28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 14:54
L'éducateur philosophique (par Karl Jaspers)

L'éducateur philosophique

 

(Extrait de Nietzsche, introduction à sa philosophie, Karl Jaspers, éd. Gallimard, 1950, rééd. 1978, pp. 454-461)

 

 

Tous les grands philosophes sont nos éducateurs. Dans le commerce avec eux apparaît notre conscience de l'être, sous la forme de nos impulsions, de nos évaluations et buts, de nos changements et états, de nos auto-dépassements. Les philosophes sont indifférents, si nous attendons d'eux la connaissance des choses dans le monde. On en mesure, on en accepte de façon obéissante opinions et jugements comme quelque chose de valable qui peut être appris et journellement utilisé, comme si c'étaient des énoncés qui s'appliquaient à l'entendement ou des contenus de foi. Les philosophes ont leur unique et irremplaçable valeur du fait qu'ils conduisent à la source dont nous acquérons la certitude en philosophant. En effet, le devenir soi (pour autant qu'il s'accomplit dans la pensée et par là dans l'action intérieure comme action sur soi et production de soi) ne se réalise pas dans un saut rapide par une vue directe, mais dans la marche avec ceux qui ont suivis ces chemins de l'homme et les ont indiqués par la pensée.

Le dernier philosophe qui pouvait réaliser cela, presque dans toute la grandeur de l'être-possible, à la source et aux limites de l'homme, est Nietzsche. En tant qu'il nous est le plus proche, il nous est le plus compréhensible, bien que, en conformité avec les modalités et les possibilités de notre monde, il se soit montré plus difficilement compréhensible qu'aucun autre. Que l'ivresse à bon marché se nourrisse de lui, non moins que le sérieux de la recherche et de l'effort d'intériorisation d'une vie, est le signe de sa différence d'avec tous ceux qui le précèdent. Cela apparaît extérieurement en ce que les écrits principaux de Nietzsche dépassent de beaucoup par le nombre d'exemplaires imprimés chacun des philosophes antérieurs.

De cette façon, c'est l'instant historique du tournant du monde occidental qui détermine la manière dont Nietzsche peut être éducateur. Il ne devient pas éducateur par des doctrines et des impératifs, ni par une norme qui resterait permanente ou comme modèle d'un homme que nous pourrions imiter, mais par le fait que nous sommes questionnés par lui et que par là nous faisons nos preuves à ses yeux. Ceci se produit uniquement par un mouvement. C'est en allant vers lui que nous faisons des expériences par lui. Des possibilités humaines se révèlent, nous cultivons par la pensée notre propre humanité, on tente des évaluations possibles de valeur, on augmente la sensibilité aux valeurs. Nous sommes conduits aux limites et par là à la source d'une conscience indépendante de l'être. Cela ne résulte non de ce que nous sommes clairement situés dans le tout, mais parce qu'on nous demande de nous élever nous-même grâce à ses pensées. Rien de tout fait nous est donné, mais seulement pour autant que nous l'acquérons par nous-même.

Cette auto-éducation est le fruit de l'étude de Nietzsche. Elle suppose qu'on se sent sérieusement touché et en même temps l'effort patient de la pensée unificatrice.

Le sérieux fait ses preuves par la façon dont on accepte Nietzsche. L'acceptation ne doit pas être un jeu de l'entendement mais un « sentiment intellectuel », non une pure contemplation mais un essai basé sur les possibilités de mon authentique passion. Il me faut par l'auto-éducation tirer de moi ce qui est véritablement en moi. Nietzsche veut éveiller en nous ce qui n'est pas réalisé seulement par une discipline formelle, mais ce qui dans la lutte incessante avec soi-même apparaît comme ordre des passions, en écoutant ce qui est au principe de l'être. Précisément ce que l'on ne peut atteindre par des prescriptions distinctes, ne peut authentiquement naître que dans une sensibilité philosophique affinée. Alors se produira pour ainsi dire une cristallisation dans le feu purificateur de la vérité par le commerce avec Nietzsche, grâce à une incessante mise en action de notre propre essence.

Lorsque tout ce qui est dit s'invertit dans son opposé, tout vrai ou faux est pris dans le mouvement vers la pure possibilité, il n'y a pas de salut sans l'effort et la force de la pensée. C'est seulement par auto-éducation intensive qu'on réussit à saisir de façon non arbitraire quelque chose des relations de fait dans le flot dispersant de l'esprit nietzschéen, enchanteur, infiniment multiple. C'est précisément le manque d'exécution systématique qui impose de force au lecteur réfléchi de se former, en rapportant l'un à l'autre ce qu'il rencontre. Si la passion pour l'être présent et son abandon entraîne la perte, l'éducation de soi nourri par l'ivresse de pensée enflammée par Nietzsche cherchera le dépassement dans l'ordre du tout grâce à la force d'une existence historique. Nietzsche, par l'expérience de la pensée, à laquelle ses esquisses particulières entraînent, peut de la façon la plus décisive, empêcher justement ce manque d'ampleur grâce à l'unité intérieure de sa pensée. Il élève indirectement à la réflexion dans la large perspective qu'il postule et réalise.

En particulier, il fait par auto-éducation, rendre conscience et agissante la pensée de ce qui se contredit. Tandis que chez Hegel il y a le danger de voiler, dans le compromis réconciliateur de toute dialectique, la rudesse des ruptures et des sauts dans l'existence et les Entweder-oder existentiels, il y a chez Nietzsche le danger de tomber dans une indifférence absolue envers les contradictions et d'abuser de leurs possibilités.

Celui qui croit posséder la vérité dans une tension intérieure et sans contradiction, est désarmé envers cette pensée ; de même celui qui croit la dominer dans l'à peu près dialectique et s'imagine l'accomplir. Non vrai est celui qui utilise les contradictions et les contrastes pour tromper les autres sur ses propres buts. C'est seulement l'habitude de saisir ce qui est contradictoire dans une pensée dirigée par la continuité de la substance, qui peut conduire à la vérité sans désarmer. Il faut expérimenter comment la dialectique du mouvement est partout fondée sur les choses mêmes, c'est pourquoi s'y trouve l'élan du mouvement, aussi bien que la possibilité de la sophistique.

Accomplir avec Nietzsche son auto-éducation intellectuelle ne réussit que grâce à une pensée unificatrice que nous apportons. Aussi, est-il naturel qu'au début rarement compris dans ses publications particulières, Nietzsche dut le plus souvent ou n'être pas écouté ou incompris. Comme les pensées n'acquièrent pas leur vrai sens dans leur particularité mais dans le tout, elles ne pouvaient avoir leur action véritable qu'après la publication des œuvres posthumes. Le chemin peut extérieurement se terminer sans résultat et cependant être efficace et significatif. Nietzsche excite et maintient l'inquiétude qui est source de marche grâce à l'impulsion de la véracité du vouloir propre de l'être. Aussi la caractéristique de l'éducation par Nietzsche est l'expérience que dans le « positif » l'on tombe et dans le « négatif » on s'élève.

Par ce mouvement, Nietzsche devient éducateur grâce à l'élargissement immense qu'il apporte. Il oriente vers l'infini, enseigne à penser ce qui est opposé, la possibilité des évaluations contradictoires, il enseigne les contradictions qui continuent à subsister, mais aussi l'ensemble dialectique cependant sans conclusion pour la connaissance systématique. Celui qui n'a pas osé s'exposer aux dangers d'une étude de Nietzsche et par là à l'exercice que comporte la tentative, ne peut peut-être pas dans l'instant actuellement historique, se trouver véritablement libre dans le large horizon du possible. Il s'abandonne facilement, s'il connaît superficiellement Nietzsche, ou bien à une étroitesse doctrinaire, ou bien à la sophistique, ou plutôt à toutes les deux en même temps.

Il est étroit celui qui – dans une fuite peu honnête devant le mouvement vertigineux – succombe aux formules isolées, aux radicalismes, aux positions déterminées. Il n'a pas permis à Nietzsche d'agir sur lui comme éducateur. Celui qui s'attache aux dogmes anciens est encore plus véridique que celui qui dogmatise les pensées de Nietzsche.

Il est sophiste celui qui comprend la libération par Nietzsche comme la délivrance de toute obligation. Il voudrait être comme Nietzsche sans en avoir la force, le droit et la vocation. Remplaçant tous les autres, seul Nietzsche pouvait à cette époque réaliser existentiellement et sans sophistique, c'est-à-dire comme vérité, ce que Nietzsche a fait.

Étroitesse et sophistique sont fonction l'une de l'autre, pour autant que le sophiste a coutume de saisir et de changer selon le caprice les étroitesses doctrinaires. Dans l'étude de Nietzsche nous apprenons à maîtriser définitivement l'inclinaison continuelle à nous abandonner purement à la littéralité des affirmations, nous apprenons à dépasser par des affirmations tirées de l'ensemble, la grossièreté de l'argumentation, de l'étiquetage et de la subsomption de grandeurs spirituelles. Cette éducation se réalise par la vue des possibilités de rétrécissement aussi bien que de sophistique, nous en faisons l'expérience fondamentale ; ce qui nous amène à les connaître et à les dominer en nous.

L'éducation par Nietzsche nous conduit dans des espaces qui nous précipitent dans le vertige pour y éveiller toute la force du fondement existentiel. Cette éducation nous apprend en quelque sorte à nous exercer à ce qui est ambigu. Celui-ci est positivement saisi comme le médium d'un être-soi authentique, décisif, qui à la vérité échappe à l'ambiguïté par son existence, mais est soumis à une réflexion infinie, lorsqu'il est exprimé. Ce qui est ambigu est négativement conçu comme le médium d'une sophistique possible qui utilise, selon le caprice, les possibilités d'accord effectif ou de rejet et d'opportunité instinctive, selon la situation et les impulsions de la réalité à l'œuvre. Une telle éducation, à notre époque inévitable et dangereuse, signifie que dans la réflexion philosophique, personne ne peut sans Nietzsche, savoir ce qu'est l'être-là et le philosopher véridique. Mais personne ne peut aussi s'arrêter à Nietzsche et trouver en lui l'accomplissement.

Ceci suppose dans l'existence de l'individu l'attitude que demande Nietzsche. « c'est seulement celui qui se transforme, qui demeure semblable à moi ». Comprendre Nietzsche n'est pas acceptation, mais plutôt production active de soi, telle qu'elle n'est jamais définitivement achevée. Pouvoir se transformer veut dire être prêt à la crise encore possible de la dissolution et de la renaissance de notre propre essence. Être semblable à l'autre dans la transformation de soi, veut dire surtout être en communication avec tout l'être-soi possible, même s'il est aussi éloigné que l'exception. Cette éducation rejette toute transformation, qui n'est qu'un devenir autre résultant de la recherche d'une perpétuelle nouveauté ; en effet elle veut favoriser le changement à partir de la source authentique de l'existence vers le but authentique de la parenté réalisé dans l'être-soi.

Essayons de voir ce qui caractérise l'éducation philosophique par Nietzsche considéré comme le penseur qui appartient à l'époque présente et représente son changement. Il ne faut pas le considérer comme un des grands philosophes antérieurs, comme si par lui l'accomplissement de ce qui est pensable consistait dans la familiarité avec la totalité de l'être dans le monde, et la certitude était saisie dans les lois intangibles de l'être de l'homme. Il est plus vrai de dire qu'on ne comprend véritablement Nietzsche que lorsqu'on a déjà eu une éducation systématique et conceptuelle, lorsqu'on apporte déjà l'obstination et la précision de pensée aussi bien qu'une tête dialectique. Mais, inversement, ce n'est peut-être que par Nietzsche qu'aujourd'hui les grands et uniques philosophes du passé sont compréhensibles. Sans lui ils deviendraient trop facilement la tradition encroûtée de ce qui est matière d'enseignement. Il s'agit de s'approprier Nietzsche par un approfondissement du philosopher, sans perte de ce qui a déjà été acquis, plutôt dans une découverte nouvelle, même en se séparant précisément de Nietzsche.

Je suis atteint par Nietzsche l'éducateur parce qu'en indiquant l'avenir, il donne par le commerce avec lui, une impulsion irremplaçable qui sans avoir une détermination définitive, n'est cependant pas mise en question dans sa source et reste tout à fait valable pour celui qui y a déjà eu part une fois.

 

 

L'attitude envers l'exception

 

 

Si Nietzsche ne crée pas autour de soi l'atmosphère d'une essence remplissant l'espace de se présence, s'il semble que l'enchantement de sa pureté soit une spiritualité non vitale, si son feu semble être un peu froid qui n'échauffe pas, mais seulement dévore, si la noblesse de son regard semblable à « la mort aux yeux lucides » paraît demeurer vide, s'il a vécu dans tous les coins de l'âme moderne et cependant ne se retrouve nulle part, s'il semble conduire à une liberté sans fondement, tout ceci n'est qu'expression paradoxale pour caractériser cette exception à laquelle nous nous refusons, sans rompre avec elle et qui nous atteint dans notre centre ; nous nous approchons d'elle sans nous identifier avec elle, ou sans vouloir seulement faire un avec elle.

La question qui se pose est alors : quelle attitude l'homme adopte-t-il envers la possibilité de l'universel et de la communication, en face de Nietzsche considéré comme l'exception, où toutes deux disparaissent par le sacrifice qu'il fit de sa propre vie ? Que signifie pour l'homme qui n'est pas une exception, la pensée d'un homme qui, comme Nietzsche, va du monde à la solitude et dont la propre réalité semble finalement n'être que cette pensée même ?

La question prend une autre forme si l'on se demande : Est-ce que la force destructive de la pensée nietzschéenne, sa tentative conduisant tous ceux qui la répéteraient dans un néant n'imposant pas d'obligation, est réellement l'essence de Nietzsche, ou n'est-elle pas précisément l'inverse, c'est parce que Nietzsche a pris sur lui la décomposition universelle de notre monde, qu'il a acquis l'unique commencement encore possible et l'impulsion vers le vrai indécomposable, vers l'être de l'homme.

Philosopher avec Nietzsche veut dire agir sur la possibilité. L'homme qui n'est pas une exception, ne peut faire cela de façon authentique que sur la base de ses relations historiquement existentielles. Il ne peut s'agir de suivre Nietzsche, de se détacher de toutes ses relations et de bâtir sur le néant. Il s'agit plutôt d'acquérir le libre espace possible, qui entoure toutes les relations pour réveiller dans l'existence la profondeur de la liberté véritable.

Nietzsche, à qui tout demeure ouvert, qui ne peut rien donner comme possession, mais seulement préparer, oblige précisément par là tout individu à se fonder sur sa relation à la transcendance dans une historicité existentielle. La pensée de Nietzsche, toujours ébranlée par la transcendance qu'il nie, prépare à la transcendance qu'il ne montre pas, à l'historicité de l'existence qu'il n'indique pas directement.

Il n'y a pas de disponibilité vraie envers Nietzsche si l'on ne le prend pas au sérieux. Secrètement Nietzsche cherche que la dangereuse expérience du possible crée, par la sévérité du contenu, le médium où je deviens moi-même ce que je suis. Dépassant ses disciples dans la persuasion que son chemin n'est pas celui de tous, il exprime le but de sa philosophie. « Toute philosophie doit pouvoir faire ce que je demande, concentrer un homme – mais maintenant aucune n'en est capable ».

Nietzsche peut forcer celui qui refuse le terrain offert par lui (l'éternel retour, métaphysique de la volonté de puissance, le surhomme) à se retirer sur son terrain qui lui appartient, où il vit de son propre fond. C'est seulement à mesure que nous nous approchons de Nietzsche à partir de notre substance, qu'il peut nous parler sans être incompris. Ce que Nietzsche est authentiquement ne peut être finalement décidé que par ce que les autres lui apportent.

Mais personne ne peut accomplir une telle appropriation. En effet perpétuellement il sera heurté là où il ne pourra pas intégrer dans le tout ce qu'il lira, ou bien il invertira ce qu'il a lu du fait qu'il le comprendra de façon trop univoque et l'en détachera du contexte. Dans cette relation inévitablement ambiguë à la grandeur de l'exception, Nietzsche peut en quelque sorte disparaître, mais un amour premier qui peut perdre son objet jusque dans la noblesse indéterminable et délicate de l'essence de Nietzsche s'attache à lui. Celle-ci demeure, lorsque tout ce qui est dit semble par instant se réduire à rien. C'est ce qui dans l'existence et la transcendance est impondérable et ne trompe pas qui parle mystérieusement à tous ceux qui l'ont écouté une fois.

Philosopher avec Nietzsche signifie s'affirmer continuellement contre lui. Dans le feu de sa pensée, notre authentique existence éprouvée par l'honnêteté illimitée et le danger des mises en question de Nietzsche, peut se purifier jusqu'à s'intérioriser son propre être-soi. Cet être-soi ne peut être connu que comme ce qui ne saurait disparaître dans quelque existence, objectivité et subjectivité que ce soit, mais seulement dans la transcendance, à quoi Nietzsche ne conduit pas directement, dont il veut plutôt libérer. Mais le sérieux avec lequel Nietzsche s'est dévoué à sa tâche (bien qu'il ait rejeté la transcendance) nous montre, comme un symbole involontaire et une image, jusqu'à quelle profondeur Nietzsche fut consumé par elle.

Devant Nietzsche croît la crainte, comme devant quelque chose d'inconcevable, qui ne peut être transparent que pour la source, non pour nous.

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Published by Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne - dans Autres auteurs

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Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

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« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

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« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(nationaliste-révolutionnaire européen pour l'Imperium en devenir !)

 

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