4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 20:04
Fétichisme et idéologie : la réduction sémiologique

Fétichisme et idéologie : la réduction sémiologique

Par Jean Baudrillard

(Paru dans Nouvelle revue de psychanalyse, II, automne 1970. Et dans Pour une critique de l'économie du signe, éd. Gallimard, Les essais, 1972, pp. 95-113)

Fétichisme de la marchandise, fétichisme de l'argent : ce qui, chez Marx, décrit l'idéologie vécue de la société capitaliste, c'est-à-dire le mode de sacralisation, de fascination, de sujétion psychologique par où les individus intériorisent le système généralisé de la valeur d'échange, ou bien encore tout le procès par lequel les valeurs sociales concrètes de travail et d'échange, niées, abstraites, « aliénées » par le système du capital, s'érigent en valeurs idéologiques transcendantes, en instance morale qui règle toutes les conduites aliénées, succédant dans la même fonction au fétichisme archaïque et à la mystification religieuse (l' « opium du peuple ») - ce fétichisme est devenu la tarte à la crème de l'analyse contemporaine. Là où Marx le rattachait encore (quoique de façon très ambiguë) à une forme (la marchandise, l'argent), donc à une niveau d'analyse scientifique, on le voit aujourd'hui exploité à un niveau sommaire et empirique : fétichisme des objets, fétichisme de l'automobile, fétichisme du sexe, fétichisme des vacances, etc., où il ne renvoie plus qu'à une vision idolâtrique, diffuse et éclatée, de l'environnement de la consommation, où il n'est plus lui-même que le concept-fétiche d'une pensée vulgaire, travaillant allègrement, sous le couvert d'une critique pathétique, à la reproduction élargie de l'idéologie.

Le terme n'est pas dangereux seulement parce qu'il court-circuite l'analyse, mais parce qu'il véhicule, orchestré depuis le XVIIIe siècle par les colons, les ethnologues et les missionnaires, toute l'idéologie occidentale chrétienne et humaniste. La connotation chrétienne est d'emblée présente, dans la condamnation portée sur les cultes « primitifs » par une religion qui se veut abstraite et spiritualiste : « Le culte de certains objets terrestres et matériels appelés fétiches […] que pour cette raison j'appellerai fétichisme1. » Depuis, sans jamais se défaire de cette connotation morale et rationaliste, la grande métaphore fétichiste n'a cessé d'être le leitmotiv de l'analyse de la « pensée magique », que ce fût celle des tribus bantoues ou celle des peuplades modernes métropolitaines immergées dans leurs objets et leurs signes.

La métaphore fétichiste consiste, dans un syncrétisme hérité des représentations primitives, à analyser les mythes, les rites, les pratiques en terme de force, de force magique transcendante, de mana (dont le dernier avatar serait éventuellement la libido), force transférée à des êtres, à des objets, à des instances, force diffuse et universelle mais cristallisée en des points stratégiques, et dont le flux peut être réglé et détourné à son profit par l'individu ou le groupe : ce sera l'objectif majeur de toutes leurs pratiques, même alimentaires. Ainsi se déploie la vision animiste : tout se passe entre l'hypostase d'une force, sa transcendance dangereuse, et la capture de cette force, qui devient alors bénéfique. C'est en ces termes que les indigènes ont rationalisés leur expérience du monde ou du groupe. C'est dans les mêmes termes que les anthropologues ont rationalisé leur expérience des indigènes, conjurant par là l'interrogation cruciale que faisaient peser ces sociétés nouvelles sur leur propre civilisation2.

Ce sont les prolongements de cette métaphore fétichiste dans nos sociétés industrielles modernes qui nous intéressent ici, dans la mesure où elle enferme l'analyse critique (libérale ou marxiste) dans le même piège subtil d'une anthropologie rationaliste. Que signifie le concept de « fétichisme de la marchandise », sinon l'idée d'une « fausse conscience », d'une conscience vouée au culte de la valeur d'échange (ou encore, aujourd'hui, dans le « fétichisme » du gadget et de l'objet, vouée au culte des valeurs « artificielles », libidinales ou de prestige, incorporées dans l'objet) – ce qui suppose quelque part le fantôme idéal d'une conscience non aliénée, ou d'un statut objectif « vrai » de l'objet : sa valeur d'usage ?

Partout où elle apparaît, cette métaphore fétichiste implique le fétichisme d'un sujet conscient ou d'une essence de l'homme, une métaphysique de la rationalité qui fonde tout le système de valeurs chrétien-occidental. Là où la théorie marxiste semble s'étayer sur cette même anthropologie, elle contresigne idéologiquement ce même système de valeurs que par ailleurs elle disloque en en faisant l'analyse historique objective. Renvoyer tous les problèmes du « fétichisme » aux mécanismes superstructurels de la « fausse conscience », c'est s'ôter toute chance d'analyser le véritable procès de travail idéologique. Refuser d'analyser dans leur logique propre les structures et le mode de production idéologique, c'est se condamner, derrière le discours « dialectique » en termes de luttes de classes, à travailler en fait à la reproduction élargie de l'idéologie, donc du système capitaliste lui-même.

Ainsi le problème de la « fétichisation » généralisée de la vie réelle nous renvoie à celui de la production de l'idéologie et, de là, à un éclatement de la théorie-fétiche de l'infrastructure et de la superstructure, vers une théorie plus vaste des forces productives, aujourd'hui toutes impliquées structurellement dans le système du capital (et non les unes infrastructurellement – la production matérielle – et les autres superstructurellement – la production idéologique).

De quelque façon, une fatalité s'attache au terme de « fétichisme », qui fait qu'au lieu de désigner ce qu'il veut dire (métalangage sur la pensée magique), il se retourne subrepticement contre ceux qui l'emploient et désigne chez eux l'usage d'une pensée magique. Apparemment seule la psychanalyse est sortie de ce cercle vicieux, en rattachant le fétichisme à une structure perverse, laquelle serait peut-être au fond de tout désir. Le terme, ainsi cerné par se définition structurale (articulée sur la réalité clinique de l'objet-fétiche et de sa manipulation) de refus de la différence des sexes, n'est plus support d'une pensée magique : il devient un concept analytique pour une théorie de la perversion. S'il n'est pas possible, dans le champs des sciences sociales, de trouver l'équivalent (non analogique) de cette acception rigoureuse, l'équivalent au niveau du procès de production idéologique de ce qu'est en psychanalyse le procès de la structure perverse – c'est-à-dire une articulation qui fasse de la célèbre formule du « fétichisme de la marchandise » autre chose qu'un barbarisme (le « fétichisme » renvoyant à une pensée magique et la « marchandise » à une analyse structurelle du capital), qui écarte la métaphore fétichiste du « culte du veau d'or », fût-ce dans le rewriting marxiste de l' « opium du peuple », qui écarte toute magie ou animisme transcendantal ou (ce qui revient au même) tout le rationalisme de la fausse conscience et du sujet transcendantal, pour restituer le procès de fétichisation en terme de structure – alors mieux vaut abolir le terme et son usage (ainsi que toutes les notions apparentées). Après l'analyse de Lévi-Strauss, le « totem » est renversé, seule garde un sens l'analyse du système totémique, et l'intégration dynamique de ce système. C'est cette même coupure radicale, à la fois théorique et clinique, qu'il faut imposer dans l'analyse sociale. À partir du fétichisme, c'est toute la théorie de l'idéologie qui est en cause.

Si donc les objets ne sont pas ces instances réifiées, douées de force et de mana, en lesquelles le sujet se projette et s'aliène, si le fétichisme désigne autre chose que cette métaphysique de l'essence aliénée, quel en est le procès réel ?

Une fois n'est pas coutume : l'étymologie peut avoir ici son mot à dire. Le terme « fétiche », qui renvoie aujourd'hui à une force, à une propriété surnaturelle de l'objet, et donc à la même virtualité magique du sujet, à travers des schèmes de projection et de capture, d'aliénation et de réappropriation, ce terme a subi une curieuse distorsion sémantique, puisqu'il signifie à l'origine exactement l'inverse : une fabrication, un artefact, un travail d'apparences et de signes. Apparu en France au XVIIème siècle, il vient du portugais feitiço, qui signifie « artificiel », lequel vient du latin facticius. Le sens de « faire » est premier, le sens d' « imiter par des signes » « faire le dévot », etc. - on retrouve ce sens dans le « maquillage », venu de maken, apparenté à machen et to make). De la même racine (facio, facticius) que feitiçio, en espagnol : afeitar, « farder, parer, embellir », afeite, « apprêt, parure, cosmétique », le français « feint », et l'espagnol hechar, « faire », d'où hechizo, « artificiel, feint, postiche ».

Partout apparaît l'aspect de « fainctise », de trucage, d'inscription artificielle, bref d'un travail culturel de signes à l'origine du statut de l'objet-fétiche, et donc quelque part aussi dans la fascination qu'il exerce. Cet aspect est de plus en plus refoulé par la représentation inverse (les deux coexistent encore en portugais, où feitiço adjectif signifie « artificiel », et comme substantif « objet enchanté, sortilège »), qui substitue à la manipulation de signes une manipulation de forces, et à un jeu réglé de signifiants une économie magique de transfert de signifiés.

Le « talisman » est lui aussi vécu et représenté, sur le mode animiste, comme réceptacle de forces : on oublie qu'il est d'abord un objet chargé de signes – ce sont les signes de la main, du visage, ou les caractères de la cabale, ou la figure de quelques corps célestes qui, inscrits dans l'objet, font de lui un talisman. Ainsi, dans la théorie « fétichiste » de la consommation, celle des stratèges comme des usagers, partout les objets sont donnés et reçus comme dispensateurs de forces (bonheur, santé, sécurité, prestige, etc.) : cette substance magique partout répandue fait oublier que se sont d'abord des signes, un code généralisé de signes, un code totalement arbitraire (faictice, « fétiche ») de différences, et que c'est de là, et pas du tout de leur valeur d'usage, ni de leurs « vertus » infuses, que vient la fascination qu'ils exercent.

Si fétichisme il y a, ce n'est donc pas un fétichisme du signifié, un fétichisme des substances et des valeurs (dites idéologiques) que l'objet-fétiche incarnerait pour le sujet aliéné, - c'est, derrière cette réinterprétation (qui, elle, est véritablement idéologique) un fétichisme du signifiant, c'est-à-dire la prise du sujet dans ce qui, de l'objet, est « factice », différentiel, codé, systématisé. Dans le fétichisme, ce n'est pas la passion des substances qui parle (que ce soit celle des objets ou du sujet), c'est la passion du code qui, réglant et se subordonnant à la fois objets et sujets, les voue ensemble à la manipulation abstraite. C'est là l'articulation fondamentale du procès de l'idéologie : non dans la projection d'une conscience aliénée dans des superstructures, mais dans la généralisation même, à tous les niveaux, d'un code structurel.

Il apparaît alors que le « fétichisme de la marchandise » s'interprète, non plus alors selon la dramaturgie paléo-marxiste, comme l'instance, dans tel ou tel objet, d'une force qui reviendrait hanter l'individu, coupé du produit de son travail, de tous les prestige d'un investissement (travail et affectivité) détourné, mais bien comme la fascination (ambivalente) d'une forme (logique de la marchandise ou système de la valeur d'échange), comme la prise, pour le meilleur ou pour le pire, dans la logique contraignante d'un système d'abstraction. Quelque chose comme un désir, comme un désir pervers, le désir du code, se fait jour ici, un désir qui vise la systématicité des signes précisément en ce qu'elle nie, en ce qu'elle barre, en ce qu'elle exorcise toutes les contradictions nées du procès de travail réel, - tout comme, dans l'objet fétiche du fétichisme, la structure perverse vient s'organiser autour d'une marque, autour de l'abstraction d'une marque qui barre, qui nie, qui exorcise la différence des sexes.

Dans ce sens, le fétichisme n'est pas la sacralisation de tel ou tel objet, de telle ou telle valeur (auquel cas on pourrait espérer le voir disparaître à notre époque où la libération des valeurs et l'abondance des objets devraient « normalement » tendre à les désacraliser), c'est celui du système en tant que tel, c'est celui de la marchandise en tant que système : il est donc contemporain de la généralisation de la valeur d'échange, et se propage avec elle. Plus le système se systématise, plus la fascination fétichiste se renforce et, si elle envahit des domaines toujours nouveaux, de plus en plus éloignés de la stricte valeur d'échange économique (la sexualité, les loisirs, etc.), ce n'est pas en raison d'une obsession de jouissance, d'un désir substantiel de plaisir ou de temps libre, mais en raison de la systématisation progressive (et même assez brutale) de ces secteurs, c'est-à-dire de leur réduction à des valeurs-signes substituables dans le cadre d'un système cette fois virtuellement total de la valeur d'échange3.

Ainsi la fétichisation de la marchandise est-elle celle du produit vidé de sa substance concrète de travail4 et soumis à un autre type de travail, un travail de signification, c'est-à-dire d'abstraction codée – production de différences et de valeurs-signes – procès actif, collectif, de production et de reproduction d'un code, d'un système, investi de tout le désir détourné, errant, désintriqué du procès de travail réel et transféré sur ce qui précisément nie le procès de travail réel. Ainsi le fétichisme actuel de l'objet s'attache à l'objet-signe vidé de sa substance et de son histoire, réduit à l'état de marque d'une différence et résumé de tout un système de différences.

Que la fascination, le culte, l'investissement de désir et finalement la jouissance (perverse) soient dévolus au système (ou au mana), ceci apparaît dans le non moins célèbre « fétichisme de l'argent ». Ce qui fascine dans l'argent (l'or) n'est ni sa matérialité, ni même l'équivalent capté d'une certaine force (de travail) ou d'un certain pouvoir virtuel, c'est sa systématicité, c'est la virtualité, enfermée dans cette matière, de substitutivité totale de toutes les valeurs grâce à leur abstraction définitive. C'est l'abstraction, l'artificialité totale du signe qu'on « adore » dans l'argent, c'est la perfection close d'un système qui est « fétichisée », non le « veau d'or » ou le trésor. Ceci fait toute la différence entre la pathologie de l'avare qui s'attache, elle, à la matérialité fécale de l'or, et le fétichisme tel que nous essayons de le définir ici comme procès idéologique. Nous avons vu par ailleurs5 comment, dans la collection, ce n'est ni la nature des objets ni même leur valeur symbolique qui importe, mais quelque chose qui est précisément fait pour nier tout cela en même temps que la réalité de la castration chez le sujet, et qui est la systématicité du cycle collectif, où le passage continuel d'un terme à l'autre aide le sujet à tisser un monde clos et invulnérable, sans obstacle à l'accomplissement du désir (pervers bien entendu).

Il est aujourd'hui un domaine où cette logique « fétichiste » de la marchandise peut s'illustrer avec relief et permettre de repérer plus précisément ce que nous appelons le procès de travail idéologique : celui du corps et de la beauté. Nous ne parlons ni de l'un ni de l'autre en valeur absolue (d'ailleurs, quelle est-elle?), mais de l'obsession actuelle de libération du corps, de l'obsession de beauté qui défraient partout la chronique de la quotidienneté.

Cette beauté-fétiche n'a plus rien d'un effet de l'âme (vision spiritualiste), d'une grâce naturelle des mouvements ou du visage, transparence de la vérité (vision idéaliste), ou d'une « génialité » du corps qui pouvait se traduire aussi bien par la laideur expressive (vision romantique). Elle est l'Anti-Nature même, liée à la stéréotypie générale des modèles de beauté, au vertige perfectionniste et au narcissisme dirigé. C'est la Règle absolue en matière de visage et corps. C'est la généralisation de la valeur d'échange/signe aux effets de corps et de visage. C'est le corps enfin distancé et soumis à une discipline, à une circulation totale de signes. C'est la sauvagerie du corps enfin voilée par le maquillage, ce sont les pulsions assignées à un cycle de mode. Derrière cette perfection morale, mettant en jeu un travail de faire-valoir en extériorité (et non plus, comme dans la morale traditionnelle, un travail de sublimation en intériorité), c'est l'assurance prise contre les pulsions. Cela ne va pourtant pas sans désir, puisqu'on sait que cette beauté est fascinante, et fascinante précisément parce qu'elle est prise dans des modèles, parce qu'elle est close, systématique, ritualisée dans l'éphémère, sans valeur symbolique. C'est le signe en elle, la marque (maquillage, symétrie ou dissymétrie calculée, etc.) qui fascine, c'est l'artefact qui est objet de désir. Or, les signes sont là pour faire du corps, selon un long travail spécifique de sophistication, un objet parfait où ne transparaisse plus rien du procès de travail réel du corps (travail de l'inconscient ou travail physique et social) : c'est ce long travail d'abstraction, c'est ce qu'elle nie et censure dans sa systématicité, qui fait la fascination de cette beauté fétichisée.

Tatouages, lèvres distendues, pieds bots des Chinoises – fard à paupières, fond de teint, épilation, rimmel – ou encore bracelets, colliers, objets, bijoux, accessoires : tout est bon pour réécrire sur le corps l'ordre culturel, et c'est cela qui prend effet de beauté. L'érotique est ainsi la réinscription de l'érogène en un système homogène de signes (gestuel, mouvement, emblème, « blason du corps ») visant à la clôture et à la perfection logique, se suffisant à lui-même. Ni l'ordre génital (mettant en cause une finalité externe) ni l'ordre symbolique (mettant en cause la division du sujet) n'ont cette cohérence : fonctionnel ou symbolique, ils ne tissent pas de signes un corps abstrait, impeccable, vêtu de marques, et par là invulnérable, maquillé (faict et fainct) au sens profond du terme, coupé des déterminations externes et de la réalité interne de son désir, mais par là même offert comme idole, comme phallus parfait au désir pervers. Celui des autres et le sien propre6.

Leci-Strauss parle déjà de cet attrait érotique du corps chez les Caduvéo et les Maori, de ces corps « complètement recouverts d'arabesques d'une subtilité perverse », de « quelque chose de délicieusement provocant ». Et il suffit de penser à Baudelaire pour savoir combien la sophistication seule a du charme (au sens fort), et combien celle-ci s'attache toujours à la marque (parure, bijoux, parfums) ou au découpage du corps en objets partiels (pieds, cheveux, seins, fesses, etc.), ce qui est profondément la même chose : c'est toujours substituer au corps érogène, divisé dans la castration et source d'un désir toujours périlleux, un montage, un artefact de pièces phantasmatiques, un arsenal ou une panoplie d'accessoires ou de morceaux du corps (mais le corps entier, dans la nudité fétichisée, peut jouer aussi comme objet partiel), d'objets-fétiches toujours pris dans un système d'assemblage et de découpage, dans un code, et pat là circonscrits, objets possibles d'un culte sécurisant. À la grande ligne de refente de la castration, c'est substituer la ligne de démarcation entre éléments/signes. À l'ambivalence irréductible, à l' « écart » symbolique, c'est substituer la différence significative, la division formelle entre les signes.

Il serait intéressant de rapprocher cette fascination perverse de celle qu'exercent, selon Freud, l'enfant et l'animal, ou encore ces femmes « qui se suffisent à elles-mêmes, qui n'aiment à proprement parler qu'elles-mêmes » et qui « pour cette raison exercent le plus grand charme sur les hommes, non seulement pour des raisons esthétiques... mais aussi en raison de constellations psychologiques intéressantes ». « Le charme de l'enfant, dit-il encore, repose en grande partie sur le fait qu'il se suffit à lui-même, sur son inaccessibilité. De même, le charme de certains animaux qui semblent ne pas se soucier de nous, comme les chats et les animaux de proie7... » Il y aurait à distinguer la séduction liée, chez l'enfant, l'animal ou la femme-enfant, à la perversion polymorphe (et à l'espèce de « liberté », d'autonomie libidinale qui l'accompagne) de celle lié au système érotique massmédiatique actuel, qui, elle, met en jeu une perversion « fétichiste » fixiste, contrainte, cernée par des modèles. Ici et là pourtant, ce qui est cherché, et reconnu dans la séduction, c'est un en-deçà, ou un au-delà de la castration, qui prend toujours figure soit d'une indivision « naturelle » harmonieuse (l'enfant, l'animal), soit d'une sommation et d'une clôture parfaire par les signes. Ce qui nous fascine, c'est toujours ce qui nous exclut radicalement de par sa logique ou sa perfection interne : une formule mathématique, un système paranoïaque, un désert de pierre, un objet inutile, ou encore un corps lisse et sans orifices, dédoublé et redoublé par le miroir, voué à l'autosatisfaction perverse. C'est en se caressant elle-même, c'est par la manœuvre auto-érotique que la strip-teaseuse évoque au mieux le désir8.

Ce qui nous importe ici est surtout de montrer le processus idéologique d'ensemble par lequel la beauté, dans le système actuel, joue à la fois, en tant que constellation de signes et travail sur les signes, comme négation de la castration (structure psychique perverse) et comme négation du corps morcelé dans sa pratique sociale et dans la division du travail (structure sociale idéologique). De même, la redécouverte moderne du corps et de ses prestiges n'est pas innocemment contemporaine du capitalisme monopolistique et des découvertes de la psychanalyse :

1° C'est parce que celle-ci a mis au jour, à travers le corps (mais ce n'est pas le même), la division fondamentale du sujet qu'il importe de conjurer cette menace, de restaurer l'individu (le sujet non divisé de la conscience) en lui donnant pour assise, pour légitimité, pour emblème, non plus une âme ou un esprit, mais un corps bien à lui, d'où soit éliminée toute négativité du désir, et qui ne fonctionne plus que comme exposant de beauté et de bonheur. Dans ce sens, le mythe actuel du corps se définit comme un processus de rationalisation phantasmatique, proche du fétichisme dans sa stricte définition analytique. Ainsi donc, paradoxalement, cette « découverte du corps », soi-disant consécutive et solidaire des découvertes psychanalytiques, est précisément là pour conjurer ce que celles-ci ont de révolutionnaire. Le Corps est là pour liquider l'Inconscient et son travail, pour rendre force au Sujet Un et Homogène, clef de voûte du Système de Valeurs et de l'Ordre.

2° Simultanément, c'est parce que le capitalisme monopolistique, non content d'exploiter le corps comme force de travail, parvient à désunir, à morceler l'expressivité même du corps dans le travail, dans l'échange, dans le jeu, récupérant tout cela comme besoins individuels, donc comme force productives (consommatives) sous son contrôle – et parce que cette mobilisation des investissements à tous les niveaux comme forces productives crée à long terme des contradictions très profondes, politiques encore, mais selon une redéfinition radicale du politique qui tiendrait compte de cette socialisation totalitaire de tous les secteurs de la vie réelle – c'est pour cela que le Corps et la Beauté et la Sexualité s'imposent comme nouveaux universaux sous le sigle des Droits de l'Homme nouveau émancipé par l'Abondance et par la Révolution cybernétique. La dépossession, la manipulation, le recyclage dirigé des valeurs collectives et subjectives par l'extension illimitée de la valeur d'échange et la spéculation concurrentielle illimitée sur les valeurs/signes rendent nécessaire la sacralisation d'une instance glorieuse appelée Corps, qui deviendra pour chaque individu le sanctuaire idéologique, le sanctuaire de sa propre « aliénation ». Autour de ce Corps tout entier positivé comme capital de droit divin va se restaurer le Sujet de la Propriété privée.

Ainsi va l'idéologie, jouant toujours sur les deux plans selon le même procès de travail et de désir attaché à l'organisation des signes (procès de signification et de fétichisation). Nous reviendrons d'un peu plus près sur cette articulation du sémiologique et de l'idéologique.

Prenons l'exemple de la nudité, telle qu'elle se propose dans la publicité, l' « escalade érotique », la redécouverte massmédiatique du corps et du sexe. Cette nudité se veut progressiste, rationnelle : elle prétend retrouver la « vérité du corps », sa raison « naturelle », par-delà le vêtement, les tabous et la mode. Bien trop rationaliste en fait, elle passe à côté du corps, dont la vérité sexuelle et symbolique n'est justement pas dans l'évidence naïve de la nudité, mais dans la mise à nu (cf. Bataille), en ce que celle-ci est l'équivalent symbolique d'une mise à mort, donc la vraie voie d'un désir, amour et mort simultanément, qui est toujours ambivalent. La nudité moderne et fonctionnelle n'implique plus du tout cette ambivalence, ni donc de fonction symbolique profonde, puisqu'elle révèle un corps tout entier positivé par le sexe comme valeur culturelle, comme modèle d'accomplissement, comme emblème, comme morale (ou immoralité ludique, ce qui est la même chose), et non pas un corps divisé, refendu par le sexe. Le corps sexué n'y fonctionne plus que sur son seul versant positif, qui est celui :

  • du besoin (et non du désir) ;

  • de la satisfaction (le manque, la négativité, la mort, la castration ne s'y inscrivent plus) ;

  • du droit au corps et au sexe (la subversivité, la négativité sociale du corps et du sexe y sont figées dans une revendication « démocratique » formelle : le « droit au corps9 »).

Une fois liquidées l'ambivalence et la fonction symbolique, la nudité redevient signe parmi d'autres signes, elle entre dans une opposition distinctive avec le vêtement. En dépit de ses velléités « libératrices », elle ne s'oppose plus radicalement au vêtement, elle n'en est qu'une variante, qui peut coexister avec toutes les autres dans le processus systématique de la mode : on la voit d'ailleurs aujourd'hui partout jouer en « alternance ». C'est cette nudité là, celle prise dans le jeu différentiel de signes (et non celle de l'éros et de la mort) qui est objet de « fétichisme » : la condition absolue pour qu'elle fonctionne idéologiquement est la perte du symbolique et le passage au sémiologique.

En toute rigueur, ce n'est même pas, comme il vient d'être dit : « Une fois liquidée la fonction symbolique, il y a passage au sémiologique. » En fait, c'est l'organisation sémiologique elle-même, la prise en un système de signes qui a pour fin de réduire la fonction symbolique. Cette réduction sémiologique du symbolique constitue proprement le processus idéologique.

D'autres exemples peuvent illustrer cette réduction sémiologique, schème fondamental du procès idéologique.

Le Soleil : le Soleil des vacances n'a plus rien de la fonction symbolique collective qu'il avait chez les Aztèques, les Égyptiens, etc.10. Il n'a plus cette ambivalence d'une force naturelle – vie et mort, bienfaisant et meurtrier – qu'il avait dans les cultes primitifs, ou encore dans le travail paysan. Le Soleil des vacances est un signe tout entier positif, source absolue de bonheur et d'euphorie, et, comme tel, opposé significativement au non-soleil (pluie, froid, mauvais temps). En même temps qu'il perd toute ambivalence, il s'inscrit dans une opposition distinctive qui, par railleurs, n'est jamais innocente : ici elle fonctionne au profit exclusif du soleil (contre l'autre terme négativisé). À partir de là, du moment où il fonctionne comme idéologie et valeur culturelle inscrite dans un système d'oppositions, le Soleil, comme le Sexe, s'inscrit aussi dans l'institution sociale comme Droit au Soleil (qui vient sanctionner son fonctionnement idéologique), et dans les mœurs, comme obsession « fétichiste », individuelle et collective.

Le masculin/féminin : nul être n'est « par nature » assigné à un sexe. L'ambivalence sexuelle (activité/passivité) est au cœur de chaque sujet, la sexuation est inscrite comme différence dans le corps de chaque sujet, et non comme terme absolu lié à tel organe sexuel. La question n'est pas d' « en avoir ou pas ». Mais cette ambivalence, cette valence sexuelle profonde doit être réduite, car elle échappe comme telle à l'organisation génitale et à l'ordre social. Tout le travail idéologique va consister là aussi à réduire sémiologiquement, à ventiler cette réalité irréductible dans une grande structure distinctive masculin/féminin – sexes pleins, distincts et opposés l'un à l'autre – étayée sur l'alibi des organes biologiques (réduction du sexe comme différence à la différence des organes sexuels), et surtout indexés sur de grands modèles culturels qui ont pour fonction de séparer les sexes au privilège absolu de l'un sur l'autre. Si chacun est amené, selon cette structuration dirigée, à se confondre avec son statut sexuel, c'est pour mieux résigner son sexe, c'est-à-dire la différentiation érogène de son propre corps, au profit d'une ségrégation sexuelle qui est un des fondements idéologique et politique de l'ordre social11.

L'inconscient : l'Inconscient actuel, massmédiatisé, sémiologisé, substantivé, muséifié, individualisé, « personnalisé ». Chacun aujourd'hui « a » un incinscient : Mon, Ton, Son Inconscient. Le possessif est ici réducteur sémiologique et effecteur idéologique, dans la mesure où il réduit l'inconscient, qui est d'abord, dans sa structure et dans son travail, remise ne cause du sujet de la conscience, à un terme simplement oppositionnel à la conscience – le tout sous le signe de l'Individu (dont témoigne le possessif), c'est-à-dire fondamentalement au profit du sujet de la conscience. L'Inconscient « redécouvert » et partout exalté à la une va donc exactement à l'inverse de son sens originel : de structure et de travail qu'il était, il devient fonction/signe, force de travail et objet d'appropriation par un sujet autonome, unifié, l'éternel sujet de la conscience et de la propriété privée. Désormais : à chacun son inconscient, son propre gisement symbolique à exploiter, son capital ! Et bientôt : le Droit à l'Inconscient, l'habeas corpus de l'homo cyberneticus, c'est-à-dire le transfert des libertés bourgeoises dans un domaine qui leur échappe de partout et qui les nie, mais la raison en est claire : c'est le transfert du contrôle social au domaine de l'irréductible. Le Révolution de l'Inconscient devient l'avatar d'un nouvel humanisme du sujet de la conscience et, à travers l'idéologie individualiste de l'Inconscient fétichisé, réduit par les signes, comme le Sexe et le Soleil, à un calcul de plaisir et de satisfaction consommée, c'est chaque sujet qui draine et contrôle lui-même, au bénéfice de l'ordre social, le remuement et le dangereux travail de l'Inconscient. Le Mythe de l'Inconscient devient la solution idéologique aux problèmes de l'Inconscient12.

On voit que la réduction sémiologique de l'inconscient à un simple terme oppositionnel à la conscience implique en fait une subordination hiérarchique à la conscience, une formalisation réductrice de l'inconscient au profit de la conscience, et donc une réduction idéologique au système d'ordre et de valeurs sociales capitalistes.

Il n'y a pas de conclusion à cette amorce d'analyse du procès idéologique. Les schèmes qui s'en dégagent sont, pour résumer :

1° L'homologie, la simultanéité de l'opération idéologique sur le plan de la structure psychique et de la structure sociale. Il n'y a pas là de cause ni d'effet, de super – ni d'infrastructure, ni de privilège analytique de l'un ou l'autre champs, de l'une ou l'autre instance – sous peine de distorsion causale et de recours désespéré à l'analogie.

2° Le procès de travail idéologique vise toujours à réduire le procès de travail réel (procès de travail symbolique de l'inconscient dans la division du sujet, procès de travail des forces productives dans l'éclatement des rapports de production). Ce procès est toujours un procès d'abstraction par les signes, de substitution au procès de travail réel d'un système d'opposition distinctive (premier temps : procès de signification). Mais ces oppositions ne sont pas neutres : elles se hiérarchisent au privilège de l'un des termes (deuxième temps : procès de discrimination). La signification n'emporte pas toujours la discrimination (oppositions phonématiques au niveau de la langue), mais la discrimination suppose toujours la signification, la fonction/signe réductrice de l'ambivalence et du symbolique.

3° Le découpage, le marquage par les signes se double toujours d'une totalisation par les signes et d'une autonomie formelle des systèmes de signes. La logique des signes opère par différenciation interne et par homogénéisation d'ensemble. Seul le travail sur le matériel abstrait, formel, homogène que sont les signes rend possible cette clôture, cette perfection, ce mirage logique qui fait l'efficace de l'idéologie. C'est la cohérence abstraite, suturant toutes les contradictions et les divisions qui fait son pouvoir de fascination (le « fétichisme ») et qu'on retrouve aussi bien dans le système érotique que dans la séduction perverse exercée par le système de la valeur d'échange, tout entier présent dans la moindre marchandise.

4° Cette totalisation abstraite permet aux signes de fonctionner idéologiquement, c'est-à-dire de fonder et de perpétuer les discriminations réelles et l'ordre du pouvoir.

1De brosses (1760), Du culte des dieux fétiches.

2Rationalistes de droit, ils ont même souvent saturé logiquement et mythologiquement un système de représentations que les indigènes savaient, eux, concilier avec des pratiques objectives plus souples.

3Dans le cadre de ce système, la valeur d'usage devient insaisissable, non pas en tant que valeur originelle perdue, mais précisément en tant que fonction dérivée de la valeur d'échange. C'est la valeur d'échange qui induit désormais la valeur d'usage (besoins et satisfactions), comme faisant (idéologiquement) système avec elle dans le cadre de l'économie politique.

4A ce titre, la force de travail, en tant que marchandise, est elle même « fétichisée ».

5Dans le système des objets, Gallimard, coll. « Les essais », 1968.

6Or, c'est par là même, en tant que réélaboré comme idole phallique par la structure perverse, qu'il devient simultanément modèle idéologique de socialisation et d'accomplissement. C'est le même corps « sophistiqué » sur lequel s'articulent le désir pervers et le procès idéologique. Nous reviendrons sur ceci un peu plus loin.

7« Pour inclure le narcissisme », in La Vie sexuelle, PUF, p. 94

8Le discours idéologique est toujours lui aussi redondance de signes et, à la limite, tautologie. C'est par cette spécularité, ce « mirage en lui-même » qu'il conjure les conflits et exerce son pouvoir.

9Toute l'illusion de la Révolution sexuelle est là : la société ne saurait être refendue, divisée, subvertie au no d'un sexe et d'un corps dont la mise en scène actuelle a pour fonction idéologique de voiler la division, la subversion du sujet. Là encore, tout se tient : la fonction réductrice que cette nudité mythique remplit par rapport au sujet divisé par le sexe et la castration, elle la remplit simultanément au niveau macroscopique de la société divisée par les conflits historiques de classe. La révolution sexuelle est donc une filiale de la révolution industrielle ou de la révolution de l'abondance (et de tant d'autres) : toutes leurres et métamorphose idéologique d'un ordre inchangé.

10Cf. Alain Laurent, in Communications, n°10

11Le fait que cette grande opposition structurale soit d'emblée une différence logistique, hiérarchique, fonctionnelle pour l'ordre sociale, le fait que, s'il doit y avoir deux sexes, c'est pour que l'un soit soumis à l'autre, fait éclater l'ambiguïté de la « libération sexuelle ». Cette « libération » étant celle des besoins sexuels de chacun en tant qu'assigné à « son » sexe dans le cadre du modèle structural/idéologique de la bixesualité, tout renforcement des pratiques sexuelles dans ce sens ne peut que renforcer cette structure, et la discrimination idéologique qu'elle supporte. Dans notre société « libérale » de « mixité », l'écart entre les modèles masculin et féminin ne cesse de se creuser et de se cristalliser depuis l'ère industrielle. Contrairement au pathos libéraliste et pieux sur la question, il prend aujourd'hui des formes généralisées.

12Logiquement d'ailleurs, cette « libération », comme celle de n'importe quelle force productive, prend force d'impératif moral. Chacun est sommé (fût-ce à titre d'hygiène!) de prendre conscience de son Inconscient. De ne pas laisser en friche cette virtualité productive. De faire surgir son Inconscient pour se « personnaliser » ! Absurde, mais cohérent dans la logique du système idéologique.

Partager cet article

Repost 0
Published by Max L'Hameunasse

Présentation

  • : In limine
  • In limine
  • : Recherche "aristocratique" philosophique et métapolitique intégrée au projet d'une Europe Nouvelle de type impérial post-libéral, inspirée de penseurs tels J. Althusius, F. Nietzsche, P.J. Proudhon, G. Sorel, O. Spengler, J. Evola, S. Weil, E. Jünger, A. de Benoist, etc
  • Contact

Propos pour un "Empire" européen

(Une Grande Europe de la Spiritualité et de la Puissance !)

Res Publica Europensis

(cliquer pour télécharger le PDF)

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

"Minuit" de Vincent Vauclin

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

Alain de Benoist

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 


Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

Site du Think-Tank EurHope

 

 

« le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre. »  George Orwell

 

 

Recherche

Intro

 

soldat avec groom_Giorgione

 

« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral trois fois centenaire, mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(nationaliste-révolutionnaire pour l'Imperium européen en devenir !)

 

La revue des revues :

 

Site de la revue Éléments

Blog de la revue Éléments

 

Site de la revue Rebellion et de l'OSRE

 

Site de la revue Réfléchir & Agir

 

Site de la revue Synthèse nationale

 

Site de Terre & Peuple

Liens

Métamag

Le magazine européen de l'esprit critique

George Orwell

Site sur George Orwell

Gabriele Adinolfi

Site de Gabriele Adinolfi

Jean Mabire

Site de l'Association des Amis de Jean Mabire

Europe Solidaire

Pour une Europe intelligente - Solidarité et puissance

Bonne nouvelle à l'élite des élus !

Site sur F. Nietzsche

Hommage à Nietzsche

Site sur F. Nietzsche

Société P.J. Proudhon

Site de la Société Pierre-Joseph Proudhon

Thibault Isabel

Blog du philosophe et écrivain Thibault Isabel

La Revue du M.A.U.S.S.

Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales

Johannes Althusius

Site (en allemand et anglais) sur Althusius

Métapo Infos

Actualité du combat culturelle et métapolitique

Chroniques du Grand jeu

La géopolitiques autrement, pour mieux la comprendre

Réseau international

Site de réflexion et de réinformation

Eurolibertés

La réinformation européenne

Le Saker Francophone

Les humbles veillent !

Jean Borella

Site sur J. Borella

Association Castoriadis

Site sur Cornélius Castoriadis

Parousia

"Que l'homme assoiffé s'approche"

Traditionalists

A Blog for the study of Traditionalism and the Traditionalists

Bastion Social

Autonomie - Identité - Justice sociale
 

 

 

 

Front de la contre-subversion

 

Le Socle

 

 

 

 

 

"Il n'y a pas de pensées dangereuses, penser est en soi-même dangereux"

Hannah Arendt