8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 19:32
Ascension III – Ferdinand Hodler

Ascension III – Ferdinand Hodler

Quel prolétariat ?

 

Par Arthur Moeller van den Bruck

 

 

(Extrait de l'ouvrage Le troisième Reich, Sorlot, 1981, pp. 204-208)

 

 

[…Après la première guerre mondiale en Allemagne, et après la révolution qui s'en suivit...]

Et tandis que les communistes se lamentaient sur le marxisme abaissé au rang d'une utopie, il y eut d'autres allemands, qui au lieu de déplorer la trahison d'une doctrine, déplorèrent la trahison d'une nation, qui s'était trahie elle-même. Ils ne firent aucune différence entre le peuple, le prolétariat et la démocratie. Ils virent seulement le méfait des masses. Un peuple n'avait-il pas ruiné son Empire au lieu de le défendre ? N'avait-il pas permis au prolétariat de commettre une action insensée, du genre de celles que les peuples regrettent plus tard quand ils redeviennent capables de réfléchir. La nation n'avait-elle pas rompu avec sa tradition, avec son passé, avec son destin, et n'avait-elle pas remplacé son désir de grandeur par la vilenie démocratique, cette mare de parvenus et de demi-intellectuels, où elle allait maintenant s'enliser lentement et misérablement ?

 

III

 

Devant une telle perspective, il arriva que, plus d'un Allemand eut spontanément l'idée de revenir vers Nietzsche qui, dans l'histoire spirituelle du dix-neuvième siècle, occupe le pôle opposé à celui de Marx. Il est hors de doute que Marx à l'origine du matérialisme de nos révolutionnaires démocrates, fut le premier à donner aux hommes qui pendant des milliers d'années avaient été habitués à défendre des idées et à vivre pour des idées, une pensée matérialiste, une conception matérialiste de l'histoire. Marx escroqua l'humanité en faisant passer la matière pour une idée. Mais il n'est pas d'action sans réaction. Quand Marx fut englouti dans la vague démocratique, l'idée aristocratique émergea. D'ailleurs, que restait-il à faire à un allemand sinon à se tenir aussi loin que possible de la standardisation des hommes et des idées, et de reconnaître la conscience et la personnalité ?

Nietzsche fut par excellence le lutteur contre tout ce qui est masse, et non organisation, hiérarchie, ordre. Il se sentait, à « l'époque du suffrage universelle, c'est-à-dire, à l'époque où chacun a le droit de juger tout et chacun », le restaurateur de la hiérarchie humaine. Il parla de la « terrible conséquence de l'égalité » et il dit : « Toute notre sociologie ne connaît pas d'autre instinct que celui du troupeau », c'est-à-dire celui « d'une somme de zéros, où chaque zéro a les mêmes droits que les autres, et où il est vertueux d'être un zéro ». Mais Nietzsche avait déjà pour des raisons biologiques, distingué le peuple du prolétariat et de la démocratie.

Il savait que la démocratie n'est que la manifestation de la mort d'une société, tandis qu'il voyait dans le prolétariat un problème bien plus profond ; problème qu'il liait avec celui du renouvellement de l'homme par en bas. Et quand il dit, parlant du peuple allemand, qu'il ne connaissait ni le passé ni le présent, mais seulement l'avenir, il donna, dans cet avenir, une place au prolétariat, et il reconnut que le socialisme – non pas le socialisme doctrinaire, mais celui qui exprime historiquement un mouvement des masses humaines dont les instincts sont encore conservés dans leur vigueur primitive – est un phénomène d'une importance capitale.

Avec Nietzsche, nous nous demandons si le socialisme a seulement un côté négatif, et s'il mène à un nivellement complet des valeurs humaines, c'est-à-dire à leur dévalorisation absolue, ou si, tout au contraire il peut fournir une base à la création de valeurs nouvelles ? Nietzsche n'en vit, d'abord, que le côté négatif. Par exemple, il expliqua le mouvement nihiliste (qui, selon lui comprenait aussi le socialisme) non par la condition sociale, ni par la dégénérescence physiologique, ni par la corruption personnelle, mais par un atavisme moraliste et un ascétisme chrétien, par la « volonté de nier la vie ». Mais d'autre part, le socialisme est une volonté d'affirmer la vie : son complexe le communisme veut créer une réalité pour le prolétariat, une réalité matérielle, car le prolétariat ignore encore la réalité spirituelle, - et il veut créer une vie réglée économiquement, car le prolétariat mène encore une vie purement animale. Pourtant le fond de cette doctrine ne vise pas à la dissolution, mais à l'accomplissement de la loi, et il veut parfaire l'État pour garantir cette loi. C'est à ce socialisme que pense Nietzsche dans ses remarques sur les « jugements de valeurs sociales » ; c'est le socialisme qu'il considère comme un phénomène historique de l'avenir ; bien entendu, Nietzsche a dépassé le matérialisme par ses conceptions individualistes.

L'histoire de toutes les révolutions, prouve que leur sens, c'est de préparer une nouvelle poussée de forces humaines et populaires.

Si le triomphe des plus forts signifie autre chose que l'élevage des médiocrités, il signifie que la classe ouvrière doit, dans la vie nationale, jouer non point le rôle d'une classe, mais d'une nouvelle couche de population qui, désormais, participe aux responsabilités nationales. L'existence d'un prolétariat qui occupe un rang inférieur et qui bien qu'il appartienne à la nation par sa langue et son histoire, n'est pas accueilli au sein de la nation, devient à la longue, intolérable. La masse tombe rapidement à un niveau tel que non seulement elle ne prend pas soin d'elle-même, mais qu'il faut encore prendre soin d'elle. Pourtant, des individus s'élèvent dans cette masse, et ils élèvent la masse avec eux. Ces individus représentent la masse et ils apportent de nouvelles forces à la nation. Ces forces, en tant qu'elles sont des forces prolétariennes, sont d'abord matérielles et maladroites, mais elles finissent par s'adapter à la vie de la nation, et ainsi elles deviennent spirituelles. Voilà ce que Nietzsche pensait du prolétariat. Il pensa aux devoirs qui résultaient de ses droits. Il pensait à la dignité – à cette dignité qui manquent tant aux hommes de l'époque démocratique. - Il disait : « Les ouvriers doivent avoir la mentalité des soldats. Soldes, gages – oui ; mais pas de salaires ! » Et quand une autre fois, il s'écrie : « Il ne faut pas qu'il existe de rapport entre le gain et le rendement ! » En tant qu'aristocrate, il donne au communisme un sens plus sublime, et il prévoit un avenir « où il n'y aura plus de biens suprêmes et de bonheurs qui ne soient communs à tous les cœurs ».

Nietzsche remplace donc l'égalité par l'égalité des droits sur un plan supérieur, qui nous concilie avec l'égalité. Il exige que le prolétariat fasse, lui aussi, partie du monde des valeurs duquel jusqu'à présent il demeure exclu. Il demande que le prolétariat produise des valeurs. Il exige même que dans la création de ces valeurs le prolétariat rivalise avec la bourgeoisie.

« Les ouvriers », dit-il, « doivent, un jour, vivre comme des bourgeois, mais au-dessus d'eux, se distinguant par son absence de besoin, alors vivra la caste supérieure, plus pauvre et plus simple, mais maîtresse du pouvoir ».

La révolution allemande donna ce pouvoir au prolétariat, mais elle le lui reprit aussitôt pour le transmettre à la démocratie. Le prolétariat veut conquérir le pouvoir. Mais il ne le conquerra que s'il comprend qu'il ne dépend point de la richesse matérielle, mais d'une participation spirituelle, non de la possession, mais du droit moral, non de la prétention, mais de la capacité.

Le problème du prolétariat n'est pas celui de son existence extérieure, mais celui de son ascension intérieure.

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Published by Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne - dans Autres auteurs

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Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

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L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme révolutionnaire européen et de l'eurasisme, catholique enraciné dans sa patrie !)

 

 

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