9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 10:36
Le festival du village – Pieter Brueghel le Jeune

Le festival du village – Pieter Brueghel le Jeune

Voici un texte de John Clark qui peut apporter la démonstration d'une part, de l'importance fondamentale des principes de l'écologie sociale, de l'éco-philosophie et du communalisme dans un combat socialiste au point de l'évolution humaine où nous sommes situés et d'autre part, que ces principes ne sont pas légitimement appelés à être accolés aux préjugés et aux rhétoriques d'une gauche dite « radicale », mais plutôt en fait « sociétale », qui y voit une occasion par le biais d'un écologisme mal compris de renouveler son discours n'ayant eu de cesse d'accompagner le libéralisme dans sa destruction des communautés traditionnelles et locales : il y a là comme une sérieuse contradiction que ne saurait cacher plus longtemps une parodie de nostalgie déplacée envers une époque soixantehuitarde où ne devrait régner que l'absolutisme de l'individu et de ses droits. L'écologie sociale est l'aboutissement temporaire d'une pensée très ancienne qui a parcouru, entre autres, les consciences de Kropotkine, Élisée Reclus, Patrick Geddes, Lewis Mumford et Murray Bookchin. Ce dernier n'est donc pas l' « inventeur » de l'écologie sociale, mais d'une certaine vision de celui-ci, plus ancrée à gauche, plus matérialiste aussi, tout en n'échappant pas à certains travers « dogmatiques », tel que nous le rappelle Clark. La « pensée écologique communautaire » ne saurait par conséquent se laisser enfermer dans une idéologie clairement définie, tout en se donnant néanmoins la possibilité de faire ré-émerger à la conscience des hommes, au travers des principes comme ceux de l'écologie sociale, ce qui du plus profond d'eux-mêmes leur apporte les conditions ontologiques, philosophiques et politiques de leur propre affirmation et auto-réalisation. Nulle doute que Bookchin a marqué de son empreinte cette réaffirmation, ou, plus exactement, expression théorique et pratique d'une possibilité révolutionnaire d'affirmation, et ce malgré les concessions faite à son époque, mais il n'a pas été le seul sur cette voie, chose que lui-même ne démentirait pas d'ailleurs. La pensée holiste dialectique, au centre de l'écologie sociale, et même du socialisme organique ou communautaire, est en quelque sorte la pensée de l'homme réel, c'est-à-dire de l'homme en tant que nature prenant conscience d'elle-même. C'est une pensée que les hommes conscients de leur place en ce monde, dans le Cosmos, doivent continuer à enrichir afin de pouvoir, en notre époque d'incertitude et de déliquescence de nos valeurs communes, réorienter l'évolution humaine en nos communautés, notamment européennes, vers une plus grande conscience de la complexité et du caractère indépassable des interrelations qui nous constituent et nous élèvent.

Y.S.

 

Une écologie sociale


 

Par John Clark

Traduction d'Alain Thévenet,

revue par Ronald Creagh



 

L'humanité est la nature prenant conscience d'elle-même.

Elisée Reclus (1)


 

En son sens le plus profond et le plus authentique, l'écologie sociale est le réveil de la communauté terrestre, qui réfléchit sur elle-même, découvre son histoire, explore la situation difficile dans laquelle elle se trouve et envisage son futur(2). Un des aspects de ce réveil est le processus de réflexion philosophique. En tant qu'approche philosophique, une écologie sociale s'intéresse aux dimensions ontologique, épistémologique, éthique et politique des relations entre le social et l'écologique et recherche une sagesse pratique découlant de telles réflexions. Elle cherche à nous orienter, en tant qu'êtres concrètement inscrits dans une histoire humaine et naturelle, pour nous permettre de faire face aux défis et aux opportunités. Ce faisant, elle développe une analyse à la fois holistique et dialectique et une pratique sociale qu'on pourrait mieux décrire comme un éco-communitarisme.

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 20:37
Res Publica Europensis (nouvelle version)

Res Publica Europensis

 

« Ce n'est pas le fait d'appartenir à une même terre, de parler une même langue ou d'être du même sang qui doit unir ou diviser, mais le fait d'être ou de ne pas être rallié à la même idée » Julius Evola

 

 

La modernité a pour principe de nous asséner sa vérité qui est selon sa vision du monde et de l'homme la seule « vérité » possible : l'humanité serait donc sur le point d'atteindre, au travers ses principes, son accomplissement ultime, et ainsi réaliser ce qui est perçu par elle comme étant son destin final, eschatologique. L'histoire serait effectivement quasiment parvenue à sa fin et nous serions sensément en possession de la pleine maîtrise du monde et de notre destin en ayant acquis la possibilité de les façonner sans limite pour notre usage. Le projet transhumaniste en est en quelque sorte aujourd'hui le point d'orgue. Il s'est agit d'une révélation, d'une forme de « religion », dévoyée, dans le sens où au travers elle nous imaginions un monde issu d'une création, mais qui est une création de notre fait, d'une Raison imaginative qui outrepasse le sens même de la liberté. C'est cet au-delà de la liberté, cet idéalisme nourri par des préjugés philosophiques et qui s'est construit par la volonté d'arracher l'homme de toutes attaches communautaires pouvant limiter ses délires narcissiques, qui nous transporte par l'illusion du Progrès vers des « accomplissements » futiles, une démocratie tronquée, une République trahie (la « chose commune » acquise au libéralisme se construisant au travers de la destruction des communautés qui pourtant devraient participer d'une véritable République au travers leur engagement commun vers un Bien commun)...

 

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 21:01
Sarmates payant tribus aux romains – détails de la colonne de Trajan

Sarmates payant tribus aux romains – détails de la colonne de Trajan

Il ne peut y avoir de Grand Récit sans profondeur historique, cela nous le savons ; et il ne peut y avoir de Grand Projet sans une compréhension adéquate du présent et sans une vision de l'avenir, toutes deux liées à l'histoire et à ce qu'elle a encore à nous dire. 
Voici à lire et relire un très bon texte de Robert Steuckers que je propose sur ce site en guise de lecture d'été, et qui, je le souhaite, aiguisera l'appétence de ses lecteurs à sortir des ornières d'un présent devenu trop banal et à s'envoler vers les cimes d'où pourront se dévoiler un avenir aventureux qui nous a que trop manqué dans notre triste modernité finissante en proie à la cupidité hégémonique de ceux qui ne désirent que figer la vie !


Y.S.

 

Réflexions générales sur le concept d’«Eurasie»

 

Par Robert Steuckers

 

Conférence préparée pour une rencontre eurasiste à Marseille, le 12 juillet 2014, présentée lors des «Rencontres eurasistes» de Bruxelles, le 18 octobre 2014

 

Quand on parle d’eurasisme actuellement, on a tendance à y voir une sorte d’ersatz des idéologies défuntes, qui devrait incessamment en prendre le relais, comme le voulaient par ailleurs les eurasistes des années 20 et 30, dont les démarches ont été analysées avec minutie par le Professeur Marlène Laruelle (1). Celle-ci démontre le caractère éminemment russe de la démarche eurasiste des années 20 et 30. Par conséquent, si l’Europe, le sous-continent indien, la Chine et d’autres puissances d’Asie centrale ou d’Asie orientale adoptent une stratégie « eurasienne » ou « eurasiste », le concept d’un eurasisme nouveau, conforme aux aspirations de l’Europe ou de ces autres puissances petites ou grandes, doit certes garder son noyau théorique russe, vu la qualité des arguments développés par les eurasistes de l’émigration russe de Berlin, Prague, Bruxelles et Paris entre 1920 et 1940 mais il doit aussi être élargi pour en faire la pratique naturelle des puissances du BRICS et donner corps à la géopolitique pragmatique suggérée à tous par le président kazakh Nazarbaïev, qui assure aujourd’hui les destinées de l’Etat le plus central de la masse continentale eurasienne, du « Heartland » tel qu’il fut théorisé par Sir Halford John Mackinder en 1904. 

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 18:54
Le sacre - J.L. David

Le sacre - J.L. David

Heidegger, critique de Nietzsche

 

 

 

Préalable

 

 

Par Yohann Sparfell

 

Le nihilisme, comme ce qui caractérise notre époque moderne, est la chose advenu qui permet le mieux de figurer dans toutes ses implications l'essor apparemment anarchique de la technologie. Nous ne saurions mieux nous donner une image de ce qui s'est passé depuis l'origine de la « fin de l'histoire » qu'en réalisant à quel point la subjectivité de l'homme moderne s'est imposé au détriment de la Réalité. L'ultime « vérité » a subjugué la Réalité et a dessiné à sa place les contours de « chemins qui ne mènent nulle part »...

Élever la subjectivité métaphysiquement à une « volonté de volonté », à un Principe de vie équivalant à une volonté-puissance, peut présenter le risque de se laisser dominer soi-même par ce que l'on pourrait reconnaître comme des matérialisations de cette puissance érigée en Principe métaphysique. C'est effectivement un de ces chemins détournés, figuré par la technologie, que l'on suit actuellement en pensant qu'il nous mènerait vers cette « puissance » inévitable, parce que, pense-t-on, atteignable. Selon le principe que tout ce qu'il est possible de faire se fera inévitablement, l'on en vient à se représenter l'empire de la subjectivité comme ce envers quoi il faudrait soumettre notre entendement. Exit la pensée critique ; exit aussi la sagesse ancestrale qui liait la représentation humaine du monde au fait que nous soyons en tout premier lieu des êtres charnels mus par le désir irrépressible de s'ancrer dans la réalité de nos expériences mondaines et spirituelles.

De moyen « métaphysique » de puissance, la subjectivité sur-réalisée est devenue cette « extérieur » idéalisé – symbole de l'humanisme moderne et libéral – par lequel il est enjoint aux individus de se soumettre aux règles de son accomplissement. Car bien sûr, la volonté de puissance telle qu'elle peut être interprétée, et telle qu'elle l'est effectivement par la concorde moderniste, en fait bien l'envers du même décors, l'anti-thèse et donc la deuxième béquille d'un antagonisme faisant avancer le Progrès. Vu de cette façon, en effet, Nietzsche reste sur le terrain du platonisme et il peut alors « servir » à légitimer la marche du monde moderne. Reste à savoir si derrière les apparences indiscutables, il faisait néanmoins de ses concepts les moyens permettant d'interpréter la « vie » ou des éléments provisoires et ne valant que pour sa propre pensée au travers desquels il en appelait plutôt à fonder nos propres interprétations. C'est par cette dernière attitude que, à l'inverse d'oublier l'Être, nous pourrions nous reconnecter à Lui, nous re-connaître en Lui en prenant garde de ne jamais tenter illusoirement d'extérioriser ce que nous n'avons qu'en propre au plus profond de nous.

D'une « vérité » sur la « vie », on en vient à une Multiplicité des possibles dont Nietzsche savait très bien qu'Elle se situe au cœur de la dynamique de l'existence s'exprimant par l'indéfinité des singularités par lesquelles elle s'affirme en chacun des êtres et des communautés vivantes. La volonté de puissance ne peut être une réponse unique aux interrogations sur l'essence de la « vie » mais elle n'est qu'un présupposé par lequel nous sommes invité de nouveau à ne nous en tenir qu'à la surface des choses, aux « apparences », comme les Grecs avant Platon, afin de s'en revenir éternellement à soi.

 

« Lisons une fois de plus l'injonction initiale : ''La vie dans l'apparence comme but.'' La devise est tout à fait ambiguë. Elle peut prendre en effet un sens ontologique, voire éthique, parfaitement affirmatif : il faut être comme les Grecs, ''superficiels par profondeur'' (avoir sondé l'abîme redoutable par lequel repose le monde et être capable de s'en tenir à l'épiderme des choses), penser sans peser, sans ajouter aux choses des tonnes de gravité ou des quantités d'arrière-plans, ne pas cultiver l'illusion du savoir absolu ou du savoir tout court, apprendre le ''gai-savoir'' en même temps que la ''connaissance tragique'' (qui enseigne que l'illusion est nécessaire à la pensée comme le sommeil et l'oubli aux êtres vivants ; que la science à sa pointe extrême se retourne en art). Mais elle peut s'interpréter, surtout à la lumière de la lecture heideggérienne, comme l'expression d'un nihilisme à la fois manifeste et latent. Vivre dans l'apparence, c'est affirmer que la vie est un papillonnement de surfaces, un jeu de masques et de fantasmes à l'infini, qu'elle s'appuie sur des fables. C'est vouloir errer, préférer se tromper, plutôt que d'être trompé. La position d'un tel ''but'', nécessairement indéterminé, ne peut qu'obliger le vouloir qui projette les apparences à revenir incessamment sur lui-même comme étant le véritable but, afin de l'obliger à se vouloir inconditionnellement lui-même. ''La vie dans l'apparence comme but'', ce serait donc la première formulation implicite de la volonté de volonté ! Car, encore une fois, pourquoi faut-il prendre comme but la condition nécessaire et incontournable de la vie ? Naturellement la réponse s'impose : pour défendre de la sorte la vie de la destruction qui la menace lorsqu'elle se perd dans un pseudo-''monde vrai'', celui des fixités ou stabilisations idéales, que sont celles de la logique, de la science ou de la morale réactive. Mais puisque stricto sensu ce monde vrai est par excellence une apparence, l'affirmation de la ''vérité'' comme stabilité, ''identification'' arbitraire qui nie le devenir (qui est donc une ''erreur'') n'est-elle pas également la projection d'une série d'apparences ? Or s'il faut choisir entre les deux ''apparences'' majeures que sont la science et l'art, la seconde contre la première, celle qui exige et produit le plus haut degré d'apparence au sens d'illusion, de fiction, n'est-ce pas encore au nom d'un certain souci de vérité c'est-à-dire pour rester fidèle à la vie, pour se conformer à son essence la plus fondamentale qui est projection d'illusion ? Donc Nietzsche resterait toujours encore soumis à l'idéal traditionnel de la vérité comme justesse, rectitude, adéquation. D'où l'interrogation de Heidegger : Nietzsche ne semble pas avoir été capable de remettre en question cette définition traditionnelle de la vérité. Cependant, bien qu'il en soit largement resté prisonnier, n'a-t-il pas en même temps découvert autre chose, à savoir l'universelle et pure phénoménalité, c'est-à-dire l'immanence radicale ou l'unique plan des phénomènes ? » Michel Haar, Nietzsche et la métaphysique, Le renversement du platonisme, éd. Gallimard, pp. 84-86

 

« Mais en donnant ainsi la priorité à la structure ''rationnelle'' c'est-à-dire ''effective'' de la valeur-art, Heidegger n'oublie-t-il pas ce qui pour Nietzsche fait l'essentiel du phénomène artistique, à savoir d'un côté précisément l'apparence, c'est-à-dire la caractère fictif et radicalement irréel, mythique, ineffectif des formes artistiques, et de l'autre côté le phénomène de l'artiste, son corps, sa ''physiologie'' ? L'artiste est celui qui éprouve comme le ''contenu'', comme la ''chose même'' ce que les non-artistes appellent ''forme'', y compris sa propre vie. Rien de plus étranger à l'artiste qu'une transformation du monde réel, puisque comme l'a dit Nietzsche dans ce même fragment [§ 54 Gai savoir], il se sent appartenir à un ''monde renversé''. D'autre part ce que Nietzsche décrit comme ''l'état créateur esthétique'', l'ivresse, peut bien être interprété comme hyperlucidité froide, ''logique'', détachée de toute passion subjective, mais n'en reste pas le moins le comble de la subjectivité, un ''état'' individuel que l'œuvre devra réveiller, et faire renaître dans la subjectivité du ''spectateur''. Il faut reconnaître qu'il y a une rupture, un saut absolu entre d'une part le caractère ludique aussi bien que le subjectivisme de l'art et d'autre part l'efficience désespérément sérieuse aussi bien que le réalisme neutre détaché de tout point de vue, et de surcroît mondial, du ''dispositif'' technologique.

Le jeune Nietzsche avait baptisé sa philosophie une ''métaphysique d'artiste''. Au-delà d'une ''métaphysique de l'art'' à la manière des Romantiques et d'une physiologie de l'artiste, cette philosophie constitue ce qu'on pourrait nommer dans une perspective heideggérienne une ''onto-théologie esthétique''. Il s'agit bel et bien en effet non pas uniquement de considérer, c'est-à-dire d'estimer, d'évaluer toutes choses, le monde entier, sous l'angle de l'art, mais bien d'affirmer que tous les phénomènes sont en eux-mêmes, conformément à l'essence de la vie, des phénomènes esthétiques. L'esthétique disait le jeune Nietzsche, est à penser comme une ''science de la nature'', c'est-à-dire comme une doctrine de l'étant comme tel. Encore une fois : ''En tant que phénomène esthétique, l'existence nous est toujours supportable, et en vertu de l'art, l'œil et la main, et avant tout la bonne conscience, nous ont été donnés pour nous transformer en pareil phénomène''. ''Le monde en lui-même n'est rien d'autre qu'art'', ou ''L'univers, œuvre d'art s'engendrant elle-même'', disent plus nettement encore des Fragments de 1886. La Volonté de puissance artistique n'est pas seulement l'essence diffuse des choses, mais leur essence divine, Dionysos. Nietzsche esquisse même parfois une théodicée qui justifie la puissance créatrice absolue de toute accusation de mal : ''Je pense que l'existence du mal et de la douleur ne prouve rien contre le génie artistique de Dieu. Peut-être seulement, contre sa « bonté »''.

La transition que voudrait établir Heidegger à un certain moment entre la Volonté de Puissance artistique et la volonté de volonté technologique repose sur la seule notion d'un ''calcul'' qui serait commun à l'une et à l'autre. À chaque fois la volonté ''calculerait'' les valeurs dont elle a besoin pour soutenir et favoriser diverses forces en gestation ou diverses ensembles en acte. Mais la main de l'artiste ne ''calcule'' pas son geste comme le dirigeant d'une entreprise calcule ses investissements, ses gains et ses dépenses. Le calcul sans but du créateur n'a rien à voir avec le calcul leibnizien du planificateur. La concurrence entre des fictions qui de toute façon ne peuvent régner isolément et sont forcées de composer entre elles, de ''jouer'' entre elles, n'a rien de commun avec la concurrence techno-économico-politique soumises aux lois contraignantes d'un marché s'étendant à la planète toute entière. Dans ses derniers textes (Qu'appelle-t-on penser?), Heidegger a renoncer à faire de Nietzsche le prophète involontaire du dispositif technologique : il voit en lui le penseur qui libère la volonté du ressentiment fondamental de la métaphysique, c'est-à-dire de la haine contre ce qui n'est que temporel et temporaire, la haine contre ce qui ne serait que passage, apparition aussitôt vouée à disparaître.

L'apparence paraît et disparaît continuellement. Dire qu'elle revient éternellement, n'est-ce pas parler en image, en symbole, selon l'apparence ? Certes, mais précisément cette transfiguration esthétique de l'apparence, son ''éternisation'', ne hausse pas simplement celle-ci au rang de la place de l'ancienne vérité. L'apparence ne fonctionne pas comme un nouvel absolu. Elle donne seulement le nom générique de toutes les interprétations. La ''métaphysique de l'apparence'' signifie qu'il n'y a que des interprétations, qu'il n'y a plus de différence métaphysique. Le nivellement ou l'effacement des distinctions métaphysiques est-il lui-même une métaphysique ? Tel est le débat qu'ouvre l'interprétation heideggérienne, mais n'est-ce pas davantage un débat sur l'essence de la métaphysique qu'un débat sur Nietzsche ? » ibid, pp. 104-107

 

HEIDEGGER, CRITIQUE DE NIETZSCHE.
Volonté de puissance et métaphysique de la subjectivité

Par Alain de Benoist


A partir de 1936, Martin Heidegger se lance dans une lecture intensive de l'œuvre de Nietzsche, œuvre à laquelle il commence la même année à consacrer un cours de première importance. D'autres écrits suivront1. La façon dont Heidegger analyse et interprète la philosophie de Nietzsche représente une étape capitale de sa propre pensée. Mais ses conclusions paraissent à première vue déroutantes. Heidegger voit en effet dans l'ébranlement nietzschéen la conséquence lointaine de l'ébranlement platonicien, puis cartésien. Il dit de Nietzsche qu'il est « tout proche de Descartes quant à l'essentiel », et va jusqu'à le qualifier de « plus débridé des platoniciens ». Comment parvient-il à un tel diagnostic ? C'est ce que nous essaierons d'expliquer dans ce bref exposé.

 

Lire la suite du texte d'Alain de Benoist dans le document PDF faisant suite :
 

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 19:40
Joseph Victor Ranvier - La source

Joseph Victor Ranvier - La source

Le culte des eaux et des sources dans le monde romain (introduction par Y. Sparfell)

 

 

Ce n'est pas la nature en elle-même qui est sacrée, comme le proclamait le romantisme. Si certains sites en particulier, sources, bois, lacs, rivières ou sommets, ont pu durant l'Antiquité faire l'objet de cultes, c'est bien parce qu'ils représentaient aux yeux des Anciens les demeures exemplaires des divinités, des sites remarquables qui, par le symbolisme qu'ils inspirent toujours, font part de l'harmonie du Tout. Les rites qui s'y déroulaient devaient donc harmoniser les actions des hommes avec l'Ordre du monde tel qu'il pouvait apparaître de part l'action des Dieux.

Il est un principe qu'il nous faut bien comprendre, c'est que le monde d'en bas, le nôtre, est à l'image du monde d'en haut, celui des Dieux. On peut d'autant mieux interpréter ce principe ancestral en songeant à regarder la « nature » comme un grand livre ouvert. C'est une lecture. Et une lecture implique de savoir interpréter les signes qui s'y trouvent. Il ne saurait être question, ce serait absurde, de sacraliser les signes en eux-mêmes, mais bel et bien de donner un sens à l'élégance toute « naturelle » qu'ils nous paraissent avoir dans leur ordonnancement. Disons que certains signes, certaines expressions particulières de la puissances des Dieux dans le chaos de la nature sont à même de faire naître en nous une singulière interprétation de l'Harmonie qu'Ils sont sensés générer par leur présence. C'est cette toujours singulière interprétation qui fonde chaque communauté et lui apporte croyances, valeurs, certitudes, mais aussi espoir de pérennité et de grandeur.

 

 

Le culte des eaux et des sources dans le monde romain

(cours du professeur John Scheid)

« Nullus enim fons non sacer, ''il n’y a de source, en effet, qui ne soit sacrée''. C’est en ces termes que le commentateur de l’Enéide de Virgile, Servius, expliquait l’emploi par le poète, de l’expression sacer fons, ''source sacrée'', au vers 84 du livre 7.

Cette formule lapidaire met à l’aise le lecteur moderne qui est persuadé que le sujet n’a rien de surprenant. La source est sacrée, on vénère et on supplie le sacré qui est dans l’eau pour obtenir un bienfait, généralement la santé. Voilà ce que le lecteur entend en lisant le commentaire de Servius. C’est la sacralité active de l’eau qui semble en cause, c’est cela que les Anciens étaient censés rechercher. Et le lecteur pense immédiatement à Lourdes, à Vichy, Ax, Ferrières, Spa, Bagnères-de- Bigorre et tant d’autres stations thermales. La formule de Servius n’a toutefois pas le sens que les modernes ont tendance à lui accorder après un siècle et demi de thermalisme ... »

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Gustave Courbet - La source

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 18:46
Conversation avec Julien Freund (par Pierre Bérard)

Julien Freund est mort en septembre 1993. De la fin des années 70 jusqu'à son décès, je l'ai rencontré à maintes reprises tant à Strasbourg que chez lui à Villé et dans ces villes d'Europe où nous réunissaient colloques et conférences. Des heures durant j'ai frotté à sa patience et à sa perspicacité les grands thèmes de la Nouvelle Droite. Il les accueillait souvent avec une complicité rieuse, parfois avec scepticisme, toujours avec la franche indépendance d'esprit qui a marqué toute son existence. Les lignes qui suivent mettent en scène des conversations tenues à la fin des années quatre-vingt. Des notes prises alors sur le vif et des souvenirs demeurés fort intenses m'ont permis de reconstituer par bribe certains de ces moments. Bien entendu, il ne s'agit pas d'utiliser ici le biais de la fiction posthume pour prêter à Julien Freund des propos que les calomniateurs dont on connaît l'acharnement pourraient instrumenter contre la mémoire d'un grand maître. C'est pourquoi j'entends assumer l'entière responsabilité de ce dialogue. Lors de ces entrevues, on le devine, l'ami absent mais souvent évoqué était Alain de Benoist. Ce texte lui est dédié.

[suite]....

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 10:43
Johannes Althusius (par Alain de Benoist)

Johannes Althusius – Présentation

 

 

 

Dans quel sens peut-on dire qu'aujourd'hui J. Althusius est un penseur actuel ? Sans doute parce que ses écrits peuvent faire en sorte en notre époque d'incertitude, de faire naître en nous une pensée politique inactuelle. Non pas inactuelle parce qu'elle serait issue du passé lointain de l'Europe, et donc à ce titre dépassée, mais tout au contraire parce qu'elle pourrait représenter pour les européens d'aujourd'hui une solution possible pour leur avenir commun face aux impasses dans lesquelles nous ont fourvoyées les idéologies universalistes des Lumières.

Des deux types théoriques de souveraineté qui sont issus des penseurs du XVIème siècle, Jean Bodin et Johannes Althusius, l'histoire européenne n'en a conservé qu'une, celle que conçu Bodin à partir d'une vision dualiste de l'autorité issue « d'un croisement entre la théorie juridique de la corporation romaine et une théologie fondée sur la notion paulinienne de ''corps mystique'', qui décrit l'universalité du peuple des croyants comme une entité unique. » Or, avec plusieurs siècles de recul, ne peut-on aujourd'hui constater que les principes à partir desquels a été imposée une souveraineté placée dans les sommets de l'État et séparée de la vie communautaire, sont aussi ceux par lesquels se sont désengagés peu à peu les citoyens de la politique et donc de leurs responsabilités vis-à-vis du « bien commun » ?

La « vie politique » s'est réduite à une volonté de prise de pouvoir en fonction d'intérêts divergents (dans sa version « démocratique »), et l'auto-organisation populaire issue des désirs et nécessités sociales, des réalités locales et de l'élaboration du bien commun, s'est retrouvée rabaissée, puis niée, eu égard une nouvelle nécessité : celle d'assurer au pouvoir monarchique, puis républicain, une hauteur et une autonomie intégrale lui permettant de concentrer en son sein toute la souveraineté, et par là-même la garantie des droits dévolus à l'individu atomisé de l'idéologie libérale naissante.

Car au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit : ne plus faire du citoyen l'élément indispensable de la vie communautaire au travers des divers groupes, collèges, associations, provinces, cités, etc., qui la composent et l'animent, mais une entité isolée, directement en lien avec l'État qui devient alors le garant de ses droits à défendre ses propres intérêts face à ceux des autres, et ce en concomitance avec l'avènement puis l'absolutisme de l'idéologie libérale. Dans le premier cas, le citoyen, la personne publique, est celui par qui se développe la vie politique au travers de ses diverses appartenances aux consociatio symbiotica (« communautés symbiotiques ») qui structurent la société de bas en haut. Dans le deuxième cas, la politique se transforme en combats d'opinions et n'a plus réellement de prise au travers de sa mise en œuvre somme toute pipée sur les choix affectant la vie commune... et même individuelle ; elle force même l'individu à ne devenir qu'un rouage d'une vaste machinerie structurée de haut en bas. D'un côté, la politique, collée au plus près de la vie, incite, et même ne peut concevoir la personne qu'en tant qu'actrice de son propre destin. De l'autre côté, le terme de « politique » est celui par lequel nous nommons encore une « participation » à notre propre soumission à un ordre mercantile libéral. D'un côté la diversité et l'équité, de l'autre, l'égalité et l'uniformité.

Il n'y a pas là de dichotomie, mais une continuité entre une haute conception de la civilisation qui fait de l'homme l'élément moteur de la socialité et de son propre accomplissement au travers de la diversité de ses appartenances, et une conception dégénérescente de l'homme qui le réduit à un rôle perpétuellement subalterne par rapport à une théorie, une idéologie, l'assignant à un « état de nature » par lequel seul compte ses intérêts immédiats et ses jouissances.

Afin de pouvoir redonner à la politique ses lettres de noblesse, son aspect « aristocratique », il nous sera nécessaire de redéfinir la notion même de fédéralisme et de souveraineté, ainsi que de prendre conscience où se doit, dans une civilisation évoluée, de prendre place cette dernière : dans le peuple ou exclusivement dans l'État ? C'est au travers de cette démarche que nous pourrons de nouveau re-lier le destin de notre Europe et de ses peuples avec les traditions qui sont nôtres et une autorité vivante réinsérée dans les fonctions organiques de nos vies communautaires ré-élaborées, fédéralisées.

D'où l'importance aujourd'hui de redécouvrir ce grand penseur que fut Johannes Althusius !

 

 

Ci-après le texte d'Alain de Benoist « Johannes Althusius (1557-1638) » que je vous invite à lire afin d'avoir une première approche de la profondeur et de l'importance actuelle de son œuvre. Il existe aussi deux ouvrages de Gaëlle Demelemestre édités aux éditions du Cerf sur Althusius :

 

> Les Deux souverainetés et leur destin, http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichetm.asp?n_liv_cerf=9322

 

> Introduction à la « Politica methodice digesta » de Johannes Althusius, http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=9635

 

Bonne lecture...

 

Document PDF "Johannes Althusius" par Alain de Benoist :

Johannes Althusius (par Alain de Benoist)
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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 10:26
Le centenaire de Hannah Arendt (par Alain de Benoist)

Voici un texte écrit par Alain de Benoist pour la revue Nouvelle École en 2007 présentant l'œuvre de cette grande intellectuelle que fût Hannah Arendt :

 

Le centenaire de Hannah Arendt

 

   Elle fut longtemps boudée ou ignorée. La droite la considérait comme un auteur de gauche, à cause de sa critique du caitalisme libéral, la gauche comme un auteur de droite, en raison de son hostilité au communisme et de son enthousiasme pour la polis grecque. "Je dois dire que ça m'est complètement égal, disait-elle en 1972 lors d'un colloque à Toronto. Je ne crois pas que ce genre de chose éclaire le moins du monde les véritables questions de ce siècle". Le grand public ne la lit que depuis quelques années. Trente ans après sa mort, on redécouvre aujourd'hui Hannah Arendt, dont le centenaire de la naissance, en 2006, a déjà donné lieu à toute une série de publications......[La suite dans le documents PDF ci-dessous]

Le centenaire de Hannah Arendt (par Alain de Benoist)
Le centenaire de Hannah Arendt (par Alain de Benoist)
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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 18:54
Dédicace à Bacchus - Sir Lawrence Alma-Tadema

Dédicace à Bacchus - Sir Lawrence Alma-Tadema

"...Un trait marquant de la manière dont Castoriadis aborde l'étude de la Grèce ancienne, réside dans l'importance qu'il accorde à l'analyse du fonctionnement des institutions d'Athènes et au témoignage des historiens (Herodote et Thucydide), ainsi qu'à celui des poètes (notamment Homère, Hésiode, Eschyle et Sophocle). Pour Castoriadis, le projet d'autonomie implique nécessairement que l'agir politique soit aussi en même temps une forme de pensée politique. Castoriadis qualifie en effet de "philosophies en acte" la praxis politique, en insistant sur le fait que les philosophies politiques "théoriques" de Platon et d'Aristote vinrent après cette grande pensée démocratique en acte, et qu'elles lui furent donc "réactives"..."

 

Ce texte de Sophie Klimis, de l'université Saint-Louis de Bruxelle, peut être trouvé sur le site de la revue Klésis, faisant partie du numéro 28 (2013) : http://www.revue-klesis.org/numeros.html#d28

 

 

Apothéose D'Homère - Jean Auguste Dominique Ingres

Apothéose D'Homère - Jean Auguste Dominique Ingres

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 18:28
Création du monde (par Pierre Klossowski)

Etre un grand seigneur qui porte l'épée : culbuter filles, dames et demoiselles ; faire l'aumône aux pauvres à condition qu'ils renient Dieu, dépouiller la veuve et l'orphelin, ne compter ni rentes, ni dettes ; entretenir des poètes à condition qu'ils chantent le délire des sens, des peintres capables de retenir les mouvements de la volupté, des ingénieurs pour les plaisirs d'un tremblement de terre sur commande, des chimistes pour essayer des poisons lents et foudroyants ; fonder quelques maisons d'éducation pour y recruter un sérail d'icoglans et d'odalisques, chasser l'enfant nu, à pied ou à cheval ; offrir des banquets à la populace sur un tréteau pourvu de trappes qui l'engloutissent au dessert ; mais si tout n'est pas possible, faire jouer des spectacles étranges, faire célébrer la messe pour profaner l'hostie, afin de faire venir le diable, et si tout cela est trop ennuyeux à la longue, si l'on s'étonne qu'aucun avertissement visible et clair ne vienne vous arrêter, essayer de se faire peur par un autre moyen, se faire rouer de coups par ses valets. Mais si le monde étonné vous demande des raisons de tout ceci, affirmer que Dieu n'existe pas, mais que par contre Tibère et Néron ont existé, que l'un fit crucifier le Fils de Dieu, que l'autre jeta aux lions ses disciples et que l'immortalité de l'âme étant un leurre, il s'agit de s'immortaliser dans le monde par des crimes plutôt que par des bienfaits, la reconnaissance étant passagère et le ressentiment éternel. Bref, accepter en souriant de passer pour un pourceau d'Épicure ou de l'être ; s'entourer d'une cours de savants et de poètes, d'artistes et d'acteurs, de bourreaux et de sujets propres à tous les caprices du moment. Car le moment est tout plein d'exigences, car le moment est insurmontable....

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 15:12
L'âme humaine sous le régime socialiste (par Oscar Wilde)

Un texte sûrement à la saveur des temps anciens mais qui ne manque néanmoins pas pour autant encore d'attrait en nos funestes jours.... A redécouvrir donc.

Le principal avantage qui résulterait de rétablissement du socialisme serait, à n’en pas douter, que nous serions délivrés par lui de cette sordide nécessité de vivre pour d’autres, qui dans l’état actuel des choses, pèse d’un poids si lourd sur tous presque sans exception. En fait, on ne voit pas qui peut s’y soustraire.

Çà et là, dans le cours du siècle, un grand homme de science, tel que Darwin ; un grand poète, comme Keats ; un subtil critique comme Renan ; un artiste accompli, comme Flaubert, ont su s’isoler, se placer en dehors de la zone où le reste des hommes fait entendre ses clameurs, se tenir à l’abri du mur, que décrit Platon réaliser ainsi la perfection de ce qui était en chacun, avec un avantage incalculable pour eux, à l’avantage infini et éternel du monde entier.

Néanmoins, ce furent des exceptions.

La majorité des hommes gâchent leur existence par un altruisme malsain, exagéré, et en somme, ils le font par nécessité. Ils se voient au milieu d’une hideuse pauvreté, d’une hideuse laideur, d’une hideuse misère. Ils sont fortement impressionnés par tout cela, c’est inévitable.

L’homme est plus profondément agité par ses émotions que par son intelligence, et comme je l’ai montré en détail dans un article que j’ai jadis publié sur la Critique et l’Art, il est bien plus facile de sympathiser avec ce qui souffre, que de sympathiser avec ce qui pense. Par suite, avec des intentions admirables, mais mal dirigées, on se met très sérieusement, très sentimentalement à la besogne de remédier aux maux dont on est témoin. Mais vos remèdes ne sauraient guérir la maladie, ils ne peuvent que la prolonger, on peut même dire que vos remèdes font partie intégrante de la maladie.

Par exemple, on prétend résoudre le problème de la pauvreté, en donnant aux pauvres de quoi vivre, ou bien, d’après une école très avancée, en amusant les pauvres.

Mais par là, on ne résout point la difficulté ; on l’aggrave, le but véritable consiste à s’efforcer de reconstruire la société sur une base telle que la pauvreté soit impossible. Et les vertus altruistes ont vraiment empêché la réalisation de ce plan.

Tout de même que les pires possesseurs d’esclaves étaient ceux qui témoignaient le plus de bonté à leurs esclaves, et empêchaient ainsi d’une part les victimes du système d’en sentir toute l’horreur, et de l’autre les simples spectateurs de la comprendre, ainsi, dans l’état actuel des choses en Angleterre, les gens qui font le plus de mal, sont ceux qui s’évertuent à faire le plus de bien possible. C’est au point qu’à la fin nous avons été témoins de ce spectacle : des hommes qui ont étudié sérieusement le problème, et qui connaissent la vie, des hommes instruits, et qui habitent East-End, en arrivent à supplier le public de mettre un frein à ses impulsions altruistes de charité, de bonté, etc. Et ils le font par ce motif que la Charité dégrade et démoralise. Ils ont parfaitement raison.

La Charité est créatrice d’une multitude de péchés.

Il reste encore à dire ceci : c’est chose immorale que d’employer la propriété privée à soulager les maux affreux que cause la privation de propriété privée ; c’est à la fois immoral et déloyal.

Sous le régime socialiste, il est évident que tout cela changera.

Il n’y aura plus de gens qui habiteront des tanières puantes, seront vêtus de haillons fétides, plus de gens pour procréer des enfants malsains, et émaciés par la faim, au milieu de circonstances impossibles et dans un entourage absolument repoussant.

La sécurité de la société ne sera plus subordonnée, comme elle l’est aujourd’hui, au temps qu’il fait. S’il survient de la gelée, nous n’aurons plus une centaine de mille hommes forcés de chômer, vaguant par les rues dans un état de misère répugnante, geignant auprès des voisins pour en tirer des aumônes ou s’entassant à la porte d’abris dégoûtants pour tâcher d’y trouver une croûte de pain et un logement malpropre pour une nuit. Chacun des membres de la société aura sa part de la prospérité générale et du bonheur social, et s’il survient de la gelée, personne n’en éprouvera d’inconvénient réel.

Et d’autre part, le socialisme en lui-même aura pour grand avantage de conduire à l’individualisme.

Le socialisme, le communisme, — appelez comme vous voudrez le fait de convertir toute propriété privée en propriété publique, de substituer la coopération à la concurrence, — rétablira la société dans son état naturel d’organisme absolument sain, il assurera le bien-être matériel de chaque membre de la société. En fait, il donnera à la vie sa vraie base, le milieu qui lui convient. Mais pour que la vie atteigne son mode le plus élevé de perfection, il faut quelque chose de plus.

Ce qu’il faut, c’est l’individualisme. Si le socialisme est autoritaire, s’il existe des gouvernements armés du pouvoir économique, comme il y en a aujourd’hui qui sont armés du pouvoir politique, en un mot, si nous devons avoir des tyrannies industrielles, alors ce nouvel état de choses sera pire pour l’homme que le premier.

Actuellement, grâce à l’existence de la propriété privée, beaucoup d’hommes sont en état de produire une somme extrêmement restreinte d’individualisme.

Les uns sont soustraits à la nécessité de travailler pour vivre, les autres sont libres de choisir la sphère d’activité où ils se sentent réellement dans leur élément, où ils trouvent leur plaisir : tels sont les poètes, les philosophes, les hommes de science, les hommes cultivés, en un mot les hommes qui sont parvenus à se définir, ceux en qui toute l’humanité réussit à se réaliser partiellement.

D’autre part, il existe bon nombre d’hommes qui, dépourvus de toute propriété personnelle, toujours sur le point de tomber dans l’abîme de la faim, sont contraints à faire des besognes bonnes pour les bêtes de somme, à faire des besognes absolument désagréables pour eux, et la tyrannie de la nécessité, qui donne des ordres, qui ne raisonne pas, les y force. Tels sont les pauvres, et on ne trouve chez eux nulle grâce dans les manières, nul charme dans le langage, rien qui rappelle la civilisation, la culture, la délicatesse dans le plaisir, la joie de vivre.

Leur force collective est d’un grand profit pour l’humanité. Mais ce qu’elle y gagne se réduit au résultat matériel.

Quant à l’individu, s’il est pauvre, il n’a pas la moindre importance. Il fait partie, atome infinitésimal, d’une force qui, bien loin de l’apercevoir, l’écrase, et d’ailleurs préfère le voir écrasé, car cela le rend bien plus obéissant.....

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L'âme humaine sous le régime socialiste (par Oscar Wilde)
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Une Res publica des nations européennes unies et souveraines, libérées des projets mondialiste et impérialiste eschatologiques !

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Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser

Pierre-Joseph Proudhon

Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence

F. Nietzsche

 

 

Friedrich Nietzsche

 

« La véritable Europe est un accord et non l’unisson. Goethe tient pour toutes les variétés et toutes les différences : l’esprit qui interprète la nature ne peut pas se donner une autre règle ni un autre jugement. Il n’est d’Europe que dans une harmonie assez riche pour contenir et résoudre les dissonances. Mais l’accord d’un seul son, fût-ce à des octaves en nombre infini, n’a aucun sens harmonique. Pour faire une Europe, il faut une France, une Allemagne, une Angleterre, une Espagne, une Irlande, une Suisse, une Italie et le reste. »

« Dans Goethe, l’Europe est une mère aux fils innombrables ; par la voix du poète, elle les invite à se reconnaître. Goethe leur ouvre les yeux ; qu’ils consentent enfin à prendre conscience les uns des autres ; qu’ils aient honte de se calomnier et de se haïr. Goethe, puissant Allemand, n’entend pas que l’Europe soit allemande, ni que la France ou la Chine le devienne. Pour que l’Europe soit vraiment elle-même, il faut que l’Allemagne soit le plus allemande et la France le plus française que faire se pourra : moins le mal, ici et là, moins le mépris, la violence et la haine. »

André Suarès

 

Cornélius Castoriadis

 

L'Europe est un projet de civilisation ou elle n'est rien. À ce titre, elle implique une certaine idée de l'homme. Cette idée est à mes yeux celle d'une personne autonome et enracinée, rejetant d'un même mouvement l'individualisme et le collectivisme, l'ethnocentrisme et le libéralisme. L'Europe que j'appelle de mes vœux est donc celle du fédéralisme intégral, seul à même de réaliser de manière dialectique le nécessaire équilibre entre l'autonomie et l'union, l'unité et la diversité. C'est sur de telles bases que l'Europe devrait avoir pour ambition d'être à la fois une puissance souveraine capable de défendre ses intérêts spécifiques, un pôle de régulation de la globalisation dans un monde multipolaire, et un projet original de culture et de civilisation.

Alain de Benoist

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Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

Égalité & Réconciliation

 

« le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ou du ressentiment, mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre. »  George Orwell

 

Recherche

Intro

 

soldat avec groom_Giorgione

 

« Je ne parle pas pour les faibles. Ceux-ci cherchent à obéir et se précipitent partout vers l'esclavage... j'ai trouvé la force là où on ne la cherche pas, dans les simples hommes doux, sans la moindre inclinaison à dominer." Friedrich Nietzsche

 

Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à l'une des idéologies du passé (communisme, fascisme) ou du présent (libéralisme), mais d'une pensée "conservatrice" qu'il devient aujourd'hui nécessaire de redéfinir. Il pourrait ainsi bien émerger d'une redéfinition radicale de l'autonomie individuelle et collective en Europe, et d'une réflexion renouvelée de ce qui fait l'homme, de l'alliance inaliénable de la transcendance et de l'immanence. Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent de cette dialectique à redéfinir, ainsi que dans une éternelle rencontre du passé et du futur, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.

 

"On a pris ainsi longtemps le dessin pour l'ébauche d'une oeuvre qui, une fois achevée, le renvoyait à l'oubli et au néant. On sait que c'est faux : le dessin est déjà toute l'oeuvre, il n'y en a pas d'autre." Jean Baudrillard, Le miroir de la production, note 20 p. 143, 1973

 

Je suis animé du désir vivant et dissident de porter aussi loin que possible le coup du glaive dans le tréfonds de l'ordre moral, peut-être deux fois millénaires, soit ! mais surtout aujourd'hui issu d'une subversion de la pensée européenne multimillénaire nous ayant donné à songer que nous puissions nous prendre pour des dieux. Les Lumières nous ont-elles trahis, ou aurions-nous trahi les Lumières ? Ou n'est-ce la pensée qui se serait trahie elle-même ? Si l'homme ne peut se passer de croyance, au moins a-t-il en cette époque submergée par de vaniteuses certitudes à son propos déposé dans les hauteurs du Royaume Celeste, vidé, la croyance en sa toute puissance. Mais à se croire tout-puissant, l'on en vient par la suite à se nier, à se mépriser, car "on" en oublie jusqu'à notre âme, en oubliant nos racines. Dans notre monde post-moderne, nous ne donnons à la vie que la possibilité de sa propre négation en voulant la protéger d'elle-même par la voie (ou la voix, appauvrie, du langage SMS) des idéalismes et des dogmes attachés aux antiennes de la "sainte" parole ultra-libérale.  


Il s'agit donc de comprendre que nos pensées ne sont pas neutres et que nous ne saurions nous élever sans "prendre le risque" d'avoir la conscience de ce qui fonde les supposées vertus de celles-ci : nos convictions, et ce sur quoi elles sont fondées ! L'émancipation ne peut advenir sans ce courage, cette probité, intellectuelle, sans tomber pour autant dans "l'intellectualisme" et la posture théorique. Réapprendre à penser, réapprendre à se poser et à "voir", à "lire", c'est aussi réapprendre à orienter nos pensées vers l'Être... à ne plus oublier l'Être... donc à ne plus omettre que, en tant qu'hommes, nous sommes éternellement redevables de ce qui nous fonde et nous élève.

 

Car nous sommes détenteurs, et passeurs, de la Tradition (traditio, de tradere : trans - à travers - et dare - donner) pour la continuité et pour l'avenir de laquelle s'érige face à nous, hommes conscients, socialistes conservateurs-révolutionnaires européens, héritiers des mouvements sociaux du passé, l'obligation de repenser le social, et le socialisme (de socius, ensemble, associés) à la Lumière de l'Impératif vital : promouvoir une restructuration organique et holistique, symbiotique, selon un schéma fédératif, des énergies humaines, tant économiques que culturelles et politiques, en France puis en Europe afin de retrouver la pleine puissance et maîtrise de nos agir, notre souveraineté nationale et civilisationnelle !

 

Yohann Sparfell

(partisan du socialisme révolutionnaire européen et de l'eurasisme, catholique enraciné dans sa patrie !)

 

 

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