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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 19:44
Rhinocéros apprenant à voler – Justus Vermaak

Rhinocéros apprenant à voler – Justus Vermaak

L’empathie est aux forts ce que l’utilité est aux faibles

 

 

 

« C’est ce pathos de la distance qui leur a fait saisir les premiers le droit de créer des valeurs, de forger le nom des valeurs : que leur importait l’utilité ! le point de vue de l’utilité est aussi étranger et décalé que possible eu égard à un tel jaillissement bouillonnant de jugements de valeur suprêmes qui fixent et dessinent la hiérarchie : c’est précisément ici que le sentiment a atteint l’opposé de cette basse température que présuppose toute prudence comptable, tout calcul d’utilité – et non pas pour une fois isolée, non pas pour une heure d’exception, mais de manière durable. » Friedrich Nietzsche (Généalogie de la Morale, I, § 2)

 

 

De valeurs, il y a en une indéfinité. Certaines peuvent s’accorder avec le principe que l’on appelle le Bien commun, d’autres non. Certaines peuvent s’enrichir du sentiment d’empathie, d’autres pas. Mais d’où proviennent ces valeurs ? Qu’est-ce donc qui les fait naître au monde ?

 

Le monde, le réel, est un maillage universel de forces qui n’existent qu’en relation les unes par rapport aux autres. La Réalité est ce principe suprême qui sous-tend l’ensemble de ces relations, qui est au travers de ces relations et de nulle autre manière. C’est ce que Nietzsche appelait la volonté vers la puissance.

 

De ce réel duquel, seul, nous pouvons partir, chaque homme, tout comme chaque « chose », n’est donc qu’en mesure des relations qui le lient aux autres. Nous pouvons donc en afférer que chaque « nœud » du maillage universel est une force en lien avec d’autres forces, formant un ensemble de forces qui s’influencent réciproquement et simultanément. Celles-ci peuvent former un monde de la création de valeurs qui alors résument un type de relations qui, parce qu’il ne peut en être autrement, reposent toutes sur la domination.

 

Certaines de ces forces s’accroissent en même temps que d’autres décroissent. En certaines s’affirment une volonté qui n’émane pas pour autant d’elles-mêmes, qui ne leur sont pas intrinsèques, puisque cette même volonté en d’autres diminue. Ce qui signifie que lors que des forces tendent à dominer, d’autres se résolvent à « obéir ». Qui donc pourrait nier, mis à part les idéalistes, que plus de vie est toujours plus d’affirmation ?

 

La vie est une des formes, la plus complexe sans doute, par laquelle se manifeste la lutte pour l’affirmation de la volonté vers la puissance. En certains hommes, elle se manifeste par une telle force qu’ils en acquièrent une distance qui, justement, leur permet de dominer, selon le sens exact de ce terme. Mais s’il est une chose qu’ils comprennent alors intuitivement, c’est que cette distanciation reste toujours inévitablement en relation aux autres, en leurs influences. Toute réelle domination ne saurait s’abstraire du réel !

 

Une réelle domination est une distanciation, et aussi une capacité de voir le réel d’une altitude supérieure. C’est une élévation. Ceux qui, en s’affirmant, accèdent aux cimes, s’éloignent par là-même du calcul et de tout esprit utilitaire. Ils se contentent d’eux-mêmes et de leur supériorité. Du Chaos, ils se donnent les moyens d’inaugurer mille logos, mille mondes, mille ordres.

 

Par le Chaos, par le jeu du hasard et de la nécessité, l’utilité démontre à chaque moment à ceux qui perçoivent son iniquité, sa vaine prétention. Elle tente toujours de cacher son infériorité, sa faiblesse, sous les atours d’une force qu’elle ne possède point en réalité. Ses valeurs sont celles des esprits faibles et fragiles. Des valeurs qui prennent l’apparence de la vérité parce qu’elles ne peuvent se passer du besoin de se lier étroitement aux plus forts, à leur « coller aux talons », dans une démarche visant à se venger de leur légitime répugnance.

 

Car, au fond, ces valeurs par lesquelles peut apparaître l’empathie ne pourraient aucunement être le fait des forces inférieures et grégaires. Elles ne le peuvent que par ceux qui véritablement ont la force d’agir silencieusement afin de rétablir une illusion de juste équilibre. Elles sont le fruit d’une saine affirmation, sans préjugés, sans ressentiments d’aucune nature, sans haine et en toute justice. Elles sont portées par les plus désintéressés, les plus démunis de fausses prétentions et de calculs d’intérêts.

 

Le « pathos de la distance », pour être un désintéressement, n’en est pas moins une relation de hiérarchie : de hiérarchie de valeurs. Ce pathos est l’affect des forts. Un sentiment de justice qui s’affirme aux travers de ceux qui n’ont nul besoin que de pouvoir être eux-mêmes en écartant la faiblesse de leur passage. Ils savent reconnaître par quoi s’affirme une force, et en qui elle transparaît en un certain rapport, en une certaine perspective. Ils peuvent alors être les créateurs de mondes neufs, et faire apparaître de leurs sentiments distingués une échelle de valeurs qui sera le squelette d’un monde en devenir.

 

Car tout devient ; et les forts en relations d’une disposition de l’Être devront bien céder la place à leurs successeurs, parce que rien ne dure et que tout passe, et que de nouvelles valeurs doivent bien remplacer celles qui se sont usées de s’être prises pour des choses inusables… Prenons seulement garde à ne traiter de fort ceux qui n’en ont que l’apparence, et la prétention ! Car ceux-là, maintenant nous le savons, sont les symptômes de la décadence.

 

 

Yohann Sparfell

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Publié par Yohann Sparfell - dans Philosophie

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé, communisme étatiste, fascismes ou libéralisme, même faussement adaptées aux temps présents, mais d'une pensée tout à la fois sociale et individualiste (non-libérale) !

Si le monde est pétri de contradictions, il ne sert plus à rien de vouloir les annihiler en instaurant une suprématie de la logique déductive-identitaire, comme l'a fait la Modernité. Ces contradictions sont constitutives de la vie, et en premier lieu de la vie humaine. La société n'est antagoniste à l'individu que de notre point de vue. En réalité, les deux sont aussi concurrents et complémentaires. La vie comme le monde sont complexes, et les réduire à des lois physiques ou mathématico-logiques ne conduit qu'à des impasses doctrinaux ou idéologiques au final. La société ne peut "être", c'est-à-dire, réellement, devenir, que par les individus qui la composent, et les individus ne peuvent devenir que par l'héritage et le soutien qu'ils reçoivent de la société, donc des Autres. La vie est communautaire-organique/individuelle-égoïste, et la réduire qu'à l'un ou l'autre de ces aspects est proprement ignorer la réalité. Tout comme est occulter la moitié du réel de vouloir le réduire à l'identité ou à l'altérité absolues.

C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien, par la subsidiarité bien comprise, par la justice selon le sens traditionnel de ce terme, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" du "devoir", que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de se soumettre la politique comme l'économique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. En cela, ils retrouveront le goût de leur humanisme originel, d'un type "antique" d'humanisme !

Le temps serait-il donc venu de faire de l'Europe un Imperium civilisationnel, et de ne plus rejeter toute idée de Puissance au nom d'une "liberté" idéalisée ? Car le monde qui se dessine est celui où s'affirmeront et les individus et leurs communautés, ainsi que, au-delà, les Imperii  civilisationnels connectés entre eux par un universel "pont terrestre". À nous, hommes de conscience, d'en prendre acte !!

Yohann Sparfell

(Socialiste conservateur-révolutionnaire européen et individualiste "aristocratique" nietzschéen)

 

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