4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 19:29
Fertilité et Abondance – Luca Signorelli

Fertilité et Abondance – Luca Signorelli

L'économie est de l'idéologie

 

 

 

« L'économie au sens le plus large (de la production à la consommation) passe pour l'expression par excellence de la rationalité du capitalisme et des sociétés modernes. Mais c'est l'économie qui exhibe de la façon la plus frappante – précisément parce qu'elle se prétend intégralement et exhaustivement rationnelle – la domination de l'imaginaire à tous les niveaux. » Cornélius Castoriadis in L'institution imaginaire de la société, Le seuil 1975, p. 236

 

L'économie est effectivement une institution qui, dans la société capitaliste, est devenue centrale et est parvenue à déterminer le sens et la fonctionnalité des autres institutions tels l'État, le juridique, l'organisation internationale, etc. Mais l'économie n'a pas seulement pris une importance prépondérante, elle s'est surtout positionnée d'elle-même au-dessus de toute autre activité humaine qu'elle a en fait phagocyté au nom de la rationalité de la production et de la consommation. C'est effectivement de façon apparemment autonome que l'économie s'est ainsi placée au centre – et supérieurement donc – du mouvement de la société donnant à celui-ci un rythme en phase avec ses propres impératifs. Elle y a introduit par conséquent une rationalité dont on peut conclure par le simple fait de ce qui précède qu'elle est intimement dépendante du processus autonome de l'économie.

Or, une rationalité dépendante d'une entité institutionnelle dont on sait toute la correspondance qui la lie avec l'imaginaire d'une société, quelle qu'elle soit, n'est pas foncièrement une rationalité, mais du rationalisme : c'est-à-dire une « raison » que l'on se donne à agir d'une certaine façon en harmonie avec ce qui donne à cette société un sens, dans notre cas, l'économie. Cette rationalité est donc plus un cache-misère qu'un véritable moyen d'accéder à plus d'autonomie, c'est-à-dire de possibilité de s'élever par-delà des croyances, un imaginaire, qui nous invitent à chaque instant à agir tels des robots programmés pour le progrès économique, au travers de nos actes quotidiens. Et elle le fait de la manière la plus sournoise qui fut donnée à l'humanité de l'aliéner : en faisant penser que nous avons ainsi atteint au règne de la Raison, appliquée au moyen de nous fournir le bien-être matériel et la supériorité sur la nature, elle nous a inculqué par là-même que nous aurions pu accéder à un état supérieur d'humanité enfin libérée des aliénations du passé.

L'économie nous prive en réalité de façon encore plus profonde de ce qu'il nous serait indispensable à notre émancipation : le pouvoir, celui de penser et d'agir. Il s'agit du pouvoir sur soi-même, de la possibilité toujours ouverte de remettre en cause des croyances qui démontrent leur nocivité ou leur décalage avec la réalité vécue, bref, d'évoluer, de s'élever. Il ne nous reste que la soumission à des lois issues de ce que l'on ne contrôle plus et qui nous apparaît tel un mécanisme implacable devant irrémédiablement guider nos choix, nos destins, nos vies. Nous nous trouvons enfermés dans une dynamique qui nous enjoint à devoir supporter par nos efforts incessants le processus interminable de valorisation d'absolument tout ce que la terre peut supporter de valorisable, fabrication de biens comme la vie elle-même dans ce qu'elle a de plus intime.

L'économie est une injonction à réduire la vie à un aspect comptable, à se défaire, dans les faits, de son humanité. L'on s'applique alors au côté pile de la monnaie : celui du chiffre, de la valeur ! Et de ce point de vue, le monde nous paraît entièrement se mouvoir autour des symboles de l'économie. Un monde où le pouvoir n'est plus qu'apparence, que soumission à l'Ordre financier et économique, matérialisé en ce début mai 2017 par l'élection d'un nouveau président de la République finalisant en quelque sorte la suprématie totale de la technocratie sur le politique. Alors oui, l'économie est bel et bien une idéologie parce qu'elle dénote d'un abandon de la responsabilité de l'homme face à des convictions qu'il a élevé au stade d'un imaginaire transcendant.

Mais cette idéologie n'en est pas venue à ce point subitement. Il lui fallut passer par maintes étapes tout au long desquelles elle détruisit les fondements imaginaires de l'ancienne société française et européenne, catholique et organique. Des puissances ont joué un rôle dans ce grand tournant entamé au XVIIIéme siècle, des puissances dont les symboles se situent sur le côté face de la monnaie, la face du réel pouvoir de ceux qui servent un tout autre dessein que celui de maintenir ouverte la marche de l'histoire des hommes. Ce dessein est d'aboutir à la fin de l'histoire, à la valorisation ultime de « l'homme » (ou plus exactement, de certains hommes), au « règne de l'AntéChrist ». Il est clair que l'argent et son accumulation indéfinie, autant que la valorisation obscène qui s'est introduit dans tous les domaines de la vie, ont été, et sont toujours plus que jamais les instruments d'une hégémonie d'une classe de gens qui font vivre l'idéologie économiciste comme « moteur invisible » d'une prise de pouvoir absolue sur le monde. Aujourd'hui, cette « Nouvelle classe » a un besoin pressant de placer des technocrates habiles et des experts suffisants à la tête des pouvoirs dit « politiques », entièrement à son service et au détriment d'un semblant de démocratie, dans le but d'entreprendre la phase finale du contrôle idéologique total sur les esprits (d'où « l'effet Macron »). L'individualisation extrême de la guerre de tous contre tous, principe primordial de l'échange dans le monde économique libéral, en est un des aspects. D'où la tendance à l'ubérisation, l'auto-entreprenariat, la destruction de ce qui subsistait des anciennes communautés de travail, des syndicats un tant soit peu combatifs, etc, qui ira en s'accélérant.

L'économie est de l'idéologie, dans notre monde capitaliste, non seulement parce qu'elle a construit notre imaginaire, mais aussi parce qu'elle est l'arme de la soumission des peuples par laquelle le funeste projet eschatologique du libéralisme tend peu à peu à devenir réalité... pour ceux qui en auront mérité les clefs : les « gagnants ». Il nous faudra donc nous permettre de regarder en face cette idéologie, de la faire sortir de nos têtes afin de nous mesurer à elle selon de toutes autres valeurs qui sont celles du don de soi, de la gratuité, du devoir de s'accomplir pour enrichir l'humanité de chacune de nos personnalités. Nous devons comprendre que nous avons toujours la possibilité de pouvoir porter nos regards vers d'autres cieux que celui, phantasmagorique, que nous inclinent à vénérer les forces du Mal (cupidité et renoncement...). L'esprit de communauté, qui nous rattache à nos lointaines origines, tout comme à nos proches, peut y avoir un rôle certain.

 

Yohann Sparfell

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Published by Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne - dans Textes de critiques et réflexions

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Propos pour un "Empire" européen

(Une Grande Europe de la Spiritualité et de la Puissance !)

Res Publica Europensis

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Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

"Minuit" de Vincent Vauclin

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

Alain de Benoist

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Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

Site du Think-Tank EurHope

 

 

« le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre. »  George Orwell

 

Recherche

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soldat avec groom_Giorgione

 

« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme conservateur-révolutionnaire européen, pagano-catholique enraciné dans sa patrie !)

 

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