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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 17:54
Force de l’autonomie

Force de l’autonomie

 

 

 

« Je te vois mon fils étudier sans relâche, sans que ta peine ne te coûte le prix de ta jouissance. Tu te sert ainsi de ta passion d’apprendre en plus de celle, encore bien plus profonde, de t’élever et de t’affirmer parmi les hommes de ton temps. Voici donc le conseil que je ne saurais que te donner : sache bien serrer le mors à tes passions qui t’animent, fais-en tes montures et galope toujours plus haut vers ton propre accomplissement ! Et si les autres, suite à cela, ne t’arrivent qu’à la cheville, que tu puisses alors devenir leur guide et ne jamais goûter au breuvage maudit de l’affectation due à leur jalousie. Garde distance envers ceux qui te rappellent à ton devoir d’égalité, et ne te permets de prendre ombrage que de n’avoir su te placer de façon plus assurée sous le soleil de midi. Nul n’est besoin d’obscurcir tes pensées de morales restrictives car de la force de ta volonté naîtra de toute façon un plus bel équilibre pour chacun » Y. S.

 

 

Peut-on vivre libre au milieu des esclaves ? C’est là une question qui engage à une réponse sans appel, un « non » sans équivoque. Et pourtant ! N’est-ce pas là ce qu’enjoint l’égalitarisme ambiant ? Il y a là une contradiction évidente qui ne peut s’expliquer que d’une façon : nous ne nous entendons pas sur la même interprétation de la « liberté ». La liberté de l’époque moderne est en réalité une licence communément encadrée, théoriquement par la licence des autres. Cette permission « partagée » abstraitement en parts égales est donc sensée définir une « liberté ». Cette définition demeure du seul chef de la loi, tout en étant assujettie à la règle limitative du péché. Elle est donc d’essence religieuse, et proprement chrétienne dans sa hargne à l’encontre de tout ce qui tente de se définir par soi-même et de définir l’espace qui devrait alors être le sien. Car la réelle liberté est bel et bien la définition par le devenir d’un espace, devenir qui n’est autre que ce que l’on appelle un « être ».

 

Mais cette définition de son propre « espace de vie » n’est pas sans être problématique. Elle se doit d’affronter les contraintes qui tentent d’en empêcher la réalisation. La liberté traduit donc une force qui s’affirme dans le réel, quelque chose qui provient par conséquent de l’intérieur, du plus profond de soi-même. Elle ne peut être qu’une lutte perpétuelle par laquelle l’on s’efforce d’assimiler, de soumettre, de contraindre soi-même les forces adverses qui s’opposent à l’affirmation de soi. L’inverse n’a donc rien à voir avec une prétendue « liberté » qui n’est en fait, pour les esclaves et les soumis, qu’un moyen de plus de contraindre leurs propres forces de se développer librement. Nul doute qu’une force doive être bridée, mais uniquement pour la raison qu’elle doive conduire son porteur à plus de force encore. Sinon, que voudrait dire être libre qu’une manière bien « néo-bourgeoise » d’affliger mille tourments à son corps et son esprit afin de faire preuve de grégarisme et de se fondre dans la « pensée moyenne » ?

 

Les passions, les instincts, doivent être reconnus comme les supports de la pensée, comme les coursiers que l’on se doit de maîtriser, les « choses humaines, trop humaines » que l’on se doit d’accepter tout en les « dépassant », afin qu’ils nous conduisent vers une volonté toujours plus puissante, un esprit de domination sur notre propre espace de vie qui est aussi niveau de considération sur la vie. La liberté implique donc nécessairement une distance à tenir par rapport aux autres espaces contiguës. Et cette distance est d’autant plus grande que l’espace est plus important et plus haut au sein d’une hiérarchie qui ainsi, naturellement si l’on peut dire, se crée d’elle-même, et avec elle un monde. Mais ces espaces de vie ne sont pas pour autant des isolements, des « individualismes exacerbées ». Sinon il n’y aurait point de monde humain à créer mais uniquement une collection d’âmes au final grégaires parce que apeurées au milieu de leur solitude et soumises au destin de la collectivité et à l’arbitraire des rapaces.

 

Les êtres qui ne sont pas réellement libres doivent sans cesse s’adapter aux règles et aux causes qui émanent des intérêts de certains esclaves qui ont su, par la corruption de la pensée et le renversement des « valeurs antiques », devenir des « maîtres ». Dévorés par leurs passions, ils ont généré un monde où la liberté n’est qu’apparence, surtout pour eux ! Les contraintes n’ont fait que leur peser toujours plus lourd à mesure qu’ils s’abîmaient dans les limbes grotesques de l’accumulation sans fin. Esclaves de vos richesses, vous ne savez plus voir celles qui brillent en vous-mêmes ! Vous ne savez plus être des Maîtres, vous n’avez qu’approfondi votre âme d’esclave ! La véritable liberté ne saurait en être une sans celle des autres, à quelque échelle qu’elle soit, et de cela vous n’êtes plus capable de comprendre ! Que pourrait donc déclamer un païen sur sa liberté s’il ne vivait au milieu des arbres, des bêtes et des champs libres, des hommes fiers et toujours réellement sauvages ? Ne faut-il pas qu’il y ait toujours un chaos en soi pour pouvoir faire naître une étoile qui danse ?

 

Il y a essentiellement une trame sous-jacente qui nous lie les uns aux autres. Une trame de forces qui n’existent que les unes par rapports aux autres, et c’est justement cette relation qui est cette trame, cette « volonté » universelle qui se joue de tout utilitarisme, pure invention des hommes malades. La vie, sauvage, ne se reconnaît dans aucune des justifications qu’ont pu imaginer les hommes pour créer un monde qui les rassure devant le néant, qui, sans cela, les détruirait de son non-sens. Elle demeure pourtant au plus profond de leurs motivations qui leur restent inconnues dans leur essence. Que l’on tâche, par déchéance, de brimer, ou plutôt de nier cette essence, et c’est la liberté même qui n’a plus aucun sens autre qu’égarer les hommes dans le labyrinthe de leur délires schizophrènes. Il est vrai que l’homme, en se dédoublant, s’est senti le « droit », au nom de la culture, de juger la nature, de juger les « choses » et de se les approprier si elles pouvaient répondre à l’utilité qu’ils avaient érigée en dogme. Et en devenant nous-mêmes ces « choses », nous sommes allés jusqu’à nous machiniser. En nous coupant de la source de vie, nous nous sommes irrémédiablement éloignés de toute réelle autonomie, de tout enthousiasme créateur et régénérateur.

 

L’utilitarisme annihile la puissance, range et catégorise uniformément selon la morale égalitariste : être égaux devant Dieu ? mais alors de quelle liberté pouvez-vous donc parler ? Comment ne pas comprendre que les hommes modernes ne doivent s’enfoncer dans l’impuissance, et sans dire, dans le nihilisme, s’il leur est interdit d’exprimer librement leur propre puissance, leur force singulière qui participe à la puissance du tout ? L’autonomie ne peut apparaître que dans la réelle liberté, concrète et non abstraite, dans la possibilité d’étendre à sa limite sa propre force de façon à ce qu’elle rencontre celles des autres, et qu’elles puissent ainsi coordonner leur efforts dans une recherche plus étendue encore de puissance. C’est ainsi que l’homme vie, en coopérant avec les autres hommes en communauté afin d’accroître leur puissance commune, et que celle-ci en retour puisse permettre à ce que chacun s’affirme en sa force singulière. Que cette dynamique communautaire vienne à s’essouffler ou à être persécutée par la morale des faibles, et c’est la force qui s’évanouit et abandonne les « derniers hommes ».

 

La vie est une lutte, et nous ne devrions n’avoir aucune pitié de quelque sorte envers ce qui nous enjoint à réprimer nos passions. L’autonomie est cette innocence que l’on finit par conquérir sur le poids des contraintes et qui nous ouvre toutes les portes des possibles en se donnant les moyens de créer. La quête vers l’autonomie est une esthétique, de l’art, stimulant la force de l’ensemble au travers de l’affirmation créative, foncièrement inégalitaire, de chaque, et plus encore des meilleurs, des artistes. Créer par soi-même, selon sa propre force, ses propres lois et ses propres règles, engage l’autre à faire de même par sa liberté, et l’ensemble ainsi opportunément formée se fait corps, entente de forces pour une plus haute élévation. Que ne pourrait-on y voir là une dynamique physiologique qui élève des organismes sains et forts prêts à affronter toutes menaces, tous défis. Soumettre, dominer, sont pour les hommes forts la seule façon de faire la loi à la mesure de leur volonté, d’accéder à leur autonomie. Mais qui sont-ils qui sont encore capables d’entendre de tels mots ? Les vrais révolutionnaires pour sûr ! Ceux qui, de moins en moins nombreux, osent ne plus s’embarrasser des préjugés « néo-bourgeois » qui font pleurnicher au nom de leurs principes victimaires, et qui ont l’instinct de survie, un fort instinct qui les guide vers une saine affirmation d’eux-mêmes.

 

La révolution est un éternel retour du même : une volonté secrète et profondément humaine parce que vitale, de redonner à la force toute sa noblesse, et à la bassesse son dû. Aujourd’hui, c’est la faiblesse d’une certaine raison qui s’est donné des allures de force, en trompant depuis déjà trop longtemps la vigilance d’une aristocratie apprivoisée et soudoyée. L’esprit rationaliste s’est imposée par la ruse de ses préjugés et l’éloquence de ses intérêts – financiers : plus, au fond, à préserver qu’à conquérir. L’argent est un outil formidable d’assujettissement puisqu’il cristallise une force communautaire : celle de ceux qui travaillent ensemble à produire : une force collective et coopérative. Mais il y a deux aspects qu’il ne faut pas ignorer. D’une part, l’extorsion de la valeur résultant du surplus par rapport au travail payé – la « valeur d’échange » qui alors s’intègre à la marchandise – implique nécessairement une unidirectionnalité et, corrélativement, un abaissement de la capacité créatrice des « travailleurs » qui ne concentrent leur force que dans un seul but : conserver leur emploi et rester solvable. D’autre part, et en relation avec ce premier point, les personnes ainsi transformées en « travailleurs » y perdent leur autonomie sous la contrainte des impératifs catégoriques du capitalisme, ou, en d’autres termes, sous les ordonnancements utilitaristes et idéels de l’auto-discipline de la valorisation marchande de la « force » de travail.

 

En asservissant ainsi la majorité massifiée et soumise qu’en apparence, la classe bourgeoise, fière de pouvoir démontrer une force dont elle ne saurait faire parade à partir d’elle-même, n’a jamais su se distancier de la masse qu’elle contrôle plus ou moins bien, mais elle s’est fort au contraire immergée avec elle jusqu’à former un océan d’avidité obscène parfaitement bien partagée, condition du « système » que sa raison a imaginée. Ce n’est pas cela qui forme une communauté humaine plus forte et donc plus autonome ! La bourgeoisie décadente, en inversant les valeurs, a toujours cherché à nier celles, aristocratiques, qui pouvaient encore stimuler des rapports de forces créateurs et harmonisateurs. Les vieux capitaines d’industrie conservaient encore un peu autrefois de cette trempe qui leur faisait comprendre l’importance de conserver entre eux et leurs « travailleurs » un certain équilibre, non basé sur la primordialité du gain, mais nécessaire à l’obtention et la pérennité de la Puissance. Aujourd’hui, de telles valeurs semblent bien être submergées et subsumées par l’impératif financier du nouveau capitalisme de la spéculation, tout comme la philosophie des Anciens fut submergée et, au final annihilée, par la philosophie spéculative des modernes. Les forts ne sauraient plus par conséquent se trouver au sein de cette congruence cupide et au fond impuissante, mais peut-être bien chez ceux qui n’auront plus à perdre que leur honneur, après avoir perdu tout le reste de ce qui se compte.

 

Pourquoi donc faudrait-il se battre pour une idée comme s’étaient évertués à le faire les générations passées ? Aussi grande et alléchante paraît-elle être, celle-ci n’est bien souvent que la face vertueuse d’un ressentiment ravageur : un ressentiment qui ne finit que par exprimer une volonté malade de rabaisser à tout prix la force vitale contenue dans certains êtres ; la déprécier pour ainsi pouvoir la ramener au niveau des valeurs communes du socialisme de masse. Lutter pour son autonomie est a contrario un combat dans le présent dans l’intention d’affirmer le présent, d’attester du réel afin d’y accroître sa propre Puissance. Le véritable « socialisme » – du moins tel que nous l’entendons – n’est donc pas un but, perpétuellement lointain et destiné aux rêveurs impénitents, mais une attitude dans la réalité, une posture révolutionnaire vouée à laisser libre cours à la force par laquelle l’on peut légitimement accuser le faible, l’oligarque décadent, d’usurper son propre rôle de dominant. Ce « socialisme » est inévitablement une mise à distance, propre aux Puissants, vis-à-vis de la vulgarité d’un monde aplani, de façon à enthousiasmer dans la masse encore aveuglée l’instinct de liberté et d’accomplissement. L’autonomie, au regard de cette noble conduite, est la dynamique de l’affirmation des hommes forts d’aujourd’hui (quelque soit leur « niveau social »). Esprits libres qui auront su se dégager des préjugés idéologiques, si ce n’est théologiques, afin de fonder de la profondeur de leur génie créateur un monde où seul la vie avec ses oscillations de forces – comme autant d’expression de la volonté vers la Puissance ! - peuvent engendrer une véritable Justice.

 

Yohann Sparfell (à l’approche de Sol Invictus 2020/2773)

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Publié par Yohann Sparfell - dans Textes de critiques et réflexions

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé, socialismes, fascismes ou libéralismes, même faussement adaptées aux temps présents, mais d'une pensée conservatrice-révolutionnaire, éminemment réaliste !

C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien au sein des communautés, par une politique subsidiaire au sein des Nations comme dans une Europe confédérale, par la justice selon le sens traditionnel de ce terme, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" consciente de ses devoirs, que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de se soumettre la politique comme l'économique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. Mais la condition de tout ceci sera que nous sachions replacer au centre de nos vie et de nos actions les valeurs éternelles et sacrées qui ont su nous animer depuis des millénaires (à la source de l'autorité).

Le temps serait-il donc venu de faire de l'Europe un Imperium civilisationnel, et de ne plus rejeter toute idée de Puissance au nom d'une "liberté" idéalisée ? Car le monde qui se dessine est celui où s'affirmeront et les individus et leurs communautés ainsi que, au-delà, les Imperii civilisationnels ayant su dépasser les illusions de la consommation illimitée et de l'idéologie économiste. À nous, hommes de conscience, d'en prendre acte !!

Yohann Sparfell

(conservateur-révolutionnaire français et européen)

 

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