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28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 18:30
Du conservatisme à la révolution

Du conservatisme à la révolution

 

 

Il devient inutile de rappeler à tour de bras à quel point l’idée même de conservatisme politique est mal perçu en France. Il y a plusieurs raisons à cela, qui font que les partis de droite ont quasiment toujours refusé de se définir comme étant des partis « conservateurs ». Malgré qu’il y ait eu des moments où le conservatisme paru avoir une certaine presse, notamment au XIXième siècle avec des écrivains comme Chateaubriand ou, d’une certaine manière Tocqueville ou Renan, il perdit par la suite de son influence intellectuelle et politique au profit d’un libéralisme qui se fit plus pressant en vertu du besoin de l’économie d’accélérer sa croissance. La majorité de la « droite » en vint ainsi à épouser la cause d’un progressisme libéral démocratique qui correspondait beaucoup mieux aux aspirations d’un capitalisme en pleine mutation de la fin du XIXième siècle et au long du XXième siècle, les autres s’enfonçant irrémédiablement dans une réaction stérile. Le conservatisme, contrairement à ce qu’il se passa dans les pays anglo-saxons, servit alors plutôt en France à qualifier les penseurs politiques réactionnaires qui, souvent, abusaient du langage de la nostalgie et nourrissaient un pessimisme romantique dont l’emprise fut plutôt démoralisatrice et démobilisatrice sur les forces populaires qui ont tenté, par réaction contraire et croissante, en abandonnant le véritable socialisme au profit du marxisme, de contrer la marche du progressisme libéral allié au capitalisme de plus en plus total. À la suite des dérives étatistes du marxisme et des trahisons des sociaux-démocrates, il n’a donc pas été possible d’imposer une vision du monde alternative, malgré les très intéressantes expériences socialistes et anarchistes dites « utopiques » de la fin du XIXième siècle jusqu’à la période non-conformiste des années 30 en France, qui aurait pu élever les peuples européens vers des valeurs véritablement humanistes, des valeurs reposant sur la Justice bien comprise, à la place de celles, accompagnant l’essor du capitalisme total, d’un « progressisme » dit « démocratique » de la Modernité.

 

Tenter de redonner au conservatisme un autre sens, une valeur bien supérieure à ce qu’il a pu prendre par le passé, et qu’il « conserve » encore de nos jours, est donc une gageure dans la mesure où celui-ci n’a cessé d’être dénigré, à juste raison, durant l’histoire récente et a, en fait, plus servi au progressisme libéral, par opportunisme, de repoussoir efficace afin que les intérêts de l’oligarchie néo-libérale puisse pousser toujours plus en avant son agenda déconstructiviste et hégémoniste. Il s’agit donc, en d’autres termes, de sortir le conservatisme de cet ornière dans lequel il s’y est mis lui-même, par péché de réaction ou de romantisme, ainsi que par préjugés envers le véritable progrès humain, afin d’en refaire l’allié du véritable socialisme-libertaire, le socialisme des origines du mouvement ouvrier. Le véritable conservateur, qui est d’abord et avant tout un révolutionnaire (à la façon d’un homme comme Proudhon), devra par conséquent s’éloigner radicalement du réactionnaire, et de toutes ses occurrences modernes, en même temps qu’il s’éloignera de façon intransigeante du progressiste néo-libéral (et donc du démocratisme libéral représentatif). S’il est vrai que le conservatisme est avant tout une disposition d’esprit, encore faut-il désormais prendre conscience de quoi doit être faite cette « disposition d’esprit », et comment devra-t-elle faire preuve de sa singularité et de son pouvoir régénérateur par dessus toutes ces dispositions encadrées qui ne sont que « pensées anéanties » destinées à ce que l’homme moderne s’égare dans le labyrinthe de ses croyances et de ses folles espérances basées sur de l’abstraction métaphysique (à commencer celle de la valeur incarnée par l’argent qui s’est substitué au rôle primordial de la monnaie en tant qu’outil communautaire d’échange). Activer en soi une « dispositions d’esprit », c’est primordialement sortir d’un matérialisme univoque qui a ravalé les hommes au rang d’objets d’une exigence historique, c’est remettre à l’honneur un humanisme typiquement européen pour lequel les hommes sont non seulement et essentiellement des parcelles libres de force qui sont comme autant d’expressions divines singulières, expressions changeantes de la volonté vers la Puissance tel que l’appelait Nietzsche, mais aussi, pour quelques-uns d’entre eux parmi les plus forts, maîtres d’œuvre d’une harmonie toujours possible ici-bas, même si celle-ci ne saurait jamais atteindre, bien sûr, ni la perfection ni l’éternité, sinon que d’oublier d’être modeste eux-mêmes en rapport à ce qui les confrontent au quotidien (de ces fléaux qui sapent la liberté, comme le disait Albert Camus, il faut retrouver le goût de la modestie, ainsi que de la prudence qui est en politique la principale qualité).

 

Alors donc, puisque pour nous le conservatisme est effectivement avant toutes autres choses une disposition d’esprit tendue vers un éternel progrès humain, en fait un éternel retour du même - des fondements de notre humanité -, nous allons pouvoir l’affirmer en tout premier lieu au travers de l’étymologie. Conserver est un mot qui vient étymologiquement du latin conservare, de cum (avec) et servare, ou salvare (sauver). Le conservatisme est donc la mise en œuvre communautaire des dispositions par lesquelles l’on tend à restituer leur juste place (ce qu’est en réalité « sauver ») aux êtres en toute légitimité et en reconnaissance de leur singularité, juste place par laquelle ils peuvent alors vivre en liberté en relations aux autres, et tendre à l’exprimer vers l’universel (au travers de la création). C’est là que tout se renverse : d’une « conservation » entendue exclusivement comme vaine répétition de ce qui n’a plus de raison d’être, des vieilles valeurs, l’on se dirige alors inversement vers un sens beaucoup plus profond et vitaliste du conservatisme qui part de la place réelle et enracinée de l’homme dans le monde en tant qu’être unique (mais non identique) et irremplaçable, pour tendre vers une réévaluation et une élévation de son être par la liberté « au milieu des contraintes » et l’égalité face au principe d’une dignité à conquérir par la lutte. Et l’on se donne ainsi une chance d’échapper à cette tendance vers la stérilisation qui caractérise ceux-là même qui ne songent qu’à maintenir ad vita aeternam ce qui est du passé ou qui devrait être en l’avenir, et qui s’y enchaînentet que nous nommons les partisans du statu quo, ou même du statu quo ante. Du monde matériel, de la culture, des institutions, des relations, il n’y a que mouvements et dynamiques qui emportent avec eux tout ce qui se doit d’évoluer, de changer par nécessité et par hasard, de croître et de décroître, au-delà d’une réalité qui demeure la référence indépassable de l’homme inévitablement situé en sa force relative. Car s’il est bien un principe que l’on doit, malgré tout, tenter de préserver, au risque de sombrer dans un nihilisme et une décadence de toute façon inévitables au regard du jeu fluctuant animant les relations des forces inégales (certaines s’affirmant, d’autres s’épuisant), c’est bien celui par lequel les hommes, à chaque génération, peuvent trouver diversement à réaliser leur humanité et à s’accomplir et donc aussi par lequel se fonde l’essence de leurs communautés au travers d’une libre création de valeurs nouvelles : la liberté de nécessité, que certains nommeront inadéquatement l’ « ordre naturel des choses » (à moins de donner au mot « naturel » une signification bien plus profonde que ce qu’il tente de nommer vulgairement et maladroitement). S’il est bien, en outre, une attitude que l’on doit promouvoir plus que tout autre au regard d’un conservatisme conséquent et lucide, c’est celle qui fait de la réalité le « lieu » de tout nouveau départ, en conscience désintéressée de cette nécessité sans but ni raison trop « volontaire ». Car au fond, le conservatisme c’est d’abord cela : vivre dans le réel, par le Réel (soit : se donner les moyens intellectuels et spirituels, de la part de ceux qui sont aptes à se reconnaître un devoir sans contraintes, d’acquérir peu à peu la conscience des cimes, celle qui leur permet d’entrevoir le jeu subtil des antagonismes et de la nécessité d’en harmoniser les expressions en la seule raison d’une supériorité des créateurs de valeurs nouvelles et justes). Le vrai conservateur est celui qui sait se passer d’exigences dans son besoin de créer ; il ne passe pas son temps à rechercher de futils prétextes à celui-ci, il lui faut seulement la liberté de nécessité, de la nécessité de la force qu’il est réellement (c’est cela la disposition d’esprit du conservatisme : « ‘’Danser dans les chaînes’’, se rendre la tâche difficile, puis répandre par-dessus l’illusion de la légèreté » Friedrich Nietzsche, Le voyageur et son ombre).

 

Le conservatisme étant donc une disposition d’esprit, il est une attitude spirituelle à l’égard d’un Réel « con-senti » (la volonté vers la Puissance) qui nous fait estimer la réalité comme ce par quoi l’homme doit pouvoir s’affirmer en tout lieu et en toute occasion qui lui est donnée de pouvoir ce faire. C’est un com-portement qui considère le Tout comme la matrice universelle et relationnelle en laquelle les hommes construisent perpétuellement et inégalitairement leur propres destinées, en relations les uns par les autres, et par autant d’élans communautaires qu’il y a de visions du monde adaptées à chaque culture, à chaque « climat » comme le disait Nietzsche. Les conditions par lesquelles l’homme réalise son humanité, il les trouve autour de lui, dans son environnement à son arrivé au monde, et au creux d’un monde qui sera alors le sien, en respect de leur singularité à tous deux. Cette humanité, il ne peut la réaliser pleinement et véritablement ni au travers d’un monde de pures abstractions métaphysiques (dont le dualisme est un moment philosophique et historique) ni encore moins au travers d’un nihilisme essentialisé selon les contours du ressentiment. Il doit la découvrir au travers de son héritage et de la force par laquelle il l’assume, par ce au travers de quoi il commence déjà par se confronter durant ses jeunes années, et ensuite adapter durant sa maturité, mais non sans y avoir apporté son « grain de sel », non sans l’avoir marqué de son empreinte créative. L’homme est un être de devoir qui se bâtit des droits à la mesure de la façon singulière qu’il a de participer au Bien commun, à l’œuvre commune dont il devient alors l’architecte occasionnel (en concordance avec sa propre force). Alors oui, bien sûr que le conservatisme ne saurait être délié du concret, du local, de la vie réelle, car c’est au niveau le plus proche de la vie quotidienne des hommes comme des peuples que se bâtit un avenir puissant, une force de création et d’innovation qui va de pair avec l’idée même de conservation politique, culturelle, philosophique et spirituelle, sise dans les hommes de Bien (en ceux pour qui le calcul d’intérêt n’est que symptôme de la faiblesse, et qui l’abhorrent). Et du local, le conservatisme européen devra refonder des communautés humaines, communales, régionales, nationales, de métiers, etc, tout en leur faisant don de solides assises pour en faire de nouveaux mondes indispensables à la diversité des accomplissements humains.

 

Le véritable conservatisme comprend une chose qui est fondamentale pour l’homme : que l’élaboration d’une civilisation, c’est-à-dire de la condition primordiale par laquelle les hommes se permettent d’accéder pleinement à leur statut1, passe par l’articulation subsidiaire entre la diversité des modes d’être individuels (diversité des forces) et la totalité d’une vision partagée du monde (création d’un équilibre et d’une harmonie qui en émanent). Le conservatisme possède la conscience qu’il sera nécessaire de construire, puis de faire perdurer au travers d’une perpétuelle transformation, les communautés humaines et leur singularité, en deçà d’une tension vers l’universel, et au-delà de la fragilité et de l’incomplétude constitutives des hommes et de la diversité de leur force de caractère. Car c’est ainsi que doivent jaillir et briller les nations et les civilisations, d’éléments incontournables de la condition humaine (de l’homme situé dans le monde), il doit surgir pour l’accomplissement humain des formes « artistiques » d’harmonie entre les données naturelles et fondamentales et le besoin inextinguible de dépasser cette primordialité, tout comme l’individualité, vers le statut divin de la créativité et de l’universel. Le conservatisme est justement cette recherche d’équilibre et d’harmonie entre le « local », où se déploie la dynamique dialectique incontournable de l’identité et de la distinction, et le « global » vers où les hommes ont toujours tenté de trouver une garantie pour la pérennité, et plus concrètement pour la résilience d’eux-mêmes et de leurs communautés. Ce « global », cette forme toujours singulière d’universel, n’a donc rien à voir avec ce qu’implique le globalisme postmoderne promu par le mondialisme financier capitaliste et néo-libéral. Le globalisme est effectivement la négation pure et simple de toute identité communautaire, le rejet intéressé de cette dynamique par laquelle les hommes se permettent d’actualiser sans cesse la forme singulière de leur être-au-monde et de la nature de leurs relations inter-personnelles : soit leur expression culturelle située en un temps et en un lieu et la condition par laquelle s’élabore collectivement un Bien commun qu’ils fondent d’après leur singularité « naturelle » et leur héritage (ce que nous appelons le « local »). Ce faisant, le globalisme tend à remplacer l’inconstant et le coulant par une finalité, une cristallisation pérenne et illusoire du monde conduite par un instinct dégénérescent de sécurité et de ressentiment envers la vie (qu’il sera d’autant plus aisé d’exploiter). Le « global » dont nous parlons ici est l’entière expansion d’une hiérarchie des forces qui n’est rien d’autre en fait qu’un ordre précaire et opportun, en besoin constant de redéfinition, procédant d’une combinaison particulière de la vitalité de ses éléments constitutifs.

 

Mais le véritable conservatisme comprend une autre chose qui est d’une toute aussi grande importance que ce qui précède. Les civilisations, les communautés, les cultures sont d’autant plus résilientes que leur mode d’être est conforme à la réalité fluctuante dans laquelle elles évoluent, et donc qu’elles existent en rapport à la conscience des réelles et diverses conditions de leur pérennité et leur autonomie. C’est donc, comme nous le disions précédemment, une attitude face à la réalité qui doit faire prendre conscience à l’homme qu’il ne peut véritablement exister qu’en relation intime avec le Tout dans lequel il tente d’être et duquel il doit fonder son monde sans se soumettre à des préjugés – dans le sens péjoratif du mot. Il se doit par conséquent de rester ouvert à l’étendu et à la portée des interrelations qui sous-tendent la complexité et l’unité du monde, avec toutes les opportunités que celles-ci lui offrent. L’homme conservateur vit dans le réel et par le Réel, il n’encombre pas sa vue d’idéologies sectaires ni de préjugés réducteurs, mais connaît les lois de l’univers qui n’obéissent en réalité à aucun dogme, à aucun système, mécaniste ou autre. Sa vision n’est ni de tenter d’exhumer ce qui est mort depuis des lustres, ni de se projeter vers des utopies sans fondements, mais de recourir aux fondamentaux humains - qui tiennent lieu du jeu simultané des forces élémentaires du monde de la volonté vers la Puissance - afin d’asseoir solidement une constitution aussi réaliste que possible au cœur des communautés, une constitution forgée par la réalité humaine, diversifiée en autant de cultures, et permettant le développement de leur Puissance2 et de la justice. C’est ainsi que le conservatisme, paradoxalement, peut permettre de déblayer ce qui n’a plus sa juste place dans le monde, ce qui y est simplificateur ou même nocif, comme par exemple aujourd’hui l’individualisme néo-libéral, et de réintroduire en lieu et place dans les communauté une vision plus réelle et plus juste de l’homme et du monde qu’il fait sien. Il s’agit bien alors d’une révolution en ce sens exact qu’une révolution est, plutôt qu’un retour, un recours aux fondamentaux que nous avons évoqué un peu plus haut, c’est-à-dire aux dépendances de la condition proprement humaine dont la connaissance seule peut nous remettre sur le chemin de la création et de la sagesse. Il ne saurait y avoir d’idéal plus fort, plus volontaire que celui par lequel, sans rien interdire par préjugés des efforts des hommes à renforcer le Bien commun3, la vie de l’homme réel ne pourra jamais s’effacer devant des prétentions fallacieuses et irréelles.

 

Les bonnes décisions devront être prises par les communautés pour leur avenir prospère et serein ainsi que celui des personnes, et non effectivement pour celui, exclusif, du Marché ou d’une oligarchie, quelle qu’elle soit. C’est pourquoi ces décisions auront besoin d’être inspirées de la capacité créative et de la haute conscience d’une véritable élite qui devra agir en toute liberté au service des communautés, d’une « aristocratie » selon le vrai sens du terme par laquelle l’autorité retrouvera du sens : une signification essentielle incluant nécessairement la force du savoir, en sus de celle de légitimement dominer. L’autorité, d’après la vision conservatrice, sera surtout ce par quoi s’incarnera le libre devoir (non pas une « liberté » de l’avoir, ou de faire selon – en fait une exigence qui s’impose au sujet -, mais la liberté de l’être : la liberté de nécessité) de ceux qui se destinent à de plus amples responsabilités et une plus grande rigueur morale, sans donc nier ni l’inégalité constitutive de l’humanité ni la « loi de fer de l’oligarchie » (Dalmatio Negro Pavon)4. Le pouvoir par le « bas » et la Puissance d’en « haut ». La notion de hiérarchie, tout comme celle d’autorité ou d’État, ne sont pas pour le conservateur, comme pour le socialiste conséquent, des notions à bannir, sans vouloir dire pour autant qu’elles pourraient signifier d’une quelconque façon un retour à une forme ou une autre de tyrannie ou d’autoritarisme. Fort au contraire puisque toute élévation dans l’échelle hiérarchique et, par là-même subsidiaire, ne pourrait devenir réalité sans légitimité, donc sans libre assentiment communautaire qui tend à préserver l’équilibre du tout (n’oublions pas que le monde, et la vie, sont un jeu de forces dans lequel chacun tâche au travers de la lutte de trouver sa juste place). Puisqu’une oligarchie est incontournable, autant lui donner une juste place en harmonie avec la dynamique du Bien commun (donc sans faire de l’État, ou de tous centre de ce que nous appelons Puissance, des centres de décisions à propos de ce qui ne les concerne pas, mais d’inspiration et de domination telle que nous l’entendons ici). Il s’agit donc de rétablir un équilibre entre la liberté de la personne en communauté, et de ses communautés mêmes - soit de la diversité - et la raison de l’État fédéral et garant de cette liberté - soit de l’unité - afin de réconcilier le besoin d’autorité et de liberté dans un jeu dialectique (voire trialectique, puisque nous considérons la tendance vers l’équilibre elle-même comme une force proprement humaine et partagée équilibrant les deux autres par un subtil jeu oppositionnel). Toutes ces notions, ces principes, seront ceux d’une ré-novation d’un état fécond des communautés humaines liées les unes aux autres par le principe de coopération et de subsidiarité bien compris, et de la lumière spirituelle qui, tout au long d’une autorité du devoir, devra guider les hommes vers un universel les unissant sans nier leur diversité et leur liberté. La liberté et la créativité, redéfinies par la vision traditionnelle de la justice et de la limite, sont ce qui motivent le socialiste conservateur-révolutionnaire à vouloir incarner, de par sa perspicacité, une alternative éclairée et enthousiasmante au dessus des multiples impasses idéologiques dans lesquelles ont fourvoyé les auto-proclamés « élites » globalistes actuelles notre Europe et le reste du monde5. Oui, le conservatisme, tel que nous le définissons à la façon de Proudhon, est « en même temps » progressif, car il nous invite profondément à renouer avec un humanisme originel européen qui ne fait pas abstraction de l’homme réel, mais qui, au contraire, prend en compte tous les aspects inhérents à la diversité de sa manifestation, et tâche de les intégrer harmonieusement et en toute justice à un édifice social éclairé et raisonnable où chacun pourra jouer de sa liberté sans les entraves des excès de la faiblesse de la cupidité ou du raffinement schizophrène des « fils à papa ».

 

 

Yohann Sparfell

(mars 2020)

 

1 L’être de l’homme ne va pas de soi comme issu d’un développement mécanique mais n’apparaît seulement qu’à partir d’une potentialité naturelle qu’il s’agit au jour le jour d’actualiser au travers du social et du civilisationnel. C’est pourquoi le conservatisme est pour nous essentiellement, et paradoxalement pour certains, socialiste et révolutionnaire puisqu’il consacre une importance vitale aux progrès de l’humanité réalisés en connaissance de leurs conditions préalables : l’équilibre entre l’autorité et la liberté.

2Cette Puissance n’est en aucune manière quantitative mais qualitative. C’est une force qui s’élève au travers de l’affirmation d’une forme d’être, d’une singularité en haut lieu, qui s’affirme au milieu des aléas et contraintes de la vie réelle. La Puissance est la « légèreté » des forts qui permet de « danser dans les chaînes » (Nietzsche).

3Le socialiste conservateur-révolutionnaire n’a pas de préjugés, toujours dans le sens péjoratif, face à la technologie et aux progrès scientifiques, mais il en assume le fait que ceux-ci ne pourront réellement servir l’homme qu’à partir du moment où ce dernier se donnera la possibilité d’anticiper et/ou de répondre à ses répercussions positives ou négatives dans sa propre vie et celle de ses communautés. Tout doit se décider par l’homme, et non par un quelconque « système » ou « logique » à qui il aura antérieurement autorisé une « vie » autonome. Le Marché, ou tout autres forme de diktat à prétention progressiste, mais en réalité circonvenant les réels besoins des hommes – en premier lieu des plus innovants -, y compris lorsqu’il serait nécessaire de faire évoluer certains de leurs moyens techniques et scientifiques face aux problèmes qu’ils rencontrent, sont des formes de préjugés qui se sont incarnés dans des « sujets automates » profitant prioritairement à quelques uns. Le Bien commun, en d’autres termes, ne tient pas d’une soumission collectiviste.

4La loi de fer de l’oligarchie – Pourquoi le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple est un leurre, éditions du Toucan, 2019. La distance est à cet égard nécessaire, plaçant une juste oligarchie à une position telle qu’elle peut faire profiter les autres hommes de sa créativité et de sa force – assurant ainsi sa « domination » - sans pour autant les priver de leur nécessaire liberté d’agir en leurs espaces concentriques.

5Nous avons dans notre ouvrage Res Publica Europae longuement détaillé ces principes, et par là-même les bases d’une nouvelle pensée conservatrice et socialiste européenne que nous avons appelé le « socialisme conservateur-révolutionnaire européen » dans lequel ce que nous appelons « socialisme » remonte aux origines antiques de notre humanisme, puis aux racines ouvrières du socialisme dit « utopique » su XIXième siècle, et ne saurait se confondre avec les délires idéologiques irréalistes d’un prétendu « socialisme » tardif du XXième siècle qui est plutôt un « gauchisme » superficiel d’éléments gâtés de la société du capitalisme postmoderne. Res Publica Europae, éditions Ars Magna, Nantes, décembre 2019.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Politique et social

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé, communisme étatiste, fascismes ou libéralisme, même faussement adaptées aux temps présents, mais d'une pensée tout à la fois sociale et individualiste (non-libérale) !

Si le monde est pétri de contradictions, il ne sert plus à rien de vouloir les annihiler en instaurant une suprématie de la logique déductive-identitaire, comme l'a fait la Modernité. Ces contradictions sont constitutives de la vie, et en premier lieu de la vie humaine. La société n'est antagoniste à l'individu que de notre point de vue. En réalité, les deux sont aussi concurrents et complémentaires. La vie comme le monde sont complexes, et les réduire à des lois physiques ou mathématico-logiques ne conduit qu'à des impasses doctrinaux ou idéologiques au final. La société ne peut "être", c'est-à-dire, réellement, devenir, que par les individus qui la composent, et les individus ne peuvent devenir que par l'héritage et le soutien qu'ils reçoivent de la société, donc des Autres. La vie est communautaire-organique/individuelle-égoïste, et la réduire qu'à l'un ou l'autre de ces aspects est proprement ignorer la réalité. Tout comme est occulter la moitié du réel de vouloir le réduire à l'identité ou à l'altérité absolues.

C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien, par la subsidiarité bien comprise, par la justice selon le sens traditionnel de ce terme, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" du "devoir", que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de se soumettre la politique comme l'économique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. En cela, ils retrouveront le goût de leur humanisme originel, d'un type "antique" d'humanisme !

Le temps serait-il donc venu de faire de l'Europe un Imperium civilisationnel, et de ne plus rejeter toute idée de Puissance au nom d'une "liberté" idéalisée ? Car le monde qui se dessine est celui où s'affirmeront et les individus et leurs communautés, ainsi que, au-delà, les Imperii  civilisationnels connectés entre eux par un universel "pont terrestre". À nous, hommes de conscience, d'en prendre acte !!

Yohann Sparfell

(Socialiste conservateur-révolutionnaire européen et individualiste "aristocratique" nietzschéen)

 

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