conséquent, pour une ambiguïté néfaste du rôle des élites dans le monde. En ce cas, il est à craindre, comme le démontre d'ailleurs notre monde moderne, que s'accroisse la désintégration de l'ensemble, de la vie humaine. A contrario, des hauteurs souterraines émanant d'une véritable élite s'irradie un sentiment d'unité à partir duquel devient plus clair l'impression de puissance qui en découle au sein des strates inférieures.

le Prophète

La Classe supérieure des élus forment ce que l'on peut concevoir tel un axe autour duquel se meuvent les énergies jaillissantes vers une cause commune, cause toujours forcément incomplète, parcellaire, et donc soumise au devenir d'un accomplissement secret s'opérant dans les tréfonds de l'intime. Les élites transcendent les différences, unissent les énergies, les particularités, vers une même vision du devenir, un même sens à donner à ce qui, fondamentalement, n'en a pas. Ce ne sont donc pas les élites qui forgent elles-mêmes le devenir, mais ce sont bien elles néanmoins qui en permettent le libre déroulement selon une orientation ou une autre en tirant avantage du souffle portant du Réel. En ce faisant, elles permettent que se conjuguent ensemble les singularités et l'identité. La hauteur de leur point de vue leur donne la possibilité du choix de la perspective à adopter pour le monde et les communautés dont elles ont la charge. Échappant à l'étroitesse de l'ego, du moi anxieux, elles se donnent la possibilité de se mettre en relation avec toutes choses sans pour autant y perdre leur goût pour l'indépendance.

 

Que seraient donc les élites sinon les hommes vrais, les hommes doués d'un pouvoir extraordinaire, rare et pourtant indispensable à l'épanouissement des communautés humaines, qui leur octroie la possibilité d'initier un double mouvement opposé et simultané vers leur humanité, et leur surhumanité, compassion et élévation. En effet, en stimulant une saine émulation au sein des communautés, tout en accordant l'ensemble à un Ordre supérieur, l'on engendre la création tout autant que la reconnaissance de l'Universel ; mais, dans le même temps, si l'on agit sans qu'un but lointain ne doive nécessairement être défini, si l'on conjugue le mouvement du devenir de la vie avec la Tradition qui se révèle à certains dans l'immobilité de son Principe, l'on parvient alors à l'élévation qui est la cause primordiale d'une juste hiérarchie. Mais qu'est-ce donc que de ne point avoir à se définir des buts, des buts à soi, ou pour soi ? C'est ne point avoir de volonté à dominer, à contraindre – la contrainte est en elle-même déjà un signe d'échec, à méditer par ceux qui s'en sont contraint eux-mêmes ! La fascination qui donne goût à l'ouvrage et à la poursuite d'un même dessein dans le monde, dans un monde, naît de la supériorité des élites véritables inhérente à leur personnalité, leur aura – principe vital. Il n'y a pas chez eux d'ambition malsaine, mais du devoir, de l'abnégation, de l'implication, accomplissement suprême de la nature humaine en quelques êtres prédestinés, ce dont l'époque moderne, pourrie par l'égalitarisme, ne saurait plus admettre en son sein.

 

Les guides suprêmes que seraient les élites au sein d'un monde « normal » (!) - par opposition au non-monde actuel dirigé, ou géré, plutôt que gouverné, par des « élites » vénales – se devront d'être des hommes accomplis, libres, puissants, parce que conscients de leur fragilité humaine et, parallèlement, de leur engagement profond en faveur des cycles du devenir humain. Ceci implique par conséquent qu'elles se reconnaissent – et qu'elles se fassent reconnaître – au travers de qualités en eux facilement discernables, telles l'honneur, le sens du sacrifice, l'honnêteté, l'intelligence, la bravoure, le détachement, la fermeté. Bien loin donc du triste spectacle tragico-comique que nous offrent les bouffons « dirigeants » d'aujourd'hui ! Pour les temps de la Fin qui se préparent, il nous faut néanmoins préparer l'advenu de ces nouvelles, et véritables, élites.

 

 

Yohann Sparfell

Sur les murs du temps reste gravée la trace indélébile d'un Ordre, au fond, immuable en son essence.

Sur les murs du temps reste gravée la trace indélébile d'un Ordre, au fond, immuable en son essence.

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Publié par Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne - dans Textes de critiques et réflexions

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé, communisme étatiste, fascismes ou libéralisme, même faussement adaptées aux temps présents, mais d'une pensée véritablement individualiste (et non-libérale) ! Elle pourrait ainsi émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et associative, tout comme de notre rapport à l'autre et à nos propres croyances. Une pensée n’est en effet véritablement individualiste que dans la mesure où elle nous permet de faire preuve de réalisme quant aux conditions de notre individualité au monde - comme, donc, de notre humanité - et en cela elle se positionne donc clairement dans le mouvement évolutif de la Connaissance de la connaissance. En somme, notre interprétation de l'individualisme s'inscrit dans une volonté théorique et pratique de faire en sorte que l'individu humain, en vertu de sa singularité, reconquiert son auto-détermination au-delà des vaniteuses certitudes propres à la vie en société. Ma recherche, ma contribution au travers de ce site, s'enthousiasme donc des possibilités progressives infinies dont seraient capables les hommes s'il leur était seulement donné à chacun de pouvoir affirmer son devenir en harmonie avec les autres devenirs individuels, de réacquérir leur pouvoir de créer en reconnaissance des contradictions qui les constituent, qu'il ne s'agit pas d'ignorer ou de vaincre, mais d'équilibrer et d'accorder l'une par l'autre, comme nous l'invitait Proudhon.

La civilisation européenne occidentalisée est aujourd'hui à court d’idées, et plus encore, à court de volonté propre. L'individualisme "aristocratique" nietzschéen, forme particulière de l'individualisme anarchiste sans en être vraiment, devra donc dépasser le blocage actuel de la résignation et de la soumission aux convictions de la Modernité de telle façon à ce que puissent s’affirmer librement les individus en eux-mêmes et en leurs libres associations. C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien, par la subsidiarité bien comprise, par la justice sans préjugés de classe, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" du "devoir", que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de se soumettre la politique comme l'économique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. En cela, ils retrouveront le goût de leur humanisme originel, d'un type "antique" d'humanisme !

Yohann Sparfell

(Individualiste "aristocratique" nietzschéen)

 

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