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21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 13:50
LE CONCEPT DE GUERRE HYBRIDE : ORIGINES, APPLICATION, CONTRE-ACTION (par Léonid Savin)

LE CONCEPT DE GUERRE HYBRIDE : ORIGINES, APPLICATION, CONTRE-ACTION

 

Par Léonid Savin

 

 

Source : https://russtrat.ru/en/reports_/18-october-2021-0131-6652

Via : https://www.geopolitica.ru/en/article/concept-hybrid-warfare-origins-application-counteraction

 

 

Ces dernières années, le cadre conceptuel dans le domaine des conflits modernes a subi des changements importants. De nouveaux concepts et doctrines émergent. Cependant, certains d'entre eux sont transformés d'une manière assez unique. Cela s'applique en particulier à des concepts tels que la "guerre hybride".

 

Ce terme en Russie peut souvent être entendu sur un écran de télévision ou vu dans les journaux ou les publications scientifiques. En règle générale, on dirait que « les États-Unis ou l'OTAN mènent une guerre hybride contre la Russie ». Cependant, aux États-Unis, les pays de l'OTAN et leurs clients, y compris l'Ukraine, disent que « la Russie mène une guerre hybride » et il est donc nécessaire de contrer les "menaces hybrides" croissantes.

 

Il est évident que nous parlons d'une forme spécifique d'actions indirectes qui constituent une menace à la fois pour nous et pour l'autre partie, et l'expression "guerre hybride" est devenue un mème pratique pour exprimer cette réalité. Mais si, à l'ère de la guerre froide d'un monde bipolaire, la dissuasion nucléaire était un effort symétrique entre les deux parties, est-il possible d'assimiler la contre-action actuelle ?

 

Évidemment pas. Car d'un côté, il y a un État avec des opportunités limitées sur la scène internationale, c'est-à-dire la Russie, et de l'autre, un grand groupe de pays et une alliance militaro-politique. Dans le même temps, un certain nombre de pouvoirs de ce groupe sont assez sophistiqués dans toutes sortes d'opérations subversives de la plus large gamme, définies comme la guerre politique, les opérations de contre-insurrection, les opérations spéciales, etc.

 

Il est également clair que récemment la mention de « guerre hybride » a été utilisée par ces pays comme une sorte de stratégie parapluie qui a un caractère politique mondial. Cela est devenu particulièrement visible après que des représentants des pays de l'OTAN et leurs partenaires ont commencé à accuser la Russie après 2014 d'"agression" et d'"actions malveillantes", presque toujours sans aucune preuve.

 

Ainsi, on assiste à une militarisation manifeste des processus politiques et de la diplomatie, qui porte gravement atteinte aux relations internationales et, directement, aux relations bilatérales entre pays, où un certain nombre d'États sont délibérément qualifiés de sujets de guerre hybride, contre laquelle certaines mesures préventives doivent être prises pour protéger et repousser d'éventuelles actions provocatrices.

 

Pour ne pas tomber dans le piège logique et penser selon les clichés occidentaux, il est nécessaire de clarifier le concept de guerre hybride et de retracer son évolution.

 

On sait que ce terme a été utilisé et développé pour la première fois par des officiers du Corps des Marines des forces armées américaines.

 

Robert Walker a défini la guerre hybride comme suit : « … qui se situe dans les interstices entre la guerre spéciale et la guerre conventionnelle. Ce type de guerre possède des caractéristiques à la fois des domaines spéciaux et conventionnels et nécessite une extrême flexibilité afin de faire la transition opérationnelle et tactique entre les arènes spéciales et conventionnelles. [i]

 

Le colonel de la marine américaine Bill Nemeth, dans son article de 2002, utilise ce concept pour analyser le conflit tchétchène en Russie. [ii]

 

Plus tard, le concept de guerre hybride a été mis en avant dans un article conjoint de James Mattis et Frank Hoffman, publié en novembre 2005. [iii] Les deux auteurs étaient des officiers professionnels du Corps des Marines, et James Mattis a ensuite été secrétaire à la Défense de la États Unis. Il s'agissait d'un court texte de plusieurs pages centré sur l'expérience des combats en Afghanistan et en Irak, que les forces américaines avaient envahi quelques années auparavant.

 

Le récit principal traitait de méthodes irrégulières : terrorisme, insurrection, guerre sans restriction, guérilla ou coercition exercée par des groupes de criminels de la drogue exploitant le contrôle perdu d'un État défaillant. Les auteurs rapportent que ces méthodes deviennent de plus en plus à grande échelle et sophistiquées, et qu'elles mettront au défi les intérêts de sécurité des États-Unis dans le monde dans un proche avenir.

 

Plus tard, Frank Hoffman a développé ce concept dans son essai « Conflict in the 21st Century: The Rise of Hybrid Wars », publié en 2007. [iv] L'idée principale de l'auteur était qu'au lieu d'opposants séparés avec des approches fondamentalement différentes (conventionnelles, irrégulier ou terroriste), certains opposants utiliseront toutes les formes de guerre et de tactique, éventuellement simultanément.

 

Dans les documents officiels et les stratégies de l'armée américaine utilisées dans ce travail, le terme « hybride » est mentionné, ainsi qu'une combinaison de tactiques traditionnelles et non traditionnelles comme de technologies simples et complexes.

 

Frank Hoffman a fait valoir que les menaces hybrides incluent la gamme complète des différents modes de guerre, y compris les moyens conventionnels, les tactiques et formations irrégulières, les actes terroristes, y compris la violence et la coercition aveugles, et les troubles criminels. Les guerres hybrides peuvent être menées à la fois par les États et par divers acteurs non étatiques.

 

Deux ans plus tard, dans un article intitulé "Hybrid Warfare and Challenges", Hoffman a noté que "le conflit futur sera multimodal ou multivariable, plutôt qu'une simple caractérisation en noir et blanc d'une seule forme de guerre". [v]

 

Il affirme une "guerre hybride" dans laquelle l'ennemi est susceptible de présenter des menaces combinées ou hybrides uniques ciblant spécifiquement les vulnérabilités américaines. Les menaces hybrides comprennent une gamme complète de modes de guerre, y compris des moyens conventionnels, des tactiques et des formations irrégulières, des actes terroristes qui consistent en la violence et la coercition aveugles et des émeutes criminelles.

 

Ces activités multimodales peuvent être menées par des sous-unités distinctes ou même par la même sous-unité, mais sont généralement dirigées et coordonnées de manière opérationnelle et tactique au sein de l'espace de combat principal pour obtenir un effet synergique dans les dimensions physiques et psychologiques du conflit. L'effet peut être obtenu à tous les niveaux de la guerre.

 

La chose la plus importante - le dernier mot de cette phrase - est la guerre. Ainsi, la détection précoce des menaces hybrides est liée à l'espace de combat, ainsi qu'aux méthodes et moyens militaires.

 

Le commandement des forces interarmées des États-Unis a adopté le concept de menaces hybrides en 2009 et a souligné qu'elles incluent tout ennemi qui utilise simultanément et de manière adaptative une combinaison spécialement sélectionnée de moyens ou d'actions conventionnels, irréguliers, terroristes et criminels dans l'espace de combat opérationnel. Au lieu d'une entité unique, une menace ou un adversaire hybride peut consister en une combinaison d'acteurs étatiques et non étatiques. [v]

 

Plus tard en 2014, après le retour de la Crimée à la Russie, Hoffman a écrit que « tout ennemi qui utilise simultanément une combinaison spécialement conçue d'armes conventionnelles, de tactiques irrégulières, de terrorisme et de comportement criminel en même temps et dans le même espace de combat pour atteindre son objectif politique", et a noté que les menaces hybrides sont une conception développée par le Corps des Marines il y a une décennie. [vii]

 

D'autres géostratèges modernes, tels que Colin Gray, Max Booth et John McQueen, souscrivent à la formulation de Hoffman selon laquelle à l'avenir le conflit sera plus diversifié ou multivarié qu'un type standard de guerre en noir et blanc. [viii]

 

En 2015, l'armée américaine a publié des directives pour organiser une structure puissante pour contrer les menaces hybrides. Ce document appartient à la catégorie des chartes de terrain. [ix]

 

Il fournit une définition claire des menaces hybrides et comment y faire face. Il mentionne également l'agression de la Russie et de la Géorgie en 2008, où une interprétation spécifique des événements est donnée. Il est dit qu'« une menace hybride est une combinaison diversifiée et dynamique de forces régulières, de forces irrégulières et/ou d'éléments criminels combinés pour obtenir des résultats mutuellement bénéfiques. »

 

Les menaces hybrides sont innovantes, adaptatives, connectées à l'échelle mondiale, en réseau et intégrées dans le fouillis des populations locales. Ils peuvent disposer d'un large éventail de technologies anciennes, adaptées et avancées, y compris la capacité de créer des armes de destruction massive.

 

Ils peuvent opérer de manière conventionnelle et non conventionnelle, en utilisant des combinaisons adaptatives et asymétriques de tactiques traditionnelles, irrégulières et criminelles, et en exploitant les capacités militaires traditionnelles de manière ancienne et nouvelle.

 

Les menaces hybrides cherchent à saturer l'ensemble de l'environnement opérationnel avec des effets qui soutiennent leur plan d'action et forcent leurs adversaires à réagir dans de multiples domaines d'activité. Une simple attaque militaire peut ne pas être suffisamment sophistiquée pour étirer les ressources, réduire le renseignement et limiter la liberté de manœuvre.

 

Au lieu de cela, les menaces hybrides peuvent simultanément créer une instabilité économique, contribuer à un manque de confiance dans la gouvernance existante, attaquer les réseaux d'information, fournir des messages fascinants qui correspondent à leurs objectifs, provoquer des crises humanitaires d'origine humaine et menacer physiquement des adversaires. Des actions synchronisées et synergiques de menaces hybrides peuvent avoir lieu dans les domaines de l'information, social, politique, infrastructurel, économique et militaire."

 

Un autre document de doctrine TRADOC G-2 définit la guerre hybride comme « l'utilisation de moyens politiques, sociaux, criminels et d'autres moyens non cinétiques utilisés pour surmonter les contraintes militaires ». [x]

 

Dans le document « Joint Operating Environment 2035. The Joint Force in a Contested and Disordered World », publié en 2016, est utilisé le concept de « stratagèmes hybrides étatiques ».

 

Il dit qu'« un certain nombre d'États révisionnistes utiliseront une gamme d'activités coercitives pour faire avancer leurs intérêts nationaux grâce à des combinaisons d'approches directes et indirectes conçues pour ralentir, détourner et émousser les réponses réussies des États ciblés. Ces stratagèmes hybrides seront conçus pour diffuser confusion et chaos tout en évitant simultanément l'attribution et potentiellement la rétribution". [xi]

 

Il dit qu'"un mélange hybride de dissuasion conventionnelle et de guerre par procuration mettra au défi la capacité de la Force interarmées à intervenir avec succès pour soutenir les alliés et les partenaires ciblés par les puissances révisionnistes voisines. Les attributs fondamentaux des stratagèmes hybrides étatiques seront" caractérisés par la convergence [des] moyens physiques et psychologiques, cinétiques et non cinétiques, combattants et non combattants… » et une fusion opérationnelle des approches conventionnelles et irrégulières.

 

Il est probable que la Russie continuera à utiliser la menace de la puissance militaire pour protéger les intérêts régionaux et promouvoir l'impression qu'elle est toujours une grande puissance. L'Iran continuera à développer et à tirer parti des mandataires et des partenaires régionaux. Pendant ce temps, la Chine pourrait développer un stratagème maritime plus dynamique et adaptatif dans le but d'imposer des résultats irréversibles aux différends insulaires dans les mers de Chine orientale et méridionale ».

 

Ainsi, nous assistons à la mondialisation de la guerre hybride, dont les attributs sont automatiquement attribués aux États définis comme des menaces dans les documents stratégiques américains. Mais la Russie est particulièrement présente dans les documents analytiques et la rhétorique politique des représentants des pays de l'OTAN.

 

Une monographie publiée par RAND Corporation en 2017 sur le thème de la guerre hybride dans la région de la Baltique s'est concentrée sur les actions actuelles et possibles de la Russie. Il a été noté que :

 

"Le terme guerre hybride n'a pas de définition cohérente <ces moyens d’action> sont mieux décrits comme des activités secrètes ou niables, soutenues par des forces conventionnelles ou nucléaires, pour influencer la politique intérieure des pays cibles. Je divise l'agression russe potentielle dans les pays baltes en trois catégories distinctes de scénarios : subversion non-violente, actions violentes secrètes et guerre conventionnelle soutenue par la subversion politique.

 

Compte tenu des gains de niveau de vie et de l'intégration croissante de nombreux russophones dans les pays baltes, la Russie aura probablement des difficultés à utiliser des tactiques non-violentes pour déstabiliser ces pays. Il est également peu probable que les actions violentes russes secrètes réussissent à elles seules, compte tenu des préparatifs des forces de sécurité estoniennes et lettones…

 

La principale vulnérabilité des pays baltes réside donc dans la supériorité conventionnelle locale de la Russie. Une incursion russe conventionnelle à grande échelle dans les pays baltes, légitimée et soutenue par la subversion politique, submergerait rapidement les forces de l'OTAN actuellement postées dans la région ». [xii]

 

C'est-à-dire que les auteurs occidentaux essaient de faire passer l'étiquetage de la Russie comme une évidence. Il y a aussi une tentative dans les cercles militaires et politiques occidentaux d'évaluer la guerre hybride en termes géopolitiques, souvent en référence à d'autres concepts.

 

Amos Fox note que « la guerre hybride a un pied dans le passé, avec sa capacité à mener une guerre conventionnelle, et elle a un pied dans l'avenir. La guerre hybride est une approche pangouvernementale de la guerre qui cherche à intégrer tous les instruments du pouvoir national à travers des campagnes dans lesquelles la distance entre les niveaux de guerre stratégique et tactique est condensée au point que le niveau opérationnel de la guerre est extrêmement mince. [xiii]

 

Cependant, en 2017, le terme « guerre hybride » n'était pas encore pleinement établi, tout comme l'attribution à la Russie de l'utilisation de méthodes de guerre hybrides. À cet égard, la discussion au sein du Sous-comité sur les menaces et les capacités émergentes du Comité sur les services armés de la Chambre des représentants des États-Unis est indicative. Le 15 mars 2017, le membre du Congrès Trent Franks de l'Arizona a posé une question :

 

« Pour combattre la guerre hybride russe, avons-nous simplement besoin de garer des équipes de combat de brigades blindées en Europe de l'Est sans améliorer nos cyber-capacités ni renforcer nos moyens spatiaux, afin de dissuader la Russie, ou devons-nous en quelque sorte déployer un effort miroir pour être capable de les engager et de s'opposer à eux à chaque étape de leur guerre hybride ?"

 

Thomas Timothy, analyste principal au Bureau des études militaires étrangères du ministère de la Défense, a répondu : « Monsieur le représentant du Congrès, tout d'abord, ce n'est que mon opinion personnelle. Je ne pense pas que la Russie fasse une guerre hybride. Je sais que beaucoup de gens pensent qu’ils la font." [xiv]

 

Il a poursuivi en expliquant que la Russie construisait sa force militaire parce qu'elle ressentait une menace existentielle de la part des États-Unis et de l'OTAN, la même chose que les États baltes ont probablement ressentie de la part de la Russie lorsqu'ils ont vu une réorganisation militaire près de leurs frontières.

 

Nous considérons que cette évaluation est tout à fait adéquate, mais, malheureusement, de telles conclusions ne sont pas communes à tous les experts militaires et politiciens qui prennent des décisions aux États-Unis.

 

Cependant, on assiste alors à une réévaluation du concept et de son application au niveau des relations internationales. Et la Russie commence de plus en plus à apparaître comme un sujet permanent de guerre hybride.

 

En février 2018, le sénateur Reid, s'adressant au Congrès américain, a déclaré que « l'utilisation par le Kremlin d'une influence financière malveillante est délicate et fait partie d'une opération coordonnée d'agression hybride par le Kremlin utilisant un large éventail d'outils militaires et non militaires à sa disposition.

 

La Russie reconnaît que ses capacités militaires sont actuellement limitées par rapport à celles des États-Unis et de l'OTAN, et elle cherchera à éviter un conflit militaire direct avec l'Occident. Au lieu de cela, la Russie utilise des tactiques qui exploitent ses forces et ciblent nos vulnérabilités systématiques. » [xv]

 

L'OTAN a également accordé une attention particulière aux menaces hybrides. Le concept Capstone, datant de 2010, a été utilisé par l'OTAN dans son document « Countering the Hybrid Threat ». Ce document définit les menaces hybrides comme des menaces qui « proviennent d'adversaires capables d'utiliser simultanément de manière adaptative des moyens conventionnels et non traditionnels pour atteindre leurs objectifs ». [xvi]

 

L'OTAN a officiellement commencé à utiliser la définition de « guerre hybride » en relation avec la Russie après le coup d'État en Ukraine en 2014. L'article de revue de l'OTAN indique que « les conflits hybrides impliquent des efforts à plusieurs niveaux conçus pour déstabiliser un État qui fonctionne et polariser sa société ». [xvii]

 

Une publication de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN de 2015 a défini les menaces hybrides comme « l'utilisation de tactiques asymétriques pour identifier et exploiter les faiblesses internes par des moyens non militaires, appuyées par la menace d'utiliser des moyens militaires conventionnels ».[xviii]

 

En décembre 2015, l'OTAN a adopté une stratégie de guerre hybride qui définissait la manière dont elle allait faire face aux menaces hybrides. En avril 2017, plusieurs membres européens des alliés de l'OTAN ont officiellement convenu de créer un centre d'excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides à Helsinki.

 

Patrick Cullen, dans un article publié par ce centre, a noté que « les menaces hybrides sont conçues pour brouiller la distinction entre la paix et la guerre, ainsi que pour compliquer et tomber en deçà des seuils de détection et de réponse de la cible. Les problèmes pervers créés par les menaces hybrides nécessitent de nouvelles solutions d'alerte précoce". [xix]

 

Le Centre d'excellence pour la lutte contre les menaces hybrides basé à Helsinki décrit une menace hybride comme « coordonnée et synchronisée et ciblant délibérément les vulnérabilités des États et des institutions démocratiques. Les activités peuvent avoir lieu, par exemple, dans les domaines politique, économique, militaire, civil ou des domaines de l'information.

 

Elles sont conduites à l'aide d'un large éventail de moyens et conçues pour rester en deçà du seuil de détection et d'attribution. <…> l'objectif est de saper ou de nuire à une cible en influençant sa prise de décision au niveau local, régional, étatique ou institutionnel <…> L'utilisation de différents intermédiaires - ou acteurs mandataires - soutient la réalisation de ces objectifs. » [xx]

 

Début 2017, une nouvelle Division conjointe du renseignement et de la sécurité (JISD) a été créée au sein de l'OTAN. La publication de l'OTAN a noté qu'il s'agissait de « la réforme la plus importante de l'histoire du renseignement Allié. » [xxi] La nouvelle structure comprend 270 personnes de divers pays de l'OTAN.

 

En juillet 2017, JISD a créé une nouvelle division pour l'analyse hybride. Son mandat est d'analyser l'ensemble des actions hybrides basées sur des sources militaires et civiles, classifiées et ouvertes. L'OTAN a tenté de développer une approche holistique, incluant la cybersécurité.

 

Les représentants de la nouvelle structure ont noté que, « sur le modèle des équipes consultatives déjà existantes pour la résilience ou la protection des infrastructures critiques, une équipe de soutien contre-hybride (CHST) pourrait être déployée à court terme auprès d'un allié demandant le soutien de l'OTAN, soit en cas de crise, soit pour aider dans le renforcement des capacités nationales contre-hybride. Ces équipes se composent d'experts civils choisis parmi un pool d'experts de l'OTAN ainsi que de spécialistes nommés par les Alliés ». [xxii]

 

En novembre 2019, le premier CHST a été déployé au Monténégro. Sur demande, des groupes consultatifs militaires peuvent également être inclus dans le TCSPS, offrant ainsi des consultations complètes entre les civils et les militaires. Ces mesures démontrent que l'OTAN élabore des options pour une réponse inférieure au seuil de l'article 5 (Défense collective) du Traité de Washington.

 

Aujourd'hui encore, le thème des menaces hybrides est l'un des principaux sujets à l'ordre du jour de l'OTAN. Par exemple, parmi les six questions clés préparées pour le sommet de l'OTAN en juin 2021, deux d'entre elles concernaient le thème des menaces hybrides :

 

« Dissuader l'agression russe en Europe, y compris l'utilisation par la Russie de tactiques de guerre cyber et hybride ; Renforcer la résilience des États membres pour répondre aux menaces et aux crises de sécurité non militaires, y compris les menaces hybrides et cyber, les pandémies et le changement climatique. » [xxiii]

 

Il est possible de dire qu'à l'heure actuelle, il existe une forte conviction en Occident que la Russie essaie de toutes les manières possibles de nuire à la communauté euro-atlantique dans son ensemble et séparément, il est donc nécessaire de la contrer dans divers domaines et situations.

 

De telles actions, lorsque des spécialistes civils et militaires des pays de l'OTAN conçoivent des fantômes fictifs et créent une sorte de mesures d'impact contre eux, sont un signe clair de paranoïa politique, comme celle qui fut aux États-Unis dans les années 50 et 80 à propos de la propagation du communisme. L'opposition déclarée n'est rien de plus qu'une couverture pour manipuler l'opinion publique et leur propre activité agressive, qui viole souvent les normes du droit international.

 

Le mot « hybride » est utilisé pour toute activité en Russie ou dans les campagnes russes. Par exemple, l'interaction de Rosatom avec des partenaires étrangers n'est pour eux qu'une « activité hybride ». [xxiv] S'il y a des problèmes dans la politique intérieure de la Géorgie, alors « la Russie profite de cette politique étrangère et de sécurité sporadique et non guidée pour mener une guerre hybride et accroître son influence en Géorgie ». [xxv]

 

Même la provocation de longue date des dirigeants estoniens avec le démantèlement du monument dédié au Soldat inconnu à Tallinn est déjà présentée par les auteurs occidentaux comme une méthode de conflits hybrides derrière laquelle la Russie se tient. [xxvi]

 

Mais le problème est que toute action de la Russie, qu'elle renforce sa capacité de défense, adopte des lois nationales ou soutienne ses compatriotes à l'étranger et son activité économique internationale, sera perçue et déclarée comme une menace hybride ou une activité correspondante.

 

La crise de confiance du public dans sa propre élite dirigeante encourage également l'Occident à utiliser l'épouvantail des guerres hybrides pour détourner l'attention de nombreux problèmes internes vers un ennemi externe désigné et exclure tout scénario alternatif de développement économique et politique dans sa société.

 

Comment la Russie devrait-elle agir dans ce cas ? Doit-on utiliser les mêmes outils que les États-Unis et l'OTAN utilisent contre la Russie, qualifiant de nombreuses provocations et tentatives de pression de signes de guerre hybride ?

 

Bien sûr, la position officielle de la Russie n'est pas en accord avec les tentatives de nous qualifier d'acteur de guerre hybride sous quelque prétexte que ce soit. On peut rappeler ici l'apparition en Occident de la soi-disant « doctrine Gerasimov », bien qu'en fait elle n'existe pas. Ce concept a été délibérément inventé par des experts de l'OTAN sur la base d'une analyse des publications du chef d'état-major général des forces armées russes afin d'effrayer leurs habitants et d'avoir une raison de poursuivre la mise en œuvre de leurs plans. C'est la même chose avec la guerre hybride.

 

Il existe de nombreuses menaces complexes dans le monde que l'on peut qualifier d'hybrides et dont souffrent l'État et la société russes. Mais malgré les propositions des dirigeants russes de lutter ensemble contre ces menaces, les pays de l'OTAN préfèrent créer leurs propres mythes et agir dans l'esprit de la guerre froide.

 

Quant aux réponses possibles à ces provocations, tout d'abord, nous devons comprendre que toute mesure dure provoquera une réaction appropriée et fournira à l'Occident des justifications pour de nouvelles accusations. À tout le moins, cela provoquera une spirale d'escalade.

 

Pour éviter toute confusion, il est même souhaitable d'introduire une classification différente des méthodes occidentales, par exemple la guerre par d'autres moyens. De plus, les politiciens et experts occidentaux eux-mêmes ont longtemps utilisé ce terme en relation avec leur propre stratégie géopolitique. [xxvii]

 

Deuxièmement, il faut essayer d'entrer dans l'esprit de l'ennemi pour comprendre le cours de sa pensée, y trouver des faiblesses et des contradictions, et après avoir soigneusement analysé cela, le présenter au grand public à l'étranger. Troisièmement, continuer à renforcer sa souveraineté et son efficacité politique en montrant à ses partenaires et alliés (ainsi qu'aux pays neutres) les avantages de la coopération avec la Russie.

 

Quatrièmement, les efforts conjoints par le biais de l'OTSC, de l'OCS et de l'EAEU devraient tenir compte des réalités de la confrontation avec l'Occident non seulement en termes de confrontation militaire et politique, mais aussi de la portée plus large des processus géopolitiques, des activités commerciales et économiques aux activités scientifiques. la recherche et le niveau des récits. Il est souhaitable de créer et de soutenir des centres analytiques et indépendants appropriés qui traitent de cette question, échangent leurs expériences et surveillent en permanence les activités des opposants occidentaux.

 

Cinquièmement, en aucun cas se permettre la faiblesse et faire des compromis avec l'Occident sur des questions de principe, y compris les valeurs et les intérêts nationaux. Cette position se reflète à la fois dans les documents stratégiques actuels de la Russie et dans le dernier message du président Vladimir Poutine.

 

 

Notes :

 

[i] Walker, Robert G. Spec Fi: The United States Marines Corps and Special Operations, Master's Thesis, Monterey, CA, Naval Post Graduate School, December 1998, p.4-5.

[ii] Nemeth, W. Future war and Chechnya: a case for hybrid warfare, Naval Postgraduate School, Monterey, Master Thesis, 2002

[iii] Mattis, James N., Hoffman, Frank. Future Warfare: The Rise of Hybrid Wars // Proceedings Magazine, November 2005 Vol. 132/11/1, p. 233.

[iv] Hoffman, Frank G. Conflict in the 21st century: The rise of hybrid wars. Arlington, VA: Potomac Institute for Policy Studies, 2007.

[v] Hoffman, Frank G. Hybrid Warfare and Challenges // JFQ, issue 52, 1st quarter 2009. p. 35.

[vi] Russell W. Glenn, Evolution and Conflict: Summary of the 2008 Israel Defence Forces-U.S. Joint Forces Command “Hybrid Threat Seminar War Game,” Santa Monica, CA: RAND, 2009.

[vii] Hoffman, Frank. On Not-So-New Warfare: Political Warfare vs. Hybrid Threats // War on the Rocks, July 28, 2014.

[viii] Savin L.V. Network threats to national and international security: strategy, tactics, hybrid actors and technologies // Economic Strategies No. 2, 2014. http://www.inesnet.ru/article/setevye-ugrozy-nacionalnoj-i-mezhdunarodnoj-bezopasnosti-strategiya-taktika-gibridnye-aktory-i-texnologii/

[ix] Hybrid Threat Force Structure Organisation Guide. FM 7-100.4. Headquarters Department of the Army Washington, DC, 4 June 2015.

[x] TRADOC G-2, Threat Tactics Report Compendium: ISIL, North Korea, Russia, and China (Fort Leavenworth, KS: TRADOC G-2 ACE Threat Integration, 2015), 94.

[xi] Joint Operating Environment 2035. The Joint Force in a Contested and Disordered World. 14 July 2016. Р.6. https://fas.org/man/eprint/joe2035.pdf

[xii] Andrew Radin. Hybrid Warfare in the Baltics. Threats and Potential Responses, RAND Corporation, Santa Monica, 2017.

[xiii] Amos C. Fox. Hybrid Warfare: The 21st Century Russian Way of Warfare. School of Advanced Military Studies, United States Army Command and General Staff College. Fort Leavenworth, Kansas. 2017. Р. 5.

[xiv] Crafting an Information Warfare and Counter-Propaganda Strategy for the Emerging Security Environment. Hearing before the Subcommittee on Emerging Threats and Capabilities of the Committee on Armed Service House of Representatives One Hundred Fifteenth Congress First Session. March 15, 2017. Р. 20. https://fas.org/irp/congress/2017_hr/counter-prop.pdf

[xv] Congressional Record Volume 164, Number 36 (Wednesday, February 28, 2018) https://fas.org/irp/congress/2018_cr/022818-reed.html

[xvi] NATO – Supreme Allied Commander Transformation Headquarters, ‘Military Contribution to Countering Hybrid Threats Capstone Concept’.

[xvii] Pindjak, Peter. Deterring Hybrid Warfare: A Chance for NATO and the EU to Work Together? // NATO Review, 2014.

[xviii] NATO Parliamentary Assembly Defence and Security Committee, “Hybrid Warfare: NATO’s NewStrategic Challenge?” Draft Report, April 7, 2015. p. 3.

[xix] Cullen, Patrick. Hybrid threats as a new ‘wicked problem’ for early warning. Strategic Analysis, May 2018. https://www.hybridcoe.fi/wp-content/uploads/2018/06/Strategic-Analysis-2018-5-Cullen.pdf

[xx] https://www.hybridcoe.fi/hybrid-threats/

[xxi] Arndt Freytag von Loringhoven. Adapting NATO intelligence in support of “One NATO”. 08 September 2017. https://www.nato.int/docu/review/articles/2017/09/08/adapting-nato-intelligence-in-support-of-one-nato/index.html

[xxii] Michael Ruhle, Clare Roberts. Enlarging NATO’s toolbox to counter hybrid threats. 19 March 2021. https://www.nato.int/docu/review/articles/2021/03/19/enlarging-natos-toolbox-to-counter-hybrid-threats/index.html

[xxiii] NATO: Key Issues for the 117th Congress. Congressional Research Service. March 3, 2021.

[xxiv] Hybrid Atoms: Rosatom in Europe and Nuclear Energy in Belarus. March 11, 2021. https://icds.ee/en/hybrid-atoms-rosatom-in-europe-and-nuclear-energy-in-belarus/

[xxv] Shota Gvineria. Russia Wages Hybrid Warfare and Increases Its Influence in Polarised Georgia. FEBRUARY 22, 2021 https://icds.ee/en/russia-wages-hybrid-warfare-and-increases-its-influence-in-polarised-georgia/

[xxvi] Juurvee, Ivo, and Mariita Mattiisen. The Bronze Soldier Crisis of 2007: Revisiting an Early Case of Hybrid Conflict. Tallinn: International Centre for Defence and Security, August 2020.

[xxvii] For example, see Blackville R., Harris J. War by other means. Geo-economics and the Art of state management. Moscow: AST, 2017.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
29 octobre 2021 5 29 /10 /octobre /2021 19:51
Avec son projet d'unir l'Eurasie d'un océan à l'autre, la Russie parie que l'époque de la suprématie économique totale des États-Unis touche à sa fin (par Glenn Diesen)
Avec son projet d'unir l'Eurasie d'un océan à l'autre, la Russie parie que l'époque de la suprématie économique totale des États-Unis touche à sa fin



 

Source : https://www.rt.com/russia/534126-unite-eurasia-us-supremacy-end/


 

Par Glenn Diesen, professeur à l'Université de Norvège du Sud-Est et rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs. Suivez-le sur Twitter @glenn_diesen


 

Le centre du monde bouge. Alors qu'il était autrefois établi quelque part dans l'Atlantique, en équilibre entre l'Europe et les États-Unis, il se déplace maintenant vers l'est. Avec l'essor de l'Asie, la Russie planifie désormais son rôle au cœur de deux continents.

L’annuel Forum Économique de l'Est, qui s'est tenu à Vladivostok, vient de se terminer. Se concentrant sur le développement de l'Extrême-Orient russe et sur le renforcement de l'interconnectivité entre la Russie et l'Asie, il est devenu une arène clé pour la promotion du Partenariat russe pour la Grande Eurasie.


 

Le Partenariat est une initiative relativement nouvelle. Depuis le concept de l'ancien Premier ministre soviétique Mikhaïl Gorbatchev d'une maison européenne commune, la Russie a poursuivi l'objectif de créer une Europe inclusive sans clivages. Les aspirations à la Grande Europe ont pris fin officieusement en 2014 avec le « Maïdan » soutenu par l'Occident, qui a renversé un gouvernement démocratiquement élu en Ukraine et a confirmé que Moscou n'aurait pas sa place dans la nouvelle Europe. Au lieu de cela, elle serait organisé uniquement autour de l'UE et de l'OTAN. La Russie a depuis abandonné les politiques étrangères centrées sur l'occident qu'elle avait poursuivies au cours des 300 dernières années, depuis que Pierre le Grand a tenté pour la première fois de « renvoyer » la Russie en Europe.


 

Le Grand partenariat eurasien est considéré comme une stratégie plus réalisable, dans laquelle le partenariat avec la Chine vise à améliorer la connectivité économique pour intégrer l'Europe et l'Asie en un seul grand continent uni. C'est une stratégie attrayante pour la Russie, car elle se trouve à la double périphérie du développement économique en Europe et en Asie, tandis que le concept d'Eurasie permet à Moscou de se positionner à l'épicentre à la fois de l'Est et de l'Ouest.


 

200 ans de géoéconomie

L'objectif du Grand partenariat eurasien est de développer une infrastructure géoéconomique qui soutient un système politique multipolaire, remplaçant le format de mondialisation en déclin centré sur les États-Unis des décennies précédentes.


 

La géoéconomie peut être utilisée soit pour la domination et l'hégémonie, pour créer un système de « souverains inégaux », soit pour établir un système multipolaire de « souverains égaux ». Dans tous les cas, le pouvoir géoéconomique implique la capacité de fausser la symétrie de la dépendance. En termes simples, lorsqu'une partie est plus dépendante que l'autre, l'État le moins dépendant et le plus puissant peut obtenir des concessions et du pouvoir politique.


 

La géoéconomie peut être organisée en trois piliers : les industries stratégiques, les corridors de transport et les instruments financiers. Les efforts pour lier l'édification d'une nation à l'industrialisation au XIXe siècle présentent des similitudes frappantes avec la géoéconomie de l'édification de régions au XXIe siècle. La Grande-Bretagne a imposé son hégémonie sur le monde au XIXe siècle en dominant ces trois piliers économiques : une industrie manufacturière de premier plan, la domination des mers et des corridors maritimes clés, et le contrôle des principales banques et devises commerciales.


 

Pour réduire leur dépendance économique asymétrique excessive vis-à-vis de la Grande-Bretagne et son influence politique intrusive qui en a résulté, les États-Unis ont cherché à créer un système d'égaux souverains. La solution était le système américain à trois piliers : une industrie manufacturière nationale, des chemins de fer/des ports et une banque nationale. Les Français et les Allemands ont adopté des politiques économiques similaires pour améliorer la symétrie des relations et ainsi remplacer l'hégémonie britannique par un système plus équilibré.


 

Vers la fin du XIXe siècle, la Russie a finalement adopté la même structure économique à trois piliers : une politique industrielle formidable pour développer des industries stratégiques nationales, et une abondance de transport ferroviaire (y compris le chemin de fer transsibérien) pour relier son vaste territoire et connecter l'Europe avec l'Asie, et elle s'est efforcée d'accroître son autonomie financière. Vers la fin du siècle, elle s'était transformée en l'une des économies à la croissance la plus rapide au monde.


 

L'objectif du Partenariat pour la Grande Eurasie

Les États-Unis ont remplacé la position de la Grande-Bretagne en tant qu'hégémonie et avaient, jusqu'à récemment, joui d'une domination incontestée sur le système économique international en contrôlant les principales industries numériques de haute technologie et le flux des ressources naturelles, les mers du monde et les principaux couloirs de transport, tandis qu’ils hébergeaient les principales banques et consolidaient le dollar américain en tant que principale devise commerciale/de réserve au monde. Cette interdépendance économique asymétrique a entraîné l'imposition d'un centre de pouvoir et d'un ensemble de valeurs culturelles au reste du monde.


 

Il existe une tendance naturelle à équilibrer une hégémonie pour restaurer l'égalité souveraine. Même les alliés des États-Unis cherchent à établir une autonomie stratégique. À titre d'exemple, l'UE s'efforce en grande partie d'établir un partenariat plus égal avec les États-Unis en poursuivant des politiques industrielles communes, en sécurisant des corridors de transport et des pipelines énergétiques favorables, et en établissant une banque de développement de l'UE et l'euro comme monnaie mondiale.


 

Les États-Unis ont accepté l'essor géoéconomique de l'UE dans la mesure où ils poursuivent l'hégémonie collective occidentale sous la direction de Washington. Cependant, la même acceptation n'est pas étendue aux puissances rivales telles que la Chine ou la Russie. La stratégie des États-Unis pour maintenir leur position dominante est la même que la stratégie des Britanniques avant eux - maintenir les divisions sur le continent européen et eurasien pour empêcher l'émergence de tout État ou ensemble d'États pouvant contester sa primauté.

 

Cependant, à mesure que le pouvoir relatif des États-Unis diminue, il devient de plus en plus difficile pour eux d'agir en tant qu'« hégémon bénin » sans abuser de leur rôle administratif central dans l'économie internationale. Il utilise de plus en plus son contrôle sur les industries numériques de haute technologie, les couloirs de transport, les banques et le dollar pour sanctionner et affaiblir ses adversaires. Plus récemment, il a démontré sa volonté de contraindre également la loyauté géoéconomique des alliés qui osent acheter du gaz ou des systèmes d'armes russes, de la 5G chinoise et d'autres produits numériques, ou commercer avec l'Iran ou d'autres adversaires américains.

 

 

Prospérité et paix

Le Grand Partenariat eurasien vise à faciliter la réorganisation naturelle du système économique international alors que l'ère de la primauté mondiale des États-Unis touche à sa fin. La décentralisation loin d'un système axé sur les États-Unis sera réalisée grâce à une connectivité économique à travers la Grande Eurasie, en diversifiant et créant des poches d'autonomie stratégique nationale pour éviter une dépendance excessive à l'égard d'un seul État.

 

Dans un système multipolaire, il existe un mécanisme d'équilibrage contre les États qui utilisent la dépendance économique asymétrique comme outil d'influence politique injustifiée, ou comme arme. Ainsi, tant les adversaires que les alliés recherchent une autonomie stratégique face à des États-Unis de plus en plus coercitifs.

 

De même, si Pékin utilise la dépendance économique d'autres États pour intimider ou obtenir des concessions politiques excessives, alors il existe une multitude d'autres centres de pouvoir qui réduiront leur dépendance à l'égard de la Chine. Ce mécanisme suggère que la Chine sera incitée à être le « premier parmi ses pairs », par opposition à la recherche de la domination et de l'hégémonie.

 

Elle poursuit une initiative géoéconomique à trois piliers en développant un leadership technologique via son plan Chine 2025, de nouveaux corridors de transport via son initiative Belt and Road de mille milliards de dollars, et en établissant de nouveaux instruments financiers tels que les banques, les systèmes de paiement et l'internationalisation du yuan. La Russie poursuit également la souveraineté technologique, à la fois dans la sphère numérique et au-delà, ainsi que de nouveaux corridors de transport tels que la route maritime du Nord à travers l'Arctique et, principalement, de nouveaux instruments financiers.

 

Ce sur quoi le Partenariat pour la Grande Eurasie devrait donc se concentrer, c'est la coopération et l'intégration des plateformes géoéconomiques nationales et d'autres formats encourageant l'intégration eurasienne. Par exemple, l'initiative chinoise "la Ceinture et la Route" est harmonisée avec l'Union économique eurasienne dirigée par Moscou sous le patronage de l'Organisation de coopération de Shanghai. L'Inde, la Corée du Sud, le Kazakhstan, la Turquie, l'Iran et divers autres États ont leurs propres initiatives d'intégration eurasienne distinctes qui pourraient être adaptées et harmonisées sous le concept d'une Grande Eurasie multipolaire d'égaux souverains.

 

 

Une place pour l'Europe ?

L'UE a également été invitée à participer au Grand partenariat eurasien afin de mettre fin aux formats à somme nulle en Europe qui ont alimenté les tensions avec la Russie dans le passé. Alors que les intérêts économiques de l'Europe se déplacent progressivement vers l'est, l'Europe se retrouve entre la région transatlantique et la Grande Eurasie.

 

Dans mon récent livre « L'Europe en tant que péninsule occidentale de la Grande Eurasie : les régions géoéconomiques dans un monde multipolaire », j'explore les risques, les opportunités et les dilemmes pour l'UE. La question est maintenant de savoir si ses dirigeants réaliseront à quelle vitesse le monde évolue et profiteront de ces opportunités.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 19:44
Les USA nous ciblent tous, l'Alliance eurasienne doit être renforcée (interview Leonid Savin)

Les USA nous ciblent tous, l'Alliance eurasienne doit être renforcée

 

 

 

Source : https://theradicaloutlook.com/us-must-accept-the-rise-of-the-multipolar-world-order/

 

 

Le journaliste avocat Ali Göçmen a accordé une interview exclusive à un homme politique et écrivain russe Leonid Savin* pour Aydınlık. Savin a fait des déclarations remarquables sur la question afghane et l'effondrement de l'hégémonie de l'Atlantisme, l'ordre multipolaire, l'eurasisme et les relations turco-russes.

 

 

Au cours de la dernière décennie, le rapprochement croissant entre la Turquie et la Russie a suscité un vaste débat sur l'émergence d'un monde multipolaire dans les médias grand public occidentaux. Ainsi, afin de comprendre en profondeur la dynamique du débat en cours, le célèbre avocat et journaliste turc Ali Göçmen a interviewé l'expert politique russe et chef adjoint du Mouvement Eurasiste International, le Dr Leonid Savin.

 

 

 

Ali Göçmen : Bonjour Monsieur Savin, tout d'abord, je voudrais commencer par une question sur les développements en Afghanistan. S'exprimant devant le Congrès américain le 7 novembre 2007, le nouveau président de la France, Nicolas Sarkozy, avait déclaré : « La France restera en Afghanistan aussi longtemps que nécessaire car ce qui est en jeu dans ce pays, ce sont nos valeurs et les valeurs de l'Alliance atlantique. Je le dis sérieusement devant vous : l'échec n'est pas une option. » Dans le cadre de cette conversation, peut-on dire que ce ne sont pas seulement les valeurs américaines mais atlantiques qui se sont perdues en Afghanistan ?

 

Leonid Savin : Absolument. Cela s'est également reflété dans les discours de plusieurs hommes politiques des États-Unis. Les valeurs comptent. Et c'est l'échec du libéralisme occidental, non seulement en Afghanistan mais aussi sur la scène mondiale. Mais c'est aussi un manque de confiance en l'Occident. Même les partenaires américains ont commencé à discuter de la manière de modifier les relations avec Washington à l'avenir en raison de son comportement en Afghanistan. La frustration suscitée par la création d'AUKUS et la décision de la France [?] d'annuler le contrat des sous-marins australiens est un autre signe de problèmes de confiance au sein de la communauté transatlantique.

 

 

Ali Göçmen : Vous dites depuis longtemps que l'ordre mondial unipolaire est terminé. De nombreux analystes disent que le retrait américain d'Afghanistan est une proclamation symbolique d'un monde multipolaire. Maintenant, le monologue est terminé et le nombre d'orateurs augmente. Quel genre de rôles la Turquie peut-elle jouer en tant que pôle important, en particulier dans le monde islamique dans la nouvelle période ?

 

Leonid Savin : La Turquie s'est déjà déclarée leader et décideur régional. Cependant, il existe toujours des tensions avec les pays arabes et des réactions négatives de certaines forces face à la présence turque en Syrie et en Irak. Les États-Unis comprennent les vulnérabilités de la Turquie, telles que la question kurde, et manipuleront probablement ce facteur pour leurs propres intérêts dans la région. L'Iran est également une puissance montante avec un agenda précis et Ankara (notamment à cause de l'Azerbaïdjan) devra coordonner ses propres activités avec Téhéran. De notre point de vue, la Turquie peut être l'un des centres du nouvel ordre mondial polycentrique et un partisan des valeurs traditionnelles. C'est très bien que la Turquie ait mis fin à certains des accords pro-occidentaux qui sont des bombes à retardement pour la société turque. Mais la Russie, la Chine, etc. en Eurasie devraient avoir de bonnes relations pragmatiques avec d'autres centres de pouvoir comme la Turquie.

 

Ali Göçmen : Début septembre, le philosophe russe Aleksandr Dugin a écrit un article intitulé « La fin du monde unipolaire au lieu de la fin de l'histoire. » « Il y a des rumeurs selon lesquelles l'administration Biden envisage d'utiliser des extrémistes contre la Chine et la Russie, libérant ainsi les mains des talibans (considérés comme une organisation terroriste interdite en Russie) », a écrit Dugin dans son article mentionné. Pensez-vous que c'est possible ?

 

Leonid Savin : Ils provoquent et attaquent la Russie à chaque fois, et ils continueront à le faire à l'avenir. Combattre la pression de l'Occident sur Moscou par d'autres moyens, comme la désinformation, les opérations spéciales, la guerre par procuration (où le terrorisme est utile), les lois, les sanctions, la diplomatie préventive… Et pas seulement Moscou. N'oublions pas que certaines sanctions ont également été imposées à la Turquie par les USA et ses alliés ! Cependant, l'Afghanistan a un impact sur certains pays d'Asie centrale dans le domaine des intérêts russes. Par conséquent, Moscou doit également réagir là-bas. Et la Russie est prête.

 

 

Ali Göçmen : Bien que nous ayons eu quelques désaccords dans l'histoire, la Russie et la Turquie sont fondamentalement deux amis proches. Récemment, ces relations amicales se sont encore renforcées. Enfin, les efforts désintéressés des pilotes russes lors des grands incendies de forêt d'août ont été accueillis avec reconnaissance par la nation turque. La tension actuelle entre la Turquie et la Russie se concentre sur la Syrie. Comment la Turquie et la Russie, les deux acteurs importants du monde multipolaire, peuvent-elles surmonter la crise en Syrie ?

 

Leonid Savin : Le fait est que la Russie a été invitée en Syrie par le gouvernement légal. Et après dix ans de conflit, le gouvernement syrien est toujours au pouvoir. La présence russe y était également fixée par des traités. D'un point de vue rationnel, le soutien continu de la Turquie aux groupes militants aura l'effet inverse. Maintenant, les tensions se retrouvent autour de la province syrienne d'Idlib. Il y a aussi des Kurdes. La situation est complexe. Mais la Turquie a entamé le processus de normalisation avec les pays arabes et nous en voyons les fruits. Par exemple, l'activité d'opposition des médias égyptiens est désormais interdite en Turquie. Le même processus est requis pour la Syrie. Et la Russie accueillera toujours favorablement de telles mesures.

 

Ali Göçmen : Maintenant, je voudrais parler de la politique eurasienne. L'idéal de l'eurasisme n'est pas seulement une question de relations internationales, il repose sur de forts aspects philosophiques. Nous le savons. L'un de ceux-ci est la préservation des valeurs familiales et traditionnelles pour la réhabilitation des institutions sociales corrompues par l'hégémonie libérale. Que faire pour renouer avec la tradition dans un monde multipolaire ? Par exemple, que pensez-vous du mariage homosexuel, du féminisme radical, de la lutte contre l'euthanasie ?

 

Leonard Savin : Vous voyez que la plupart des problèmes d'érosion de nos sociétés traditionnelles viennent de l'Occident. Des écarts existent dans toutes les sociétés. La question est de savoir comment y faire face. Dans les tribus amérindiennes des Amériques, l'homosexualité était définie comme un problème de coordination entre l'âme et le corps. Si le corps est dans le faux, un comportement pervers commence dans l'âme (par la tentation du sexe opposé). Il s'agit donc de spiritualité. Vous pouvez trouver des réponses à de telles questions dans les religions car il y est question de Dieu, de l'éternité, de notre destin ainsi que des ennemis spirituels comme les démons. Il n'y a pas de réponses à de telles questions dans la culture occidentale matérielle, seulement la psychanalyse en elle-même s’avère destructrice. C'est pourquoi de telles activités sont politiquement exaltées en Occident. Le fondement spirituel est détruit, les problèmes s’acroissent. C'est pourquoi nous sommes dans le multiculturalisme, le transhumanisme, les LGBT, etc. Ils ont décidé d’une conversion.

 

Ali Göçmen : Je voudrais partager une anecdote qui est restée dans ma mémoire : Le clocher d'une église de village était en arrière-plan sur les affiches électorales de Mitterrand, l'ancien président de la France…

 

Cela signifie : je suis un Français, pas un Américain. C'est la France, pas Disneyland ! Je suis à l'ère de la taille de pierre classique, pas des tours en acier.

 

Mitterrand était socialiste. Mais aujourd'hui, à gauche, les partis socialistes mettent des banderoles LGBT derrière eux. Pensez-vous qu'une orientation nationale et traditionnelle de gauche soit possible dans un monde multipolaire ?

 

Leonid Savin : L'idée la plus forte au sein des organisations et des partis de gauche était la justice. Mais la justice n'est pas le monopole de la gauche. C'est le noyau des deux principales religions du monde, le christianisme et l'islam. Il est intéressant de noter que certains partis socialistes utilisent le christianisme à des fins politiques (comme au Venezuela sous Hugo Chávez ou en Amérique latine en général, où est née la doctrine catholique de la théologie de la libération). Mais l'instrumentalisation de l’homosexualité et autres types de perversions par les politiques de gauche semble leur être également dévastatrice. De plus, l'école néo-marxiste de Francfort, développée avec le soutien de la CIA, a eu une forte influence en tant qu'attaque idéologique contre l'Union soviétique. L'ancien poison est toujours efficace même après l'élimination de la cible il y a plusieurs décennies.

 

Toutefois, Karl Marx a utilisé les idées d'Adam Smith dans son « Capital », donc les idées de gauche y ont leurs racines.

 

Bien sûr, nous devons adapter notre approche à la vision économique et réorganiser nos théories. L'économie ne peut pas être une fin en soi, c'est une sorte d'environnement, un processus de constitution des maisonnées dans nos cultures. En fait, j'ai attiré l'attention sur cette question dans mon livre « Ordo Pluriversalis : Revival of the Multipolar world order », qui traite de la connexion entre différentes religions et modèles économiques.

 

Ali Göçmen : J'espère que votre livre sera traduit en turc et intéressera bientôt des lecteurs turcs. Merci de nous avoir consacré de votre temps, monsieur Savin.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 20:02
LA CONFRONTATION IRAN-AZERBAÏDJAN EST UNE COMPÉTITION POUR LES COULOIRS DE TRANSPORT DE LA RÉGION (par Pepe Escobar)

LA CONFRONTATION IRAN-AZERBAÏDJAN EST UNE COMPÉTITION POUR LES COULOIRS DE TRANSPORT DE LA RÉGION

 

 

 

Par Pepe Escobar

 

 

Source : https://katehon.com/en/news/iran-azerbaijan-standoff-contest-regions-transportation-corridors

Du 06 octobre 2021

 

Dans ce texte, Pepe Escobar nous explique que tout l’enjeu de ce qui se passe actuellement aux frontières irano-azerbaïdjanaises est l’utilisation future du corridor Nord-Sud Russie-Iran passant par l’Arménie dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie et même, avant cela, les échanges économiques trans-caucasiennes et ce qu’elles peuvent promettre pour le développement des pays du Nord et du Sud du Caucase. La Turquie joue ici un rôle perturbateur, avec l’aide de son allié l’Azerbaïdjan, qui met en avant sa compromission avec l’entité sioniste, l’« Israël » - malgré les beaux discours d’intention au sujet de la cause palestinienne - et son attachement à l’OTAN autant qu’aux intérêts géopolitiques anglo-saxons. Derrière la défense des intérêts néo-ottomans, concrètement de la création d’un axe de communication direct Ouest-Est Turquie-Mer Caspienne, se profile en fait l’érection d’une barrière de l’est de la méditerranée à la Caspienne, voire au-delà (Kazakhstan, Ouzbékistan), empêchant l’Europe mais aussi la Russie d’espérer ouvrir une voie d’accès directe vers l’Orient et l’Océan Indien via la Mer Noire et la Mer Caspienne. Ce projet funeste destiné à contrer l’Europe et à l’empêcher de s’ouvrir aux grandes étendues de l’Eurasie n’est, au fond, que la continuation de la politique anti-russe imposée aux instances bruxelloises par leur suzerain américain. Ici encore, le fait que l’Europe ne s’engage pas concrètement, et s’il le faut – et il l’a fallut !! - militairement, en faveur de l’Arménie, ni qu’elle ne s’engage pas réellement en faveur de pourparlers constructifs avec l’Iran, signe son impuissance à vouloir et à pouvoir s’affirmer face aux coups tordus fomentés par les anglo-saxons et les sionistes afin de contrôler l’ensemble du Rimland, de l’Ukraine au Japon en passant par l’Inde. La Turquie servirait alors de coin enfoncé au cœur des intérêts eurasiens de façon à leur nuire (surtout ceux de la Chine et de la Russie) et à en brimer le développement possible, c’est-à-dire en vérité des intérêts de l’ensemble des nations eurasiennes, Turquie et Azerbaïdjan incluses, du moins de leur peuple ! Il serait donc temps pour l’Europe, une fois débarrassée de ces incapables qui la dirigent (vers le néant) et qui n’ont aucune ambition sinon que personnelles, de trouver une véritable alliance de circonstance avec la Russie, l’Arménie et l’Iran afin de défendre notre droit à promouvoir librement de multiples échanges avec les peuples de la Grande Eurasie jusque l’Inde, la Pakistan, la Chine, etc.

 

Yohann Sparfell

 

 

 

Des camps se forment autour de la querelle Iran-Azerbaïdjan. Mais ce combat ne concerne pas l'ethnicité, la religion ou la tribu - il s'agit principalement de savoir qui forgera les nouvelles routes de transport de la région.

 

La dernière chose dont la conduite complexe et en cours vers l'intégration eurasienne a besoin à ce stade est cette affaire désordonnée entre l'Iran et l'Azerbaïdjan dans le Caucase du Sud.

 

Commençons par les Conquérants de Khaybar - le plus grand exercice militaire iranien depuis deux décennies organisé à sa frontière nord-ouest avec l'Azerbaïdjan.

 

Parmi l'armée iranienne déployée et les unités du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), il y a des acteurs sérieux, tels que la 21e division d'infanterie de Tabriz, le bataillon IRGC Ashura 31, la 65e brigade des forces spéciales aéroportées et un éventail de systèmes de missiles, y compris le Missiles balistiques Fateh-313 et Zulfiqar avec des portées allant jusqu'à 700 kilomètres.

 

L'explication officielle est que les exercices sont un avertissement aux ennemis qui complotent quoi que ce soit contre la République islamique.

 

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Khamenei, a ostensiblement tweeté que "ceux qui ont l'illusion de compter sur les autres, pensent qu'ils peuvent assurer leur propre sécurité, doivent savoir qu'ils vont bientôt prendre une gifle, ils le regretteront".

 

Le message était sans équivoque : il s'agissait de l'Azerbaïdjan s'appuyant sur la Turquie et en particulier Israël pour sa sécurité, et de Tel-Aviv instrumentalisant Bakou pour une campagne de renseignements conduisant à une ingérence dans le nord de l'Iran.

 

Une élaboration plus poussée par des experts iraniens est allée jusqu'à dire qu'Israël aurait pu finalement utiliser des bases militaires en Azerbaïdjan pour frapper les installations nucléaires iraniennes.

 

La réaction à l'exercice militaire iranien, jusqu'à présent, a pris la forme d’une réponse prévisible entre la Turquie et l'Azerbaïdjan : ils mènent un exercice conjoint à Nakhitchevan tout le long de cette semaine.

 

Mais les inquiétudes de l'Iran étaient-elles infondées ? Une étroite collaboration sécuritaire entre Bakou et Tel-Aviv se développe depuis des années. L'Azerbaïdjan possède aujourd'hui des drones israéliens et est à l'aise avec la CIA et l'armée turque. Ajoutez à cela les récents exercices militaires trilatéraux impliquant l'Azerbaïdjan, la Turquie et le Pakistan – ce sont des développements qui ne manquent pas de faire tirer la sonnette d'alarme à Téhéran.

 

Bakou, bien sûr, tourne cette affaire d'une manière différente : nos partenariats ne visent pas les pays tiers.

 

Donc, essentiellement, alors que Téhéran accuse le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev de faciliter la vie des terroristes takfiri et des sionistes, Bakou accuse Téhéran de soutenir aveuglément l'Arménie. Oui, les fantômes de la récente guerre du Karabakh sont partout.

 

Pour des raisons de sécurité nationale, Téhéran ne peut tout simplement pas tolérer les entreprises israéliennes impliquées dans la reconstruction des régions gagnées dans la guerre près de la frontière iranienne : Fuzuli, Jabrayil et Zangilan.

 

Le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdullahian a tenté de jouer le jeu diplomatiquement : « Les questions géopolitiques autour de nos frontières sont importantes pour nous. L'Azerbaïdjan est un voisin proche à tout point de vue de l'Iran et c'est pourquoi nous ne voulons pas qu'il soit pris au piège entre des terroristes étrangers qui font de leur sol un foyer. »

 

Comme si ce n'était pas assez compliqué, le cœur du problème – comme pour tout ce qui se passe en Eurasie – tourne en fait autour de la connectivité économique.

 

Un gâchis interconnecté

 

Les rêves géoéconomiques de Bakou sont lourds : la capitale entend se positionner au carrefour clé de deux des plus importants corridors eurasiens : Nord-Sud et Est-Ouest.

 

Et c'est là qu'intervient le corridor de Zangezur – c’est sans doute essentiel pour que Bakou veuille une domination sur les routes de connectivité est-ouest de l'Iran.

 

Le corridor est destiné à relier l'Azerbaïdjan occidental à la République autonome de Nakhitchevan via l'Arménie, avec des routes et des voies ferrées traversant la région de Zangezur.

 

Zanguezur est également essentiel pour que l'Iran se connecte à l'Arménie, à la Russie et, plus tard, à l'Europe.

 

La Chine et l'Inde s'appuieront également sur Zangezur pour le commerce, car le corridor offre un raccourci important en termes de distance. Étant donné que les grands cargos asiatiques ne peuvent pas naviguer sur la mer Caspienne, ils perdent généralement de précieuses semaines juste pour atteindre la Russie.

 

Un problème supplémentaire est que Bakou a récemment commencé à harceler les camionneurs iraniens en transit à travers ces nouvelles régions annexées en route vers l'Arménie.

 

Cela ne devait pas être ainsi. Cet essai détaillé montre comment l'Azerbaïdjan et l'Iran sont liés par « des liens historiques, culturels, religieux et ethnolinguistiques profonds », et comment les quatre provinces iraniennes du nord-ouest – Gilan, Ardabil, l'Azerbaïdjan oriental et l'Azerbaïdjan occidental – ont « des frontières géographiques communes avec à la fois la partie principale de l'Azerbaïdjan et son enclave, la République autonome de Nakhitchevan ; ils ont également des points communs profonds et étroits basés sur l'islam et le chiisme, ainsi que le partage de la culture et de la langue azerbaïdjanaise. Tout cela a créé le terrain d'une proximité entre les citoyens des régions des deux côtés de la frontière.

 

Pendant les années Rouhani, les relations avec Aliyev étaient en fait assez bonnes, y compris la coopération trilatérale Iran-Azerbaïdjan-Russie et Iran-Azerbaïdjan-Turquie.

 

Une connectivité clé qui est en jeu est le projet de liaison du chemin de fer Qazvin-Rasht-Astara de l’Iran à l'Azerbaïdjan : cela fait partie du très important Corridor de transport international Nord-Sud (INSTC).

 

Géo-économiquement, l'Azerbaïdjan est essentiel pour le chemin de fer principal qui reliera finalement l'Inde à la Russie. Non seulement ça ; la coopération trilatérale Iran-Azerbaïdjan-Russie ouvre une voie directe pour que l'Iran se connecte pleinement à l'Union économique eurasienne (UEE).

 

Dans un scénario optimal, Bakou peut même aider les ports iraniens du golfe Persique et de la mer d'Oman à se connecter aux ports géorgiens de la mer Noire.

 

L'Occident est inconscient du fait que pratiquement toutes les sections de l'INSTC fonctionnent déjà. Prenez, par exemple, le chemin de fer Astara-Astara au nom exquis qui relie les villes iraniennes et azerbaïdjanaises qui partagent le même nom. Ou le chemin de fer Rasht-Qazvin.

 

Mais un important tronçon de 130 km d'Astara à Rasht, qui se trouve sur la rive sud de la Caspienne et à proximité de la frontière irano-azérie, n'a pas été construit. La raison? Sanctions de l'ère Trump. C'est un exemple graphique de ce que pourrait donner, en termes pratiques, une conclusion réussie des pourparlers du JCPOA à Vienne.

 

À qui appartient Zanguezur ?

 

L'Iran est positionné dans une zone quelque peu délicate le long de la périphérie sud du Caucase du Sud. Les trois principaux acteurs de cette portion de territoire sont bien sûr l'Iran, la Russie et la Turquie. L'Iran borde les anciennes régions arméniennes - maintenant azéries - adjacentes au Karabakh, notamment Zangilan, Jabrayil et Fuzuli.

 

Il était clair que la flexibilité de l'Iran sur sa frontière nord serait liée à l'issue de la deuxième guerre du Karabakh. La frontière nord-ouest était une source de préoccupation majeure, affectant les provinces d'Ardabil et de l'est de l'Azerbaïdjan – ce qui rend la position officielle de Téhéran consistant à soutenir les revendications azerbaïdjanaises contre les Arméniens d'autant plus confuse.

 

Il est essentiel de se rappeler que même lors de la crise du Karabakh au début des années 1990, Téhéran a reconnu le Haut-Karabakh et les régions qui l'entourent comme faisant partie intégrante de l'Azerbaïdjan.

 

Bien que la CIA et le Mossad semblent inconscients de cette histoire régionale récente, cela ne les empêchera jamais de se lancer dans la mêlée pour jouer Bakou et Téhéran l'un contre l'autre.

 

Un facteur de complication supplémentaire est que Zangezur est également alléchant du point de vue d'Ankara.

 

On peut soutenir que le président turc néo-ottoman Recep Tayyip Erdogan, qui ne recule jamais devant une opportunité d'étendre sa profondeur stratégique turco-musulmane, cherche à utiliser la connexion azérie à Zangezur pour atteindre la Caspienne, puis le Turkménistan, jusqu'au Xinjiang, le territoire occidental chinois peuplé de musulmans ouïghours. Cela, en théorie, pourrait devenir une sorte de route de la soie turque contournant l'Iran – avec la possibilité inquiétante d'être également utilisée comme une « passage pour les rats » afin d’exporter des Takfiris d'Idlib jusqu'en Afghanistan.

 

Téhéran, quant à lui, est totalement piloté par l'INSTC, en se concentrant sur deux lignes de chemin de fer à réhabiliter et à moderniser depuis l'ère soviétique. L'une est orientée Sud-Nord, de Jolfa à Nakhitchevan, puis d’Erevan et Tbilissi. L'autre est Ouest-Est, toujours de Jolfa à Nakhitchevan, en traversant le sud de l'Arménie, l'Azerbaïdjan continental, jusqu'à Bakou puis en Russie.

 

Et là, c'est le hic. Les Azéris interprètent le document tripartite résolvant la guerre du Karabakh comme leur donnant le droit de s’établir dans le corridor de Zangezur. Les Arméniens, pour leur part, contestent exactement quel « couloir » s'applique à chaque région particulière. Avant de lever ces ambiguïtés, tous ces plans élaborés de connectivité iraniens et turcs sont effectivement suspendus.

 

Il n'en reste pas moins que l'Azerbaïdjan est géo-économiquement voué à devenir un carrefour clé de connectivité trans-régionale dès que l'Arménie débloquera la construction de ces corridors de transport.

 

Alors quelle serait la nature d’un « gagnant-gagnant » ici ?

 

La diplomatie gagnera-t-elle dans le Caucase du Sud ? Elle le devra. Le problème est que Bakou et Téhéran la définissent en termes d'exercice de leur souveraineté – et ne semblent pas particulièrement prédisposés à offrir des concessions.

 

Pendant ce temps, les suspects habituels s'amusent à exploiter ces différences. La guerre, cependant, est hors de question, que ce soit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie ou entre l'Azerbaïdjan et l'Iran. Téhéran est plus que conscient que dans ce cas, Ankara et Tel Aviv soutiendraient Bakou. Il est facile de voir qui en profiterait.

 

Pas plus tard qu'en avril, lors d'une conférence à Bakou, Aliyev a souligné que « l'Azerbaïdjan, la Turquie, la Russie et l'Iran partagent la même approche de la coopération régionale. Le principal domaine de concentration est maintenant le transport, car c'est une situation qui s'appelle "gagnant-gagnant" : tout le monde y gagne. »

 

Et cela nous amène au fait que si l'impasse actuelle persiste, la première victime sera l'INSTC. En fait, tout le monde serait perdant en termes d'intégration eurasienne, y compris l'Inde et la Russie.

 

L'angle pakistanais, porté par quelques-uns en mode silence, est complètement tiré par les cheveux. Il n'y a aucune preuve que Téhéran soutiendrait une campagne anti-talibans en Afghanistan juste pour saper les liens du Pakistan avec l'Azerbaïdjan et la Turquie.

 

Le partenariat stratégique Russie-Chine considère la conjoncture actuelle du Caucase du Sud comme un problème inutile, en particulier après le récent sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Cela nuit gravement à leurs stratégies complémentaires d'intégration eurasienne - l'initiative "la Ceinture et la Route" (BRI) et le partenariat pour la Grande Eurasie.

 

L'INSTC pourrait, bien sûr, emprunter la voie transcaspienne et couper complètement l'Azerbaïdjan. Ce n'est pas probable cependant. La réaction de la Chine, une fois de plus, sera le facteur décisif. L'accent pourrait être mis davantage sur le corridor persan – du Xinjiang, via le Pakistan et l'Afghanistan, à l'Iran. Ou Pékin pourrait également parier sur les deux corridors Est-Ouest, c'est-à-dire parier à la fois sur l'Azerbaïdjan et l'Iran.

 

En fin de compte, ni Moscou ni Pékin ne veulent que cela s'envenime. Il y aura de sérieux mouvements diplomatiques à venir, car ils savent tous les deux que les seuls à en profiter seront les suspects habituels centrés sur l'OTAN, et les perdants seront tous les acteurs qui sont sérieusement investis dans l'intégration eurasienne.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 06:26
Comment le Système se sert de la pédocriminalité pour abattre l’Église de France (site web E&amp;R)

La grande offensive contre l'Église catholique est d'ordre géopolitique/eschatologique. Elle sert les desseins d'un certains nombres d'"élus" contre les fondements du christianisme, notamment contre le détachement spirituel vis-à-vis des richesses matérielles de ce monde. Mais l'Église elle-même s'y soumet parce qu'elle n'a pas su résister à cet attrait, surtout depuis Vatican II. Katehon !

 

(Article paru sur le site d'Égalité & Reconciliation du 05 octobre 2021

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
23 septembre 2021 4 23 /09 /septembre /2021 18:47
L'unipolarité est mauvaise (par Alexandre Douguine)

L'unipolarité est mauvaise

 

 

Par Alexandre Douguine

 

 

Ce texte de 2011 a été édité dans l'ouvrage L'appel de l'Eurasie, conversation avec Alain de Benoist, édition Avatar, 2013, pp. 201-207

 

 

Le monde actuel est unipolaire avec l'Occident globalisé en son centre et les États-Unis en son cœur.

 

Cette unipolarité a des aspects géopolitiques et idéologiques. Géopolitiquement, c'est la domination stratégique de la Terre par l'hyper-puissance nord-américaine et l'effort de Washington pour organiser l'équilibre des forces sur la planète dans un sens qui lui donne la capacité d'imposer des règles au monde entier selon ses propres intérêts nationaux (impériaux). Cela est mauvais parce que cela prive les autres États et nations de leur vraie souveraineté.

 

Quand seule une instance décide de ce qui est bon et qui est mauvais et qui devrait être puni, nous avons à faire à une sorte de dictature globale. Je suis convaincu que ce n'est pas acceptable. Nous devrions lutter contre cela. Si quelqu'un nous prive de notre liberté, nous devons réagir. Et nous le ferons. L'Empire américain devrait être détruit. Et sur un point, il le sera.

 

Idéologiquement, l'unipolarité est basée sur les valeurs Modernes et Postmodernes, qui sont ouvertement anti-traditionnelles. Je partage la vision de René Guénon et Julius Evola qui ont considéré la Modernité et ses bases idéologiques (l'individualisme, la démocratie libérale, la capitalisme, le consumérisme, etc.) comme les causes de la catastrophe à venir de l'humanité, et d'autre part la domination globale du style occidental comme la raison de la dégradation finale de la Terre. L'Occident approche de sa fin et nous ne devrions pas le laisser entraîner tout le reste dans l'abîme.

 

Spirituellement, la mondialisation est la création de la Grande Parodie, le royaume de l'Antéchrist. Et les États-Unis sont au centre de son expansion. Les valeurs américaines prétendent à être les valeurs « universelles ». Il s'agit d'une nouvelle forme d'agression idéologique contre la multiplicité des cultures et des traditions qui existent encore dans les autres parties du monde. Je suis résolument contre les valeurs occidentales qui sont essentiellement modernes et postmodernes, et qui sont promues par les États-Unis essentiellement par la force ou par intrusion (l'Afghanistan, l'Irak, maintenant la Libye, demain la Syrie et l'Iran).

 

Ainsi, tous les traditionalistes devraient être contre l'Occident et la globalisation, autant que contre la politique impérialiste des États-Unis. C'est la seule position logique et conséquente. Ainsi, les traditionalistes et les partisans des principes et des valeurs traditionnels devraient s'opposer à l'Occident et défendre le monde restant (si le monde restant montre les signes de la Tradition – en partie ou entièrement).

 

Il peut y avoir, et il y a bien, des hommes en Occident et aux États-Unis d'Amérique qui n'acceptent pas l'état présent des choses, qui n'approuvent pas la Modernité et la Postmodernité, et qui sont les défenseurs de la tradition spirituelle de l'Occident pré-moderne. Ils devraient être avec nous dans notre combat commun. Ils devraient prendre part à notre révolte contre le monde moderne et postmoderne. Et nous devions nous battre ensemble contre un ennemi commun.

 

L'autre question porte sur la structure du possible front anti-globaliste et anti-impérialiste et de ses participants. Je pense que nous devrions inclure en lui toutes les forces qui luttent contre l'Occident, les État-Unis, contre la démocratie libérale, contre la Modernité et la Postmodernité. L'ennemi commun est l'instance nécessaire pour toutes les sortes d'alliance politiques. Les Musulmans, les Chrétiens, les Russes et les Chinois, les gauchistes et les droitistes, les Hindous ou les Juifs qui défient l'état présent des choses, la globalisation et l'impérialisme américain sont virtuellement amis et alliés. Nos idéaux peuvent être différents mais nous avons en commun une chose très forte : la réalité présente que nous haïssons. Nos divergences d'idéaux sont potentielles (in potentia). Mais le défi auquel nous sommes confrontés est actuel (en acte). C'est donc la base pour une nouvelle alliance. Tous ceux qui partagent l'analyse négative de la globalisation, de l'occidentalisation et de la post-modernisation devraient coordonner leur effort dans la création d'une nouvelle stratégie de résistance à l'omniprésence du Mal. Et nous pouvons trouver « les nôtres » aux États-Unis également – parmi ceux qui choisissent la Tradition contre la décadence présente.

 

 

Vers la Quatrième Théorie Politiques

 

À ce point de notre réflexion, nous pourrions soulever une très importante question : quel genre d'idéologie devrions-nous utiliser dans notre opposition à la globalisation et à ses principes libéraux démocratiques capitalistes et modernistes (postmodernistes) ? Je pense que toutes les idéologies antilibérales (le communisme, le socialisme aussi bien que le fascisme) ne sont plus pertinentes. Elles ont essayé de combattre le libéral-capitalisme et elles ont échoué. En partie parce qu'à la fin des temps, c'est le Mal qui prévaut ; en partie à cause de leurs contradictions et limitations internes. Il est donc temps d'accomplir une révision profonde des idéologies antilibérales du passé. Quel est leur côté positif ? - Le fait indéniable qu'elles étaient anticapitalistes et antilibérales, aussi bien anti-cosmopolites et anti-individualistes. Ces caractéristiques devraient être acceptées et intégrées dans la future idéologie. Mais la doctrine communiste est moderniste, athéiste, matérialiste et cosmopolite. Cela devrait être rejeté. À l'opposé, la solidarité sociale, la justice sociale, le socialisme et l'attitude holistique générale envers la société sont bonnes en elles-mêmes. Nous avons donc besoin de séparer les aspects matérialistes et modernistes et de les rejeter.

 

D'autre part, dans les théories de la Troisième voie (chères jusqu'à un certain point à des traditionnalistes comme Julius Evola), se trouvent des éléments inacceptables – à commencer par le racisme, la xénophobie et le chauvinisme. Ce ne sont pas que des travers moraux, mais encore des attitudes théoriquement et anthropologiquement inconsistantes. La différence entre les ethnies ne signifie pas supériorité ou infériorité. La différence devrait être acceptée et affirmée sans aucune appréciation raciste. Il n'y a aucune commune mesure entre les différents groupes ethniques. Quand une société tente d'en juger une autre, elle applique ses propres critères et commet ainsi une violence intellectuelle. Cette même attitude est précisément le crime de la globalisation et de l'Occidentalisation, autant que de l'impérialisme américain.

 

Si nous libérons le socialisme de ses aspects matérialistes, athéistes et modernistes, et si nous rejetons les aspects racistes et étroitement nationalistes des doctrines de la Troisième voie, nous arrivons à un genre complètement neuf d'idéologie politique. Nous l'appelons Quatrième Théorie Politique (la première étant le libéralisme, que nous défions avant tout, la deuxième la forme classique du communisme, la troisième le national-socialisme et le fascisme). Son élaboration commence au point d'intersection entre différentes théories politiques du passé (le communisme et les théories de la Troisième voie). Et nous arrivons au national-bolchévisme qui représente le socialisme sans matérialisme, athéisme, progressisme et modernisme, et les théories de la Troisième voie sans racisme ni nationalisme. Mais c'est seulement le premier pas. L'addition mécanique des versions profondément révisées des théories antilibérales du passé ne nous donne pas le résultat final. C'est seulement une première approximation, une approche préliminaire. Nous devrions aller plus loin et faire appel à la Tradition et aux sources d'inspiration pré-modernes. Là, nous avons l'État idéal de Platon, la société médiévale hiérarchique et la vision théologique du système social et politique normatif (chrétien, islamique, bouddhiste, juif ou hindou). Cette source pré-moderne est un développement très important de la synthèse national-bolchévique. Nous avons donc besoin de trouver un nouveau nom pour ce genre d'idéologie et « Quatrième Théorie Politique » est assez approprié pour cela. Cela ne nous dit pas ce que cette Théorie est, mais plutôt ce qu'elle n'est pas. C'est donc un genre d'invitation et d'appel plutôt qu'un dogme.

 

Politiquement, nous disposons d'une base intéressante pour la coopération consciente de la Gauche et de la Droite, comme avec les religieux ou d'autres mouvements antimodernes (les écologistes, par exemple). La seule chose sur laquelle nous insistons en créant une telle coopération est de laisser de côté les préjugés anticommunistes comme antifascistes. Ces préjugés sont les instruments dans les mains des libéraux et des globalistes au moyen desquels ils maintiennent leurs ennemis divisés. Nous devrions rejeter fermement l'anticommunisme autant que l'antifascisme. L'un comme l'autre sont des instruments contre-révolutionnaires dans les mains de l'élite libérale globalisée. En même temps, nous devons nous opposer fermement à toute confrontation entre les religions – Musulmans contre Chrétiens, Juifs contre Musulmans, Musulmans contre Hindous, etc. Les guerres interconfessionnelles et les haines travaillent pour le compte du royaume de l'Antéchrist qui essaie de diviser toutes les religions traditionnelles dans le but d'imposer sa propre pseudo-religion, la parodie eschatologique.

 

Nous avons besoin d'unir la Droite, la Gauche et les religions dans le combat commun contre l'ennemi commun. La justice sociale, la souveraineté nationale et les valeurs traditionnelles sont les trois principes d'une telle idéologie. Ce n'est pas facile de mettre tout cela ensemble. Mais nous devons essayer si nous voulons surpasser l'adversaire.

 

En français, il y a un slogan : « La Droite des valeurs et la Gauche du travail » (Alain Soral). En italien, cela donne : « La Destra sociale e la Sinistra identitaria ». Comment cela devrait sonner en anglais, nous le verrons plus tard.

 

Nous pouvons aller plus loin et essayer de définir le sujet, l'acteur de la Quatrième Théorie Politique. Dans le cas du communisme, au centre il y avait la classe. Dans le cas des mouvements de la Troisième voie, au centre il y avait la race ou la nation. Dans le cas des religions – c'est la communauté des croyants. Comment la Quatrième Théorie Politique peut-elle négocier avec cette diversité et la divergence des sujets ? Nous proposons, comme suggestion, que le sujet de la Quatrième Théorie Politique soit représenté par le concept heideggerien de Dasein (être-là)[*]. C'est une instance concrète et extrêmement profonde qui pourrait être le commun dénominateur pour le développement ontologique à venir. Ce qui est crucial ici – l'authenticité ou la non-authenticité de l'existence du Dasein. La Quatrième théorie Politique insiste sur l'authenticité de l'existence. Il s'agit donc de l'antithèse de n'importe quel type d'aliénation – sociale, économique, nationale, religieuse ou métaphysique.

 

Le Dasein et une instance concrète. N'importe quel homme et n'importe quelle culture possède son propre Dasein. Ils diffèrent entre chacun mais sont toujours présents. Acceptons de progresser ensemble vers l'élaboration d'une stratégie commune dans la création d'un avenir qui conviendra à nos aspirations et à nos visions. De telles valeurs comme la justice sociale, la souveraineté nationale et la spiritualité traditionnelle peuvent nous servir d'indices.

 

Je crois sincèrement que la Quatrième Théorie Politique, le national-bolchevisme et l'eurasisme peuvent être d'un grand secours pour nos peuples, nos pays et nos civilisations. Le mot clé est « multipolarité » dans tous les sens – géopolitique, culturel, axiologique, économique, etc.

 

La vision du Nous (l'Intellect) du philosophe grec Plotin correspond à notre idéal. L'Intellect est un et multiple en même temps, parce qu'il recèle toutes les sortes de différences en lui-même – non uniformisées ou mélangées, mais prises comme telles avec toutes leurs particularités. Le monde futur devrait être noétique en un sens – la multiplicité et la diversité devraient être considérées comme des richesses et des trésors, et non comme des raisons de conflit inévitable : plusieurs civilisations, plusieurs pôles, plusieurs centres, plusieurs systèmes de valeurs sur une planète et dans une humanité.

 

Mais il y en a certains qui pensent autrement. Qui est contre un tel projet ? Ceux qui veulent imposer l'uniformité, la pensée unique, un seul mode de vie (américain), un seul monde. Et ils le font par la force et la persuasion. Ils ont contre la multipolarité. Ils sont donc contre nous.

 

 

 

* À partir du Dasein, Heidegger a défini plusieurs modalités d’existence de la réalité humaine :

  • L’Etre-dans-le-monde (In der Welt sein) : le Dasein est en effet toujours, déjà, irrémédiablement engagé dans le monde. Le sujet ne peut jamais se retirer du monde (comme le fait le sujet cartésien par exemple)

  • L’être-avec (Mitsein) : Le monde est monde commun. Ainsi, le Dasein doit toujours être pensé à partir de la problématique intersubjective. A partir de là, soit la Dasein accepte l’altérité irréductible de l’autre, soit de vivre dans le On (Dans Man), autrement dit sous l’emprise de l’autre, sous le mode de la quotidienneté.

  • L’être-jeté : le Dasein vit toujours l’existence comme un fait non-choisi, à travers lequel il doit malgré tout donner du sens. Ainsi, l’homme n’est pas causa sui generis, il est un accident.

  • L’Etre-pour-la-mort (Sein zum Tode) : la mort est l’horizon ultime du Dasein, la frontière qui donne du sens aux projets du Dasein. La finitude est la possibilité ultime du Dasein.

  • Le Souci : Le souci est le mode du Dasein en tant qu’ouvert sur la compréhension de l’Être.

  • La temporalité : La temporalité privilégiée du Dasein est le futur car il est le lieu de la projection humaine.

    (Note de Y.S., source : http://la-philosophie.com/heidegger-dasein)

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 17:04
La géopolitique du Chiisme (par Alexandre Douguine)

La géopolitique du Chiisme

 

Par Alexandre Douguine

 

Source : https://www.geopolitica.ru/en/article/geopolitics-shia

 

 

Une évaluation correcte du timing géopolitique est cruciale

 

Avec la panique qui a suivi le retrait américain d'Afghanistan, il est clair que nous vivons déjà dans un monde multipolaire. Le leadership unipolaire incontestable de l'Occident appartient au passé. L'émergence de l'ordre multipolaire est déjà un fait. Il est grand temps de revoir les principaux acteurs – présents et futurs, mondiaux et régionaux. Dans la phase de transition, de nombreuses choses impensables hier deviennent possibles. C'est le début d'une situation d'urgence mondiale – Ernstfall/Emergency (C.Schmitt). De vieilles portes sont fermées, de vieilles routes se sont effondrées, de vieux murs détruits. C'est le moment de penser avec audace et d'agir rapidement. La forme que prendra la multipolarité dépendra de nous ; ce sera exactement comme nous avons l'intention de la façonner : le monde de notre fait (N.Onuf).

 

Considérons le monde chiite. C'est une partie importante du territoire islamique. La victoire des talibans le concerne profondément à bien des égards. La proximité avec l'Iran, la minorité chiite hazaras, le brusque changement de rapport de force (le retrait américain) dans la région, le nouveau rôle du Pakistan, de la Chine et de la Russie – tout cela affecte la communauté chiite. Elle crée de nouveaux défis, de nouveaux risques et de nouvelles opportunités.

 

Géopolitiquement, les chiites devraient être considérés comme constituant un Großraum (grand espace). Le cœur du monde chiite est l'Iran et, partiellement, la partie sud de l'Irak. Il s'étend à l'Est (Pakistan, Afghanistan), au Nord (Azerbaïdjan), à l'Ouest (Hussites au Yémen, chiites en Syrie, Bahreïn, Arabie saoudite, Kurdistan, Hezbollah au Liban bordé par la Palestine). Il ne faut pas oublier quelques branches moins orthodoxes des Ghulat Shia – Alaouites en Syrie, Alévites en Turquie, Ismaélites au Tadjikistan et en Inde. Il existe des communautés chiites en Afrique de l'Ouest (Nigéria) et ailleurs.

 

Tout d'abord, nous devons mentionner que le monde chiite est une sorte de réseau : il a un Heartland (Iran), un bastion (Irak et Hezbollah) et des branches du réseau - avec quelques régions spéciales où ils contrôlent le territoire comme au Yémen et dans d’autres lieux. Il est temps de penser à toute cette structure asymétrique en tenant compte des différences ethniques, doctrinaires et historiques comme un vaste ensemble. Une telle pensée stratégique existait à l'époque de l'Imam Khomeini et à la veille de la Révolution de Juillet parmi les religieux d'Irak et de Qom. Au cours des dernières décennies, cette stratégie fut en déclin ; maintenant c'est le moment approprié pour la restaurer.

 

Le Großraum chiite possède des caractéristiques très particulières. En géopolitique, cela semble être très anti-occidental et anti-libéral. Cela ne concerne pas seulement la partie du message du leader de la révolution iranienne, l'Imam Khomeini, mais une partie existentielle profonde de l'identité chiite. Le chiisme est une tendance religieuse révolutionnaire très sensible à l'oppression et à l'attitude coloniale de l'Occident moderne. La même sensibilité est détectée dans la relation des chiites avec les Palestiniens : les chiites sont assez intolérants envers l'occupation israélienne de la Palestine et sont l'un des principaux moteurs du bloc de la Résistance au Moyen-Orient.

 

L'identification théologique d'Al-Dajjal (le Trompeur) avec l'Occident capitaliste-impérialiste est la caractéristique essentielle de la mentalité politique chiite. Ce n'est pas seulement une composante idéologique ; c'est la partie organique de la doctrine principale. Par conséquent, ça fait changer l'optique géopolitique au Moyen-Orient et ailleurs.

 

Compte tenu de cela, il est clair que pour l'ensemble de la communauté chiite, la nette atténuation de l'hégémonie occidentale illustrée par le retrait des États-Unis et de leurs collaborationnistes de Kaboul - avec de pauvres serviteurs des Américains qui en payent le prix - est l'occasion de réaffirmer sa position en remplissant le vide partout où il apparaît.

 

C'est un objectif facile à atteindre en raison de la présidence de Raïsi en Iran même, compte tenu de la croissance du pouvoir des groupes religieux chiites conservateurs au gouvernement.

 

Ainsi, les chiites peuvent saisir cette opportunité pour renforcer leurs attaques : c'est ce qu'on appelle la « stratégie du remplissage ».

 

Où ce principe peut-il être appliqué ?

 

Tout d'abord en Irak. La déroute en mode panique depuis Kaboul est l'image qui peut être – et devrait être – répétée en Irak. Il ne s'agit pas seulement d'une volonté américaine. Il dépend en outre de la détermination du peuple irakien à mettre définitivement fin à l'occupation. Le principal obstacle ici n'est pas la décision américaine – de rester ou de ne pas rester – mais plutôt l'absence d'une image viable pour l'avenir. Les Américains en Irak ne sont encore tolérés que parce qu'il n'y a pas de consensus entre les chiites irakiens entre eux, sans compter le schéma problématique de leurs relations avec les sunnites et les Kurdes. Les États-Unis constituent désormais une sorte d'équilibre qui est pragmatiquement utile pour tous. Mais avec leur déclin évident, cela mène vers une fin évidente. Fuir l'Afghanistan et s'emparer de l'Irak serait un geste suicidaire et ne ferait que provoquer une future escalade de l'anti-américanisme dans la région. Il faudra donc qu’ils cessent tôt ou tard, mais mieux vaudra plus tôt que tard.

 

Les chiites devraient s'y préparer. Leur avenir en Irak dépend de leur comportement vis-à-vis du processus de retrait américain. S'ils restent à l'écart et font preuve de passivité, d'autres pouvoirs agiront à leur place ; cette question doit être considérée sérieusement.

 

Mais le plus important pour les chiites en Irak est d'avoir un plan pour l'avenir. Pour l'instant, il leur manque une vision d'avenir, suivant plutôt une politique plus ou moins opportuniste. Si les Américains quittent l'Irak, ceux-ci essaieront de ne pas donner au pays une chance pour un processus normal de construction de l'État. Dans quel sens ? C'est facile à expliquer : promouvoir le séparatisme parmi les Kurdes, déclencher les hostilités sunnites/chiites et diviser les fractions chiites concurrentes. Ils le font déjà maintenant, mais dans certaines limites, il leur semble obligatoire de rester. Quand vous partez, vous pouvez claquer la porte. Juste face aux chiites. Il ne reste donc presque plus de temps pour réfléchir en toute bonne responsabilité.

 

Deuxièmement, il y a la Résistance en Syrie et au Liban qui se dresse en direction de la Palestine. Si les Américains sont chassés d'Asie centrale, cela affectera-t-il également l'aide à « Israël » ? Si oui, n’est-ce pas le bon moment pour commencer la mobilisation de la Résistance. Ou vaudrait-il mieux attendre un peu, et alors seulement se tenir prêt pour trancher ? C'est aux stratèges chiites de décider. Mais c'est un moment sérieux. Une évaluation correcte du timing géopolitique est cruciale.

 

Prochain défi : Comment le retrait américain affecterait-il les relations chiites-sunnites ? Il est clair que la victoire des talibans est presque un exploit entièrement sunnite. Elle ne peut pas être revendiqué par les Turcs et donc par les Frères musulmans (en raison de l'adhésion de la Turquie à l'OTAN). Mais l'Arabie saoudite et l'Égypte sont plutôt gagnantes par rapport à d’autres sociétés salafistes. Ils sont considérés comme des camps hostiles par les chiites. Ce facteur peut affecter négativement le Großraum chiite en donnant une seconde chance à la stratégie salafiste. Ce serait assez logique, car si les Américains sont évincés, ils utiliseront a fortiori à nouveau le facteur salafiste. L'orientation d’ex-ennemis contre d'autres ennemis est tout simplement naturelle et logique pour les États-Unis. Donc, les sociétés chiites pourraient être des objectifs possibles dans ce tour de passe-passe. Cela affecterait non seulement les Hazaras mais aussi les Hussites, l'équilibre du pouvoir en Syrie, mais aussi le noyau du monde chiite – l'Irak et l'Iran eux-mêmes.

 

Soyons clairs : en Afghanistan, les principaux gagnants sont précisément les sunnites radicaux avec des racines salafistes-soufi (la tendance Wahdat-al-Shuhud – pas Wahdat al-Wujjud). Maintenant, ils se sont affirmés en tant qu’anti-Américains et ils le resteront pendant un certain temps ; cependant, ils étaient auparavant soutenus et armés par la CIA et avaient été utilisés contre d'autres ennemis des États-Unis – les Soviétiques, les régimes laïcs (comme les baasistes) et l'Iran.

 

Nous avons donc ici un terrain fertile pour un rapprochement entre chiites et sunnites – l'anti-américanisme. Un ennemi commun est une grande chose en politique, peut-être la plus grande.

 

La même situation est valable pour l'équilibre géopolitique au Moyen-Orient. Le retrait américain serait la meilleure solution pour Washington pour laisser Al-Fitna (discorde) derrière lui – une guerre civile sanglante entre chiites et sunnites qui nuirait aux deux côtés. Pour « Israël », ce serait aussi une opportunité – presque le moyen unique de retarder la disparition finale. Nous devons donc réfléchir à la façon d'éviter ce scénario.

 

Ici, le monde chiite a différentes façons de tenter une approche des choses. La Turquie avec ses rêves ottomans sera toujours considérée comme un joueur égocentrique, vu avec une certaine méfiance par la plupart des Arabes. Ainsi, en joignant leurs efforts à ceux de la Turquie et en utilisant intelligemment le facteur alévite et l'affinité ethnique des Iraniens avec les Kurdes, les chiites peuvent facilement établir un partenariat régional ; ou il peut utiliser des tactiques opposées pour essayer d'améliorer ses relations avec les régimes arabes sunnites qui se sentent menacés par l'élargissement d'Ankara. Cette voie est déjà testée par les relations Téhéran-Doha.

 

Le Pakistan est une autre option. Le désaccord traditionnel avec Islamabad – sunnite, en partie salafiste et pro-américain – perd dans la situation actuelle ses raisons d’être. Islamabad se rapproche de plus en plus de la Chine et de la Russie, essayant de s'assurer sa place dans un club multipolaire. Théoriquement, il est plus que jamais enclin à revoir sa position régionale sans se soucier de l'Occident. Les Pachtounes dans de telles conditions peuvent causer des problèmes au Pakistan lui-même, de sorte qu'Islamabad peut choisir une sorte de coopération avec les chiites et l'Iran, en particulier, en se joignant aux efforts à l'échelle régionale.

 

A l'échelle mondiale, le Großraum chiite et sa ramification en réseau devraient définir sa place dans un contexte multipolaire en général. C'est une nécessité pour la survie des chiites – pour garantir son espace en tant que partie indépendante et plus ou moins unifiée de la civilisation islamique. Cela signifie accepter le rôle du pôle chiite à l'intérieur du pôle islamique – plus large –, et cela ne paraît pas trop dangereux en raison de la structure multipolaire de l'islam sunnite lui-même. Il y aura toujours suffisamment de contradictions et de rivalités entre les sunnites eux-mêmes – Turquie, pays arabes du Moyen-Orient, Maghreb, Pakistan et région indonésienne – pour donner aux chiites la possibilité de sauver leur indépendance. Mais tout cela devrait être inscrit dans la structure principale de la multipolarité émergente. Et maintenant, alors que ses caractéristiques et ses frontières ne sont pas encore clairement définies et fixées, c'est le bon moment pour énoncer des revendications générales - pour formuler la vision géopolitique dans le cadre principal d'un ordre mondial polycentrique.

 

Les facteurs russes et chinois sont les principaux piliers géopolitiques de la multipolarité. L'alliance russo-chiite a déjà démontré son efficacité en Syrie. Le rapprochement avec la Russie peut être extrêmement important dans le cadre général de la géopolitique chiite. Cela pourrait affecter de nombreux problèmes régionaux – Palestine, Yémen, Afghanistan, Caucase, Asie centrale, etc.

 

D'autre part, les territoires et réseaux chiites font partie intégrante de l'initiative chinoise Belt & Road. La Chine est donc un autre partenaire clé.

 

(Presque) tout le monde dans le monde islamique, la Russie et la Chine sont existentiellement intéressés à limiter, sinon à arrêter l'hégémonie unipolaire occidentale (américaine). Il y a donc une opportunité à ce que le Großraum chiite se renforce – de manière physique et virtuelle – en rejoignant la tendance multipolaire, si clairement définie avec le retrait américain d'Afghanistan.

 

Dans la perspective de l'eschatologie chiite, la situation qui prévaut peut être considérée comme un signe extrêmement important de l'approche du moment de Zuhur (l'apparition de l'Imam Al-Mahdi, le rédempteur eschatologique de l'Islam).

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 19:13
Avec l'adhésion à l'OCS, l'Iran déploie une nouvelle orientation (Tehran Times du 17/09/2021)

Avec l'adhésion à l'OCS, l'Iran déploie une nouvelle orientation

 

 

Source : Tehran Times

 

 

TEHERAN - Alors que l'Occident attend avec impatience un signe de tête affirmatif de l'Iran pour reprendre les pourparlers nucléaires de Vienne au point mort sur la relance d'un accord nucléaire de 2015, la nouvelle administration iranienne trace patiemment une voie stratégique vers la consolidation des liens avec l'Est.

 

Une étape majeure sur cette voie a été franchie vendredi lorsque l'Iran a annoncé qu'il mettait fin à un statut périphérique de 16 ans à l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) pour devenir membre à part entière de l'organisme régional.

 

« À l'issue du 21e sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui s'est tenu à Douchanbé, la capitale tadjike, les dirigeants des huit principaux membres de l'organisation sont convenus de changer la composition de la République islamique d'Iran de membre observateur à membre à part entière et a signé les documents inhérents », a déclaré la présidence iranienne dans un communiqué. "En conséquence, le processus technique permettant à l'Iran de devenir l'un des principaux membres de l'organisation a commencé, et l'Iran coopérera désormais et interagira avec les pays membres en tant que membre principal de l'importante organisation régionale."

 

L'adhésion a été obtenue lors de la première visite à l'étranger de l'ayatollah Seyed Ebrahim Raisi en sa qualité de président iranien. Ainsi, cela donne un coup de pouce à l'équipe de Raisi au début de sa politique étrangère orientée vers l'Asie.

 

L'adhésion de l'Iran à l'OCS pourrait être la première étape sur la voie de la politique déclarée de l'administration Raisi de renforcer les relations avec les voisins et les organisations régionales.

 

S'adressant au sommet de l'OCS à Douchanbé, l'ayatollah Raisi a détaillé cette politique. "Lorsque j'ai pris la présidence de la République islamique, j'ai présenté mon orientation en matière de politique étrangère comme étant axée sur le" multilatéralisme économique "et le renforcement de la" politique de voisinage "dans son sens le plus large, et le renforcement de la présence dans les organisations régionales", a-t-il déclaré.

 

Le président iranien a ajouté : « La combinaison des initiatives Eurasia et One Road-One Belt peut amener à une réalisation objective de cette approche par rapport au vaste potentiel de la République islamique d'Iran en termes de géopolitique, de population, d'énergie, de transport, de ressources humaines, et surtout la spiritualité, la culture et la civilisation peuvent stimuler de manière significative cette perspective. »

 

Le plus haut diplomate iranien, Hossein Amir Abdollahian, a qualifié l'adhésion du pays à l'OCS de « stratégique » qui aura un impact important sur la coopération « globale » de l'Iran dans le cadre de la politique de voisinage orientée vers l'Asie.

 

L'adhésion a été rendue possible en partie grâce au soutien et à la diplomatie de la Russie. Les préparatifs pour la réalisation de l'adhésion de l'Iran à l'OCS ont été révélés pour la première fois à la mi-août, lorsque Ali Shamkhan, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a annoncé, après un appel téléphonique avec son homologue russe Nikolai Patrushev, que l'Iran deviendrait bientôt membre à part entière de la SCO.

 

"Heureusement, les obstacles politiques à l'adhésion de l'Iran au CO de Shanghai ont été levés et l'adhésion de l'Iran sera finalisée", a déclaré Shamkhani sur Twitter en août.

 

Abdollahian a également déclaré que son homologue russe Sergueï Lavrov et le président russe Vladimir Poutine ont soutenu l'adhésion iranienne. Dans un tweet vendredi, Abdollahian a déclaré avoir rencontré Lavrov en marge du sommet de l'OCS à Shanghai à Douchanbé et l'a remercié ainsi que Poutine pour leur soutien à l'adhésion de l'Iran à l'organisation.

 

L'Iran est en pourparlers avec la Russie et la Chine au cours des dernières années pour signer des partenariats stratégiques à long terme qui pourraient façonner sa politique étrangère pour les décennies à venir. En rejoignant l'OCS, l'Iran s'est rapproché de la finalisation de ces partenariats et a fait avancer sa nouvelle politique étrangère centrée sur l'Asie, qui repose sur deux piliers : des liens renforcés avec ses voisins et des partenariats stratégiques avec des puissances non occidentales.

 

Vendredi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a souligné cette nouvelle politique dans un tweet.

 

« Accueillir chaleureusement la décision de l'OCS d'approuver l'adhésion à part entière de l'#Iran. Une étape majeure vers le renforcement des liens avec les voisins et une impulsion importante pour notre politique étrangère centrée sur l'Asie. Nous poursuivrons nos efforts pour tirer parti des initiatives autochtones pour le bien de la région », a déclaré Khatibzadeh.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
12 septembre 2021 7 12 /09 /septembre /2021 10:56
La théorie du Heartland et la dualité puissance de la terre vs puissance de la mer (par Richard Heathen)

La théorie du Heartland et la dualité puissance de la terre vs puissance de la mer

 

Par Richard Heathen

 

Source : Katehon

 

Hartford J. Mackinder, un intellectuel britannique formé à Oxford qui a été député représentant l'arrondissement de Glasgow Camlachie, est souvent cité comme le père de la géopolitique pour sa « Théorie du Heartland » révolutionnaire. Il a d'abord posé la théorie du Heartland dans un article, The Geographical Pivot of History, soumis à la Royal Geographical Society en 1904, qu'il a développé au lendemain de la Première Guerre mondiale dans son livre de 1919, Democratic Ideals and Reality. Selon Mackinder, les continents interconnectés d'Europe, d'Asie et d'Afrique constituaient ce qu'il appelait l'île-monde. Du point de vue de Mackinder sur la géopolitique, le contrôle de l'île-monde était au centre du contrôle de ce qu'il appelait le Heartland, la vaste partie de l'Eurasie, en particulier la Russie, qui était hors de portée de la puissance maritime. Selon Mackinder, quelle que soit la puissance qui contrôle l'île-monde, elle devenait la puissance prédominante du globe.

 

Du point de vue de Mackinder, le Heartland a toujours été une source de tyrannie, de barbarie et est culturellement arriéré. Il croyait que l'histoire européenne était définie par l'interaction entre l'Europe et l'Asie, et qu'une grande partie du dynamisme de la civilisation européenne était une réponse créative aux prédations des tribus guerrières nomades de l'Est. Pour citer Mackinder :

 

« Je vous demande donc de considérer un instant l'Europe et l'histoire européenne comme subordonnées à l'Asie et à l'histoire asiatique, car la civilisation européenne est, dans un sens très réel, le résultat de la lutte séculaire contre l'invasion asiatique. » [1]

 

En fait, Mackinder attribue aux maraudeurs nomades des steppes orientales la création de l'État et du peuple français en forçant les Francs, les Goths et les provinciaux romains à s'unir et à faire face à l'envahisseur oriental. Il suggère alors que c'est peut-être cette pression qui a forcé les Angles et les Saxons à se retirer de l'autre côté de la Manche, contribuant ainsi à créer l'Angleterre. Il attribue également à cette pression du Heartland la création de Venise, la puissance maritime médiévale prédominante, en réponse à la destruction d'Aquilée et de Padoue par les Huns. Mackinder va même jusqu'à suggérer que peut-être la montée du monde hellénique des anciens Grecs pourrait être considérée comme une réaction contre les Scythes. Selon Mackinder, l'Europe de l'Est en Hongrie a été le point d'atterrissage de cavaliers violents et despotiques qui ont brutalisé la civilisation européenne à maintes reprises, comme un marteau. Ainsi, justifie-t-il sa vision du monde eurasien comme barbare, et au cœur de ce qu'il qualifie de « despotisme ».

 

Considérant que Mackinder oppose sa vision de la barbarie violente de la civilisation terrestre à celle des terres côtières de l'Europe occidentale comme culturellement avancées, civilisées et progressistes, probablement en raison de l'influence de la mer et de la longue histoire des empires commerciaux de la puissance maritime dans l'Europe occidentale, incarnée par les Britanniques et remontant à l'Antiquité, au Moyen Âge et aux époques pré-modernes avec Carthage, Venise et l'éphémère république maritime de la « Vraie Liberté » des Hollandais, respectivement. Mackinder a théorisé que le Heartland était séparé de l'Europe occidentale par une ligne allant de la mer du Nord à l'Adriatique, situant ainsi l'Europe de l'Est dans le Heartland. C'est donc à travers cette lentille qu'il envisage les conflits de l'histoire européenne. Par exemple, il considérait la moitié orientale de l'Allemagne sous la direction de la Prusse, auquel il incluait à la fois la Russie et l'Autriche-Hongrie, toutes comme des manifestations de la même force, la puissance terrestre du Heartland, et a ainsi vu la neutralité de ces deux puissances dans la guerre Franco-Prussienne de 1870 comme une solidarité entre autocraties du Heartland. Il considérait les guerres en Europe de l'Est comme ayant peu de conséquences, qualifiant ces conflits de « querelles de famille ». Ainsi, il croyait que la division entre la géopolitique européenne et non européenne était une fausse distinction et, au lieu de cela, que le Heartland fonctionnait comme « une force unique dans les affaires du monde ».

 

Pour la plupart, ce sont les autocraties d'Europe de l'Est qui dominaient le Heartland, tandis que l'Angleterre était dominante dans la zone côtière de l'Inde et de l'Asie, comme en témoigne la première guerre de l'opium, une guerre mercantiliste menée contre l'empire chinois par l'Angleterre. La domination en Europe de l'Est a permis à l'Allemagne de contrôler essentiellement le Heartland, ce qui en théorie leur a donné une hégémonie mondiale potentielle. Selon Mackinder :

 

« Qui dirige l'Europe de l'Est commande le Heartland : Qui dirige le Heartland commande l'Ile-Monde : Qui dirige l'Ile-Monde commande le Monde. » [2]

 

Mackinder considérait l'expansion de la Prusse et l'unification de l'Allemagne sous la monarchie prussienne des Hohenzollern comme l'expansion de la puissance terrestre tyrannique du Heartland. Il croyait que, grâce à la direction du grand homme d'État Otto Von Bismarck, la porte avait été ouverte au « militarisme Junker », entraînant une poussée prussienne vers l'ouest et l'assujettissement de ce qu'il considérait comme les Allemands de l'Ouest éclairés, dont il considérait les petites principautés comme étant historiquement membres des États côtiers d'Europe occidentale, avant l'unification allemande. Ainsi, Mackinder croyait que toute l'histoire de l'Europe était la tyrannie de la puissance terrestre de l'Est contre ce qu'il qualifiait de « liberté océanique ». La contextualisation du monde par Mackinder a sans aucun doute imprimé un sentiment profond au sein des élites anglaises. On peut voir implicitement dans la réponse de l'élite anglaise à l'Allemagne au début du XXe siècle, et la réponse de l'élite américaine à la Russie aujourd'hui, qu'ils ont une réaction instinctivement négative aux puissances terrestres avec une culture qui se plie davantage à la Tradition, par opposition au cosmopolitisme. Les élites britanniques ne voyaient pas seulement la montée de l'Allemagne comme un concurrent géostratégique, mais comme une menace existentielle pour leur mode de vie même. Comme l'a écrit Christopher Layne, professeur d'affaires internationales à la Texas A&M University :

 

« Les élites britanniques ont commencé à considérer la puissance économique croissante de l'Allemagne comme une menace. De plus, ils en voulaient au succès économique de l'Allemagne parce qu'il était le résultat de politiques commerciales et industrielles qu'ils considéraient comme injustes : la prospérité allemande, selon eux, dérivait de l'intervention de l'État plutôt que de l'approche libérale et du laisser-faire qui gouvernait l'économie politique du Royaume-Uni. Les élites britanniques nourrissaient également une profonde antipathie envers l'Allemagne parce qu'elles considéraient sa culture politique – qui privilégiait l'armée et ses valeurs – comme fondamentalement antithétique aux valeurs libérales. En termes simples, ils pensaient que l'Allemagne était un acteur irrémédiablement mauvais. Il n'est pas étonnant qu'une fois la guerre commencée, les Britanniques en soient rapidement venus à comprendre le conflit comme une croisade idéologique opposant le libéralisme à l'autocratie et au militarisme prussiens… ». [3]

 

Mackinder rejette presque tout le blâme de la Première Guerre mondiale sur l'Allemagne, faisant référence à la supposée « agression criminelle » des Allemands, tout en accusant les Britanniques d'une sorte de négligence naïve face à un ennemi aussi agressif et « militariste ». C'est parce que ces tensions représentent plus qu'un simple conflit d'intérêts stratégiques, mais deux visions fondamentales de la vie. Terre contre mer, Tradition contre cosmopolitisme, la stabilité des racines fermes et ancrées dans la terre ferme, comme les racines d'un arbre contre le mouvement constant et la fluidité de l'eau, représentant un changement constant.

 

« Probablement qu’à partir de 1908 environ, une collision était inévitable ; il arrive un moment où les freins n'ont plus le temps d'agir. La différence de responsabilité britannique et allemande peut peut-être être énoncée ainsi : le conducteur britannique a démarré le premier, et a couru négligemment, négligeant les signaux, tandis que le conducteur allemand a délibérément renforcé et blindé son train pour résister au choc, l'a mis sur la mauvaise ligne, et au dernier moment a ouvert ses papillons. » [4]

 

« Le Going Concern est, de nos jours, la grande réalité économique ; il a été utilisé criminellement par les Allemands et aveuglément par les Britanniques. » [5]

 

Les élites britanniques considéraient les méthodes allemandes d'organisation économique comme une menace pour leur suprématie, subversives pour l'ordre mondial dont elles étaient les gardiens, et donc immorales. Mackinder pensait que l'accueil par l'Angleterre de l’Union douanière [Zollverein] formé en 1833 était naïf, car ce n'était pas une expression du libéralisme britannique et du libre-échange, mais du protectionnisme. En éliminant la concurrence extérieure à l’Union allemande, il accordait un avantage non disponible dans le système de libre-échange britannique, et était donc un anathème pour ce système. Cela a été considéré comme un signe d'hostilité et même d'agression par les puissances dirigeantes d'un empire commercial qui était basé sur le commerce et la suprématie économique.

 

« Ce n'est qu'en 1878, date du premier tarif scientifique, que l'épée économique de l'Allemagne fut dégainée. » [6]

 

Pour les États de la puissance maritime, l'économie n'est qu'une guerre par d'autres moyens. Dans son essai intitulé Terre et Mer, le juriste allemand Carl Schmitt expose les différents points de vue concernant la guerre, le commerce et l'économie pour les États de la puissance maritime et les empires de la puissance terrestre. Alors que les puissances terrestres chercheront des batailles décisives qui laissent souvent la population civile tranquille, à condition qu'elle ne s'implique pas dans les affaires militaires, cette distinction entre intérêts économiques et sécuritaires est beaucoup moins définie pour l'État maritime, et donc la barrière entre civils et militaires disparaît, ou du moins devient beaucoup moins importante. Cela a pu être constaté par le blocus des puissances alliées de l'Allemagne après les deux guerres mondiales qui a laissé la population civile affamée et dans une pauvreté abjecte, où il est devenu évident qu'il n'y avait pas de séparation entre les civils et le personnel militaire, et peu de distinction entre la concurrence économique et la guerre. La vie économique, et donc la substance matérielle dont dépend toute la population d'une nation, devient un jeu équitable. Dans la pratique, cela détruit toute barrière réelle entre les combattants et les non-combattants, en raison du degré auquel l'État de la puissance maritime commerciale s'appuie sur son économie pour sa sécurité nationale, car historiquement la plupart des États de la puissance maritime sont des empires commerciaux, donc l'économie est plus souvent utilisée comme un outil au sein de l'arsenal de la sécurité nationale. C'est pourquoi les Britanniques considéraient la stratégie allemande de « l'économie nationale », le protectionnisme par les tarifs douaniers et la gestion étatique de l'économie, par opposition au laissez-faire, comme une forme de guerre, d'où l'utilisation par Mackinder du terme « épée économique ». Selon Schmitt :

 

« Pour la guerre terrestre, les États du continent européen ont construit certaines formes depuis le XVIe siècle, à la base desquelles se trouve l'idée que la guerre est une relation entre État et État. Des deux côtés, il y a une puissance militaire organisée par l'État, et les armées se battent entre elles, sur le champ de bataille ouvert. Seuls les hôtes combattants s'affrontent en ennemis, tandis que la population civile non combattante reste en dehors des hostilités. La population civile n'est pas un ennemi et ne doit pas être traitée comme un ennemi tant qu'elle ne prend pas part au combat. Pour la guerre maritime, au contraire, à sa base se trouve l'idée que le commerce et l'économie de l'ennemi doivent être ciblés. L'ennemi dans une telle guerre n'est pas seulement l'adversaire combattant mais aussi chaque membre d'un État ennemi, et enfin aussi la partie neutre qui fait du commerce avec l'ennemi et qui entretient une relation économique avec l'ennemi. La guerre terrestre a tendance à la bataille ouverte décisive. Dans la guerre maritime, cela peut aussi naturellement se transformer en bataille navale, mais ses moyens et méthodes typiques sont le bombardement et le blocus des côtes ennemies et la saisie des navires ennemis et neutres conformément au droit de capture. Il est fondé sur l'essence de ces moyens typiques de guerre maritime qu'ils peuvent être dirigés contre les combattants aussi bien que les non-combattants. En particulier, un blocus visant à la famine frappe, sans distinction, toute la population du domaine bloqué, la population militaire et civile, hommes et femmes, personnes âgées et enfants. [7]

 

Mackinder a réfléchi non sans rancœur sur la façon dont l'Allemagne a utilisé sa stratégie d' « économie nationale » au profit des besoins à la fois de l'État allemand et du peuple allemand, au détriment des marchands de l'empire britannique. La colère et l'inquiétude d'Anglais comme Mackinder furent suscitées par la stratégie allemande, qui représentait un système complètement différent et compétitif, contre lequel leur mercantilisme était mal adapté pour rivaliser et qui hérissait leur sensibilité de marchands insulaires. En subordonnant les banques et autres intérêts commerciaux à l'État, tout en plaçant les chemins de fer sous son contrôle direct, l'Allemagne a pu rationaliser la production, donner des emplois au peuple allemand et développer sa population à une époque où la main-d'œuvre était au cœur de la prospérité économique.

 

Pourtant, pour Mackinder, ce n'était pas seulement l'accumulation de main-d'œuvre industrielle qui représentait un danger stratégique pour les États côtiers d'Europe occidentale. Ce surplus de population a donné aux moteurs du « militarisme prussien » la capacité de faire des ravages selon lui. Mackinder croyait que le seul facteur qui gardait le pouvoir du Heartland à distance, était son incapacité historique à rassembler la main-d'œuvre nécessaire pour être une menace stratégique vraiment inquiétante ; le fait que l'Allemagne ait comblé ce fossé était d’une importance cruciale pour lui. Il croyait que c'était cette population excédentaire déchaînée à des fins militaires qui avait conduit à la destruction sans précédent due à la Première Guerre mondiale.

 

Ironiquement, Mackinder accuse la culture allemande ou « Kultur », d'être matérialiste en raison de ce qu'il considère comme une focalisation singulière sur l'efficacité au détriment de tout le reste, ou ce qu'il appelle la mentalité allemande des « voies et moyens ». Cependant, il ne prend pas en considération le matérialisme impitoyable inhérent à la culture britannique, avec la préoccupation de la classe supérieure anglaise pour le darwinisme, et il se concentre sur les marchés en tant que mécanisme pour déterminer le «bien», quel que soit le résultat social. C'est précisément ce type de pensée utilitariste qui a conduit au darwinisme social, qui a encouragé une froide indifférence de la classe supérieure anglaise à la souffrance de leurs compatriotes de la classe inférieure dans les retombées de la révolution industrielle, et les divers Enclosure Acts qui ont déraciné les paysans de leurs terres pour les forcer à s’installer dans les villes. Le darwinisme social reprend la logique du darwinisme, selon laquelle la vie est une lutte compétitive pour la survie, et applique cette logique à sa position au sein d'une hiérarchie sociale dans le cadre d'une économie de marché. L'idée générale étant que une fois que les privilèges aristocratiques auraient été éliminés, ou du moins émoussés, et qu'une économie de marché se serait instaurée dans laquelle chacun pourrait participer quel que soit son rang social, ceux qui tomberaient dans les bas-fonds sociaux le feraient parce qu'ils seraient de souche inférieure, ou en raison de quelque autre défaut inhérent à leur être, et mériteraient ainsi leur sort.

 

Cela reflète le sentiment général d'isolement désintéressé inhérent à un peuple insulaire à culture commerciale, se sentant séparé du monde. Alors que la vision allemande de la vie est beaucoup plus centrée sur la communauté en tant qu'ensemble organique, le noyau de l'Allemagne du début du 20e siècle étant la tradition militaire prussienne.

 

Mackinder fustige les Allemands pour leur domination historique et leur conquête des peuples slaves dans leur voisinage géographique, mais si nous examinons l'histoire anglaise, nous pouvons voir que les Britanniques ont été au moins aussi impitoyables dans leur traitement de leurs sujets. Mis à part leurs projets coloniaux à l'étranger dans des endroits comme l'Afrique ou les Amériques, il suffit d'examiner leur traitement des Irlandais, un cas qui peut servir de comparaison avec le traitement des Slaves par l'Allemagne, en raison de leur similitude ethnique et de la proximité géographique avec l'Angleterre. Selon certaines estimations, plus d'un million de personnes sont mortes pendant la famine irlandaise de la pomme de terre, alors que les fermiers irlandais endettés sous la houlette des propriétaires britanniques ont été contraints de vivre dans la pauvreté, ne subsistant que de pommes de terre, tandis que toutes les autres cultures vivrières étaient exportées à l'étranger. Un champignon viral a décimé les récoltes de pommes de terre en 1845-1851, d’où plus d'un million de personnes sont mortes de faim ou de maladies liées à la malnutrition. Pendant la famine, un quart de million de fermiers et leurs familles ont finalement été expulsés de leurs terres entre 1845 et 1854 par leurs seigneurs anglais. La réaction de Londres aux souffrances abjectes des Irlandais pendant la famine a été froide et indifférente, l'historien irlandais Tim Pat Coogan accusant l'État britannique de faire très peu en dehors d'une campagne d’information. Dans son livre The Family Plot, Coogan soutient que le gouvernement anglais s'est tenu volontairement à l'écart et a laissé la famine suivre son cours, affirmant ainsi que cette indifférence cruelle peut être qualifiée de génocide. Que nous acceptions ou non l'acte d'accusation sévère de Coogan, les Anglais n'avaient pas de légitimité pour condamner les Allemands pour leur traitement à l’égard de leurs sujets, et leur insistance à le faire paraissait si absurde qu'elle manifestait en fait une antipathie tenace qui peut simplement, bien que je n’en suis pas sûr, être expliquée par un appel à l'intérêt national.

 

La famine irlandaise de la pomme de terre a été beaucoup plus dévastatrice pour le peuple irlandais que tout ce qu'a connu la population slave d'Allemagne, et était au moins aussi historiquement pertinente au moment où cela s’est passé que tous les événements que [Mackinder] exploitait pour diaboliser l'Allemagne, à l'exception de la Première Guerre mondiale, sur laquelle il avait un point de vue biaisé. Mackinder et l'élite anglaise rejettent la responsabilité de la Première Guerre mondiale uniquement sur l'Allemagne, accusant le Kaiser et les Junkers d'avoir utilisé l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand comme prétexte pour plonger avec empressement le monde entier dans la Première Guerre mondiale, telle une nation d'hommes insensés. Pourtant, comme nous le verrons dans des articles ultérieurs, ce n'était tout simplement pas le cas. En effet, cela met simplement en exergue les antagonismes culturels entre la culture terrestre et marine [puissances maritimes vs puissances continentales NdT]. Examinons maintenant les choses du point de vue prussien.

 

 

LE POINT DE VUE PRUSSE

 

Pour comprendre le point de vue des Allemands, en particulier le point de vue prussien, nous nous référerons au philosophe historien Oswald Spengler, et à son essai, Prussianism and Socialism. Dans cet essai approfondi, Spengler oppose le libéralisme anglais d'une part, et le socialisme prussien d'autre part. Cependant, le concept de Spengler du socialisme prussien, qui met l'accent à la fois sur la vertu martiale et une coopération sociale un pour tous, par opposition à la guerre des classes et à une révolution prolétarienne pour s'emparer des moyens de production, ressemble plus au fascisme qu'au marxisme.

 

Spengler a remarqué une division dans la mentalité du peuple allemand, deux natures distinctes. Il y avait la nature prussienne, et ce qu'il identifia comme un côté négatif du caractère allemand, représenté par le libéralisme allemand qu'il croyait n'être jamais qu'une pauvre imitation de l'anglais. Cela rejoint la vision de Hartford Mackinder de la division entre le peuple allemand, l'Allemagne de l'Ouest faisant partie des États côtiers culturellement éclairés de l'Europe occidentale, et le despotisme du Heartland, qui a commencé avec la Prusse et s'est dirigé vers l'est. Alors que Spengler ne reconnaissait pas le conflit comme étant de nature géopolitique ou le rôle de la mer comme source de subversion culturelle, il comprenait intrinsèquement cette division au sein de l'Allemagne et considérait la Prusse comme la force motrice d'une perspective uniquement allemande.

 

Contrairement à Mackinder, Spengler était plus enclin à donner leur dû à ses rivaux idéologiques de l'île, mais il reconnaissait un profond fossé entre la vision du monde des Anglais et celle des Prussiens. Au lieu de la liberté de l'individu de se tailler une existence aux dépens de n'importe qui sur son chemin, ce qui est la voie des Anglais, la vision prussienne déclare que c'est la nation, ou, selon les termes de Spengler, la « totalité » qui est importante. Cela peut se résumer par une citation de Frédéric le Grand, le grand monarque prussien, que « Le roi n'est que le premier serviteur de l'État ».

 

La vision prussienne était bien une vision martiale de la vie, non pas de manière guerrière, mais dans la mesure où le sens du devoir était primordiale, chaque citoyen ayant sa place dans l'ensemble. Alors que, pour un Anglais, le travail était un fardeau auquel on espérait échapper en devenant riche, un véritable signe de la grâce et de l'approbation de Dieu, pour le Prussien, le travail était un devoir envers la nation, l'État, son peuple. Cela explique en grande partie la préoccupation prussienne d'efficacité, car son travail, en particulier dans l'armée, n'était pas seulement un travail, mais une vocation, un devoir auquel on vouait tout son être par sens du service. Alors que Mackinder considérait la mentalité prussienne comme mécanique, le produit d'un esprit militaire froid et mécanique, Spengler considérait la vision prussienne en des termes radicalement différents. Pour Spengler, c'était l'incarnation de traits spirituels et d'une manière d'être spécifique, qu'aucun Anglais ne pourrait jamais comprendre en raison de leur nature complètement divergente.

 

Bien que Spengler ne reconnaisse pas spécifiquement l'influence de la mer, il reconnaît que les Anglais et les Prussiens ont une ascendance commune, et semble croire que c'est l'esprit viking qui a inspiré ses cousins Anglais à se tourner vers la mer à la recherche de butin. Selon Spengler :

 

« La colonisation organisée de la frontière slave impliquait des Germains de toutes les tribus, mais la région était dirigée par des nobles de Basse-Saxe. Ainsi le peuple prussien, par son origine, est étroitement lié aux Anglais. Ce sont les mêmes Saxons, Frisons et Angles qui, en tant que bandes vikings itinérantes, et souvent sous des noms normands et danois, ont soumis les Britanniques celtiques…

 

… Chez les Whigs, nous pouvons discerner l’attrait normand pour la piraterie et le pillage, sa poursuite de triomphes rapides et faciles avec un butin portable abondant » [8]

 

Spengler oppose l'esprit de raid du Viking à l'esprit communautaire du chevalier teutonique, qui a progressivement divergé en deux visions du monde complètement différentes, avec ce qu'il définit comme des « impératifs éthiques » contradictoires. Les Anglais exaltaient une liberté personnelle et indépendante tandis que les Prussiens se rangeaient sous les principes d'un « esprit communautaire supra-personnel ». Les Prussiens exaltaient les vertus martiales telles que la loyauté, la discipline, l'altruisme et un sens prononcé du devoir. Selon Spenglers, un sens profond du devoir est l'essence même de ce que signifie être « prussien », en ce sens. Une volonté de chaque individu de se sacrifier pour le bien de la totalité. Pour Spengler, la mentalité de tous pour tous offre, pour les meilleurs exemples de la souche prussienne, une « glorieuse liberté intérieure », qu'aucun Anglais ne pourrait comprendre en raison de ses notions de liberté privée et personnelle déconnectée de l'ensemble de la société. Là où l'Anglais a sa maison privée ou sa boutique, le Prussien a l'armée et la fonction publique.

 

Du point de vue de Spengler, tant le parti conservateur allemand que le parti socialiste allemand de cette époque représentaient cette idée prussienne du tout pour tous. Alors qu'à première vue, ils semblaient être en désaccord, ils étaient en réalité l'expression du même idéal et, au fond, étaient tous deux en désaccord avec les libéraux allemands qui, à son avis, n'étaient qu'une parodie des libéraux britanniques, agissant comme des « idiots utiles » au service des intérêts du capital financier.

 

 

STRATÉGIES DE LA TERRE VS LA MER

 

Les États ayant une puissance maritime ont généralement peu accès à de vastes étendues de terres, disposent de ressources naturelles limitées et choisissent donc de tirer parti de la puissance maritime pour tenter d'obtenir un avantage asymétrique sur leurs rivaux terrestres. Ces États se tournent vers la mer pour compenser leur position par ailleurs faible, et le font en se concentrant sur la suprématie navale et le commerce. C'est grâce au commerce qu'ils sont capables d'acquérir une puissance économique, qu'ils utilisent pour fortifier leur force navale et pour surveiller les routes commerciales. Grâce à cette stratégie, ils sont capables à la fois de projeter leur puissance (par le contrôle du commerce sur les mers) et de protéger leurs intérêts commerciaux – l'épine dorsale de tout État de puissance maritime. La Ligue Délienne a commencé à la manière d’un syndicat en 478 avant JC, mais en 454 avant JC, elle a fini par devenir essentiellement l'Empire athénien. Ainsi, en renforçant sa puissance économique par le commerce, Athènes a pu devenir la puissance maritime dominante de son temps et ainsi réaliser ses ambitions impériales.

 

C'est la position insulaire de l'Angleterre qui a permis à l’île-nation de se lancer seule et d'abandonner le système continental de l'Europe. Sous Henri VIII, l'Angleterre s'est extirpée du système européen, notamment en purgeant l'influence de l'Église catholique romaine, en créant l'Église d'Angleterre et en en faisant l'institution religieuse officielle de l'Angleterre. Grâce à cette action, Henry a pu utiliser la Réforme pour solidifier son pouvoir et contester l'idée que son autorité était de quelque manière que ce soit subordonnée au système continental ou secondaire à celle de l'Église catholique romaine ou du Saint Empire romain. Pour assurer son indépendance nouvellement déclarée du système européen, il a renforcé la Royal Navy.

 

Henri VIII a financé la marine en saisissant, puis en liquidant, les actifs des monastères catholiques romains et en plaçant ces actifs dans le trésor royal. [9] Cela a conduit à la création d'un nouveau système et d'une nouvelle aristocratie qui comprenait des marchands, des avocats et d'autres bourgeois, qui ont aidé la Couronne à capitaliser sur la saisie des biens et des ressources de l'Église, et qui ont été utilisés pour construire la nouvelle marine. [10]

 

Les monarques successifs dépendaient d'intérêts privés pour aider à financer la Royal Navy, en raison des contraintes imposées à la Couronne anglaise par le Parlement après « La Glorieuse Révolution », et lorsque le monarque anglais refusa de partager le pouvoir avec la ville de Londres comme dans le cas de la Dynastie Stuart, l'argent n'était pas au rendez-vous. Finalement, la Royal Navy s'est à nouveau retrouvée financée par les intérêts financiers de plus en plus ancrés de Londres et, selon l'historien naval Andrew Lambert, après 1688, la Couronne a cédé le contrôle de la Royal Navy à la City de Londres [11]. C'est ainsi que la position insulaire de l'Angleterre conduisit à la création d'un empire commercial maritime qui représentait les intérêts des marchands et des banquiers.

 

Selon Spengler, le sentiment anglais d’insularité a pris naissance avec l’orientation des Vikings vers la mer à la recherche de butin et par le fait d'être sur une île protégée à la fois des ennemis potentiels et des conflits continentaux de l'Europe, alors que la situation inverse s’est faite pour les Prussiens. La Prusse, par la simple géographie et les circonstances, a été entraînée dans les conflits de puissances beaucoup plus grandes, telles que la Russie et la France. Pourtant, c'est par cette pression et cette proximité constante du danger que la Prusse a été forcée de renforcer son potentiel militaire. Alors que les Anglais ont été façonnés par leur « splendide isolement », la mentalité prussienne, quant à elle, a été façonnée, d'une part, à travers les différentes guerres et conflits avec de plus grandes puissances, et d'autre part par la monarchie des Hohenzollern de Brandebourg. En plus de gouverner le Brandebourg, la monarchie des Hohenzollern a également gouverné un ensemble de terres disparates et dispersées, les consolidant finalement toutes dans le royaume de Prusse, après quoi, elles se sont lancées dans la construction consciente d'une identité nationale. Il était important de rassembler ces terres sous une même bannière, avec une seule identité, si le royaume naissant voulait survivre. C'est cette pression, ces conflits et la puissance avec laquelle la Prusse a dû rivaliser pour survivre qui ont forcé ce petit royaume à rationaliser son armée et à maximiser sa puissance. En fait, la Prusse a fait face à de nombreuses destructions et a été réduite à un état croupion par Napoléon, avant de reprendre sa place en Europe et de devenir plus forte que jamais. Ainsi, la stratégie prussienne de solidarité nationale, illustrée par son «économie nationale», était le produit d'une histoire qui obligeait les Prussiens à adopter une vision nationale plus communautaire pour survivre, et n'était pas une stratégie de conquête universelle. Pourtant, pour les États puissants, le choix est souvent de conquérir ou d'être conquis.

 

Tout comme l'État germanique de Prusse a dû s'adapter aux réalités géopolitiques de son époque, l'autre grande puissance terrestre du Heartland, la Russie, a fait de même. À ses débuts, la Russie n'était géographiquement que des terres plates, et avait peu ou pas de barrières géographiques telles que des montagnes ou des déserts et très peu de rivières, et elle était donc difficile à défendre lorsqu’elle fut constamment attaquée par les mêmes hordes asiatiques en maraude que Mackinder associe au cœur eurasien. Ivan le terrible a mis en œuvre une politique agressive, mieux résumée dans l'expression « l'attaque comme défense ». Sous Ivan, la Russie s'est développée agressivement, par nécessité, car ce n'est que par cette politique agressive que l'État russe a pu repousser les Mongols. Les empires du pouvoir foncier s'étendent territorialement par la conquête de terres toujours plus adjacentes par nécessité, de peur qu'ils ne subissent la même forme d’agression due à un pouvoir voisin, et en tant que tels, ils nécessitent un État centralisé fort pour administrer leurs terres qui comprennent souvent des populations qui ne s'identifient pas initialement avec le pouvoir autoritaire institué. Cette situation incite à devoir assimiler culturellement les nouveaux territoires à la périphérie de l'empire. Par conséquent, tout comme la Prusse qui avait besoin d'imposer une identité culturelle pour solidifier l'État prussien, un État central plus intégrateur en harmonie avec des formes culturelles communautaires et traditionnelles s’est avéré nécessaire afin de maintenir plus facilement la cohérence d’un empire composé de peuples culturellement divers avec peu en commun, et ce de façon à autant créer un sentiment de communauté que d’éviter les conflits. Cet État totalisateur centralise aussi souvent le contrôle économique et militaire dans la capitale.

 

On voit ainsi le rôle évident que joue la géographie dans la formation des nations et des civilisations. Et ce par rapport à la mentalité anglaise, avec ses préjugés exprimés par Mackinder – formé par son « splendide isolement » – qui considère les empires terrestres d'Eurasie comme une source de tyrannie et de despotisme, ne comprenant pas les pressions géographiques et historiques qui conduisent à la création de ces États. Par conséquent, le conflit idéologique entre les puissances terrestres et les puissances maritimes, tel qu'illustré par l'Angleterre et la Prusse au début du XXe siècle ou par la Russie et les États-Unis aujourd'hui, est centré sur leur vision de l'État. Le point de vue du pouvoir foncier de l'État incarne les principes d'unité, de coopération de classe, et voit ainsi la société comme un tout cohérent, alors que le point de vue anglais remplace l'idée prussienne de l'État par l'idée de l'individu interagissant dans le contexte du marché, de l'économie, poursuivant leurs soi-disant «intérêts personnels rationnels». J'explorerai toutes ces idées beaucoup plus en détail dans les prochains articles, mais je doit en rester là pour le moment, car je pense que c'est une introduction suffisante à quelques-uns des concepts centraux dont nous discuterons à l'avenir.

 

 

CITATIONS

[1] The Geographical Pivot of History, Hartford Mackinder, 1904

[2] Democratic Ideals and Reality, Hartford Mackinder, 1918

[3] Coming Storms: The Return of Great-Power War, Christopher Layne, Foreign Affairs October, 13th 2020

[4] Democratic Ideals and Reality, Hartford Mackinder, 1918

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Land & Sea, Carl Schmitt, 1942

[8] Prussianism and Socialism, Oswald Spengler, 1919

[9] Seapower States: Maritime Culture, Continental Empires, and the Conflict that Made the Modern World, Andrew Lambert, Yale University Press 2018

[10] Ibid.

[11] Ibid.

 

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 18:57
TOURNEZ-VOUS VERS L'ORIENT : LE FORUM ÉCONOMIQUE ORIENTAL COMME POINT FOCAL ÉCONOMIQUE DU MONDE POST-OCCIDENTAL (Katehon)

TOURNEZ-VOUS VERS L'ORIENT : LE FORUM ÉCONOMIQUE ORIENTAL COMME POINT FOCAL ÉCONOMIQUE DU MONDE POST-OCCIDENTAL

 

Source : Katehon

 

 

Vladivostok. Traditionnellement, le Forum dans la plus grande ville de l'Extrême-Orient russe attire l'attention des entreprises russes et étrangères, ainsi que des dirigeants mondiaux. Outre le président russe Vladimir Poutine, le Forum a déjà réuni des dirigeants de Chine, d'Inde, du Japon, de Corée du Sud, de Malaisie, de Mongolie et d'autres pays asiatiques.

 

Cette année, malgré la pandémie de coronavirus en cours, le Forum promet d'être aussi représentatif qu'avant. La session plénière du 3 septembre comprendra des allocutions en ligne de chefs d'État et de gouvernement d'Argentine, d'Inde, du Kazakhstan, de Chine, de Mongolie, de Russie et de Thaïlande. Selon les organisateurs, le Forum économique Oriental de cette année ne pourra accueillir plus de 5 000 personnes - pour des raisons sanitaires et épidémiologiques. En 2019, un record de fréquentation de 8 000 personnes avait été battu. Le Forum n'avait pas eu lieu en 2020 en raison de la pandémie. Cette année, les organisateurs promettent de garder la situation sanitaire et épidémiologique sous contrôle, ce qui implique certaines restrictions pour les participants.

 

Tous les participants hors ligne seront testés pour le coronavirus et les organisateurs prévoient d'assurer la sécurité sanitaire. Il existe une forte concurrence d'entrées d'invités étrangers de 51 pays, ce qui montre que les autorités russes sont dignes de confiance à cet égard.

 

Afin d'assurer un accès maximal des pays asiatiques au Forum, des studios interactifs seront installés à Shanghai, Tokyo et Séoul d'où les représentants des autorités et des entreprises chinoises, japonaises et sud-coréennes pourront entrer en contact avec les participants au Forum.

 

Le président russe Vladimir Poutine commencera sa visite à Vladivostok le 1er septembre, selon le service de presse du Kremlin. Il discutera avec les dirigeants régionaux locaux des questions de développement socio-économique de l'Extrême-Orient russe. Au cours des prochains jours, selon le programme du Forum économique Oriental, les participants se concentreront sur cette question ainsi que sur des discussions sur les problèmes économiques et sociaux mondiaux. Il s'agit notamment des défis et opportunités pour l'Extrême-Orient et l'Arctique, le développement de la route maritime du Nord, l'avenir de l'énergie des hydrocarbures et les perspectives de l'énergie verte, la souveraineté numérique, le développement de la technologie médicale, la construction de corridors logistiques sans pilote entre Europe et Asie via la Russie, et les perspectives sur les marchés de l'or et des métaux précieux.

 

À titre indicatif, le Forum économique Oriental de Vladivostok a déjà transcendé les frontières de la région Asie-Pacifique et pris une dimension véritablement mondiale, comme en témoigne la participation active de l'Inde au projet tant au cours des années précédentes qu'aujourd'hui, ainsi que l'attention portée par l'Argentine, un pays d'Amérique du Sud enclavé sur l'océan Pacifique. En outre, des événements sont prévus dans le cadre des dialogues commerciaux Russie-Italie et Russie-Europe, démontrant le grand intérêt des entreprises européennes (dans ce cas principalement italiennes) pour les projets en Russie, y compris en Extrême-Orient.

 

Une attention particulière sera accordée à la discussion du Grand partenariat eurasien, une initiative russe qui consiste à coupler les initiatives d'intégration russes (EAEU, Union douanière), l'Initiative de la ceinture et de la route (BRI) de la Chine et les initiatives de l'Inde et de l'ASEAN pour former un espace harmonieux pour le développement en Eurasie. Le Grand partenariat eurasien implique l'absence de mécanismes bureaucratiques de régulation, mais envisage plutôt le développement d'une structure en réseau pour la coordination des initiatives entre les centres de décision souverains. Cette initiative est complètement à l'opposé de l'approche européenne autoritaire des processus d'intégration, où un système bureaucratique rigide est construit, qui dicte non seulement des règles du jeu économiques, mais aussi politiques. L'approche de l'intégration de la Russie en Eurasie s'oppose également aux projets américains ("Nouvelle route de la soie") visant à détruire l'espace géopolitique commun, à confronter la Russie et la Chine et à imposer une idéologie libérale. La Russie offre aux pays d'Eurasie une alternative - un dialogue des civilisations et des projets économiques et politiques souverains, travaillant ensemble pour le bien commun du continent.

 

Cette approche nous permet d'espérer que le Forum économique Oriental puisse devenir une plate-forme importante pour stabiliser l'économie mondiale et surmonter la situation négative du secteur financier. En rétablissant les liens économiques qui ont été interrompus depuis le début de la pandémie, il a le potentiel de promouvoir le développement des affaires à l'échelle mondiale. Il est extrêmement important que cette impulsion vienne d'un État qui a déclaré la construction d'un monde multipolaire comme priorité de sa politique étrangère.

 

Si les mondialistes tentent de profiter de la pandémie pour réinitialiser l'économie mondiale comme ils le souhaitent (Great Reset), alors les partisans de la multipolarité civilisationnelle devraient mettre en avant leurs projets, où les points de rassemblement de l'économie mondiale sont des centres souverains, des projets en dehors du paradigme mondialiste centré sur l'Occident.

 

Le Forum économique Oriental, malgré la présence de problématiques libérales de gauche dans son programme (l'accent disproportionné sur « l'écologie » et la lutte contre les « empreintes carbone » - comme preuve de l'intégration d'une partie de l'élite et des entreprises russes dans l'environnement mondialiste) pourrait devenir l'une des alternatives aux plateformes mondialistes telles que le Forum économique mondial. Il est important de noter que le Forum promouvra activement les thèmes de la souveraineté, y compris dans les nouvelles technologies et la gestion des mégadonnées dans le cadre du paradigme de l'État-nation.

 

Le fait que le Forum se tienne dans le contexte d'un effondrement fulgurant de l'ordre mondial centré sur l'Occident, marqué par la fuite des États-Unis d'Afghanistan, ne fait que souligner une nouvelle perspective dans la construction d'un monde post-occidental. L'Occident, représenté par les États-Unis, l'UE et le Royaume-Uni, perd son hégémonie économique et politique dans le monde.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 18:22
Pourquoi la Russie, la Chine et les États-Unis craignent-ils la suite de la chute du gouvernement de l’Afghanistan ? (Southfront)

Pourquoi la Russie, la Chine et les États-Unis craignent-ils la suite de la chute du gouvernement de l’Afghanistan ?

 

Source : Southfront (<https://southfront.org/what-russia-china-u-s-are-afraid-of-following-the-fall-of-afghanistan-government/>) du 30-08-2021

 

 

En quittant l'Afghanistan, les États-Unis ont laissé pour 85 milliards de dollars d'armes et de matériel militaire qui sont tombés entre les mains des talibans.

 

Le Sunday Times a publié une infographie illustrative, montrant le nouvel équipement des talibans. Le groupe bénéficiera de plus de 22 000 Humvee, 42 000 camionnettes et SUV, 16 000 lunettes et appareils de vision nocturne, 64 000 mitrailleuses et 358 000 fusils d'assaut.

Pourquoi la Russie, la Chine et les États-Unis craignent-ils la suite de la chute du gouvernement de l’Afghanistan ? (Southfront)

Grâce aux États-Unis, les talibans ne sont désormais pas moins bien équipés que le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Kirghizistan réunis. Dans le même temps, les combattants talibans ont beaucoup plus d'expérience au combat que les soldats des armées régulières de ces pays.

 

 

« Pour faire une comparaison,… 85 000 000 000 $ de matériel militaire laissé aux terroristes talibans signifie que chaque homme, femme et enfant aux États-Unis a contribué environ 265 $ à leur cause terroriste en supposant +/- 320 millions de citoyens.

Bravo les démocrates ! »

 

– Donald Trump Jr. (@DonaldJTrumpJr) 29 août 2021

 

 

Les membres de l'OTSC dirigés par la Russie sont profondément préoccupés par le niveau de militarisation en l'Afghanistan des talibans. En conséquence, de nombreux exercices communs sont organisés. Récemment, environ 300 militaires russes et plus de 60 pièces d'équipement ont été transférés au Kirghizistan pour les manœuvres du CSTO. Dans le même temps, 500 soldats russes ont participé à des exercices de tir de sauvetage d'unités de fusiliers motorisés au Tadjikistan.

 

Des exercices conjoints à grande échelle avec l'Iran et la Chine sont également prévus dans les prochains mois.

 

Malgré les différends dans leur agenda bilatéral, la Russie et la Chine, les deux principaux États eurasiens, sont unis dans leur désir de ne permettre à aucune autre force d'interrompre leurs intérêts clés dans la région de l'Asie centrale.

 

Ces nouvelles menaces feront probablement parties des principaux facteurs susceptibles de renforcer considérablement la coopération militaire entre les deux pays, ce qui pourraient même conduire à la création d'une nouvelle alliance militaro-politique dans un avenir proche.

 

C'est ce qui préoccupe l'establishment de Washington aujourd'hui.

 

La Russie et la Chine avancent pas à pas vers la création d'une alliance militaire, au moins de nature défensive. Si auparavant chaque parti pouvait assumer une union politique, désormais toute la dynamique des relations internationales, notamment les événements de 2020-2021 en Biélorussie et en Afghanistan, a poussé Pékin et Moscou à accélérer les processus qui pourraient conduire à la création d'une nouvelle Alliance.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 17:44
L’Asie centrale et l’Émirat islamique d'Afghanistan (Katehon)

L’Asie centrale et l’Émirat islamique d'Afghanistan

 

 

Source : https://theradicaloutlook.com/islamic-emirate-of-afghanistan-and-the-central-asian-security/

(26 août 2021)

 

 

« Il y a un intérêt croissant pour l'Asie centrale depuis Bruxelles. Sur fond de déclarations sur le caractère inacceptable de la restauration de l'Émirat islamique et la nécessité de préserver les progrès démocratiques, y compris les droits des femmes et la protection des minorités, ainsi que le renforcement des institutions de l'État et la lutte contre la corruption, les dirigeants de l’UE sondent simultanément les voies de son entrée dans les républiques d'Asie centrale. »

 

 

Par Katehon

 

 

Après le changement de la direction politique suprême en Afghanistan, l'Asie centrale gagne en importance. Et son rôle augmente quels que soient les scénarios négatifs et positifs.

 

Dans un scénario négatif, les États de la région auront besoin d'aide pour garder les frontières et assurer une sécurité globale – du placement des réfugiés au suivi de la situation politique interne. Le CSTO comprend le Tadjikistan et des troupes russes y sont stationnées. De plus, le pays est membre de l'OCS. En outre, il y a déjà eu des conflits internes et des affrontements à la frontière avec le Kirghizistan. Mais le mouvement des talibans à travers la frontière est à peine prévisible. Au contraire, il peut y avoir des tentatives d'imitation de la part de groupes islamistes locaux qui peuvent faire des demandes d'assistance aux talibans pour établir un tel émirat au Tadjikistan.

 

En Ouzbékistan voisin, il existe également des organisations extrémistes telles que le Mouvement islamique d'Ouzbékistan, qui était associée à la fois à Al-Qaïda et aux talibans. Alors qu'au Tadjikistan, les forces de sécurité russes aident à maintenir le contrôle de la frontière, en Ouzbékistan, elles sont obligées de le faire elles-mêmes. Bien que des exercices militaires conjoints dans les deux républiques aient déjà été planifiés, ils ont commencé au Tadjikistan le 17 août.

 

Au Turkménistan, en raison d’une neutralité totale, la situation est plus critique. Auparavant, les talibans terrorisaient les gardes-frontières locaux en les entraînant au combat, et les Turkmènes étaient souvent contraints de les acheter en échange de garanties qu'il n'y aurait pas d'attaques. S'il n'y a pas de décision centralisée des talibans de frapper ces républiques, alors une autre option est possible. À savoir, avec une réforme des talibans (puisque la guerre en Afghanistan est officiellement terminée), il y aura inévitablement des cadres potentiels qui ne pourront pas s'intégrer dans le futur système et passer à une vie paisible. Par conséquent, ils devront opérer à l'étranger, soit en tant que mercenaires, soit pour « faire le djihad » pour des motifs idéologiques. Et naturellement, leurs regards se porteront d'abord sur les pays voisins.

 

Dans ce cas, les pays d'Asie centrale auront besoin d'une coopération étroite avec les autres voisins de l'Afghanistan – l'Iran, le Pakistan et la Chine, ainsi que la Russie.

 

Dans un scénario positif, le rôle de l'Asie centrale ne sera pas moins important. Tout d'abord, les projets d'infrastructure, de transport et d'énergie peuvent être dégelés et mis en œuvre. CASA-1000 vise à relier les systèmes énergétiques de l'Asie centrale à l'Asie du Sud – le Kirghizistan, le Tadjikistan à l'Afghanistan et le Pakistan – et à développer des mécanismes pour le commerce de l'électricité conformément aux normes internationales. En février 2021, le Kirghizistan a annoncé le début de la construction de lignes électriques dans le cadre du projet CASA-1000. Initialement, les travaux commenceront dans l'oblast de Batken, puis se poursuivront dans les oblasts d'Osh et de Jalal-Abad. Dans le cadre du projet, il est prévu de moderniser le complexe de réseau électrique de façon suffisante, de construire de nouvelles sous-stations et une ligne de transport d'électricité à haute tension.

 

Le programme de coopération économique régionale en Asie centrale (CAREC) a également promu la coopération régionale dans les transports, le commerce et l'énergie depuis 2001. Le CAREC se compose de 10 pays : Afghanistan, Azerbaïdjan, République populaire de Chine, Kazakhstan, République kirghize, Mongolie, Pakistan, Tadjikistan , Turkménistan et Ouzbékistan. La Banque asiatique de développement (BAD), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, le Fonds monétaire international, la Banque islamique de développement, le Programme des Nations Unies pour le développement et la Banque mondiale supervisent ce programme.

 

Enfin, la construction du gazoduc TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) au format initialement conçu ou modifié peut être lancée.

 

Si auparavant les États-Unis intervenaient activement dans ces projets, il existe maintenant une opportunité de la part de la Russie d'ajuster certaines orientations et de proposer ses propres initiatives.

 

Il y a un intérêt croissant pour l'Asie centrale de la part de Bruxelles. Sur fond de déclarations sur le caractère inacceptable de la restauration de l'Émirat islamique et la nécessité de préserver les progrès démocratiques, y compris les droits des femmes et la protection des minorités, ainsi que le renforcement des institutions de l'État et la lutte contre la corruption, les dirigeants de l’UE sondent simultanément les voies de son entrée dans les républiques d'Asie centrale.

 

Après une visite à Tachkent pour une conférence sur les relations entre l'Asie centrale et l'Asie du Sud, le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère, Josep Borrell, a écrit sur son blog : « Nous avons discuté avec les ministres de l’Asie centrale de notre désir de construire des partenariats solides et non exclusifs, ouverts à la coopération avec d'autres, sur des objectifs communs, comme indiqué dans la stratégie 2019 de l'UE pour l'Asie centrale. Cela signifie une collaboration accrue entre les secteurs allant du climat, de l'environnement, de la santé, de l'eau, des droits de l'homme et du renforcement des capacités dans la gestion des frontières. J'ai réaffirmé la volonté de l'UE de participer au développement des liens régionaux et de surmonter les défis de sécurité communs… La coopération régionale entre le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Afghanistan et les pays voisins peut non seulement contribuer au développement socio-économique, mais aussi résoudre des problèmes communs comme les problèmes de sécurité, y compris la migration illégale. »

 

En général, l'Asie centrale possède un potentiel humain et des ressources naturelles énormes. La Commission européenne estime avoir quelque chose à offrir aux investisseurs européens. L'UE est déjà le principal partenaire commercial de ces pays. Par exemple, en 2020, le volume des échanges bilatéraux de marchandises s'élevait à 22 milliards d'euros, et avec une population de 114 millions d'habitants, la région a un potentiel de marché important.

 

De toute évidence, l'objectif de l'UE sera de pousser la région vers des réformes structurelles et de meilleures conditions pour faire des affaires. Un forum économique UE-Asie centrale est prévu pour novembre, ce qui, selon Borrell, sera une autre occasion de travailler à une connectivité durable et inclusive.

 

La Russie devrait être proactive à cet égard. Jusqu'à présent, seuls deux États de la région – le Kazakhstan et le Kirghizistan – sont membres de l'EAEU. Dans le même temps, dans un contexte de provocations diverses au sein de ces pays dirigées contre l'utilisation de la langue russe, on a le sentiment d'un scénario artificiel pour effectuer des opérations de manipulation et psychologiques, auquel un client externe aurait avantage. L'Ouzbékistan a le statut d'observateur au sein de l'EAEU, mais jusqu'à présent, il adopte une attitude attentiste. Vraisemblablement, les représentants de l'UE tenteront d'influencer les décideurs en Ouzbékistan afin de ralentir ou de perturber le processus d'adhésion à l'EAEU. Moscou doit élaborer une feuille de route, y compris contrer les tentatives européennes de saboter l'intégration eurasienne.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 18:41
Afghanistan : une chronologie géopolitique (par Alexandre Douguine)

AFGHANISTAN : UNE CHRONOLOGIE GÉOPOLITIQUE

 

Par Alexandre Douguine

 

Source : https://katehon.com/en/article/afghanistan-geopolitical-timeline

 

Traduction automatique, arrangée par Y. S.

 

La prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan et la fuite honteuse des Américains et de leurs alliés nécessitent un examen plus large des changements fondamentaux de la géopolitique mondiale. L'Afghanistan a été un indicateur de ces changements au cours des 50 dernières années. C'est à lui qu'ont été associées les fractures de l'architecture globale du monde. Bien sûr, ce n'était pas la cause de transformations géostratégiques, mais plutôt un écran sur lequel, plus clairement qu'ailleurs, se reflétaient les changements fondamentaux de l'ordre mondial.

 

L'intégrisme islamique dans un monde bipolaire

 

Commençons par la guerre froide et le rôle du facteur du fondamentalisme islamique (principalement sunnite, salafiste) dans celle-ci. Le fondamentalisme sunnite (à la fois le wahhabisme et d'autres formes parallèles d'islam radical), contrairement au fondamentalisme chiite plus complexe et géopolitiquement controversé, a servi à l'Occident pour s'opposer aux régimes de la gauche, socialiste ou nationaliste, laïque, le plus souvent pro-soviétiques. En tant que phénomène géopolitique, le fondamentalisme islamique faisait partie de la stratégie atlantiste, travaillant pour la puissance maritime contre l'URSS en tant qu'avant-poste de la puissance terrestre.

 

L'Afghanistan était un maillon de cette stratégie géopolitique. La branche afghane du radicalisme islamique a été mise à l'honneur après l'invasion soviétique de l'Afghanistan en 1979. À cette époque, une guerre civile avait déjà éclaté en Afghanistan, où l'Occident et ses alliés inconditionnels – le Pakistan et l'Arabie saoudite – soutenaient uniquement les radicaux islamiques contre les forces laïques modérées enclines à une alliance avec Moscou. Il n'y avait pas de vrais libéraux ou communistes là-bas, mais il y avait une confrontation entre l'Occident et l'Orient. Ce sont les fondamentalistes islamiques qui parlaient au nom de l'Occident.

 

Lorsque les troupes soviétiques sont entrées en Afghanistan, l'Occident est devenu encore plus actif dans son soutien aux radicaux islamiques contre les « occupants athées ». La CIA a amené Oussama ben Laden et Al-Qaïda en Afghanistan, que Zbigniew Brzezinski a ouvertement encouragé à combattre les communistes.

 

Nous reportons cette période des années 80 dans la chronologie géopolitique : l'Afghanistan dans les années 80 était un terrain d'affrontement entre deux pôles. Les dirigeants laïcs se sont appuyés sur Moscou, les moudjahidines sur Washington.

 

Le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan par Gorbatchev signifiait la fin de la guerre froide et la défaite de l'URSS. La prise de Kaboul par des factions moudjahidines rivales et l'exécution du président Najibullah en 1996 – malgré le chaos et l'anarchie – ont signifié une victoire pour l'Occident. La défaite dans la guerre afghane n'était pas la raison de l'effondrement de l'URSS. Mais c'était un symptôme de la fin de l'ordre mondial bipolaire.

 

Les radicaux islamiques dans un monde unipolaire : inutiles et dangereux

 

La deuxième décennie géopolitique de notre chronologie tombe dans les années 90. À cette époque, un ordre mondial unipolaire ou moment unipolaire a été établi (C. Krauthammer). L'URSS se désintègre et les forces islamistes tentent activement d'opérer dans les anciennes républiques soviétiques, principalement au Tadjikistan et en Ouzbékistan. La Fédération de Russie devient également une zone de guerre pour les radicaux islamiques pro-américains. Tout d'abord, cela concerne la Tchétchénie et le Caucase du Nord. L'Occident continue d'utiliser ses alliés pour attaquer le pôle eurasien. Dans un monde unipolaire, l'Occident – désormais le seul pôle – achève (comme il semblait alors, de manière irréversible) un adversaire vaincu par d'anciens moyens.

 

En Afghanistan même, dans les années 90, commence la montée des talibans. Ce n'est pas seulement l'une des directions du fondamentalisme, mais c'est aussi la force qui unit le plus grand groupe ethnique d'Afghanistan – les tribus nomades pachtounes, les descendants des nomades indo-européens d'Eurasie. Leur idéologie est l'un des domaines du salafisme, proche du wahhabisme et d'Al-Qaïda. Aux talibans s'opposent d'autres forces – principalement sunnites, mais ethniquement excellentes – des Indo-européens, des Tadjiks et des Ouzbeks turcs, ainsi qu'un peuple mixte de langue iranienne – les Hazaras professant le chiisme. Les talibans avancent, leurs opposants – principalement l'Alliance du Nord – reculent. Les Américains soutiennent les deux, mais l'Alliance du Nord recherche le soutien pragmatique des ennemis d'hier - des Russes.

 

En 1996, les talibans s'emparent de Kaboul. Les États-Unis tentent d'améliorer leurs relations avec les talibans et de conclure un accord sur la construction du gazoduc transafghan (le TAPI).

 

Durant les années 90, la Russie, l'ancien pôle opposé à l'Occident dans un monde bipolaire, ne cesse de s'affaiblir, et dans les conditions de l'unipolarité croissante, l'islamisme radical, nourri par l'Occident, devient pour lui un fardeau désagréable, de moins en moins pertinent. dans les nouvelles conditions. Cependant, l'inertie du fondamentalisme islamique est si grande qu'il ne va pas disparaître au premier ordre de Washington. De plus, ses succès obligent les dirigeants des pays islamiques à s'engager sur la voie de la politique indépendante. En l'absence de l'URSS, les fondamentalistes islamiques commencent à se percevoir comme une force indépendante et, en l'absence d'un vieil ennemi (les régimes de gauche pro-soviétiques), tournent leur agression contre leur maître d'hier.

 

Rébellion contre le maître

 

La deuxième décennie de notre chronologie se termine le 9 septembre 2001, avec une attaque terroriste contre New York et le Pentagone. La responsabilité en incombe à Al-Qaïda, dont le chef est sous protection des talibans en Afghanistan. Une fois de plus, l'Afghanistan s'avère être le témoin d'un changement radical de l'ordre mondial. Mais maintenant, le pôle unipolaire a un ennemi extraterritorial, c'est le fondamentalisme islamique, qui peut théoriquement être partout, et donc, les États-Unis, en tant que pôle unique, ont toutes les raisons de mener un acte d'intervention directe contre cet ennemi omniprésent et instable. Pour cela, l'Occident n'a pas besoin de demander la permission à quelqu'un d'autre. La Russie à cette époque apparaît toujours comme un malentendu faible et en voie de désintégration.

 

A partir de ce moment, les néoconservateurs américains ont déclaré l'intégrisme islamique - hier allié de l'Occident - comme leur principal ennemi. Une conséquence directe de cela est l'invasion de l’Afghanistan par les États-Unis et leurs alliés (sous prétexte de capturer Oussama ben Laden et de punir les talibans qui l'ont abrité), la guerre en Irak et le renversement de Saddam Hussein, l'émergence du projet de « Grand Moyen-Orient », qui suppose la déstabilisation de toute la région avec la modification des frontières et des zones d'influence.

 

La Russie n'empêche alors pas l'invasion américaine de l'Afghanistan.

 

C'est ainsi que commence l'histoire des vingt ans de présence des forces armées américaines en Afghanistan, qui s'est terminée il y a peu de jours.

 

L'Afghanistan et le déclin de l'Empire

 

Que s'est-il passé au cours de ces 20 années dans le monde et dans son miroir – en Afghanistan ? Pendant ce temps, le monde unipolaire, s'il ne s'est pas effondré, est du moins entré dans une phase de désintégration accélérée. Sous Poutine, la Russie a tellement renforcé sa souveraineté qu'elle a fait face aux menaces internes de séparatisme et de déstabilisation et est revenue en tant que force indépendante sur la scène mondiale (y compris au Moyen-Orient – Syrie, Libye et en partie en Irak).

 

La Chine, semblant complètement absorbée par la mondialisation, s'est révélée être un acteur extrêmement habile et, petit à petit, est devenue une gigantesque puissance économique avec son propre agenda. La Chine de Xi Jingping est un empire chinois restauré, et non une périphérie asiatique de l'Occident contrôlée de l'extérieur (comme cela aurait pu sembler dans les années 90).

 

À cette époque, le statut du fondamentalisme islamique a également changé. De moins en moins souvent, les États-Unis l'ont utilisé contre leurs opposants régionaux (bien que parfois - en Syrie, en Libye, etc. - ils l'aient encore utilisé), et de plus en plus souvent l'anti-américanisme s'est imposé parmi les fondamentalistes eux-mêmes. En effet, la Russie a cessé d'être un bastion de l'idéologie athée communiste et adhère plutôt à des valeurs conservatrices, tandis que les États-Unis et l'Occident continuent d'insister sur le libéralisme, l'individualisme et les LGBT+, en faisant la base de leur idéologie. L'Iran et la Turquie se sont rapprochés de Moscou sur de nombreuses questions. Le Pakistan a noué un partenariat étroit avec la Chine. Et aucun d'eux ne s'intéressait plus à la présence américaine – ni au Moyen-Orient, ni en Asie centrale.

 

La victoire totale des talibans et la fuite des Américains signifient la fin du monde unipolaire et de la Pax Americana. Comme en 1989, le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan signifiait la fin du monde bipolaire.

 

Établir une prospective de l'avenir

 

Que se passera-t-il en Afghanistan au cours de la prochaine décennie ? C'est la chose la plus intéressante. Dans une configuration unipolaire, les États-Unis n'ont pas conservé le contrôle de ce territoire géopolitique clé. C'est un fait irréversible. Beaucoup dépend maintenant de savoir si une réaction en chaîne de désintégration pour les États-Unis et l'OTAN commence, semblable à l'effondrement du camp socialiste, ou si les États-Unis conserveront encore un potentiel critique de puissance afin de rester, sinon le seul, mais toujours le premier acteur à l'échelle mondiale.

 

Si l'Occident s'effondre, alors nous vivrons dans un monde différent, dont les paramètres sont même difficiles à imaginer, sans parler des prévisions. S'il s'effondre, nous y réfléchirons. Il est plus probable qu'il ne s'effondrera pas pour l’instant (bien que, qui sait – l'Afghanistan est un miroir de la géopolitique, et il ne ment pas). Mais nous partirons du fait que pour l'instant les Etats-Unis et l'OTAN restent les autorités clés – mais déjà dans des conditions nouvelles – voire multipolaires –.

 

Dans ce cas, ils n'ont qu'une seule stratégie en Afghanistan. Celle qui est décrite de manière assez réaliste dans la dernière (8e) saison de la série d'espionnage américaine "Homeland". Là, selon le scénario, les talibans s'approchent de Kaboul, et le gouvernement fantoche pro-américain s'enfuit. Contre les impérialistes néoconservateurs paranoïaques et arrogants de Washington, le représentant du réalisme dans les relations internationales (le double d'Henry Kissinger dans le film) Saul Berenson insiste pour négocier avec les talibans et tenter de les rediriger à nouveau contre la Russie. Autrement dit, tout ce que Washington peut encore faire, c’est de revenir à l'ancienne stratégie qui a été testée dans les conditions de la guerre froide. S'il est impossible de vaincre l'intégrisme islamique, il faut le diriger contre ses opposants – nouveaux et anciens à la fois. Et surtout contre la Russie et l'espace eurasien.

 

Ce sera le problème afghan de la prochaine décennie.

 

Afghanistan : un défi pour la Russie

 

Que doit faire la Russie ? D'un point de vue géopolitique, la conclusion est sans ambiguïté : l'essentiel est de ne pas laisser se réaliser le projet américain (raisonnable et logique pour eux et pour les tentatives de maintien de leur hégémonie). Pour cela, bien sûr, il est nécessaire d'établir des relations avec l’Afghanistan, ce qui est sur le point d'être établi. Les premières étapes des négociations avec les talibans ont déjà été franchies par le ministère russe des Affaires étrangères. Et c'est une décision très intelligente.

 

De plus, il est nécessaire d'intensifier la politique en Asie centrale, en s'appuyant sur d'autres centres de pouvoir cherchant à accroître leur souveraineté.

 

Il s'agit d'abord de la Chine, qui s'intéresse à la multipolarité et surtout à l'espace afghan, qui fait partie du territoire du projet One Road – One Belt.

 

De plus, il est très important de rapprocher nos positions du Pakistan, qui devient chaque jour de plus en plus anti-américain.

 

L'Iran, en raison de sa proximité et de son influence sur les Khazoréens (et pas seulement), peut jouer un rôle important dans le règlement afghan.

 

La Russie doit certainement protéger et intégrer davantage le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Kirghizistan dans les plans militaro-stratégiques de ses alliés, ainsi que le Turkménistan, qui est en léthargie géopolitique.

 

Si les talibans n'expulsent pas durement les Turcs en raison de leur participation à l'OTAN, alors des consultations devraient être établies avec Ankara.

 

Et peut-être surtout, il est très important de convaincre les pays du Golfe, et surtout l'Arabie saoudite et l'Égypte, de refuser de jouer à nouveau le rôle d'instrument de soumission aux mains de l'empire américain en voie de disparition, qui tend à décliner.

 

Bien sûr, il est souhaitable d'étouffer le bruit sémantique des agents étrangers manifestes et secrets en Russie même, qui vont maintenant commencer à exécuter l'ordre américain de différentes manières. Son essence est de bloquer la mise en œuvre par Moscou d'une stratégie géopolitique efficace en Afghanistan et de perturber (ou du moins de reporter indéfiniment) la création d'un monde multipolaire.

 

Nous verrons l'image du futur et les principales caractéristiques du nouvel ordre mondial dans un avenir proche. Et encore une fois, tout est au même endroit – en Afghanistan.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 19:48
Une Europe confédérale libérée de la bureaucratie et dirigée par les États

Une Europe confédérale libérée de la bureaucratie et dirigée par les États

 

 

(Texte fondateur du projet du groupe Ligne Droite pour l’Europe)

 

Source : https://lignedroite.club/une-europe-confederale-liberee-de-la-bureaucratie-et-dirigee-par-les-etat/

 

À la différence des souverainistes nostalgiques, Ligne droite ne voit pas d’avenir dans la reconstitution des nations souveraines d’autrefois. Elle estime au contraire que l’Europe puissance constitue le seul moyen pour les Européens de ne pas voir disparaître leur civilisation. Car, dans ce siècle multipolaire, qui est désormais le nôtre, seules les grandes puissances auront la maîtrise de leur destin. C’est pourquoi Ligne droite préconise de refonder l’Europe pour en faire une confédération au service de la souveraineté, de la sécurité et de la prospérité de tous les Européens.

L’Europe de Bruxelles, une organisation sans but ni avantage

La « construction » bruxelloise de l’Europe a en effet atteint ses limites. Après avoir trahi l’esprit initial du projet des années cinquante, elle a cessé d’être une source d’avantages pour n’être plus qu’une cause de contraintes et de dangers. D’une Europe qui protège on est en effet passé à une Europe ouverte à tous les vents. Une Europe qui ne sait même pas où se situent ses limites et qui refuse d’assumer son identité comme ses racines chrétiennes et le caractère européen de sa population.

Dans le monde de plus en plus compétitif et conflictuel qui est le nôtre, l’Europe de Bruxelles n’est pas en mesure de protéger ses frontières ni de préserver son identité. Son économie est elle aussi dépourvue de protection et souffre de l’idéologie libre-échangiste qui anime ses dirigeants.

Quant à son fonctionnement, il est peu transparent et très bureaucratique, au point que le but poursuivi reste ambigu : s’agit-il de constituer un véritable État fédéraliste européen ou pis encore de dissoudre progressivement les nations pour favoriser l’avènement d’une « gouvernance mondiale » ? Nul ne le sait.

Une confédération pour assurer la puissance de l’Europe

Pour sortir de cet imbroglio et redonner un avenir aux nations du continent, Ligne droite propose d’ériger l’Europe en un pôle de puissance indépendant et souverain qui prendrait la forme d’une confédération européenne. Il s’agirait ainsi de tourner le dos aux tentatives fédéralistes de Bruxelles, car, si dans une fédération les États sont soumis à une autorité supérieure, dans la confédération ce sont les États qui délèguent certaines de leurs compétences à une institution sur laquelle ils exercent collectivement leur autorité. En l’occurrence, ce sont donc les nations, confortées dans leur existence et leur légitimité, qui dirigeraient la future confédération en lieu et place des eurocrates de la Commission. Autre différence avec l’organisation bruxelloise dont on ne sait ni ce qu’elle est, ni où elle va : la confédération serait fondée sur un traité constitutif clair et court qui en définirait les institutions, les compétences, les frontières et les principes premiers.

Un traité pour rassembler les nations d’Europe autour de leur commune civilisation

Le traité constitutif, qui remplacerait tous les traités actuels de l’Union, devrait s’ouvrir par un texte fondamental en forme de charte indiquant de façon très synthétique que les nations se rassemblent autour de leur commune civilisation. Une civilisation qui s’enracine dans l’héritage de la Grèce et de Rome, enrichi par les apports germains, celtes et nordiques, façonnée par le christianisme et sublimée par deux mille ans d’histoire commune. La charte précisera ensuite que la confédération a vocation à défendre et à promouvoir cette civilisation fondatrice de l’identité européenne et qu’elle a donc pour mission principale de protéger les Européens et de leur garantir collectivement l’indépendance et la souveraineté. Elle ajoutera que, pour ce faire, la confédération devra œuvrer à la puissance de l’Europe dans tous les domaines, qu’ils soient politique, militaire, économique ou culturel.

Des institutions claires dirigées par les États

Le traité constitutif définira ensuite les institutions de la confédération et leur fonctionnement. Le conseil des ministres actuel, érigé en Sénat des États, deviendra l’exécutif de la confédération, la Commission étant remplacée par une simple administration exécutoire. Le Sénat des États élira un président de la confédération qui pourra la représenter à l’étranger et qui incarnera symboliquement l’unité européenne.

De même, les parlements nationaux désigneront leurs représentants qui siégeront dans l’assemblée de la confédération, chargée notamment de l’approbation du budget confédéral. L’assemblée disposera aussi du pouvoir de cassation sur les décisions des juges européens.

Par ailleurs, il sera mis fin à la référence implicite mais récurrente au couple franco-allemand. Le traité instaurera le principe d’un bureau du Sénat des États, constitué des cinq plus grands pays : la France, l’Allemagne, la Pologne, l’Espagne et l’Italie.

Des compétences centrées sur la protection et la prospérité des Européens

Dans une troisième partie, le traité constitutif précisera les compétences de la confédération. Celle-ci aura la charge des grandes priorités communes aux Européens : la sécurité et la défense militaire de l’Europe, la protection de ses frontières contre l’immigration et les importations sauvages, la relocalisation et le développement industriel, la croissance économique et la gestion de la monnaie, l’indépendance énergétique et alimentaire, ainsi que le développement scientifique et culturel. Ce qui implique évidemment de tourner le dos à la politique libre-échangiste et immigrationniste suivie jusqu’à présent.

Contrairement aux traités actuels qui définissent dans le détail les politiques à suivre, le traité constitutif de la confédération ne précisera rien d’autre que les grandes orientations définies dans la charte fondatrice, laissant aux autorités de la confédération, c’est-à-dire aux États, le soin de fixer les politiques et d’en changer en fonction de l’intérêt supérieur de l’Europe.

Pour les États qui souhaiteraient aller plus loin et se coordonner avec d’autres sur des sujets plus périphériques, le traité fondateur de la confédération offrira la possibilité de créer des cercles de coopération facultatifs, concrétisant ainsi l’idée d’une Europe à la carte.

Des frontières définies par l’impératif d’identité et l’exigence de protection

Alors que les textes actuels n’ont jamais fixé les limites ultimes de l’Union, laissant certains évoquer, au-delà de la Turquie, l’entrée d’Israël, du Maroc et des autres pays du pourtour méditerranéen, les frontières de la confédération seront explicitement définies dans le traité constitutif. Au nord, à l’ouest et au sud ce seront la mer du Nord, l’Atlantique et la Méditerranée. À l’est, les Balkans feront partie intégrante de la confédération avec une clause suspensive pour l’Albanie, le Kosovo et la Bosnie. Plus haut, la Moldavie, l’Ukraine et la Biélorussie seront laissées à l’extérieur par égard pour la Russie. La Turquie sera naturellement et définitivement exclue de l’Europe dont elle ne fait pas partie.

Ainsi refondée, l’Europe pourra changer la donne aussi bien sur la scène mondiale que dans l’esprit des Européens qui pourront dès lors écrire à nouveau leur histoire et celle du monde.

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 10:28
Entretien au sujet de l’ouvrage Res publica europae

Entretien au sujet de l’ouvrage Res publica europae

 

 

Entretien passé donné à la revue Rebellion au sujet de mon ouvrage Res publica europae :

 

 

R/ Comment définissez-vous la pensée eurasiste ?

 

Tout dépend de quel angle l’on aborde cette question. Historiquement, l’eurasisme est d’essence russo-eurasienne, c’est-à-dire que cette pensée intéresse au premier chef cet espace géopolitique, et ce en relation avec sa singularité culturelle et historique. Il est sûr que le néo-eurasisme actuel a beaucoup hérité de cet enracinement originelle, ce qui est somme toute tout à fait normal et attendu de la part de penseurs russes comme Alexandre Douguine. L’eurasisme des penseurs russes de notre époque est donc l’expression intellectuelle, avec sa méthodologie métapolitique et géopolitique, d’une affirmation de ce qui est vue par eux-mêmes comme étant la singularité civilisationnelle du Grand espace russo-eurasien. Et ce par rapport aux autres civilisations devant participer de la mise en œuvre de la multipolarité, mise en œuvre qui fait partie de la dynamique propre à l’idée eurasiste.

Mais l’on peut aussi aborder la question de la pensée eurasiste d’un point de vue essentiellement idéologique – soit la vision d’un corpus d’idée formant une doctrine philosophique et politique cohérente et complète -, donc en ayant la volonté de dépasser le cadre originelle de celle-ci. Alors en ce cas, cette pensée peut intéresser toutes civilisations, dont la nôtre. Et il s’agit à partir de ce moment de s’approprier ses principes doctrinales afin, à notre tour, de pouvoir affirmer notre civilisation au regard des autres. Il s’agit en fait surtout de permettre à ce que la civilisation européenne puisse s’affirmer tout en dépassant simultanément les idéologies héritées de la Modernité dont on ne peut que constater à quel point elles ont pu l’enferrer dans des apories auto-destructrices. Le néo-libéralisme en est le dernier avatar et sans doute le plus nocif à bien des égards. En bref, pour nous la pensée eurasiste ne peut se délier d’un projet qui nous soit propre de Quatrième Théorie Politique. C’est d’ailleurs aussi la volonté de Douguine, lorsqu’il a lancé ce vaste projet de 4TP, de voir chaque peuple et civilisation se l’approprier à sa façon et selon sa propre nature, sa propre singularité, sa propre histoire. L’eurasisme est né en Eurasie, mais devra se différencier en autant d’expressions qu’il y a de singularités culturelles et historiques dans ce vaste ensemble, et notamment en ce qui nous concerne, en son extrémité occidentale. Il nous faudra bien enraciner cette pensée dans l’exceptionnalité de notre terre, car il s’agit là de la condition primordiale à partir de laquelle elle pourra seulement jouer son effet régénérateur.

 

 

R/ Quelle serait l'unité culturelle de ce vaste ensemble ?

Nous ne pourrions pas parler d’unité culturelle car en réalité celle-ci n’existe pas au niveau de l’ensemble de l’Eurasie. La seule unité dont nous pourrions parler est une unité géostratégique rassemblant des peuples et civilisation par rapport aux autres continents, mais surtout par rapport à ce que Carl Schmitt avait appelé les forces thalassocratiques (les forces « liquides » des nations maritimes, notamment anglo-saxonnes et libérales). C’est le retour, ici à une certaine forme de tellurocratie (domination terrestre et spatiale, intimement liée à l’ « habiter » de cet espace), là à une autre, qui, dans leur totalité, nous invitent à considérer l’ensemble comme une immense trame où se joue une entente et une harmonisation de forces diverses mais néanmoins unies par le même sentiment de l’enracinement et du développement de leurs propres potentiels. Ceci dit, on peut légitimement à ce niveau, à mon sens, se poser la question de la proximité culturelle entre la Russie et le reste de l’Europe. Et je dis bien « le reste », car je pense pour ma part que la Russie peut tout à fait faire partie de l’espace civilisationnel européen en regard de ce à partir de quoi l’on peut justement parler de civilisation européenne, soit ce que j’ai appelé dans mon ouvrage Res Publica Europae, l’humanisme européen originel. Mais elle peut aussi, ceci dit, choisir une autre voie, à la lumière d’une singularité civilisationnelle qu’elle pourrait « lire » de par ses apports culturels, spirituels, historiques et ethniques tant asiatiques qu’européens. En tout état de cause, il appartiendra exclusivement au peuple russe, ainsi qu’aux autres peuples formant sa « périphérie » (Bielorussie, Ukraine, Géorgie, Arménie, etc.), de décider de leur relation plus ou moins profonde au devenir de la civilisation européenne en fonction de ce qu’ils ressentiront comme ayant été historiquement, et comme étant éventuellement toujours culturellement et spirituellement, une participation intime à celle-ci ou sinon à la constitution de ce que l’on peut alors appeler la civilisation eurasienne. Dans le cas où cette seconde possibilité s’affirme, nous devrons faire en sorte, nous autres européens, que ce probable ensemble civilisationnel russo-eurasien demeure un partenaire privilégié d’intégration géostratégique, comme je l’ai évoqué dans la question précédente, dans le vaste continent-monde eurasien. Sa position géographique nous l’impose ! Le bon sens économique aussi du reste… (quelqu’un comme Robert Steuckers nous l’a assez explicité en invoquant tout autant l’économie que l’histoire, la spiritualité, ou tout bonnement nos propres intérêts géopolitiques). Mais dans un cas comme dans l’autre, nous devrons préalablement, et il faut que cela soit bien compris, libérer l’Europe des affres du libéralisme, seule idéologie de la Modernité qui perdure aujourd’hui sous sa forme postmoderne et totalitaire du néolibéralisme. Il nous faut donc dès maintenant nous atteler à travailler à l’élaboration d’une Quatrième Théorie Politique enracinée dans l’humus singulier du substrat européen. Il nous faut faire l’effort de com-prendre l’originalité originelle de notre ancestrale Kultur européenne, car c’est à partir de cette originalité que nous parviendrons à « habiter » de nouveau notre terre commune et à y définir notre Bien commun.


 

R/ Au-delà d'un positionnement géopolitique, qu'elle serait le modèle de société porté par les eurasistes ?

Vaste question et il sera difficile d’en faire le tour lors d’un entretien. Eh bien, pour tâcher néanmoins d’apporter quelques éléments principaux de réponse et aborder par la même occasion ce qui me semble l’aspect le plus important de ce sujet, je vais reprendre le concept heideggerien d’ « habiter » que je n’ai pas pris la peine de développer dans ma réponse à la question précédente, ni du reste dans mon ouvrage. Dans ce dernier, au début du chapitre sur l’autonomie, je parle du logos, mais ces deux choses sont en réalité étroitement liées car elles déterminent la façon dont, en tant qu’humains, nous vivons en rapport avec ce qui nous entoure et qui, grâce à ces notions, ont du sens, c’est-à-dire signifient quelque chose pour nous dans un monde qui est nôtre. Si l’on reprend la terminologie heideggerienne, le fait d’ « habiter » en un lieu donné, donc pas n’importe où façon à la bohême du postmodernisme, est lié à l’action qui consiste à « dire », soit à étendre devant nous tous ce qui nous concernent, en tant que « choses » mais non qu’objets, et qui structurent notre monde en tant qu’il est singulièrement notre monde et qu’il répond en cela à notre propre soucis d’ek-sister (de se mettre en mouvement). Il s’agit là ni plus ni moins que de redéfinir l’existence à la lumière de cet impératif humain, et le modèle de société porté par la pensée eurasiste est en ce sens plutôt une dynamique de recours à des principes intemporels qui devra nous réengager sur la voie d’une harmonie avec notre nature profonde, celle inspirant notre « être-là ». Je dirais à ce propos une chose toute simple : il faut que nos vies retrouvent du sens ! Il faut, en d’autres termes, que nous puissions construire par nous-mêmes un sens à nos ek-sistences. Et pour cela, il nous sera indispensable de savoir nous re-connaître nous-mêmes, tout autant au niveau de la personne que des peuples et de notre civilisation toute entière. C’est la dynamique du Dasein, de l’être autonome qui s’affirme en symbiose avec ce qui perdure en tant que son monde, face à la déconstruction méthodique du monde européen qui aujourd’hui, on le sent bien, arrive au terme de ne plus pouvoir offrir aucun horizon, aucun sens aux hommes ni aux peuples. Les trois idéologies du passé ont failli en ne parvenant pas à offrir une élévation d’esprit aux hommes qui puisse leur faire don d’un enthousiasme salvateur (être sauvé, c’est se voir confirmer dans son ek-sistence). Non pas qu’elles n’aient pas tenté d’atteindre cet idéal, mais le sujet sur lequel chacune d’elles s’appuyait pour recréer des valeurs (soit la classe, soit la race, soit l’individu) a dérivé vers une forme ou une autre de massification dans laquelle se sont noyées en fin de compte les personnalités, au lieu de pouvoir s’y affirmer. La vie de l’homme est courte, et il faut qu’il lui soit donné de pouvoir s’accomplir en réalité de sa personnalité, sinon il risque fort de s’engager dans des voies inspirées par le ressentiment et le dégoût. Ceci, c’est une leçon qu’il nous faut apprendre. C’est pourquoi le Dasein est le nouveau sujet de l’eurasisme, d’une Quatrième Théorie Politique dont le cœur nucléaire si je puis dire est le désir d’autonomie, soit le désir de déterminer par soi-même et au travers de la reconnaissance des autres la façon dont on participe en toute liberté, selon le sens non libéral de ce terme, au Bien commun. Pour s’engager sur la voie d’une toute nouvelle société, il nous faudra donc définir un nouveau sujet, et celui-ci devra incarner, à l’antithèse de l’individu désœuvré du libéralisme dont la licence infinie n’a pu conduire qu’à sa triste décadence, une affirmation répétée et singulière du Bien commun, ou si l’on veut, pour chaque personne à sa manière qui lui est propre, une volonté d’élever toujours plus haut la force et la singularité des communautés dont elle participera et qui la soutiendront, de par sa liberté et l’élévation de sa propre force et singularité. Ce projet de société revient vers l’homme tel qu’il est réellement, vers la réalité de sa condition, vers la nécessité de tenir compte de la diversité et de l’inégalité de ses capacités, et surtout vers la nécessité d’harmoniser les antagonismes qui ne manquent pas de naître de cette diversité et de cette inégalité au travers de la justice et de l’autorité. Ce projet, c’est enfin d’ouvrir les yeux sur la Réalité humaine et d’en faire quelque chose de vivable et désirable pour tous ceux qui viendront après. Enfin, ce projet eurasiste de société c’est aussi, sinon surtout du fait de ce que j’ai pu dire plus haut, se ré-enraciner réellement dans un espace civilisationnel historiquement, culturellement et spirituellement singulier de façon à en extraire la sève de notre propre vision du monde, soit pour l’Europe en ce qui nous concerne, un certain type d’humanisme qui fait que ma lecture de l’eurasisme soit une lecture typiquement européenne, et non autre.

Alors bien sûr, un projet de société axé sur l’autonomie spirituelle de la personne implique nécessairement, d’un côté, une dynamique d’intensification des autonomies institutionnelles, économiques (le localisme), et monétaires, entre autres, et de l’autre, un approfondissement spirituel de la vision sur l’être humain en tant que plus haute manifestation divine dans le monde visible, avec le principe d’égalité face à la dignité qui en découle. Il nous faudra par conséquent reconquérir les conditions qui nous permettrons d’atteindre une harmonie symbiotique, c’est-à-dire une autonomie, au sein d’un espace concentrique dont le cœur sera nôtre au plus profond de nos ek-sistences ; une autonomie qui, par la même, nous fera dépasser la règle primitive de l’exploitation humaine au travers du travail. C’est tout le but d’une élaboration à venir d’une 4TP pour l’Europe du futur.


 

R/ Qu'elles sont les forces porteuses d'une vision eurasiste à l'heure actuelle ?

Les forces dites « populaires », que certains appellent populistes, parce qu’elles portent en leur sein un formidable désir de vivre démultiplié par la diversité par laquelle ce désir se manifeste. Pour peu, bien sûr, que ces forces ne se laissent pas dévoyer par les mirages consuméristes et propagandistes d’un régime qui balance entre répression et maniement de la carotte. Ces forces purent être les Gilets jaunes, elles pourront être sous bien d’autres formes, mais je pense que le doute est bien installé désormais, et le dégoût avance irrémédiablement parmi les braves gens. Le temps presse, et ceux qui ont la capacité de penser et le désir d’être ont aujourd’hui le devoir de se re-lier au Réel et d’inventer de plus enthousiasmantes valeurs que celles, désormais décevantes, du passé. Il faut des guides, car l’époque est à la plus complète confusion. Et une recherche sur une 4TP pour l’Europe devient à cet égard une urgence, un avant-projet qu’il nous faudra rapidement mettre en œuvre en commun autour, par exemple, des quelques notions que j’ai abordé ici et que j’aborde plus amplement dans mon ouvrage, mais aussi de bien d’autres qu’il appartiendra à d’autres personnes d’aborder à leur façon.

 

Source : http://rebellion-sre.fr/entretien-avec-yohann-sparfell-la-voie-eurasiste/

 

Entretien au sujet de l’ouvrage Res publica europae
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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 08:30
Penser la géopolitique

Penser la géopolitique

 

 

Comme en ce qui concerne chaque objet de nos intérêts en ce monde néolibéral, nous avons fort souvent une vue superficielle de la géopolitique qui ne nous permet que de nous en faire une opinion, soit de ne l’aborder que superficiellement. À partir de ce moment, nous nous plaçons dans une posture intellectuelle visant soit à rationaliser les évènements liés aux rapports internationaux dans le but de tenter de suivre par là-même le mouvement général qu’ils engendrent (c’est-à-dire d’essayer d’en déduire une finalité et, conservant toujours un temps de retard, de tâcher d’en subir le moins possible d’inconvénients), soit d’en critiquer le bien-fondé afin de vouloir en nier la portée véritable et profonde par crainte de devoir réfléchir sur nous-même et nos prétentions idéalistes tout en immisçant le doute quant à nos nouvelles utopies globalistes (ce qui s’avère être en propre : nier la réalité). Dans le premier cas, nous avons tendance à faire de la géopolitique un simple instrument déductif de nos calculs stratégiques (restant à l’état de « mathématiques doctrinales » à l’écart du devenir du monde), dans l’autre cas, ou bien nous préférons nous désintéresser des orientations que prennent les rapports internationaux ou inter-civilisationnels et nous nous replions frileusement sur la prétendue supériorité de nos préjugés nationaux et doctrinaux mis au goût du jour de la postmodernité, ou bien nous nous contentons de dénoncer sa propension gênante à faire ressortir certains incontournables de l’homme en société qui entachent alors les lubies idéologiques prétendument progressistes.

 

Comme pour l’autorité, et bien d’autres concepts, tels que nous les entendons de nos jours, la superficialité de nos interprétations actuelles, parce que nous ne savons plus les confronter à l’expérience du fait que nous les maintenons à l’état d’abstractions, nous amènent à engendrer un dualisme qui n’aurait, pour une civilisation véritablement consciente de la complexité de la vie humaine, et enracinée entre le passé et le futur, pas lieu d’être. Comme pour le reste, notre propre interprétation de l’enracinement ne nous conduit pas à en faire un simple attachement à une terre mais l’expression même d’une proximité avec ces « choses » qui nous environnent et qui nous font autant qu’elles nous font. Le dualisme est bel et bien en notre époque le symptôme d’un éloignement consommé par rapport aux « choses » que nous pouvons alors décrire et éloigner de nous comme de simples objets. C’est-à-dire, en ce qui concerne la géopolitique, que nous pourrions faire comme si elle n’existait tout simplement pas, tout comme, à l’inverse, en faire un objet conceptuel outil de nos pulsions rationalisantes. Force est de constater aujourd’hui que nous ne sommes plus à même d’en comprendre les véritables enjeux, parce que nous ne savons plus la penser comme épreuve de la Réalité.

 

Penser la géopolitique, c’est tout d’abord en venir à admettre qu’elle est en vérité incontournable car étant une des principales façons par lesquelles nous pouvons aborder ces comportements (manières de porter ensemble, de pro-duire en commun) face aux « choses » qui structurent profondément nos espaces de vie. La géopolitique n’est tout d’abord qu’un mot, mais pour autant et de la façon dont il est composé (géo-politique), ce mot inspire vers l’un de ces comportements particuliers qui nous relie aux choses de notre espace, et à aucun autre. Ce mot évoque une vérité enfouie au plus profond de nos êtres que nous ne savons plus considérer dans toute sa primordialité et sa force. Nous sommes devenus sourds aux évocations qui émanent de la racine de nos existences et nous relient aux Autres, choses comme êtres, et nous préférons porter nos attentions aux murmures envahissants des idées et abstractions, ainsi qu’aux croyances, du moment qu’aucunes incertitudes ne viennent en troubler la rassurante position dominante. Alors, plutôt que de voir dans le mot géopolitique que le simple assemblage des mots « géographie » et « politique », il serait plus exact d’y voir le rassemblement de l’espace et d’un certain ordre singulier, du moins en rapport à la signification spirituelle de ces deux mots : espace et ordre. Que signifie alors ce rassemblement ? Que dans un espace que nous créons nôtre, nous y fondons « poétiquement » notre monde par la pensée dans ce qu’elle est de plus essentielle (au-delà de toute rationalisation). La géopolitique est donc un penser-le-monde.

 

Or, penser le monde, c’est créer un espace en y intégrant les « lieux » singuliers à partir desquels nous pouvons y concevoir un ordre (en y intégrant les « choses » qui alors y acquièrent un sens et une existence propre en relation avec cet espace). Penser le monde, c’est créer donc spirituellement un espace où se rassemble le monde inférieur de la matière, le monde supérieur de l’harmonie cosmique, les hommes mortels et les dieux. C’est, en d’autres termes, donner du sens aux « choses » en fonction de notre sensibilité, en les intégrant à un espace au sein duquel elles acquièrent une « place » qui nous renvoie chacune à notre propre image, à notre être-au-monde. C’est-à-dire que les choses elles-mêmes pro-duisent (pro-duire - mettre en avant, faire voir) un espace délimitant ce rassemblement, celui du Quadriparti comme le disait Heidegger, dans l’horizon de l’entendement qu’elles font naître et dans l’étendue du symbolisme qu’elles inspirent aux créateurs/perpétuateurs d’un monde. Chaque « chose » répond alors à un besoin fondamental de sens et de délimitation, et l’ordre par lequel ce sens et cette délimitation se déploient dans l’espace ainsi créé est le but réel et fondamental du politique, comme expression en devenir perpétuelle d’une réelle démocratie, apparaissant de la recherche d’un équilibre entre les antagonismes qui s’y meuvent, et qui le meuvent. L’espace devient alors une géographie « spirituelle ». Et la géopolitique, la science sacrée de l’ordonnancement de l’espace.

 

Plus fondamentalement encore que du rapport entre grands espaces continentaux ou civilisationnels, la géopolitique nous parle donc du rapport intime entre nous-mêmes et notre espace de vie, entre nous et ce qui nous est propre, notre propriété (du latin proprius, prope : ce qui approche, ce qui touche). Elle nous parle de ce que Heidegger appelait l’ « habiter » le monde, soit une relation intime au monde. Car cet « habiter » est forcément singulier quel que soit l’espace en question, région, nation ou civilisation, qui en sont les aboutissements politiques, culturels et spirituels s’élevant graduellement d’une sensibilité charnelle à une volonté conquérante. L’ensemble des étants vivants comme inertes qui participent à la singularité de chaque espace, l’appréhension particulière du temps et des cycles qui y ont cours, l’aperception singulière de la marque symbolique des « choses », ainsi que notre soucis de nous inscrire en tant que mortels dans cet espace, font que notre habitation du monde, de notre monde, est chaque fois une épreuve artistique que nous mettons en œuvre grâce au politique (le politique, du grec πόλος – pôle, est la mise en œuvre d’un équilibre au milieu du mouvement de la diversité contradictoire au sein de la multitude – du grec πόλις – ville, cité ; nous pouvons, à ce propos, faire remarquer que la civitas gallo-romaine englobait d’ailleurs toute une contrée, à l’échelle du territoire gaulois qui y résidait et en avait fait leur espace vital).

 

Le politique est donc aussi être vue comme une « chose » agissante qui, par son action, intègre toutes les autres dans son jeu. Il les domine d’une certaine façon comme, par exemple, il domine (ou du moins le devrait) l’économie (du grec οἶϰος et νόμος – administration du domaine). De l’interprétation que l’on se fait du politique, de la façon dont nous en percevons, ou non, toute la subtilité (la manière délicate de dépasser les contradictions sans néanmoins s’efforcer de les nier), nous pouvons, ou pas, façonner (pouvoir créer) un monde à notre convenance (à notre sens commun, à ce dont on aboutit par accord commun – ici, s’accorder par l’esprit). Ce jeu de l’esprit doit forcément se situer au dessus de l’espace, au faîte de la Dimension, liant le ciel (πόλος – le Politique) et la terre (γῆ – la Gé-o). La géopolitique décrit donc l’aspect essentiel du politique par lequel, dans un espace donné et un lieu donné (un lieu géo-graphique, c’est-à-dire une terre que nous « décrivons » spirituellement, que nous contons poétiquement à partir de notre héritage commun), nous nourrissons un sens commun et nous élevons le Bien commun (qui ne saurait par ailleurs, malgré ce qu’en pensent certains, s’abstraire de la multitude d’où il ap-paraît, toujours transitoire, toujours en devenir comme cette multitude même).

 

La géopolitique est donc une dynamique portée vers la verticalité. Son être véritable ne saurait s’affirmer dans des prétentions à caractère universaliste qui toutes ont visé à épancher à l’échelle globale une civilisation, donc bien au-delà de son espace, ainsi que l’ont pratiqués les impérialismes occidentaux du XIXème et XXème siècle, ou comme le pratique encore l’hégémonisme étasunien. La géopolitique est l’ordonnancement d’un espace, celui d’un peuple, ou ensemble plus ou moins fédéralisé de peuples ayant su constituer au fil de l’histoire un Imperium civilisationnel, c’est-à-dire un espace mené par une Idée suprême. La géopolitique est, au fond, cette Idée qui cherche à s’enraciner dans la terre, elle est la concrétisation (le rassemblement avisé par lequel l’on croît ensemble), au sein d’un espace ainsi constitué, du lien entre le ciel et la terre, entre la pensée et l’humus. La géopolitique est une affirmation spirituelle enracinée dans les profondeurs de l’être, avant même que de représenter un type d’étude des rapports internationaux. Elle est une homologation de tout ce qui constitue un espace singulier, ce qui signifie qu’elle participe elle-même, en même temps qu’elle dit les choses qui rassemblent comme celles qui posent la distance, de la mise en œuvre des liens qui, en et hors la trame formant cet espace, lui donne sens et consistance, mais aussi cohérence.

 

Si nous nous en tenons à la géopolitique en tant qu’étude des rapports internationaux, nous ne pourrions prétendre que les contradictions et les incertitudes qui l’entourent, tel un halo angoissant nous occultant l’avenir, seraient susceptibles d’être résolues en nous enfermant toujours plus dans nos idéaux, c’est-à-dire en nous éloignant toujours plus de la réalité. Des rapports internationaux exigent une part importante de confiance, et en tout premier lieu, de confiance en soi ! Qu’est-ce que la confiance ? C’est tout bonnement se fier, avoir foi à l’endroit de ce dont, en commun, l’on s’engage pour l’affirmation de sa Puissance, mais dont il n’est possible d’en mesurer réellement les effets qu’en étant capable de réfléchir sur soi-même (et donc d’élucider les idées qui nous meuvent, ou de s’efforcer d’en faire, en quelque sorte, la généalogie pour parvenir à en maîtriser le cours et en amoindrir l’emprise spirituelle). Il s’agit donc là d’une disposition (toute intérieure, affective) de la volonté par laquelle l’on se place à une hauteur convenable de laquelle il nous semble possible de pouvoir dépasser la contradiction entre la chaleur de la croyance et la froideur du réel, et ce au travers de la créativité, de la justification, de la recherche incessante d’équilibre dans nos relations, ainsi que d’une lecture fine des situations par lesquelles pourront s’affirmer nos propres intérêts, ainsi, pensons-nous, que ceux de nos partenaires. Un peuple ou une civilisation qui engage des relations internationales doit donc faire preuve de force morale et spirituelle au travers de laquelle ils acquièrent une verticalité apte à leur assurer du succès dans ces relations. La confiance qui lie un peuple ou une civilisation à sa terre et à son espace ne peut que nourrir cette force, mais seulement si ce peuple ou cette civilisation se donne véritablement les moyens de faire retour à soi, ou en d’autres termes s’ils s’interrogent sur la nature de cette confiance et de ce qu’elle implique pour eux-mêmes, pour leur environnement, comme pour les Autres. La géopolitique est une science qu’il ne serait donc pas inopportun par les temps qui courent d’inoculer à une Europe en proie aux doutes sur elle-même. Mais surtout, un savoir expérimental par lequel l’on prend conscience que l’Idée même, le Grand paradigme comme le nomme Edgar Morin, n’échappe nullement au devenir, qu’elle ne saurait tenter de se figer éternellement sinon à détruire la force même d’une civilisation, et sa Puissance.

 

Yohann Sparfell

 

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
27 mai 2020 3 27 /05 /mai /2020 16:20
Bâtir le futur sans nier le passé

Bâtir le futur sans nier le passé

 

 

Le monde est aujourd’hui secoué par de terribles soubresauts. Ceux-ci, à la première lecture, apparaissent comme issus de rivalités inter-ethniques et inter-confessionnels. Ils se traduisent essentiellement par des conflits armés. Mais ceux-ci ne sont en réalité que les expressions ultimes de rivalités qui s’accroissent du fait de contestations territoriales, de concurrences autours des ressources en matières premières ou en eau, de positions stratégiques, ou de luttes d’influences. Rivalités à partir desquelles se cristallisent la plupart du temps les facteurs d’appartenance ethnique et/ou religieux.

 

Sans nier que ces rivalités puissent avoir leur source dans une histoire faite de rapports inter-civilisationnels ou inter-ethniques compliqués, il s’agit aujourd’hui de comprendre que celles-ci trouvent à être instrumentalisées essentiellement par, non pas essentiellement une grande puissance que pourrait être les États-Unis ou la Chine, ou encore la Russie, l’Inde ou l’UE, mais par ce que l’on nomme l’ « Empire britannique », désignant par là le pouvoir financier mondialiste actuel qui a imposé sa propre souveraineté sur les émissions monétaires du monde entier. Lui seul a encore aujourd’hui intérêt à générer le chaos où bon lui semble en fonction des intérêts de la dynamique globaliste qu’il porte vers une Gouvernance mondiale totalitaire.

 

Dans ce jeu de dupes où certaines formes de replis sur des supposés fondamentaux religieux ou ethniques rentrent par le fait dans cette dynamique – bien souvent en ayant la volonté d’y parer – c’est toute possibilité d’établir une entente et des compromis – par la compréhension mutuelle des problématiques des uns et des autres – qui se voient ainsi être mis en péril. Or, le monde actuel n’est plus celui, technologiquement et psychologiquement parlant, du passé, et il est aujourd’hui nécessaire de tenir compte d’un contexte complexe au sein duquel tout débordement pourrait conduire à de sombres et fatals conséquences pour l’humanité toute entière. Les desseins morbides de l’oligarchie actuelle nous font marcher de plus en plus vite et dangereusement sur la corde raide au-dessus du vide : rien de ce qu’ils projettent ne peut être tenu pour acquis au nom d’une quelconque supériorité de quelque ordre que ce soit, les enjeux étant devenus trop importants et risqués. Et ils sont d’autant plus risqués que l’on prend conscience que l’humanité, dans toute sa complexité, ne peut se réduire, au regard du cours de son histoire, à des formules mathématiques, statistiques ou autres. Il ne faut pas oublier que l’ingénierie sociale, employée allègrement par certaines factions du pouvoir mondialiste, pour autant qu’elle soit essentiellement expérimentale, n’en est pas moins, par le fait, une science approximative nécessitant en permanence une remise en cause de certains de ses présupposés étant donné qu’il ne sera jamais possible d’intégrer la globalité des facteurs humains dans un projet de modélisation de ses visées de modifications sociales. Peut intervenir à tout moment un facteur imprévu qui alors aura toute latitude à déboussoler tout l’édifice de remodelage de sociétés entières. Et ceci jusqu’à engendrer de plus ample destruction pouvant aboutir à mettre la vie sur terre en danger, suite, par exemple, à un conflit nucléaire.

 

Face à cette tendance fort dangereuse menée par des hommes en proie à une avidité illimitée, il devient plus que temps de mettre en place certaines conditions devant amener à promouvoir un véritable dialogue des cultures et des civilisations. Nous vivons une époque cruciale à cet égard, et il faut bien mesurer l’importance d’une prise de conscience de l’état actuel d’une part, et d’autre part de la nécessité impérieuse d’y apporter des solutions visant à détendre les relations et entreprendre une compréhension mutuelle des intérêts de chacun, ainsi que - sinon surtout - de ses propres craintes vis-à-vis de ceux qui l’entourent. En d’autres termes, il devient plus qu’urgent que s’amorce une dynamique visant à prévenir, ou du moins à ralentir et même affaiblir les tendances actuelles à s’enferrer dans des identités fantasmées conduisant fort souvent à des formes de fondamentalisme. Il faudra par conséquent valoriser les échanges tant culturels que spirituels et bien sûr économiques, mais par dessus tout, il s’avérera indispensable, si nous ne voulons pas sombrer dans une guerre de tous contre tous à l’échelle mondiale, prendre conscience des besoins fondamentaux de l’autre, dont le respect pour la forme par laquelle s’exprime sa personnalité est peut-être l’un des principaux.

 

Promouvoir les échanges et la compréhension mutuelle, soit, mais chaque nation cherche avant toute chose, parce que la légitimité des États à cet égard est en jeu, de satisfaire aux besoins fondamentaux de sa population et de son économie. Comme nous l’avons indiqué, les conflits sont surtout le fait d’une concurrence effrénée par rapport à des ressources et, tout aussi important, par rapport à un accès à certaines positions stratégiques, comme l’accès aux mers par exemple, ou à des passages terrestres ou maritimes fondamentaux pour les possibilités futures de croissances et d’efficacité de défense. Les conflits s’exacerbent en ce nom, et sont malignement exploités et amplifiés par de plus grandes puissances afin de pouvoir imposer leurs propres agendas aux plus faibles nations. Et en outre, aujourd’hui, comme nous l’avons noté, la dynamique mondialiste portée par la Finance internationale amplifie encore plus ce phénomène de relations internationales dans le sens souhaité d’une imposition globale d’une structure conflictuelle mondiale permanente pour les intérêts d’un capitalisme qui tend à accroître l’exploitation généralisée des ressources, y compris, si ce n’est surtout, humaines. Et l’élément par lequel l’oligarchie espère y parvenir, c’est de saper toute souveraineté des États afin de pouvoir prescrire en toute quiétude les conditions nouvelles, à l’échelle mondiale, d’une société globalisée où la concurrence et la compétition seront élevées en seules vraies valeurs, tout en détruisant parallèlement la notion de Bien commun.

 

Le Bien commun, justement, doit pouvoir être remis à l’honneur dans un combat pour lequel prime le bien être de tous et la liberté pour chacun – dans le sens des possibilités accordées à chacun à ce qu’il puisse faire grâce de son assentiment à honorer sa singulière participation au Bien commun. À l’anti-thèse de l’exploitation généralisée des survivants et de l’annihilation programmée des autres, soit d’un rapport gagnant-perdant, nous devrons imposer des relations gagnant-gagnant, et ce à l’échelle d’une humanité qui tend inévitablement à s’unifier. Certaines choses qui ont pris de l’ascendant de nos jours sont effectivement irréversibles, et elles le sont d’autant plus que l’homme postmoderne accroît son emprise technologique sur le monde, et sur lui-même. Il faudra bien savoir l’accepter tout en faisant l’effort indispensable aujourd’hui de pouvoir dominer le progrès technologique – dominer étant se placer au-delà afin de pouvoir le mettre à son véritable service - en faveur de valeurs humanistes et au travers d’un attachement primordial accordé à la personne humaine et à la richesse de sa diversité dans son unité. Les intérêts de chacune des nations doit pouvoir s’imbriquer au sein des relations internationales sans qu’elle est à y perdre ni son âme ni ses intérêts particuliers. L’accroissement des flux d’échanges, tant économiques que culturels, doit pouvoir permettre à ce que s’accroisse simultanément une compréhension mutuelle. Donc, il faudra faire en sorte que nous puissions libérer raisonnablement ces échanges et, en amont, les conditions par lesquelles elles pourront s’engager dans un voie prometteuse, des interférences d’une volonté malsaine hégémonique qui ne sait que considérer le monde et sa diversité en faveur d’un durcissement altitudinal de son pouvoir autocratique.

 

À cet égard, le projet mené par la Chine des Nouvelles Routes de la Soie – ou Belt and Road Initiative (BRI) – pourrait éventuellement être très prometteur car susceptible de reposer essentiellement sur ces principes de respect des différences et de recherche de codéveloppement. Effectivement, ce codéveloppement ne saurait devenir viable à long terme que s’il respecte chacune des visions du monde par laquelle chaque peuple et communauté pourra librement, et de par son propre entendement, se connecter au maillage mondiale des voie de communication terrestres et maritimes portées par ce projet, étendu à ce que certains appelent un « Pont mondial ». Cette condition est effectivement indispensable à la viabilité de ce projet international, car il se doit de rester justement inter-national, et non globaliste c’est-à-dire intégré dans une dynamique d’effacement progressif des nations et de leur souveraineté ainsi que, simultanément, d’élaboration d’une sorte de « communauté humaine mondialisée », standardisée à l’avantage d’une Gouvernance mondiale du capitalisme financier hégémonique et totalitaire.

 

Œuvrer pour une coopération au niveau international et mondial dans l’objectif de construire un futur où pourra librement se déployer la création et se développer l’innovation humaines ne signifie donc nullement passer outre les impondérables de la nature humaine. La personne humaine ne peut réellement s’épanouir que dans le cadre de ses communautés, locale, régionale, nationale et au-delà, civilisationnelle. C’est au sein de celles-ci, et ce uniquement en regard de ce qu’elle peut être à même de parcourir concrètement de son entendement et de sa raison en compagnie de ceux avec lesquels elle partage la même vision, qu’elle peut au mieux définir une légitimité à ses propres actes, à l’aune de l’héritage et des intérêts communautaires qui les meuvent. Toute coopération est donc une rencontre entre des intérêts et des héritages toujours à un moment donné divergents mais qu’il faudra bien, pour l’élaboration d’un Bien commun d’ordre supérieur, articuler entre eux de façon à ce que chaque communauté y trouve avantage et enthousiasme au-delà de ses propres limites culturelles et de ses intérêts plus étroits. C’est un enjeu de taille et jamais acquis définitivement. Cela demande un effort perpétuel de maintenir une réciprocité gagnant-gagnant, du point de vue des intérêts, par exemple économiques, mais surtout une réciprocité raison-contre-raison du point de vue cette fois des héritages respectifs. Et cela parce qu’il s’avère indispensable en notre époque cruciale de faire comprendre tout l’enjeu au niveau de l’humanité toute entière de réussir à dépasser nos divergences les plus aiguës et de pouvoir faire participer positivement nos différentes cultures à une vision d’avenir vers de grands projets mobilisateurs et, peut-on espérer, annonciateurs de paix et de progrès dans le respect universel de la personne humaine, comme des êtres non-humains qui l’entourent.

 

La meilleure façon de ne pas s’opposer à l’autre est de s’affirmer soi-même. Cela est une leçon que devrait apprendre l’humanité au-delà de ses différences culturelles et spirituelles. Et le seul moyen réellement efficace et pérenne d’y parvenir est de ne point nier son héritage, tout ce qu’a pu léguer le passé au travers d’une diversité de cultures et de trésors de spiritualité, mais au contraire de s’y appuyer en les transcendant. Ces cultures et spiritualités, comme autant de possibilités qu’ont imaginés les hommes afin d’exprimer leur rapport à l’être et à la vie, doivent être les socles à partir desquels nous pourrons envisager des échanges qui seront primordialement culturels et spirituels avant que de n’être qu’économiques. Il s’agit de donner une priorité à ce qui, seul, est l’instrument de l’affirmation humaine : sa vision du monde au regard de toute la diversité des « climats » par lesquels elle a su se nuancer. Une forme d’être, liée à un héritage, à un « climat » particulier, et dans la mesure où la culture en est véritablement une parce qu’elle s’inscrit dans la dynamique de l’identité1, est ce à partir de quoi l’homme peut se donner les moyens et le désir sain de tendre vers l’universel. Lorsque l’on a rien à échanger que du matériel et des rêveries par lesquelles l’on tend à confondre la Réalité avec ses propres idéaux, l’on ne tend jamais la main vers l’autre afin d’approcher de l’universel et, un tant soit peu, de la Vérité. On s’enferre dans ses propres croyances et l’on désire par dessus tout les imposer aux autres. L’homme doit apprendre que les nuances forment un seul et même tableau, mais que sans ces nuances, il ne peut y avoir de message universel à transmettre via ce tableau. Il doit apprendre que sa culture, source de sa souveraineté et singulière parmi tant d’autres, est un moyen lui appartenant en propre d’exprimer cet universel à condition qu’au lieu d’exclure les autres, il l’affirme au milieu des autres. À partir de la diversité des communautés humaines, la subsidiarité jusqu’au niveau de la multipolarité civilisationnelle et, au-delà, de la coopération mondiale, peut donc devenir un formidable outils permettant que l’homme puisse progresser vers la conscience spirituelle de l’unique Réalité qui est Universalité.

 

Yohann Sparfell

1Chose que nous avons détaillé dans notre ouvrage Res Publica Europae, éditions Ars Magna, Nantes, décembre 2019 : https://www.editions-ars-magna.com/index.php?route=product/product&product_id=182

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Publié par Yohann Sparfell - dans Géopolitique
19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 20:32
Marchands et négociants juifs – Auguste Bry

Marchands et négociants juifs – Auguste Bry

Les « défenseurs » de l’UE sont les pires ennemis de l’Europe !

 

 

Pour se convaincre d’une telle assertion, il suffit de s’en tenir à une constatation, et sa réflexion afférente : pourquoi agir « sociétalement » dans un sens qui ne peut qu’accentuer l’écart entre les pays de l’Europe occidentale et orientale, soit, en d’autres termes, approfondir la fracture culturelle qui, déjà, divise le continent, et l’UE, en deux entités de plus en plus antinomiques ?

 

Il est de notoriété publique qu’effectivement le déroulement actuel de la « politique » de l’Occident appliquée en Europe de l’Ouest - « politique » sociétale découlant de l’agenda déstructurant néo-libérale et anglo-sioniste – se heurte de façon croissante à la résistance des États de l’ex-Europe soviétique, Hongrie, mais aussi Pologne, en tête.

 

Les mesures présentées et instituées en Occident en tant qu’applications d’un progressisme fanatique, mis en parallèle à une volonté occulte effrénée d’imposer un mondialisme uniformisant et ultra-individualiste, telles que le « mariage pour tous », la PMA, la GPA, la légalisation des drogues, la théorie du genre, l’approche biaisée d’une légalisation de la pédophilie, etc., sont, en effet, de nature à heurter des peuples qui ne se sont embarqués que trop récemment dans la marche infernale de ce train progressiste, et apparaissant donc de plus en plus insensée pour ceux-là mêmes qui ont eu à subir une toute autre histoire récente que celle se traduisant à une sommation visant à nourrir un ressentiment envers soi-même (ressentiment à l’image de celui qui nourrit le devenir forcément funeste d’un certain peuple « élu » qui se croît emprunt à devoir « diriger » les nations en, en vérité, les annihilant), ainsi qu’un esprit de culpabilité dont le meilleur moyen, afin d’en espérer une rédemption, serait d’octroyer de plus en plus de droits aux minorités « discriminées » (expiation de celui qui s’attache encore de trop à des racines jugées oppressives).

 

Les sbires actuels de l’Union Européenne, valets serviles d’une oligarchie mondialiste ne désirant qu’aplanir « culturellement » un monde qui leur serait ainsi plus aisé de contrôler de leur position panoptique, prennent effectivement aujourd’hui des directives qu’un observateur sensé ne pourrait que désapprouver s’il s’en tient à un objectif visant à parfaire la cohérence, l’efficacité, et la Puissance en l’Europe. Preuve en est, si l’on s’en tient au Réel, que ces mesures « sociétales » visent un tout autre objectif que les propres intérêts d’une Europe en cours de lente et pénible construction (et pour cause !). Ces mesures visent la déconstruction du traditionnel (de la Tradition, c’est-à-dire de la connaissance et de la transmission des facteurs profonds de l’humanisation de l’homme), le détricotage des solidarités humaines, l’implosion de tout équilibre et tout cadre communautaires posés au profit d’un individualisme liquide, fluctuant et ultra-permissif sur le plan éthique, et moral.

 

Il est alors tout à fait légitime de se poser la question de savoir si le but n’est pas, précisément, de diviser l’Europe afin que celle-ci ne devienne jamais la puissance mondiale qui, aujourd’hui, devrait faire légitimement entendre sa voix dans le concert actuel des nations et civilisations (multipolarité en cours de constitution contradictoire – car l’on peut en donner des acceptions incompatibles les unes avec les autres selon son acceptation, ou non, du processus mondialiste). Il est bien entendu que pour certains dans le monde, disons, en faveur de certains intérêts, l’Europe représente une menace existentielle par le simple fait de son histoire, de la préséance d’un humanisme qu’elle a nourri au fil des siècles, voire des millénaires, et que ces contempteurs n’ont eu cure que de discréditer et frelater, dénaturer, afin de le pourrir de l’intérieur et de l’opposer conflictuellement à des points de vue sur le monde et l’Homme qui empruntaient des chemins différents (notamment l’Islam).

 

Diviser l’Europe, c’est d’abord et avant tout la scinder géographiquement, et par là-même, géopolitiquement. Premièrement, en affaiblissant le Sud européen, les forces occultes, avec l’aide des institutions financières européennes, et mondialistes avec lesquelles elles sont liées, ont donné à la supériorité économique du Nord la possibilité de dominer complètement les nations méditerranéennes, et de permettre, par cela même, qu’elles ne puissent avoir véritablement les moyens de s’opposer aux flux migratoires qui devait les atteindre en premier lieu (ni non plus, d’ailleurs, de leur permettre d’établir des coopérations fructueuses avec les pays d’Afrique du Nord ou moyen-orientaux par lesquelles elles auraient pu dominer la Méditerranée au profit de l’ensemble du continent européen).

 

Deuxièmement, une césure s’est fait jour entre l’Ouest et l’Est, celle-ci étant principalement le fait d’un désaccord croissant en ce qui concerne les visions contradictoires au sujet de la civilisation européenne qui émanent respectivement de l’un et de l’autre. Et nous revenons ici sur le thème d’introduction de ce texte, à savoir celui concernant l’obsession d’imposer les réformes « sociétales » néo-libérales en adéquation avec une vision cosmopolite et universaliste du monde. Il est de plus en plus évident que ces réformes, qui sont en mesure de bouleverser radicalement les fondements et la trame existentielle de la civilisation européenne, rencontrent des résistances tout autant populaires qu’étatiques. Mais, l’affrontement qui ne peut que s’en suivre entre d’une part l’oligarchie de seconde zone affiliée à Bruxelles, et d’autre part des dirigeants est-européens portes-parole de peuples qui ne nourrissent pas encore, loin de là, l’envie de se fondre dans un pêle-mêle individualiste contre-culturelle et anti-religieux, arrangent les nouveaux et réels dirigeants du monde.

 

Nous le répétons : la vision d’une Europe-Puissance est tout ce qui peut être à même de nourrir les pires cauchemars de ces derniers. Leur projet messianique repose en tout premier lieu sur l’affaiblissement et, à terme, l’effacement par immersion, de la civilisation qui a le plus fortement, durant deux millénaires, entraver, ou ne serait-ce que freiner, la progression des délires eschatologiques qui habitent les âmes torturées des adeptes d’un judaïsme revanchard (talmudique). Une Europe forte et unie de Lisbonne à Vladivostok (et même de Lisbonne à Chisinau) pourrait effectivement représenter une puissance géopolitique capable d’aider à orienter le monde vers une harmonie des nations qui leur serait profitable, tant au niveau de leur souveraineté que de la prospérité de leur peuple. L’entrave à l’élévation d’une Europe-Puissance, par rapport à ce qui vient d’être dit, s’opère de multiples façons, mais toujours avec la complicité dissimulée des dirigeants européens qui s’activent dans les arcanes des institutions européennes et, de surcroît, à la tête des pays européens occidentaux.

 

La meilleure façon d’endiguer une dynamique géopolitique visant à asseoir la Puissance d’une entité politique nationale ou continentale, est de fragmenter sa masse géographique en même temps, par conséquent, que de sectionner ou d’anéantir son réseau d’infrastructures d’échanges avec l’extérieur irrigant l’ensemble de son territoire et facilitant le développement de ses activités et de son autonomie. En ce qui concerne l’Europe, la nécessité de telles infrastructures s’impose principalement en relation avec l’impératif d’établir une continuité géographique et géopolitique (donc une complémentarité et une entente culturelle, économique, militaire, etc.) d’Ouest en Est, et ce en direction des Grands Espaces eurasiatiques dont le seuil n’est autre que la Russie européenne (l’extrême ouest du pôle eurasiatique).

 

Or, cette dynamique d’échanges en direction de l’Eurasie s’est justement trouvée confrontée à une volonté perfide de couper toute voie physique de communication vers l’Est, de l’Ouest et du Nord, en s’opposant à ce que, par exemple, le Danube puisse jouer ce rôle en donnant la possibilité aux pays européens de se projeter vers l’Asie via la Mer Noire et l’espace pontique (notamment en Ukraine actuelle). Mais, avec l’aide de l’OTAN, ces mêmes forces souterraines et, disons-le, ennemies, ont également barré le passage vers la Méditerranée orientale depuis la catastrophe de l’intervention otanesque en Serbie en 1999, et au travers des différentes tentatives, le plus souvent réussies, de déstabilisations des Balkans qui s’en sont suivies. C’est donc la voie directe vers le Moyen Orient, chasse gardée, prétendument, de l’entité sioniste de l’ « Israël », qui nous est interdite ! C’est donc un barrage sur la voie vers le Croissant fertile de l’ancienne Mésopotamie, et au-delà vers l’Iran et l’Océan indien, en sus d’une proscription à établir des contacts fructueux avec l’Eurasie, qui nous ont été imposés.

 

Et que font donc nos chers dirigeants face à ce triste constat ? Rien qui ne puisse étayer les prétentions faussement affichées d’une élite « politique » qui peine, en vérité, à cacher leur affinité avec, et leur obséquiosité à l’égard de, l’oligarchie mondialiste anglo-sioniste dont les puissances européennes furent en d’autres temps, et depuis déjà bien longtemps, non seulement les concurrents, mais aussi les ennemis. Cette oligarchie, sise principalement à la City de Londres, ainsi qu’à Wall Street plus récemment, ont une vision de l’entité européenne comme d’une base expérimentale visant à l’élaboration d’un système-monde hyper-individualiste constitué de consommateurs atomisés, et où le politique devra être remplacé par la gestion, aussi appelée gouvernance.

 

Le but n’est effectivement pas de construire une Europe fortement organisée et structurée pour le bien-être de ses peuples, et pour le Bien commun (à ne pas confondre avec le « bien moyen », typique de l’individualisme sociétal), et ce en harmonie avec le développement simultanée et différenciée des autres nations et civilisations mondiales (ce que l’on pourrait appeler une mondialisation harmonieuse), mais d’expérimenter et préparer à l’échelle du monde une Gouvernance qui aura pour seule raison d’être de faire en sorte que les déséquilibres et le chaos « organisé » ne dépasse pas les bornes de l’oligarchiquement acceptable. Par ce biais, nous en venons à un autre moyen que s’est donné l’oligarchie mondialiste réformiste afin de détruire l’équilibre social existant encore tant bien que mal en Europe : l’immigration de masse.

 

Celle-ci, en effet, est un élément concourant inévitablement à une déstructuration de ce qui fut bâti depuis des temps immémoriaux en tant que constituant chacune de nos identités : le sens commun. Le mélange de populations diverses déculturées (impliquant la « gestion des populations », et non plus le politique par et pour les peuples) participe à la perte par les individus de la richesse sociale du sens commun, c’est-à-dire de la possibilité intime de la transfiguration personnelle. Nous entendons par là que la personne, au travers de son « retour » vers le commun, en ayant dépassé les épreuves de la conscience individuelle, dépasse en vérité les limites inhérentes à sa vision du monde, en épousant une plus haute conscience qui est un partage en faveur d’une expression toujours supérieure de l’Être. C’est la diversité de ces consciences, et non leur effacement dans une de leur mystification globaliste, qui, au travers de leurs contradictions, élèvent ceux qui les animent vers la Vérité divine. Mais cela, les mondialistes n’en ont cure par leurs desseins funestes, car ils ont voué leur esprit à Satan !

 

Tout comme la destruction des familles par la destruction des genres et de la complémentarité, comme la destruction du sens commun par l’intérêt égocentrique et l’individualisme inconscient, comme la destruction des nations par l’ouverture des frontières et le travail de sape contre leur autonomie économique, politique et géopolitique, la destruction de la civilisation européenne s’effectue par un abominable travail de containment (endiguement) visant à nous empêcher de laisser libre cours, dans le monde, à notre singularité culturelle partagée et à notre vision géopolitique équilibrée.

 

En divisant les européens selon des critères néo-libéraux et progressistes qui ne sont en rien déterminés en fonction du Bien commun des peuples européens, les élites dirigeantes actuelles des pays de l’Ouest ne font qu’accroître une séparation factice entre l’Ouest et l’Est de l’Europe (et même entre le Sud et le Nord) dans le seul but de renforcer la césure découlant des actions passées et présentes visant à stopper net toutes communications efficaces vers les Grands Espaces eurasiatiques. Ces politiques ne servent donc nullement une prétendue volonté de libérer l’humain de soi-disant contraintes sociales révolues, mais servent plutôt un agenda mondialiste dont l’objectif est de faire du plus grand marché mondial une zone d’attraction financière et d’expérimentation d’ingénierie sociale dénuée de toute Puissance (politique, économique, sociale, culturelle et spirituelle), et asservie aux diktats de la Finance et des multinationales.

 

Le but occulte des dirigeants actuels est bel et bien d’engager dans la Réalité le principe idéologique de la « guerre de tous contre tous » afin que puisse se développer en toute quiétude une domination absolue de quelques uns sur tous les autres. La nature de ces « quelques uns » peut se laisser deviner au travers de la perpétuation d’un tenace esprit de vengeance ; perpétuation qui a pris corps au fil des siècles dans une conception abstraite idéologico-religieuse de l’Homme, et que l’on nomme judaïsme, celui-ci ayant inspiré certaines ramifications réformistes, tant de la chrétienté que de l’Islam. En attendant qu’une telle mise au point ne devienne indispensable, et ses conséquences – dans une volonté de bienveillance – tirées, il nous semble primordial d’inciter les européens à la résistance, et à s’emparer d’une mondialisation au travers de laquelle chaque personne, chaque nation, chaque communauté européenne, pourra effectivement participer à l’élaboration du Bien commun et de sa répercussion à l’ensemble d’un monde débarrassé des lubies idéologues des psychopathes qui nous « gouvernent ». Ne plaise à Dieu que nous puissions un jour revenir à la Réalité humaine, à la profondeur de ce qui fait d’un être humain un homme !

 

Yohann Sparfell

Juillet 2019

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Publié par Yohann Sparfell - chevalier de Bretagne - dans Géopolitique

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Membre de Eurasian Artists Association

et de

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Le dépassement du nihilisme qui caractérise les temps modernes ne pourra surgir d'un quelconque recours à une idéologie progressiste, mais d'une pensée-action conservatrice-révolutionnaire, tant futuriste qu'archaïque-traditionnaliste !

C’est par le respect de chacune des singularités humaines et de l’inégalité ontologique qui les met en lien au sein des communautés, par une politique subsidiaire au sein des Nations comme dans l'Europe "impériale", par la justice selon le sens traditionnel de ce terme, et par la consécration d’une nouvelle "aristocratie" consciente de ses devoirs, que les habitants actuels de l'Europe pourrons reconstruire souverainement une Puissance qui leur sera propre et qui consacrera leur besoin de soumettre l'économique sous le politique en tant qu’instruments de leur volonté, de leur autonomie et de leur liberté. Mais la condition de tout ceci sera que nous sachions replacer au centre de nos vie et de nos actions les valeurs éternelles et sacrées qui ont su nous animer depuis des millénaires (à la source de l'autorité).

Le temps serait-il donc venu de faire de l'Europe un Imperium civilisationnel tout en affirmant la souveraineté de nos nations, et de ne plus rejeter toute idée de Puissance au nom d'une "liberté" idéalisée ? Car le monde qui se dessine est celui où s'affirmeront et les individus et leurs communautés ainsi que, au-delà, les Imperii civilisationnels ayant su dépasser les illusions de la consommation illimitée et des l'idéologies de la modernité finissante et dégénérée. À nous, hommes de conscience, d'en prendre acte !!

Yohann Sparfell

(contributeur à la définissions du national-communisme européen)

 

"Il convient de savoir que le combat est universel et la lutte justice, et que toutes choses arrivent par opposition et nécessités."

Héraclite

 

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Journal of Eurasian Affairs

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